CHAPITRE III
A>-FAIH£ DE LA GARDE CORSE ET DU DUC DE CRÉQUl
{sttite)
Cependant la cour de Rome, voyant que les chose» s'a(|[gravaient de jour en jour, et montrant une extrême répugnance à s'adresser au duc de Créqui, proposa tour à tour à Louis XIV, comme médiateurs, la reine de Suède, la République de Venise, Ferdinand II, grand-duc de Toscane, et le roi d'Espagne; mais Louis XIV ne voulut accepter ni les uns ni les autres. Le duc de Créqui^ par ordre du n)i, fit entendre à Rome, par l'abbé de Bourleiiiont, <iue, toutes les fois que des propositions raisonna- W«» loi seraient faites, il se prêterait volontiers à un accommodement et entrerait eu pourparlers avec un envoyé du pape ayant toute sa confiance.
Le duc avait reçu des instructions d'après lesquelles le pape pouvait choisir entre deux systèmes de satisfactions à donner au roi (S6 septembre). Par le premier, le roi lui demandait la restitu- (JOD, au duc de Parme, de TËtat de Castro, et des vallées de Coromachio au duc de Modène, movenuant quoi il n'exigeait aucune réparation pour luimême, mais des sauvegardes à Tavenir pour ses
l!2b Ltù CARDINAL Dt) RETZ.
(imbassadeurs et ceux des autres princes, réglées du consentement du sacré collège, et, de plus, une réparation pour les dommages causés au duc Cesarini. La seconde combinaison comprenait huit articles : 1' Relégation de don Mario à Sienne pour six années ; T envoi en France du cardinal Chigi, en qualité de légat, pour porter au roi les excuses du pape, et lui demander pardon au nom de tous les me: libres de la famille des Chigi ; 3° procès intenté au cardinal Impériale, et son expulsion du sacré collège, avec privation de la pourpre; 4° bannissement à vie du barigel (chef des archers); 8" érection, dans l'ancien quartier des Corses, d'une pyramide comraémorative de leur attentat et de rincapacité perpétuelle de leur nation à porter les armes dans Rome ; & garanties pour la sûreté des ambassadeurs;?® réparation des dommages causés au duc Cesarini ; 8* excuses à faire à l'ambassadeur et à Tambassadrice par les parents du pape^
Par une dépèche chiffrée, Lionne laissait à Tarnbassadeur la liberté de se relâcher sur les deux articles relatifs k don Mario et au cardinal Impériale, que, suivant lui, on ne pourrait obtenir que les armes à la main. Il lui donnait pouvoir de ne pas exiger la relégation à Sienne de don Mario; mais de demander celle du cardinal Impériale, pour dix ans, dans une ville de TÉtat ecclésiastique, au lieu de le dépouiller de la pourpre. Il ajoutait que le roi renoncerait même absolument à ces deux articles, si le pape accordait deux grâces qu'il avait
I Minute de la maiu de Lionne, t. V de sa Con'espondanct.
irUBE su L\ G
i:uRSK ET Df »UC l'K CMKOUI.
Musée» jusqiie-là : les bullos du i'iirchflvèi'hé de Hfims nu cardiiisl Aiitoiue, et celles de l'abbuye de r.luDy au cardinal d'Ksto'.
Lu papo ft la «-ongrégation d'Ëtat. dans la ci-ainte ijiK l'envoyé lie Romo aupl'^!< do l'nmbassadeur dp FrtDcp De reçût .rjuelque atFrunt, furent d'avis de Inuter Infraire par dépêches ; mais le duc de Oéqui *T npltusa formellement ituiir ne pas se eunsiimer lions ips limtenrs d'une correspondance. Sur les inslMres des ministres étrangers, le gouverneraHut romain fiuil par céder cl lit l'hoix de l'abbé Huipi|!:liosi . neveu du cardinal de ce nom, qui, plus (■rd.fnt pape suus le nom de Clément IX. Il n'était ]"irt(iur (pu- d'une simple lotirc du cardinal Chigi à iimliassAdeiir, pour lui demander quelles étaient li'i'inlpiiliuns du roi. Il avait ordre d'olîrir verbalc- "«ilaii duc de Créqui. que si les Corses, prisonniers à Mome, étaient reconnus coupables, il en "Tait fait justice exemplaîiv, et, afin de proaver lof Ips minisires de Sa Sainteté n'avaient eu au- '■«n* part à l'altenlat du 20 août, que le pape donni-fait à M. de Bourlemont toute liberté de faire "ii-m^mr ime enquête.
