CONSEILS VIOLENTS DE MAZABIN CONTRE BETZ
sûreté et d'avantage pour lui, et se contenter de jouir en repos et en tbute sûreté, avec les bonnes grâces de son maître, des établissements qu'il a, d'autant plus qu'il ne se trouvera jamais que ni prince du sang, ni même fils de France, ait rien eu d'approchant. Et, en ce cas, si M. le duc d'Orléans et les frondeurs refusaient de se joindre, nonobstant ce qu'a fait proposer M. de Chàteauneuf pour mon retour, il faudrait, de concert avec M. le Prince, résoudre mûrement et dans le dernier secret les moyens de mettre le coadjuteur tout à fait hors d'état de faire du mal (c'est-à-dire de le faire arrêter) et envoyer bien loin M"" de Chevreuse et M. de Chàteauneuf, parce qu'alors on s'emparerait aisément de l'esprit de M. le duc d'Orléans, et l'on éluderait les États V.. »
Des assemblées extraordinaires de la noblesse et du clergé avaient eu lieu à Paris depuis quelques semaines ; elles avaient émis avec insistance le vœu que les Etats généraux fussent convoqués dans le plus prompt délai. Le Parlement, la reine et Mazarin s'étaient montrés fort peu disposés à faire droit à cette demande, de peur que l'on ne proposât dans l'assemblée des États quelques mesures énergiques et décisives. Mais la noblesse et le clergé avaient montré une telle fermeté, que la reine finit par se rendre à leurs instances, et il fut décidé que les États seraient convoqués, mais seulement quelques jours après la majorité du roi. La reine espérait ainsi
' Mazarin à [Lionnes, 9 juin 1651. Archives du minisière des affaires Hrangèrts, France, Lettres de Mazarin y t. XXVIII.
ASSEMBLÉES DE LA NOBLESSE ET DU CLERGÉ. tîll
neutralÎBer en partie leur action. Malgré celte assurance formelle, la cour trouva moyen de ne jamais les convoquer. Mazarin tenait avant tout à les éluder, car il redoutait, à bon escient, la grande influence qu'y aurait exercée le coadjuteur, qui n'était pas homme à soumettre aux États des projets favorables au retour du ministre exilé.
« Les États se tenant, écrivait Mazarin à Lionne, assurez-vous que M. le duc d'Orléffns et les frondeurs y auront plus de pouvoir que la reine et peutêtre quand elle aurait même M. le Prince de son côté, car il ne faut pas douter, qu'à l'heure que nous parlons, on ne pratique, sous le nom de Son Altesse royale, par divers ressorts, tous les députés qui doivent y avoir séance, avec les instructions et par les artifices du coadjuteur et de sa cabale, qui attaquera un chacun par son faible, et il n'y aura belle parole, grâce, avantage ou menace qu'il ne fasse pratiquer de la part de sadite Altesse Royale pour gagner lesdits députés*... » De son côté, Mazarin ne négligeait rien, sinon pour rallier à sa cause le coadjuteur (ce qu'il ne crut jamais au fond bien praticable), au moins pour interrompre ses manœuvres souterraines. Le 14 juin, il écrivait à Lionne de faire tous ses efforts pour gagner le poète Ménage, un des familiers et commensaux du prélat*. « Je n'ai jamais douté, lui disait-il dans une autre lettre en date du 4 juillet, que les frondeurs ne traitassent plus volon-
' MnzaTin à (Lionne) ^ 9 juin 1651. Archives du ministère des affaires étrangères. France, Lettres de Mazarin, t. XXVIII.
■ Mazarin à Lionne, 14 juin 1651. Archives du ministère des affaires étrangères, France. Lettres de Mazarin, t. XXVIII.
Ûi2 INSTRUCTIONS DE MAZARIN SUR RETZ.
tiers avec vous qu'avec qui que ce soit, sachant fort bien que la reine ni le cardinal ne vous dédiraient de ce que vous ajusterez, et vous voyez que je jugeais bien mieux sur cela que vous n'avez fait, puisque vous croyez devoir être sacrifié, si on concluait quelque chose avec lesdits frondeurs \.. »
Mazarin n'eut jamais une pleine confiance dans la bonne foi du coadjuteur, et, en conseillant de traiter avec lui, il recommandait par-dessus tout que rien de ce qu il demandait ne lui fût accordé d'avance. C'est là le fond de toutes ses instructions. « Vous connaissez M. le coadjuteur et ses associés aussi bien que personne, disait-il à son confident dans la même lettre. C*est pourquoi je pourrai me dispenser de vous rien marquer là-dessus. Néanmoins, pour ma satisfaction, je vous dirai qu'il faut traiter avec eux comme avec des personnes qui, si elles reconnaissent pouvoir trouver mieux leur compte manquant à ce qu'elles ont promis, ne seront nullement embarrassées à le faire, et, après ce que nous avons vu, on se moquerait de nous avec beaucoup de raison, si on se laissait rattraper une seconde fois, ce qui arriverait peut-être avec plus grand préjudice pour la reine que la première, parce qu'ils auraient mieux pris leurs mesures. »> Et Mazarin ajoutait ces instructions et ces réflexions, dont les événements devaient si bien montrer la justesse : « Souvenezvous en outre de ce que je vous ait dit et que j'ai bien expliqué en détail à l'abbé Fouquet, que tout ce que le coadjuteur et les autres promettront et
' Mazarin à Lionne, 4 juillet 1651 . Archives du minisièt^des affaires étrangh^es, France. Lettres de Mazarin, t. XXVUI.