‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 88 sur 218 · TRAITÉ SGGRËT DE MAZARIN ET DES FRONDEURS · texte numérisé non relu

TRAITÉ SGGRËT DE MAZARIN ET DES FRONDEURS

et au coadjutenr qu'il disposera Tesprit de la reine en leur faveur \ » Et le 28 juillet suivant, Colbert annonçait à Mazarin cette nouvelle d'un intérêt capital : (( M. de Senneterre m'a prié de vous faire savoir que l'accommodement de M. de Chàteauneuf et du coadjutenr commençant à se sentir dans le monde, le parti qui s'était déclaré pour la reine, dans le Parlement, ralentit beaucoup de la chaleur qu'il avait témoignée, et l'on appréhende même que beaucoup de ceux qui y étaient entrés, poi*tés par la haine qu'ils avaient contre le coadjutenr, ne retournent à M. le Prince *. »

Que s'était-il donc passé entre la lettre de Mazarin du ââ juillet et celle du 28 ? H y avait eu un projet de traité entre Chàteauneuf, le coadjutenr et M"* de Chevreuse d'une part, et Mazarin de l'autre. Le projet écrit avait été envoyé à Mazarin par un courrier du marquis de Noirmoutier, gouverneur de Gharleville, mais il avait été surpris, disait-on, par un détachement de l'armée de Gondé, et le prfnce, pour faire pièce aux Frondeurs, s'était empressé de le faire imprimer et répandre dans Paris à profusion. D'autres prétendirent que Mazarin, afin de brouiller de plus en plus M. le Prince avec les Frondeurs, s'arrangea de telle sorte que le traité fût saisi et publié. Enfin, l'opinion fut soutenue que ce projet de traité n'était qu'une invention de M. le Prince pour ruiner les Frondeurs parmi le peuple en les rendant sus* pects de mazarinisme, de tous les crimes le plus impardonnable. La duchesse de Nemours et M"*' de

^ Bibt, nat. Baluze. Papiers des armoires^ vol. 863, fol. 37. * Bibl. mit. Baluze, Papiers des armoires, vol. 363, fol. 6Î.

240 TRAITÉ SECRET DE BlAZARIN ET DES FRONDEURS.

Motteville, dans leurs Mémoires, donnent ce projet de traité comme authentique, et Victor Cousin se range à cette opinion. Nous sommes pleinement du mémo avis, non-seulement parce que plusieurs des articles de ce document ont reçu leur exécution, mais parce qu'il est question de plusieurs des clauses qu'il renferme dans la correspondance de Mazarin, notamment du projet de mariage du jeune Mancini, neveu du cardinal, avecM"' de Chevreuse. On verra bientôt par divers passages des lettres de Mazarin que le projet de ce traité ne fut pas envoyé au mois d'août, comme on Ta supposé , mais à la fia de juillet. Une nouvelle preuve à l'appui de notre opinion, c'est qu'il résulte d'un fragment du Jour-nal d'un Parisien que l'imprimé fut semé dans Paris pendant la nuit du 3 au 4 août. Quoi qu'il en soit, voici les principales clauses du projet de traité, surtout en ce qui concerne Retz et Mazarin. Le coadjuteur, afin de ne rien perdre de sa popularité, se réservait le droit de pouvoir parler au Parlement et ailleurs contre le cardinal Mazarin, jusqu'au moment où il pourrait se déclarer en sa faveur, sans aucun inconvénient*. En d*autres termes, cela voulait dire que Mazarin se mettait absolument à la discrétion du coadjuteur. Chàteauneuf, M** de Chevreuse et le coadjuteur promettaient de faire tous leurs eifoils pour détacher le duc d'Orléans des intérêts de M. le Prince, mais sans pourtant s'obliger à le faire rompre absolument avec lui, prétendant

^ La duchesse de Nemours signale dans ses Mémoires cette singulière clause du traité, qui rappelle une convention du même gf nre passée entre Mirabeau et la cour.

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