I.I' dm- de Créqui reçut avec hauteur l'abbé Ros- Miosi, repoussa avec dédain les offres dérisoires ■Pilliii faisait, dit qu'il ne traiterait qu'avec un l'DViiyéqui lui apporterait des satisfactions eonvewble», cl d^rlara que les procédés do la cour de ""nie étaient tels qu'ils (iuiratent par lasser la pa- ''?Dce du roi, qui laisserait enfin éilater ses ressen-
tapitifùnii-r île Liiinnr, l. V. Paris, ï7 m
liincnts. II refusa mémo do B'ox|iliqiier el congédia l'abbé sans grande cérémoiiie.
Cependant la cour de Rome, pressée do iioiivuaa par les ministres des priuces, par les menacns de l'ambassadeur de France, par la crainte de l'invasion du Comtat Veiiaissiii et les mesures concertée* entre Louis XIV et le roi d'Espagne pour le passa^a des troupes fran(;aises en Italie, se décida enfin à envoyer au duc de Créijui ua secrétaire de la Consulte chargé de pleins pouvoirs. C'était Munsi- (çnorc Rasponi, homme de mérite et d'une in-i croyable souplesse d'esprit, qui, à la suite de sa négociation, fut élevé au cardinalat. Unsponi sa rendit àSan Ouirico (le 18 octobre), auprès du duc de Créqiii, et, par u» habile manège, tout en esqiiH vant de se prononcer lui-même, tout eu protestant sans cosse de l'extrême passion qu'avait le pape àe donner satisfaction au roi. il amena insensiblement le duc à déclarer quelles étaient les répnrations exigées par Louis XIV', L'ambassadeur Iva lui ayant fait connaître, Rasponi joua la surprise, et, les larmes aux yeu\, jura qu'il dounernit su vie de bon cœur pour qu'on en vint à un accommodement. Il déclara quo les demandes de la preuùfere combinaison, timchaiit la restitution de Ca^tru aa duc de Parme et des vuliéos de Commachio au fine de Modène, n'avaient aucun rapport avec l'airairo, et que les ai'ticles concernant don Mario et le l'jirdinal Chigi étaient des conditions trop dure» pour
' Satufaclioni eriijtti fiar lu mi. Snn <Jiiirici>. 19 ocluhra I663> Arr.hiv** Aa rninislAre îles nltitiri-a i'tran]if>rrs. Rome. I. VI dp la Cormpnndanrt -fr Lionnf.
imiRh nt LA bAKlIb COHSi: I^T DU DUC UK CRttfItL. iiV
lepapp. i]ui jamais ii« pourrait se résoudre à sacrilitTM» propres parenls. « Eueoro, dit-il, si l'ou se rontfnUit que le «.-ardiual Impériale fût chassé ; mais de lui ûter la pourpre, c'est vraimonl chose impouible au pap». »
L'ambassadeur éleva la voix , déclara que
LouisXIV prendrait une résoluliou extrême; qu'il
éUil temps que l'ou envisageât les choses k Runtc
autrenient qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, et qu'il
aUaitdunacr pari, lui duc de Créqui, aux ministres
étnngcn des oxigences de son maître. Sur les sup-
plinMions de Monsignorc Rasponi, le duc promit
d« ne pas les rendre encore publiques, mais il lui
dM-Un que si le roi, pendaul sa minorité, afin de
prot^r les Barberini contre les perséculions d'In-
noront X, avait envoyé en Italie deux puissantes
juniées, il plus forte raison agirait-il avec vigueur
des qu'il s'agîssail de venger une injure personnelle.
