CONSEILS DK MAZARIN A LA HEINE
Majestés et leurs fidèles serviteurs. Et en mon particulier, je vous suis obligé de la considération que vous avez faite que M. le Prince s'étant déclaré contre moi, il paraîtrait que la résolution de l'arrêter fût venue de Briilh. . . Et sur ce que vous me mandiez que vous aviez déclaré à M. le coadjuteur de la part de la reine que, nonobstant les considérations que vous me marquez, Sa Majesté donnerait les mains à faire arrêter M. le Prince, pourvu que ce fût dans le palais d'Orléans, je vous dirai librement que je ne vois pas quel avantage Sa Majesté tirerait de cela, si le coadjuteur vous prenait au mot, car ce ne serait pas une sûreté pour leur conduite à Tavenir. Il pourrait arriver qu'ils se rendraient maîtres de M. le Prince, ce qui serait très-préjudiciable à Leurs Majestés et un plus grand malheur pour ledit prince même. On dirait partout que ce n'aurait pas été ]e bien de l'État qui aurait obligé la reine à le faire arrêter, et que, pour se raccommoder avec M. le duc d'Orléans, elle l'aurait sacrifié à la vengeance des Frondeurs outrés contre ledit prince à cause des choses qui se sont passées. Enfin, je respecterai toujours la résolution que Leurs Majestés prendront, mais dans la conjoncture présente des affaires, voyant qu'on ne peut prendre aucune sûreté sur les promesses des Frondeurs, et que c'est un échange trop désavantageux [que] celui de donner des effets pour avoir des paroles, je crois que c'est un moindre inconvénient, ainsi que je vous ai mandé, de vivre le mieux que l'on pourra avec M. le Prince, que non pas se mettre en état de recevoir la loi des autres, puisque de cela les Espagnols ne tireraient