CONSEILS DE MAZARIN CONTRE LE CABINET
poursuivait-il, « a détourné des fonds, etc. ; il a révélé tous mes secrets pour me ruiner; il a voulu se rendre maître de toutes les négociations pour n'en conclure aucune, pour empêcher qu'elles eussent une heureuse issue par d'autres mains ; il n'a rien oublié pour dégoûter tons mes serviteurs, mes amis, en les irritant contre moi, etc., etc. *. » Par une lettre en date du 18 juillet, c'est-à-dire la veille du renvoi des secrétaires d*État, Mazarin lui-même provoquait de son côté leur renvoi du cabinet dans la crainte qu'ils prissent trop d'empire, en son absence, sur l'esprit de la reine : « Je vous ai indiqué, écrivait-il à Ondedei, qu'il serait pour le mieux que la reine fît arrêter Lionne, qu'elle éloignât en même temps Servien et Ghavigni et qu'elle changeât le surintendant en conservant M. Le TeUier. Sa Majesté devrait le faire dans son intérêt, lors même que M. le Prince ne lui en aurait pas parlé. Ce coup doit être concerté d'avance avec Chftteauneuf, le coadjuteur et M"* de Chevreuse ; il ne faut pas perdre de temps. Il faut k la fois donner satisfaction au coadjuteur et à M. le Prince en éloignant Servien, Lionne et Le TeUier. Cela obligera M. le Prince à retourner à la cour, et on pourra ensuite engager la reine à prendre contre lui les mesures que Ton a concertées (c'est-à-dire son arrestation). » En même temps il engageait Ondedei à faire en sorte que l'on usât de promptitude et du plus grand secret.
Deux jours auparavant, il avait été d'un autre avis et disait à Ondedei qu'il ne pensait plus à faire arrêter
* Bibliothèque Mniarine. Lettre.^ manuacritfft fie Mazarin^ t. V.
EXIGENCES DE GONDÉ. 231
M. le Prince. Mais il engageait la reine à se débarrasser au plus tôt de Chavigni, « qui était sa bête noire yy^ et lagent de Condé. La reine l'avait fait entrer dans le cabinet lorsqu'elle en avait fait sortir Chàteauneuf. « Le cardinal de Richelieu, disait Mazarin à son confident, déclara, à plusieurs reprises, qu'il ne donnerait pas dix poules à gouver- 'ner à Ghavigni. Le chasser sera très-utile pour gagner le parti de M. de Chàteauneuf et du coadjuteur à la reine ^ » A peu de temps de là, Mazarin obtint pleine satisfaction. Gomme la reine, qui considérait Ghavigni pour un espion de M. le Prince , ne lui confiait jamais rien, et ne le consultait en rien, il comprit qu'il n'avait plus qu'à se retirer.
Cependant Condé ne se contentait pas du renvoi des trois secrétaires ; il voulait plus encore ; il demandait en plein Parlement des sûretés à la reine contre leur retour, et il refusait obstinément d'aller au Palais-Royal. La reine, pour rendre ses torts encore plus évidents aux yeux du public, et pour l'attirer auprès d'elle, afin de le faire arrêter de nouveau, comme le lui conseillaient sans cesse Mazarin et le coadjuteur, fit venir au Palais-Royal une députation du Parlement. Elle lui déclara qu'elle était prête à souscrire à la déclaration qui lui était demandée contre Mazarin ; elle engagea sa parole que l'éloignement des trois secrétaires d'État était sans espoir de retour, et que M. le Prince n'avait rien à craindre pour sa sûreté. Sur cette assurance, à laquelle il croyait peu avec raison, Condé rentra dans
^Mazarin à Ondedei, 18 juillet 1651. Bihl, Mazarine. CotTespon- (fance de Mazarin^ t. V.