Le pape et se» ministres, ne pouvant croire à
l'inflesibilité des exigences de Louis XIV, puisqu'il
l«ar donnait l'alliimalivu de deux partis à prendre,
uiïrirent, par l'entremise de Monsigaore Rasponi,
0l afin de gagner du temps : 1* de faire examiner
de nouveau les droits des ducs de Parme et de
SiodèDe, bien que la réunion ou l'incamération de
C»»tro à la Chambre apostolique eût été loasom-
mée par le consentement de tous les cardinaux;
f d'annuler toutes lus procédures faites contra le
dut- Oftarini: 3' do faire enlever tous les corps de
fcarde établis depuis la journée du iO août; 4* de
«'entendre avec l'ambassadeur sur la uiatiicre dout
il serait nn^u à son retour l'i Rome.
130 LE CARDINAL Dk: RETZ.
Quant aux sûretés réclamées par le duc de Créqui pour les ambassadeurs de France, le pape fit répondre qu'il n'entendait point en donner d'autres que celles accordées pour tous les souverains. Au surplus^ pas un mot de réponse à toutes les autres réclamations du roi.
Les offres d'Alexandre furent reçues avec indignation par le duc de Créqui. Il' répondit que le roi demandait la restitution immédiate de Castro et des vallées de Commachio, et non une révision de procès qui pouvait durer cinquante ans. Il ajouta fièrement que, puisque l'on n'avait point d'autres résolutions à prendre à Rome, il ne lui restait plus qu'à rendre publiques celles du roi et qu'à informer les ministres étrangers de b manière dont les faits s'étaient passés.
Monsignore Rasponi, redoutant par-dessus tout cet éclat qui eût engagé les choses d'une manière irrémissible, se jeta à ses genoux pour le supplier de ne point faire cette déclaration ; mais l'ambassadeur, outré de colère, lui déclara que remettre les choses telles qu'elles étaient avant Tévènement c'était aggraver l'outrage et réduire le roi à se faire justice lui-même ; que, si on le forçait à en venir là, il se la ferait de telle sorte que l'on aurait lieu de s'en repentir. Toutefois il accorda un délai de cinq à six jours à Monsignore Rasponi.
I^a cour de Rome, intimidée par les menaces de l'ambassadeur, lui lit offrir d'envover le cardinal (Ihigi en France, en qualité de légat, et lui n>mit eu mi^uie temps une lettre de ce cardinal et un bref
«nAiBL m: la i>
KT I>1! nue DK CMKUtl.
du papv pour le roi '. L'ambassadeur refusa àe les rpreroir al déclara qu'il ne pouvait se cunlculcr de la fveule coDcessîon qm lui était faite; que le bref eonlrp le» Corses ne pouvait suffire, ol que le roi oe céderait ])as sur la (juestion de la pyramide. T>i; dun Mario, du cardinal Impériale, de la [lunition du harige) de Rome, de la sùrelé des ambxsaudeurs, pas un mot de réponse de la part de la cour de Rome. Le duc. de plus en plus outré, menaça do nouveau Monsîgnore RasponJ de rendre publiques li^a demandes du roi ; mais, sur de nouvelles suppliralions, il accorda encore un délai jusqu'à la fin du mois.
Ccitendant le pape, dans le plus cruel embarras. De jKiuvuit se résoudre à infii^er de.s punitions !i »c* porenlB. dont il proclamait l'innocence. Il fil offrir A l'ambassadeur un écrit do la main de don Mario et du cardinal Impériale dans lequel ils pi'ot*-Aleraient qu'ils n'avaient pas eu de part à l'attonlal. Pour toutr réponse, le duc do Créqui menaça de la |>romple rupture de» négociations.
