AFFAIRE DE LA GARDE CORSE ET DU DUC DE CRÏ^:OUI
mencé à le faire. J'espère que Votre Excellence me plaindra en cette occasion et qu*elle voudra bien protéger un serviteur qui lui est entièrement acquis. »
Mais ni cette lettre, ni les bons offices que rendirent au nonce les ambassadeurs étrangers, ne purent détourner le coup. Lionne lui intima do nouveau Fordie du départ. Il fallut céder à la force. Monsignore Piccolomini partit le même jour. Mais, pour ne pas avoir l'air de consentir à une relégalion^ il s'arrêta à Saint-Denis.
Comme la cour de Rome, sous le faux prétexte de protéger la personne de l'ambassadeur contre ^les excès de la populace, avait fait garder toutes les avenues du palais Famèse, Louis XI Y voulut que Ton traitât le nonce de la même manière. Au lieu de se retirera Meaux, il continuait à séjourner dans les environs de Paris, changeant tous les jours de demeure, afin de se soustraire aux mesures violentes du gouvernement français. On donna ordre à un maréchal des logis de mousquetaires d'aller se poster devant sa maison avec trente ou quarante cavaliers, de surveiller ses moindres démarches et de ne le perdre de vue ni jour ni nuit. Importuné par cette escorte incessamment attachée à ses pas, monsignore Piccolomini fit demander des explications aux ministres du roi, qui répondirent, en jouant la surprise, qu'ils ignoraient ce que ce pouvait être. Il interrogea, à son tour, le commandant de la troupe qui lui repondit d'une manière évasive qu'il était gentilhomme et qu'il était venu avec quelques amis pour protéger sa personne contre la
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fureur de la populace, mais qu'il ne pourrait se faire connaître à lui que plus tard.
Le nonce, voyant que Ton dissimulait et que Ton ne tenait aucun compte de ses demandes d'explicationsy n'eut plus d'autre parti à prendre que de se résigner à ce fâcheux voisinage.
Sur ces entrefaites, le roi fit notifier à tous les gouverneurs de ses provinces et à tous les princes catholiques, sauf à l'empereur Léopold P', avec qui il avait l*ompu toute correspondance, une relation de cette affaire.
Cependant le notice, ayant reçu du pape un nouveau bref pour le roi, daté du 28 août, et de nouvelles instructions, sollicita de Lionne une seconde entrevue. Elle eut lieu à Suresne. Ce bref^ plein d'expressions affectueuses pour le roi, ne contenait pas plus que le premier d'explications satisfaisantes, mais le pontife offrait au roi d'écouter favorablement les demandes qu'il pourrait élever de nouveau. Le bref était accompagné d'une lettre de la reine Christine à Louis XIV, d'une dépêche du cardinal Chigi à Lionne, el d'une relation, dans lesquelles la vérité était entièrement faussée et la cause de la querelle uniquement attribuée aux provocations des Français. On allait même jusqu'à dire que, lorsque les Corses avaient fait feu sur le carrosse de Tambassadrice, ils ne l'avaient pas reconnue, attendu qu'il était nuit et qu'elle marchait sans flambeaux. Rien n'était moins exact qu'une telle assertion puisque l'attaque sur le palais Farnèse avait eu lieu à six heures du soir, qu'il était encore prand jour et que le cardinal d'Esté avait pu roce-
irTAIBK tlE LA tiAUDF. f.OHSE ET DU DUC W. CBÉOll. 1(13
Toir **o» lumièi^ la duchessi\ à la (ksconte do son
rUTOSM.
Le nanr*', homme habile, hardi, insinuant, fit tdotrdt'soD mieux les explications qui lui étaient mnféea de Rome; maïs Lionne, rompu depuis longtemps AUX atTaJres. et dont l'esprit n'était pas amas vif et moins pénétrant, ne se laissa pas surpnndiv par les paroles captieuses de monsîgnore Knelomiai. Il soutint, ce qui était vrai, qu'il avait Mnuns des preuves t^ue l'attaque des Corses avait •iKea, non pas fortuitement, mais sur des ordres hraelsdoQnéatjuinzu jours auparavant, et il rappela i&iiaiici< que lui-mt'me avait menacé les Français fcee nulbeiir, ce qui prouvait avec la dernière éviimtt U préméditation. Il ajouta que. pour une of- Enae bien moindre, le roi avait été sur le point tir ttdver la ^erre à une paissante ronronne; qu'il ■e^semil jamais à un acrommodomenl sans une rtpmlion éclatante et proportionnée à l'outrage; ^ les Corses, ayant tous pris les armes pour innrtir In {wlais, étaient tous également criminels, (t qu'il DO pouvait y en avoir d'innoi-ents parmi «: ipie rependant aucun d'eux n'avait subi la ItÔK rapilale que méritait un tel crime; que les ittoIlM faites aux Corses par les Français étaient hopU^èrefl pour justifier un crime aussi atroce; VM«kiÎQ lie punir les pltis coupables, on les avait 'ulévsder: que le roi ne pouvait se payer de la ■lomiiiaiion dérisoire d'une commission de cardî- 'isux puiir ju^er des assassins qui avaient pris la foilft; qii(5, si l'ambassadeur avaitqiiitté Rome, c'est quil n'y avait plus de sûreté pour sa personne,
^ CABUINAt. PK Rm.
taiil que le pape ^antrrail celle Iroiipe de bandits. Enfin. Lionne déclnrajt nu nonce qu'Alexandre Vil aurait te (*hoi\. ou do n'avoir plus d'ambassadeur français il Home, ou plus de Corsos à sa solde.
