‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 77 sur 218 · PERFIDIE DE BETZ ENVERS MAZARIN. SI · texte numérisé non relu

PERFIDIE DE BETZ ENVERS MAZARIN. SI

qui a été, malgré elles, persécuté avec tant de violence, à la vue de tout le monde ^ » Il était un point sur lequel Retz refusait toujours de se prononcer et faisait la sourde oreille, c^était de donner hautement son adhésion au retour du cardinal. « Il faut prendre garde au coadjuteur, écrivait le même jour Mazarin à son agent Bartet, car sa probité est médiocre, et, s'il peut surprendre la reine et Lionne, il ne marchandera pas à le faire. Mazarin me mande qu'il croit qu'il y aurait plus d'avantage à traiter avec Châteauneuf. »

A cette date, le cardinal commençait déjà à se défier du zèle de Lionne autant que des bonnes intentions du coadjuteur. « Je commencerai par vous dire, écrivait-il à Bartet, le 6 juillet, que je prie Dieu de tout mon cœur que la princesse palatine ne soit bientôt à se repentir d'avoir fait la liaison de Lionne avec le coadjuteur et ses associés ; et Mazarin me mande qu'il ne sait pas comprendre par quelle raison on a donné les mains à cela, ayant eu de la palatine de nouvelles confirmations que Lionne n'avait aucune bonne intention pour Mazarin que vous aimez... »

Il parait que, lors des premières entrevues avec Lionne, le coadjuteur, Châteauneuf et M"' de Chevreuse lui avaient nettement déclaré qu'ils faciliteraient de tous leurs efforts le retour du cardinal et que, depuis, ils avaient battu en retraite sur ce point et soulevé mille difficultés. Mazarinsc plaignait amèrement de ce changement de conduite et de langage dans

^ Maznvm à Lionue, 0 juillet Itiol.

aO PLAIHTES DE XAUBIM.

UDe lettreàBartet.enditte du 6 juillet : "... Je vous dirai que toutes les propositioos qui m'ont été faites de la part de M. de Chàteauneuf, du coadjuleurcl de M" de Chevreuse consistaient précisément en tout ce, que vous et la princesse palatine pouviez souhaiter pour mon avantage, et d'en donner toutes les sûretés que la reine et moi aurions demandées, parce que nous étions persuadés que, pour nous gagner, on en devait user de la sorte, et qu'après les infidélités du coadjuteur, on ne se fierait qu'abonnes enseignes en lui et en ses amis. Cependant je vois, par ce que Lionne m'a dît. qu'il avait trouvé Chàteauneuf et le coadjuteur fort froids pour ce qui concernait mes intérêts, avec un très-grand étonnement, ou que cela est faux, nV ayant pas apparence qu'après lesdites propositions , on en fasse de moindres k un homme qu'ils devaient croire intéressé et passionné pour la reine ; ou qu'étant véritable, M. de la Vieuville (un des négociateurs du cardinal) se devait retirer encore plus froidement, afin de faire connaître au coadjuteur qu'il ne prenait pas le biais... » Hazarin terminait sa lettre en disant que le coadjuteur avait soulevé des montagnes de difficultés, afin que la reine se content&t de peu de chose en faveur de son ministre exilé, u A mon avis, disait-il k son confident. Lionne, s'il eût eu bonne intention, devait commencer par dire (au coadjuteur) : « On a offert de votre part telle et Icllf chose k Mazarin; voyons un inii !>-» siuetèsquc vuiii nous donnerez pour cela. » (■•' i|iii, ^e iiio sembU-, était fort naturel; mais je irnis, par ic ijuc m'a dit Lionne, qu'on a honte de parler di> l'intérêt de Jlft-

NOUVEAU PROJET d'aRRÊTER CONDÉ. 221

zarin, et particulièrement de la part de la reine... » « Servien aurait bien pu repartir (au coadjuteur), sur ce qu'il avança (chez M"" de Rhodes) des difficultés extraordinaires pour le rétablissement de Mazarin, que la reine serait étonnée, comme lui Tétait aussi, de ce qu'il disait, puisqu'il y avait quinze jours que lui (coadjuteur), M"* de Chevreuse et Ghàteauneuf avaient cru la chose si facile ^ » Le 8 juillet, Mazarin écrivait à Le TeUier : « M. de Lionne m'écrit qu'ayant vu le coadjuteur et M. de Ghàteauneuf, il n'avait pas eu grande satisfaction sur mon sujet, et cependant ils m'ont fait faire les plus belles propositions du monde... » « Quelqu'un m'écrit, disait-il confidentiellement le lendemain, dans une lettre à la princesse palatine, dont il ignorait les relations intimes avec Retz, quelqu'un m'écrit que le coadjuteur avait offert à Lionne de s'en aller loin, sur quelque prétexte. Ce ne serait pas une méchante affaire, car on se pourrait bien accommoder avec Ghàteauneuf,. »

L'adroite princesse n'était pas de celles qui enveniment les choses, mais qui les adoucissent. Aussi ne parait-il pas qu'elle ait communiqué au coadjuteur ce mot, qui était de nature à tout perdre. C'est elle qui était allé le chercher au fond de son cloître, et elle n'avait pas eu de peine à le ramener sur la scène. L'intrépide prélat se piquait d'honneur de jdisputer de nouveau le pavé au premier prince du sang. Il fit offrir son concours à Mazarin par Lionne pour une nouvelle arrestation de Condé, pourvu

• Mazarin à Bartct, tf juillet 1651.

â!2!2 HKTZ PROPOSR D ASSASSINRR CONDK.

qu'elle eut lieu au palais du duc d'Orléans. Il lit la même offre à la reine, dans une entrevue nocturne au cloître Saint-Honoré, mais la princesse refusa ce mode d'exécuter ce projet. Retz dans ses Mémoires joue Tétonnement, en disant qu'il n'a pu découvrir la véritable cause de ce refus, et il prétend que la reine lui conseilla de s'entendre avec le maréchal d'Hocquincourt , qui avait proposé d'assassiner lo prince dans une rue. Relz,en train de broder, ajoute qu'il vit d'Hocquincourt le lendemain, qui lui dévoila l'offre qu'il avait faite à la reine de se défaire de Condé, et que lui, Retz, en eut hon*eur. Enfin, il assure que la reine, informée de son refus à quelques jours de là, aurait dit à Senneterre, à propos de rien : « Le coadjuteur n'est pas si hardi que je le croyais. »♦ Ce qu'il y a d^àpeu près certain, c'est que la mémoire du maréchal d'Hocquincourt reste moins particulier rement chargée de cette horrible proposition que celle de Retz.

Voici ce que Mazarin répondait à Lionne sur l'offre faite par le coadjuteur d'arrêter de nouveau M. le Prince : «...Les considérations que vous avez faites à M. le coadjuteur sur la proposition de s'assurer de la personne de M. le Prince sont trës-fortes, et vous aurez pu apprendre de M. l'abbé Fouquet que je lui parlai en la même conformité. Je m'arrêtai encore davantage à lui faire connaître les inconvénients que l'on devait craindre avec beaucoup de fondement dans l'accommodement avec les Frondeurs, lesquels, n'y ayant pas apparence qu*ils puissent changer de leurs maximes, d'autimt plus ils seraient accrédités et puissants, il y aurait plus à craindre pour Leurs

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