Le papfl ayant de nouveau soumis tiu coiui^toire t'«xanien des prétentions du roi, 11 n'y eitt, k son gnmd «tuutiumcnt, que la demande d'ùler le rba- I a» cardinal Impériale qui fiU mal accueillie tDe étant une trop (frave atteinte portée à la di-
JXé des cardinaux.
L« rardiiial Impériale faisait partie de la cungré- ^(ion d'Klat. Afin d'oiïrir au roi un semblant du
n-fp""''"
concession, la congrégation le remplaça par le cardinal François Barberini, et. demanda au pape de lui ôler ses fonctions de gouverneur de Rome, mais en lui donnant, en compensation, la légation de la Marche (3 novembre).
L'ambassadeur^ indigné de ce que le pape, au lieu de punir ses parents et le cardinal Impériale, songeait à récompenser ce dernier, laissa éclater toute sa colère devant le sieur Rasponi, rompit les négociations et adressa un manifeste à tous les ministres et ambassadeurs étrangers, dans lequel il faisait Thistorique de ce qui était arrivé, déclarait que le roi avait enfin résolu de venger hautement sur la maison Ghigi et sur le cardinal Impériale les outrages qui lui avaient été faits à Rome et qu'il saurait bien démêler l'intérêt du Saint-Siège, pour lequel il protestait qu'il donnerait volontiers son sang, d'avec les intérêts de ceux qui en dissipaient le patrimoine et trouvaient l'impunité sous une autorité dont ils abusaient. Il annonçait en même temps que, pour obéir aux ordres du roi, il allait partir pour Livourne et rentrer en France. 11 avait gardé en main des lettres du roi pleines de menaces contre lesChigi, à l'adresse de la reine Christine et du cardinal de Médicis, doyen du sacré collège. Avant son déjiart, afin d'oiïrayer la cour do Rome, il les publia.
Le pape avait cédé à la demande de la congrégation d'Klat. 11 avait ôlé le gouvernement de Rome au cardinal Impériale, mais pour lui donner en échange la légation dc^ la Marche, avec le litre de légat. Comme ce cardinal n'avait agi, lors de Tat-
AFFAIIE DE LA GARDK CORSE KT DU DUC DE CRÉQUl. 133
tentai, que par les ordres écrits du cardinal Chigi, qu'il avait en main, loin de le punir, on achetait son silence par une récompense éclatante. Toutefois ce n'était qu'une feinte pour établir que, si on le privait du gouvernement de Rome, ce n'était point une punition. Au bout de vingt-quatre heures, le cardinal Impériale se démit de sa légation, ce qui causa une grande surprise dans Rome, où de tels coups de théâtre étaient assez rares.
L'ambassadeur de France s'étant acheminé à Sienne, y reçut la visite de Rasponi, lui témoigna toat son ressentiment de la nouvelle offense faite au roi par les nouvelles dignités conférées au cardinal Impériale, et refusa d'entendre ses explications. Il fit savoir aux ministres des princes à Rome qu'il n'écouterait plus aucune proposition que le pape n'eût promis, par un écrit en son nom, que le cardinal Impériale serait expulsé de Rome.
Le lendemain de son entrevue avec Rasponi, il quitta Sienne et se rendit à Florence, où il reçut du grand-duc tous les honneurs dus à son rang. Ferdinand s'entremit inutilement auprès du pape pour obtenir l'expulsion du cardinal Impériale, et le duc de Créqui, après avoir passé quatre ou cinq jours à Florence, partit pour Livourne afin de sVmbarquer sur des galères mises à sa disposition par le grand-duc et par la République de G«^nes.