Lionne, pressé de s'expliquer sur les réparations exigées par le roi, ne s'ouvril que sur trois poiuls ; ehàtimonl exemplaire des eoupubles; satisfaelion éolatanle en réparation de l'injure, mais sans la dé* signer; bannissement à perpétuité des Corsos dé l'Klat romain, seul eompatihle avec la sùrelci d'un ambassadeur de France. Le nonce s'étant plaint da sa relégitlion à Meaus:, comme d'une <'hose sans exemple. Lionne lui répondit froidement qu'il ii'f avail jamais eu non plus rien de comparable rallentat du âO août, et qu'au surplus cette prà« tendue relégation dont il se plaignait n'était que pour proléger sa vie contre rindigiiation du peuple,
A la suite de cette conférence eut lieu une détî.* bération du conseil sur les satisfactions que l'on pourrait exiger de la cour de Rome. On s'arrélft d'abord aux suivantes : Knvoi d'un nunca oxtraordi» naire au roi, pour lui faire des excuses de tout c* qui s'était passé, et lui témoigner le profond déplaisir que le pape en avait ressenti ; Envoi du oai» dinnl Chigi, neveu du pape, et d'un grand numbra de cardinaux pour complimenter l'ambassadeur et l'ambassadrice, de la pari du l'ontife; Supplice paf la potence, sur la place Navone, aprts amende buno' rablt-, des officiers corses présents à l'attentat, et d vingt des soldats corses les plus coupables ; coadam* n&lion aux galères de vingt autres; Décret du papa pour déclarer In nation corse inhabile A porter )
AFFilll): DE LA GAIITIE CORSE ET tHI DIIC HE CBKljri. U);>
amifs dans Rome. & cause de l'alteiilat du 20 août : tin-i-tion, dans l'aDcien quartior des Corsos, d'iiiio . {itramide, avec une inscription contenant In sulisiniifi- du décret rendu contri' eux '.
En adressant la liste des satisfacliouK qu'il demUiiRit, le roi autorisa &on ambassadeur à se relftàer sur quelques-unes, en échange de quelque (Oncessiou considérable que pourrail lui faire le pipe, telle, par exemple, que la restitution de l'État le Castro au duc de Parme qui. à la suite d'un émirent fait au gouvernement rumain, sous Urkiin VIII, avait été incaméré à cette époque, et Utu la restitution des vallées de Commachio au Iw de Modëne, saisies comme gage pour une cause Mièlable. Louis XIV et l'Espagne, par le traité des Pninées, s'étaient engagés à faire rendre ces deux pnviares i leurs légitimes souverains.
IW« que la nouvelle du départ de Rome de l'am- Uasodeur fut connue en France, le roi envoya tuin au nonce de quitter sur-le-champ le royaume (13 septembre). Cet ordre lui fut notifié par un lieuiMantdes gardes, qui le lit partir brusquement et TMcorta à petites joumécH, jusqu'aux frontières de Il Savoie, avec une compagnie de mousquetaires, m* lui permettre, pendant ce long trajet, d'avoir linoindre commerce avec qui que ce fAt. Los mousfitteirea obligèrent monsignore Piccolomini à faire ^ tieneti par jour, et tous les soirs ils lui faisaient initier le grand chemin sans lui dire où l'on s'arré-
■AfctiiM du minUlAre des affain
teraii la nuit. Le 14 septembre, Tambassadeur de Venise ayant voulu lui parler, les mousquetaires s'y opposèrent et ne finirent par y consentir qu*à la condition qu'ils s'entretiendraient en leur présence et en français.
Avant son départ, le nonce avait pu faire parvenir un nouveau bref du pape et une lettre de Christine de Suède adressés au roi, ainsi qu'une dépêche du cardinal Chigi à Lionne. Le pape se bornait à déplorer le départ précipité de l'ambassadeur de France et à supplier le roi de ne pas ajouter foi aux calomnies de o^ux qui ne cherchaient qu'à mettre la désunion entre le Père et le Fils. Christine renouvelait tous ses témoignages de partialité en faveur de la cour de Rome et rejetait de nouveau toutes les fautes sur l'ambassadeur et sur les Français. Quant au cardinal Chigi, il soutenait que, plus le pape avait montré de bonnes dispositions à satisfaire l'ambassadeur, plus celui-ci avait soulevé de difiicultés et porté les choses à l'extrême. Il faisait monter à plus de mille hommes les arme* ments qu'il avait ordonnés ; il lui attribuait de prétendus ordres pour des levées de cavalerie et d'infanterie ; il le montrait, à la tète d'un corps d'armée, prêt h saa*ager Rome qui, disait-il, était remplie de terreur et de confusion. Il ajoutait que le pape, préférant la sûreté du duc de Créqui à celle même de ses sujets, avait éloigné du palais Famëse le corps de garde des Corses; que. loin d'avoir à oraindri» d'être assiégé, l'ambassadeur avait, par ses menaces et ses levées, répandu Tépouvante dans Rome ; que le pape, afin d'empêcher ces levées