AFFAIBE DE LA GARDE CORSE ET DU DUC DE CRÉQUI
de don Mario et di» cardinal Impériale. « Canailles, leur avait dit le ministre des armes, après une rixe où ils avaient eu le dessous, no savez-vous plus TOUS servir de vos carabines ? Faites si bien que dorénavant vous ne soyez plus battus, ou je vous mverrai aux galères ; une autre fois, tuez et faites votre devoir. » Le gouverneur de Rome, le cardinal Impériale, leur avait tenu le même langage. Les Corses ajoutaient que, s'ils avaient pu prendre la fuite, c'était grâce à don Mario qui leur avait fait dire sous main, après TafTaire, que, s'ils voulaient partir, ils ne trouveraient pas les portos fermées.
Cette révélation de Fabbé Strozzi confirma Tambassadeur dans Topinion qu'il avait déjà que rien ne s'était fait sans ordre ou sans connivence. Il résolut de faire une démonstration éclatante contre la cour pontificale et il adressa à tous les ambassadeurs en résidence à Rome une lettre circulaire dans laquelle il leur déclarait que, si le pape avait sincèrement envie de donner satisfaction au roi, il hUait qu'il privât le cardinal Impériale du chapeau, qu'il li\Tàt don Mano à Louis XJV, qu'il fit pendre sur la place Famèse le capitaine, le lieutenant et renseigne do la compagnie corse avec cinquante soldats, et que tous les Corses au service de Rome fussent bannis à perpétuité de TEtat ecclésiastique ; qu il fît également pendre sur la place Navone le l>wigel (chef des archers) avec cinquante sbires; qu'il envoyât en France un légat, choisi par le roi, afin de lui porter les excuses de Sa Sainteté sur l'attentat du 20 août, de l'assurer qu'Elle n'y avait eu aucune part, et de protester qu'Elle n'avait vu
98 LE CAHDINAL Dt: RETZ.
qu'avec un extrême regret que ses ministres en eussent été les auteurs.
Louis XIV, en proie à la plus vive indignation, écrivit au pape une lettre pleine de hauteur et de menaces. « Nous avons envoyé ordre à notre cousin le duc de Créqui, lui disait^il, de sortir hors de rÉtat ecclésiastique, afin que sa personne et notre dignité ne demeurent plus exposées à des attentats dont il n'y a jusqu'ici point d'exemples chez les baj> bares mêmes, et nous avons en même temps ordonné au sieur de Bourlemont, auditeur de rote, de savoir de Votre Sainteté si elle veut approuver ce que sa soldatesque a fait et si elle -a dessein ou non de nous en faire une satisfaction proportionnée à la grandeur de l'olTense, qui a non-seulement violé mais renversé indignement le droit des gens. Nous ne demandons rien à Votre Sainteté en cette rencontre ; mais elle a fait une si longue habitude de nous refuser toutes choses et a témoigné jusqu'ici tant d'aversion pour ce qui regarde notre personne et notre couronne que nous croyons qu'il vaut mieux remettre à sa prudence propre les résolutions sur lesquelles le^ nôtres se régleront, etc. *. » Le même jour, le roi adressa une dépèche circulaire à tous les cardinaux pour les supplier de ne rien négliger afm d'obtenir du pape une réparation proportionnée à Ténormité de Tinjure. N'ayant pas encore appris le départ de son ambassadeur, il lui écrivit, en mômcî temps, par un courrier exti*aordinaire,
• Louis XIV à Alexandn* VII, Saint-Germain, 30 août 1662. Archives du ministère de» afTiiircs étrangères, Rome, Correspondance tic Lionne^ t. V.
AFFAIRi: DE LA GARDE CORSE ET DU DUC DE CRÉQUI. 99
pour loi enjoindre de quitter Rome. « Ne jugeant pas, lui disait-il, que vous puissiez avec dignité pour moi, ni sûreté pour vous, demeurer dans une ville où Ton assassine les ambassadeurs et les ambassadrices, où Ton investit leur palais, où Ton tâche de foire main basse sur toute une nation qui y a souvent mis l'épée à la main pour remettre les papes dans leur siège, je désire qu'aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, vous en sortiez et de TÉtat ecclésiastique, où les mêmes accidents pourraient vous arriver, avec ma cousine la duchesse de Gréqui et toute votre maison, pour vous retirer tous à Sienne ou en quelque autre lieu proche..., et y demeurez jusqu'à ce que je vous envoie ordre de
ce que vous aurez à faire. » Louis XIY lui ordonnait de ne pas prendre congé du pape à son départ, et d*envoyer seulement un de ses domestiques auprès dès cardinaux pour s'excuser de ne pas leur rendre visite, mais en exceptant les cardinaux Chigi et Impériale.
Il annonçait en même temps au duc qu'en attendant qu'il expulsât le nonce de Paris, il lui avait ordonné de se rendre à Meaux, pour le mettre en sûreté contre le ressentiment de ses peuples ^ Il avait même été question dans le conseil de renfermer à Vincennes. En recevant de la bouche du comte de Brienne, secrétaire d'ttat. Tordre de quitter Paris, afin de se rendre à Meaux, monsignore Piccolomini, qui avait en main des dépèches du
* Louis XIV au duc de Créqui, Saint-Germain, 30 août 1002. Archire» du ministère des affaires étrangères, Ilome, Con-esponfiance de Lionne, t. V.
pape, au lieu de lui obéir, se rendit secrètement à Saint-Germain, et, sur le coup de minuit, força la porte d'Hugues de Lionne, chargé des alTaires étrangères. Il essaya de justifier le pape et ses parents, H protesta que don Mario avait fait tous ses efforts pour faire retirer les Corses, que le pape en avait fait jeter neuf en prison, et qu'il serait fait des coupables une éclatante justice. Il prétendit que ce qu'il disait des bonnes intentions du pape devait suffire pour que Ton révoquât Tordre qu'on lui avait donné de se rendre à Meaux. N'ayant pu rien obtenir ni de Lionne ni de Le Tellier, il adressa à celui-ci une lettre de protestation dans un langage aussi courageux qu'élevé : « Je ne puis en aucune sorte, lui disait-il, recevoir du roi une relégation comme une grâce. Ce serait faire tort à la puissance de Sa Majesté de croire qu'un homme innocent, un nonce du papej ne peut être à Paris en sûreté de sa personne. Qu'il me soit donc permis de dire avec tout le respect et toute la soumission possible, qu'il dépend du roi de me faire arrêter et de me faire conduire où il lui plaira, mais qu'il ne dépend pas de moi de m'y soumettre, ne le pouvant faire à moins que j'en aie la permission de Sa Sainteté, ou qu'il paraisse que j'y aie été contraint. Le roi ne saurait attribuer cela à manque de respect et d'obéissance ; j'en témoignerai toujours une trèsprofonde à Sa Majesté en mon particulier par mes très-humbles serv^ices ; mais elle est trop équitable, pour commencer par punir un nonce d'une affairo de pur hasard, après (jue le pape s'est déclaré de vouloir chîUier les coupables, et qu'il a déjà coni-