Cependant le roi avait reçu, par l'entremise des ambassadeurs de Venise et de Savoie à Paris, le bref dont avait refusé de se charger le duc do Créqui, et par lequel Alexandre annonçait qu'il envcr-
rail au roi le cardinal Chigi en qualité de légat pour lui donner des explications \
Le roi et son conseil, comprenant que, par cette offre, Alexandre VII voulait retirer des mains de son ambassadeur la négociation, gagner du temps et suspendre les préparatifs de l'expédition contre Rome, résolurent de laisser le bref sans réponse. Mais Louis XlV remit aux ambassadeurs de Venise et de Savoie à Paris un Mémoire ou manifeste, dans lequel il déclarait qu'il voulait que l'affaire passât uniquement par les mains de son envoyé à Rome, non par d'autres, qu'il repoussait l'envoi d'un légat du pape, et que ce qu'il voulait, c'était des satisfactions et non des paroles inutiles. Il finissait en disant qu'il ne recevrait le cardinal Chigi que lorsque le pape aurait préalablement consenti à ses autres demandes. Il envoya copie de cette pièce au duc de Créqui par im courrier extraordinaire, et celui-ci la rendit publique et força le sieur Rasponi à désavouer le faux bruit qui avait couru que la cour de France n'insistait plus pour que don Mario fût relégué à Sienne. Le roi, afin de frapper un grand coup qui put effrayer la cour de Rome, suivit enfin le conseil que lui avait donné le cardinal de Retz, de s'emparer d'Avignon. A la requête du procureur général, le parlement d'Aix rendit un arrêt qui portait que le roi, voulant réunir Avignon et le Comtat à la couronne, le vice-légat « serait obligé de communiquer les titres de l'engagement pour y être pourvu ». Cet arrêt fut signifié au vice-légat par
» Bref du 22 octo»»re 1062.
ATTJLIMi: BE LA RAaDK COrSK KT DIT HUC DV. CRÉOII. )33
un simple huisslt-r. Le prélnl répondit qu'il ue pouviil y déférer et i]u'il ne conimisBait dans Avigoon d'uiln souverain que te pape. A peine le peuple de (■('lie ville eut-il oonnaissaneo de l'arrêt du parlement d'Aû, que, se livTaulà des démonstratiuna dc}»!? extraordinaires, il arracha des portes d'Avignon «'t du paJais pontiricAl les armes du pape, du légal et du vice-lépat, pour les y remplacer par celles du rai. Il âc porta eu foule au palais du vice-ir-gal, If^MRimuDt h fH'auds crîs de lui li^xer l'auditeur, le dilaJre et le l>ari§;el. afin, sans doute, de les mettre en pièces; mais un gentilhomme du duc do Mei^ eettr, itauvpmeur de Provence, parvint à apaiser le tumulte en promettant, au nom du vice-légat, que fCi functionnaires seraient par lui représentés toutes les fois que le peuple re.\îgerait. Le vice-légat, ne se «Toyanl plus en sûreté, se vit forcé de demander tlfs gardes au duc de Mercœur pour protéf<;or sa fM^r8onllc.
Cepondaotlerui d'Espagne avait écrit à Louis XIV, Min gendre, par l'entremise de son amhassadcur, le msrqui» do la Fui-nto [iO o<'lobre). pour l'engager à uw>r )« plus longtemps qu'il pourrait de modératiun h l'égard de la cour de Rome, alin de lui donner tout loisir d'entendre raison, et il lui promettait que HÏ, apri;» un délai convenable, elle lui refusait »^sfactinn, il itejoiudrait fi lui pour l'y contraindre par toutes sortes de voies. Afin de hâter par une démonslratiun menaçante le règlement de l'alTaire, il avait accordé le passage pour les troupes friinçjU»es sur le duché de Milan, et donné parole qu'il ne prrudmil jamitis sous sa protection les membres
tM LK CAHIUNAL nK HHT7..
(In la famille Chigi, non pins que le cardiaal Impf*riale. Il venait d'envoyer à Home, en qnalité d'ambassaditiir, don l'edro d'Aragon qui s'y acheminait à pelitus journées. Il lui expédia un courrier extraordinaire, avec ordre de ne point y entrer que le roi de France ne fût entièrement satisfait, un d'en sortir, s'il y était entré, dans le <'as où le dilTérend ne sicraitpasréglé.Deson côté, l'empereur Léopold I", loin d'entrer dans une li^ne que lut avait secrittemnnt fait proposer le pape contre le roi de France, avait trouvé fort mauvais que son ambassadeur h Rome, le baron Matlei. eùl accepté, sans son auUiriuation, le commandement de l'armée du pape, et il l'avait éloigné publiquement de sou service.
