AMBITION DE RETZ
dont il n'a pas jugé à propos de nous faire confidence dans ses Mémoires,
Né avec une ambition sans bornes, Jean-Paul de Gondi se proposa deux buts principaux pendant la Fronde, Tun d'être cardinal, l'autre premier ministre. Il avoue sans hésiter dans ses Mémoires la première de ces prétentions, parce qu'elle a été couronnée de succès, mais il nie constamment la seconde, afin de s'épargner la honte d*un aveu trop pénible à son orgueil. Il a mis tant de soin et tant d'art à la couvrir d'un voile épais aux yeux de ses contemporains , que nombre d'entre eux , parmi lesquels on est surpris de rencontrer La Rochefoucauld, l'ont cru sur parole et se sont imaginé qu'il n'eut aucun dessein formé d'arriver au pouvoir, qu'il ne conspira que pour le seul plaisir du jeu, que pour satisfaire sa vanité de chef de parti. Plus clairvoyant, Mazarin fut du très-petit nombre de ceux auxquels Retz ne put en imposer sur ce point et qui pénétrèrent le plus avant dans les plis et les replis de sa pensée.
C'est à partir du moment où Retz eut l'espoir certain de succéder un jour à son oncle, Jean-François de Gondi, en qualité d'archevêque de Paris, qu'il donna un plein essor à son ambition. Deux de ses grands-oncles, Henri et Pierre de Gondi, évêques de Paris tour à tour, étaient parvenus au cardinalat ; il résolut d'être cardinal comme eux, mais dans le dessein de s'élever encore plus haut. Depuis que Richelieu avait jeté un si grand éclat sur la pourpre, depuis qu'il avait désigné lui-même pour son successeur un autre cardinal, il semblait que