SOUPÇONS DE MAZABIN CONTRE LA REINE
naire, je crois, portera un éclaircissement de toutes choses. Si on laisse approcher davantage le temps de la majorité sans avoir pris aucune résolution, il se faut tenir pour dupé, et croire qu'il n'en saurait rien arriver de bon pour TÉtat, ni pour Leurs Majestés *... ))
Trois jours après, il adressait à Ondedei une dé* pèche des plus importantes dans laquelle il exhalait toutes ses plaintes sur le rôle équivoque du coadju* teur à son égard. La reine, tout entière à ses pensées de vengeance contre M. le Prince, qui Tavait si cruellement outragée, avait été ravie de trouver sous sa main un homme aussi brave que le coadjuteur pour lui tenir tète, et, satisfaite de le voir si déterminé à la venger, elle n'avait rien exigé de lui en faveur de son favori. Cela ne faisait pas le compte de Mazarin, qui voyait poindre un rival dont il redoutait l'habileté autant que l'intrépidité. » Je vous dirai premièrement, pour ce qui me regarde, écrivait-il en italien à Ondedei, que Sa Majesté montre, dans la lettre qu'elle m'écrit, que les choses sont pour aller bien, et qu'elle serait obligée d'en donner la direction au coadjuteur. J'en ai conclu que peut-être celui-ci aura pu l'assurer des bonnes dispositions du duc d'Orléans, puisque Sa Majesté se résout à lui confier la direction des affaires. »
Voici une révélation inconnue jusqu'à ce jour à l'histoire. Comme on le voit, la reine, à cette date, eut sérieusement la pensée de nommer premier ministre le coadjuteur. Est-ce Mazarin qui la détourna
* Mêmes archives ; France, Lettres de Mazarin^ t. XXIX.
DUtECTIOH DES APPAIBES CONFIÉE A RETt, S5I
secrètement de ce projet? Rien n'est plus probable. A supposer que la régente eût investi Retz de ses pleins .pouvoirs, il est évident qu'elle ne l'eût gardé en celte qualité de premier ministre que le temps nécessaire pour ruiner M. le Prince et pour préparer le retour de Mazarin. Il n'eût été, comme nous le dirions aujourd'hui, qu'un ministre de transition, qu'un homme de bonne volonté que l'on prend à forfait pour déblayer le terrain et préparer les voies ft un successeur.
« Je suis demeuré assez surpris, poursuivait Mazarin, que la reine me disant que le coadjuteur est on ne peut mieux résolu à la servir, il ne se soit pas encore engagé h faire la même chose à mon égard ; et pourtant c'est un point des plus essentiels, le coadjuteur ayant été le principal fauteur et instrument de toutes les persécutions que j'ai souffertes depuis les premiers mouvements de Paris.
» Si la reine a cru qu'il suffisait d'un engagement à la servir pour qu'elle ue doutât pas que lecoadjuteur n'en vînt par cela même à s'engager à être mon serviteur, il me déplaît d'avoir à vous dire qu'elle ne s'est pas peu trompée '. L'exemple de Ghavigni est assez frais, lequel promit encore davantage et solennellement par écrit, sans toutefois me vouloir nommer, et, à la suite du temps, on a vu que, non-seulement il ne m'a pas servi eu égard àt' engagement qu'il avait ('envers la reine, mais il u publiquement sollicité lautï*' loiili's surira •[''. personnes contre moi,
I comble le pasisgedei MémoirBi !'■ MatarÎD conuilU lui-mtme à le i>rcini«r m
S5â CRAINTES QUE RETZ INSPIRE A MAZARIN.
Et si le coadjuteur veut faire la même chose, il en aura la facilité et le champ libre, parce qu'il a plus â*esprit, de résolution, et qu'il se trouvera en état d'exercer ces qualités, y étant autorisé par la direction des affaires et en mesure de persuader à la reine tout ce qu'il jugera à propos sous divers prétextes, qui regarderont en appaiencele bien de l'État et le service de Leurs Majestés. Mais la reine, ajoutait Mazarin, a peut-être oublié de m'écrire que le coadjuteur s'était engagé à tout ce qu'elle avait désiré pour mon service, car il me paraît difficile que Sa Majesté puisse avoir oublié de tirer de lui une garantie si nécessaire, afin de pouvoir au moins avec fondement lui reprocher son manque de foi s'il ne satisfait pas à ses promesses. Et c'a été une grande erreur et un effet de ma disgr&ce que Sa Majesté, dans le partage de ses faveurs, particulièrement dans la confiance qu'elle a accordée au coadjuteur, ne se soit pas servie de mes amis pour lui faire connaître les obligations qu'il m'avait des conseils donnés par moi à la reine de se confier à lui, de l'élever et de l'honorer de sa faveur, ce qui l'eût engagé d'autant plus à être sincèrement mon ami. Vous auriez bien pu être mon médiateur avec la princesse palatine, et si cela vous eût paru difficile pour ne pas vous exposer à quelque danger, M. Bartet avec cette princesse aurait bien pu avoir le maniement de cette négociation, ou le maréchal du Plessis-Praslin....; mais voir que le principal directeur de cette affaire soit le maréchal de ViUeroi me fait peine, surtout si c est le coadjuteur qui a fait en sorte que la direction lui en fût confiée, parce que,
