INVENTIONS DE RETZ DANS SKS MÉMOIRES
pas un moindre avantage que d'une levée de boucliers de mondit sieur le Prince. Je vous ai écrit dans les mêmes termes et je vous réponds que mon intérêt particulier n'aura jamais la force de me faire parler autrement que je ne dois.
(( J'eusse été bien aise de savoir les motifs qui ont obligé la reine à prendre la résolution de faire savoir au coadjuteur qu'elle ferait arrêter M. le Prince pourvu que ce fût au palais d'Orléans, et je vous avoue que je suis en grande inquiétude, craignant que les autres n'y donnent les mains, s'ils sont maîtres de l'esprit de Son Altesse royale, comme on voit, car il me semble qu'en cela ils ont tout ce qu'ils peuvent souhaiter *...» Il résulte de cette lettre que plusieurs points obscurs jusqu'ici en tirent un éclaircissement décisif. Dans les premiers moments,' Mazarin ne voulut pas prêter les mains à l'arrestation de Gondé, soit chez le duc d'Orléans, soit de toute autre façon ; la reine avait consenti d'abord que les princes fussent arrêtés, pourvu que ce fût chez le duc d'Orléans; elle ne revint sur ce projet qu'après avoir reçu les prudentes instructions du cardinal. Que penser dès lors de la véracité des Mémoires de Retz, qui soutient que la reine refusa tout d'abord de laisser arrêter le prince chez le duc d'Orléans et que le cardinal bl&ma, « même avec beaucoup d'aigreur >^ y ceux qui lavaient empêchée de prêter les mains à cette proposition '? C'est tout le contraire qui eut lieu.
* Mazarin à Lionne^ 10 juillet 1651. Archives des affaires étran^rres. France. Lettres de Mazarin, t. XXIX.
• Mémoires de Hetz, édition Hachette, t. III. p. 347.
MAZARIN CONSEILLE D'aRRÊTER GONDÉ. 225
Retz ajoute, avec aussi peu de vérité, que le cardinal, enthousiasmé d'une telle ofTre, pressa la reine, dans la même lettre, de lui faire expédier sa nomination au cardinalat. Nous n'avons rien vu de semblable dans les lettres de M azarin à cette date, et les Mémoires de Retz sur ce point sont un véritable roman.
Dans une lettre, sans date, que nous avons trouvée aux archives du ministère des aifaires étrangères, mais qui est placée entre deux lettres datées du 10 juillet, Mazarin revenait sur ses pas. Il donnait à Lionne ses instructions secrètes, son dernier mot sur le projet d'arrestation de Condé. Il conseillait, avant tout, de ne pas le faire arrêter dans le palais d'Orléans, car c'eût été le mettre à la discrétion des Frondeurs, qui se seraient rendus de la sorte maîtres du pouvoir. Mais il engageait Lionne à le faire arrêter au Palais-Royal, chez la reine, en obtenant du duc d'Orléans un écrit par lequel il approuverait cette mesure ^ Mazarin, pour en venir à une telle extrémité, avait appris sans doute alors que Condé était entré en négociations avec les Espagnols pour un traité, et qu'il avait formé le projet de se rendre maître de la personne du roi.
Cependant le coadjuteur, non content de disputer le pavé au grand Condé, lui portait des coups terribles dans une foule de pamphlets qu'il dictait à ses secrétaires avec une intarissable verve ou qu'il inspirait à ses amis et à des libellistes de profession. Cette guerre d'écritoire à laquelle le prince, tout
* Archives du ministère des affaires étrangères, France. Lettres de Mazarin, t. XXVIII.
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Spirituel qu'il était, se sentait peu propre, et à laquelle il ne riposta que faiblement par des plumes mercenaires, dura trois ou quatre mois. Elle ne laissa pas de lui être aussi importune que nuisible. Pendant ce temps, le coadjuteur, avec la plus intrépide audace, et souvent accompagné de quelques centaines de ses partisans, allait braver M. le Prince jusque dans Tenceinte du Parlement.
Du fond de son exil, Mazarin ne cessait de se plaindre de l'attitude équivoque du coadjuteur et de Chàteauneuf à son égard. « Vous saviez, écrivait-il à Lionne versle 10 juillet*, la proposition de M"'de Chevreuse, ce que m*a envoyé dire le marquis de Noirmoutier, les propositions que Laigues a faites à Paris à quelques personnes qu'il a cru de mes amis; ce que m'a envoyé offrir par Brachet M. de Chàteauneuf et ce que Tabbé Fouquet m'a dit de la part du coadjuteur. Tous m'ont parlé de mon rétablissement auprès de la reine^ non pas pour entrer dans le conseil, car ils m'ont déclaré que cela ne se pourrait d'abord, sans pourtant laisser d'avoir part à toutes choses, hors cette formalité à laquelle on pourrait donner ordre avec le temps... Et aujourd'hui quel est leur langage? Je vois que (M. de Chàteauneuf et le coadjuteur) vous ont répondu que , l'autorité étant rétablie, la reine et Son Altesse royale en parfaite intelligence, on tâcherait, quelque temps après, de me faire aller ou à Brissack ou à Sedan. Voilà tout ce qu'ils vous ont dit de plus favorable pour moi, et il me semble que vous aviez beau champ
* Archives du ministère des affaires étrangères, France . Lettres de Mazarin t t. XXVUL Lettre non datée.