A BAILLANT, BAILLANT
qui devra être fait après qu'ils seront venus à bout des choses qu'il prétendent, ne s'exécutera pas, et [ils] trouveront mille raisons pour montrer que c'est le service de Leurs Majestés qui l'empêche. Et faisant agir M. le duc d'Orléans, comme bon leur semblera, ils viseront à empiéter plus que jamais sur l'autorité de Leurs Majestés et mettre les choses au point d'être les tout-puissants, éloignant et perdant tous ceux qui leur pourraient faire obstacle. Et vous devez considérer que, s'ils ont entrepris pendant que j'avais l'honneur d'être auprès de la reine et sont venus à bout par leur cid)ale de m'en éloigner, il leur sera bien plus aisé , quelque chose qu'ils promettent au contraire, d'empêcher mon retour, afin que n'ayant pas l'obstacle de M. le Prince dans la poursuite de leur dessein, ils puissent au§si être délivrés de celui que je leur pourrais faire dans l'esprit de la reine par la créance que Sa Majesté me fait l'honneur d'avoir en moi. Et faisant semblant de souhaiter mon retour auprès de Leurs Majestés avec passion et de travailler pour cet effet, ils feront eux-mêmes remuer et crier les peuples et les parlements là-dessus, afin que cela leur serve d'excuse s'il ne leur est pas possible d'effectuer ce qu'ils auront promis... » Jamais prédiction ne se réalisa mieux de point en point; jamais la politique du coadjuteur ne fut mieux percée à jour.
<( C'est pourquoi, poursuit Mazarin, ce sera un mauvais conseil si on se résout à leur donner présentement ce qu'ils demandent, pour attendre après l'exécution de ce qu'ils promettront, à moins d'avoir de telles sûretés que, par leur propre intérêt, ils
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seront obligés de tenir ponctuellement leurs promesses. J'estime donc que ce doit être là la principale application... »
Mazarin conseillait à Lionne de surveiller de près les frondeurs, afin que le projet de mariage du prince de Conti avec M"* de Chevreuse ne se renouât pas, sans qu'il en fût averti. Il l'engageait à ne rien négliger pour gagner le duc de Bouillon et Turenne, que Ton disait mécontents de M. le Prince, et le président Mole, qui n'avait pas eu non plus à se féliciter de son appui lorsque les sceaux lui avaient été si brusquement enlevés.
Mazarin donnait à Lionne^ dans cette même dépèche, un conseil d'une importance capitale et à la réalisation duquel il attachait avec raison le salut de la royauté et le rétablissement de son propre pouvoir. C'était de déterminer la reine à fuir de Paris au plus tôt avec le jeune roi et de laisser les princes, le Parlement et les frondeurs s'user au milieu de leurs intrigues, sans qu'ils pussent s'appuyer désor* mais sur l'autorité royale.
De son côté, Retz avait si bien compris que, sans le séjour de la reine à Paris, c'en était fait de la Fronde, qu'il avait fait battre le rappel, comme nous l'avons dit, et garder les portes de la ville pour retenir cette princesse prisonnière.
« La meilleure nouvelle que je pourrai recevoir, disait Mazarin à Lionne dans la même dépêche, sera celle que Leurs Majestés soient hors de Paris. Si on s'ajuste avec M. le duc d'Orléans, on le pourra faire sans que qui que ce soit en dise le moindre mot. Et si raccommodement ne se fait, il est encore plus néces-
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saire d'être hors de Paris. Pour moi, je vous avoue que je serai dans les dernières inquiétudes jusqu'à tant que cela soit, car il me semble qu'il n'y arien de si évident que les plus grands maux qui peuvent arriver ne seraient pas considérables et on y remédierait aisément, Leurs Majestés étant à la campagne, et les petits peuvent devenir bien grands et dangereux, étant à Paris. Les malintentionnés, ceux qui se veulent rendre considérables, et presque toute la cour, travailleront sans doute par diverses raisons à l'empêcher, les uns pour leur commodité, les autres par espérance de pouvoir par leur cabale mettre en état Leurs Majestés de consentir à ce qu'ils voudront, et d'autres pour faire leurs affaires sous prétexte qu'ils sont capables de servir.
a Enfin, Leurs Majestés hors de Paris, les intrigues diminueront de moitié, les armées se conserveront et s'échaufferont de plus en plus pour leur service et beaucoup de monde se rendra auprès d'elles, lesquelles pourront prendre telle résolution que bon leur semblera sans aucune crainte. Et quant à moi, je crois que d'être à Paris ou dehors, c'est tout de même que d'être en prison ou en liberté, c'est d'avoir crainte de tout, ou de faire tout craindre, c'est ne pouvoir presque rien ou tout pouvoir, c'est enfin être roi et maître en effet, ou en avoir seulement le nom, et être sujet à la volonté de ceux qui, ayant failli, ont intérêt par toutes sortes de voies d'abattre l'autorité royale. »
Jamais Mazarin n'avait fait preuve de plus de sagacité, de sagesse et de prévoyance.
« Si on peut sortir pour s'approcher de la fron-