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s'il avait eu de bons sentiments pour moi, il aurait, sans hésiter, désiré qu'elle fût remise aux mains de mes meilleurs amis, à ceux en qui j'ai le plus de confiance. Et il peut être que, sous prétexte du secret par lequel ils auront lié la reine de la bonne façon, ils auront fait connaître à Sa Majesté qu'il n'était pas bon que la princesse palatine et les autres eussent connaissance de ce qui se traitait. Et, en effet, je vois que vous ne m'avez écrit aucune chose du fond de l'affaire, particulièrement que Sa Majesté fût résolue à se servir du coadjuteur, comme elle-même me l'a écrit; et, n'ayant reçu non plus aucune lettre de Bartet, je dois croire qu'il n'en avait aucune connaissance, parce qu'il n'aurait pas manqué de me l'écrire ou de me le faire dire par votre entremise. Il était convenable de se servir du maréchal de Villcroi, puisqu'il était déjà mêlé à l'affaire, de la traiter confidentiellement et do passer sous silence ses ingratitudes et les procédés dont il a usé à l'égard de Sa Majesté aussi bien qu'envers moi ; mais de le choisir pour se confier entièrement à lui, à l'exclusion de mes amis, qui ne m'ont jamais manqué, et qui ont tout intérêt à améliorer ma condition, je confesse que cela ne se peut supporter, et que si rétablissement du coadjuteur s'est fait par le moyen dudit maréchal et si Sa Majesté a donné sa confiance à l'un et à l'autre, quand même le duc d'Orléans prêterait son assistance à tout ce que la reine voudrait pour mettre M. le prince à la raison, je sais ce que je dois attendre en mon particulier, nonobstant la continuation de l'affection de Sa Majesté et son désir de me voir dans un meilleur état. »
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Mazarin voulait dire par là que c'en était fait peutêtre pour jamais de son ministère et même de son retour en France, et il ajoutait, en jouant la résignation et le plus noble désintéressement : « Et en vérité, si Tautorité peut se rétablir, et Leurs Majestés l'exercer à Tégard de M. le Prince et du Parlement de manière à n'avoir plus rien à craindre de leurs entreprises, et que la reine jouisse du repos et de la félicité que je lui désire, je serais aussi consolé que possible, quand je devrais être plus persécuté que jamais. »
Et ici, Mazarin, l'esprit agité par les pensées et les suppositions les plus contradictoires, semblait croire à la sincérité des sentiments que le coadjuteur et ses amis lui avait témoignés d'abord, et il accusait le maréchal de Villeroi de les en avoir détournés. « J'ai occasion de croire, disait-il à son confident, que M"" de Chevreuse, aussi bien que le coadjuteur et Ghàteauneuf, ont sincèrement désiré se réconcilier avec moi, ayant tous trois par divers chemins fait toute diligence à cet effet, et la mauvaise fortune a voulu que remettant, comme je le devais, la conclusion de toutes choses à mon retour à Paris, mon avis n'a pas été suivi, comme cela eût été très-facile, il y a trois mois... Mais si la reine ne m'a pas fait l'honneur de bien faire connaître à ces trois personnes combien de fois et avec quel succès j'ai fait les plus vives instances pour qu'elle se confiât pleinement à eux, c'a été pour moi un grand malheur. S'il est vrai que ces trois personnes, et particulièrement le coadjuteur, aient changé de sentiment pour moi, croyez, à n'eu pas douter, que cela est venu
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du maréchal de Yilleroi et des autres qui ont eu le maniement de cette négociation... »
Mazarin ajoutait qu'il espérait que la faveur dont jouissait le coadjuteur auprès de la reine déciderait peut-être le duc d'Orléans à ne plus faire cause commune avec M. le Prince et à se rallier entièrement à la régente. Malgré les sentiments de haine, d'envie et de vengeance dont il pouvait être animé contre le coadjuteur, Mazarin ne se dissimulait pas les immenses services qu'il pouvait rendre à la royauté, et il se plaisait à les énumérer, dans la pensée sans doute que sa lettre serait mise sous les yeux de Retz. Il s'agissait avant tout, sinon d'obtenir sa confiance, au moins de lui faire croire que celle que l'on avait en lui était pleine et entière ; il fallait le gagner à tout prix, pour qu'il consentit au départ de la reine et du roi, départ qui pouvait seul tout sauver. Mazarin fit briller aux yeux de Retz l'espérance de la pourpre et du ministère dans le lointain. « Le coadjuteur, écrivait-il à Ondedei pour que sa lettre fût mise sous les yeux de Retz, qui a été l'un des premiers (s'il est permis de s'exprimer ainsi) qui ont fait longtemps la guerre avec un brigantin à une grande flotte, n'aura pas grand'peine, à mon sens, d'employer avantageusement pour l'État les qualités dont il est doué, alors qu'il pourra s'appuyer non-seulement sur M. de Ghâteauneuf , sur M"*^ de Chevreuse, tous deux irréconciliables ennemis de M. le Prince^ sur un grand nombre d'amis^ mais encore sur l'autorité du roi qu'il aura en main, sur les serviteurs de Sa Majesté, sur tous mes amis, aussi considérables par leur qualité que par leur