‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 76 sur 218 · PORTRAIT DE BEAUFORT PAR MAZARIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE BEAUFORT PAR MAZARIN

Enfin, pour démontrer la nécessité où se trouvait la cour de quitter Paris, Mazarin faisait valoir d'autres raisons non moins impérieuses. « Je crois/ disait'il, qu'on aura songé à tout, car il est temps d'avoir pris ses mesures sur ce qu'on devra faire à la majorité et pour les Etats généraux, et je ne sais pas si on a résolu si le roi se déclarera majeur au Parlement de Paris, craignant fort qu'on ne demande à Sa Majesté la confirmation de toutes les déclarations qui ont été ejctorquées depuis trois ans, tout à fait contraires à son autorité. Si le roi les accorde, c'est le plus grand malheur qui puisse arriver, et, s'il les refuse, il est à craindre qu'on n'émeuve quelque sédition pour le contraindre, ainsi qu'on a fait dernièrement, et si le malheur voulait qu'ils vinssent à bout, dans le commencement de la majorité, de quelque chose contre l'autorité du roi, je vous laisse à penser quelles suites on devrait appréhender d'un semblable commencement, ce qui donnerait courage aux factieux de tout entreprendre, reconnaissant facilité à continuer dans la majorité la même conduite qu'ils ont tenue dans le bas âge du roi. Mon zèle me fait peut-être dire plus que je ne devrais, mais, en ce cas, j'en dois être excusé, la cause étant bonne * ... »

On connaît le délicieux portrait qu'a tracé du Roi des halles la plume moqueuse de Retz. En voici un du même personnage dessiné par Mazarin dans la lettre que nous venons de citer, et qui ne le cède en rien à celui de Retz, si ce n'est au point de vue du

• Mazarin à Lionne, 4 juillet 1651. Archives du ministère des affaires étrangères. Lettres de Mazarin, France, t. XXVIII.

218 KNTREYUG DE UONNE ET DE RETZ.

style : » M. de Beaufort est persuadé d'être un Mars et un Adonis, et que, quand il se montre, il trouble le repos des plus belles dames. Il est toujours affairé; il croit que tout ce qui se remue, c'est par ses ressorts et veut qu'on le plaigne dotant de négociations qu'il a sur les bras. Ce que je crois de lui, c'est qu'il n'est pas trop fin, qu'il est trës-vain, fort intéressé, malintentionné, grand trompeur, qu'il a son peuple dans la tête, et qu'il se figure des occupations qail n'a point. Pour le reste, s'il savait parler, il dirait de belles choses. Ce que je vous puis donc dire sur son sujet, c'est qu'il ne faut rien espérer, ni désespérer de lui , et qu'assurément M"''' de Montbazon et La Boulaye lui feront faire tout ce qu'ils voudront. Il est pourtant à propos d'empêcher qu'il se joigne à M. le Prince, lequel s'en pourrait servir utilement en beaucoup de choses * . »

Lionne avait eu plusieurs entrevues avec le coadjuteur, et Mazarin écrivait à son confident de redoubler de précautions pour ne pas se laisser duper. « Je finirai cette lettre, lui disait-il, en vous priant d'être bien alerte avec le coadjuteur et de le faire parler positivement sur ce qui me regarde, car, quand il vous marque le bien de l'État, il se moque, étant certain qu'il n'y a rien qui lui fasse moins de peine que cela. C'est la vengeance et l'ambition qui le font agir, et il ne faut pas donner les mains qu'il satisfasse à ces deux passions, sans que Leurs Majestés y trouvent leur compte et [sans] qu'elles aient la satisfaction de réparer l'honneurd'un fidèle serviteur

.* Maznrtn à Lionne, 4 juillet 1651.

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