Abandonné par le roi d'Espagne et par l'empereur, Alexandre VII n'en résistait pas nvec moins de constance que s'il eùl eu sous ses ordres une armée de cent mille hommes. Pour gagner du temps et dans l'espoir de quelque compUcatioD imprévue qui. d'un moment à l'autre, pouvait surgir et détourner Louis XIV d'une expédition en Italie, il ne cessait d'aller au-devant des négoriations et disputait le terrain pied à pied. Par l'i'utremisp de son nonce k Turin, il avait fait parvenir au roi un mémoire (il novembre), dans lequel il sa plaignait amèrement que le due de i>équi eùl refusé de recevoir du sieur Rasponî le bref pour la légation du cardinal Chigi ; il traitait d'exigence inouïe la demande que le roi avait faite d'un écrit du cardinal Imperiulc et de don Mario, attestant qu'ils n'avaienl eu aucune part à l'afTaire des {lor»es ; enfin, il exagériiil In portée de la deslitu-
«rrAlKE RE LA GAHDR COHSK KT ttV HUC TiK cnËQVI. 137
liwii ik i-ardinal Impériale comme go«v(>pneur de Romp. Le mémoire se terminait par une menace uieipeu déguifiéB d'excommunication. La tour de fnate n'accueillit i|u'avec indignation ce document plem J'artificc et d'exagération.
Ennemond Servien, ambassadeur du roi à Turin,
fui rlur^é de la réponse du roi au nonce du pape en
rrllefllJe (18 novembre). Le roi, dit-il, considèrp
roannu nn outrage que le pape ait donné une
rfrompFnse éclatante à un homme dont il a de-
nundéle châtiment. Un tel mépris de sa personne
nVsl |»K d'ailleurs chose nouvelle de la part d'un
potiliféqui. au moment où le roi le priait de pour-
sDiïfB le cardinal de Retz comme criminel de ièse-
roiJFKté, lui accordait le pallnim, It en est de même
du cardinal Impériale, à qui le pape donne une
haute récompense au lieu de lui infliger une juste
pDoilioti. Répondante la menace déguisée d'e\com-
miiiiicaliuQ, Servien disait, au nom du roi. que « s'il
fallait dan» la suite avoir à essuyer les effets d'une
rotêrc si peu méritée. Sa Majesté s'y résoudrait,
daos la confiance qu'elle soutiendrait en cela la
c&u*t de Dieu, qui défend les assassinats et la vio-
laliua du droit des gens, et qui protfege le droit des
uppriinés et des assassinés». II déclarait que son
mallrv n'écouterait plus rien que le cardinal Impe-
rîsle n'eât été mis préalablement au ch&tcau Saint-
Anfcc; que c'était un préliminaire indispensable de
la reprise des négociations; que le crime d'Impe-
rialp, pour avoir laissé échapper les Corses, alors
qu'il élail jjouvemeur de Rome, était assez prouvé
el sufflsait pour justifier son emprisonnement.
LK CAHniNAL r
« Après tout, dil Servicn en iinissanl, quanJ le» Iroupos <^ue Sn Majnsté vu faire innrrher auruiit passé les monis, ou ne croira peiil-i'tro }iliis à Rome qu'il n'est pas permis d'emprisonner un cardinal qui a malversé dans sa charge et insulté un grand roi, et alors, si Sa Majesté vient à faire proposer d'anti-es conditions que celles dont, par modération, elle a bien voulu se contenter, ou ne les qualifiera peutêtre plus à'miqnes en plein consistoire, et on n'y fora plus l'éloge à' un ittstigaletir ii'as.ta.mnals et d'un /auteur de leur impunité, u
Lo lendemain (19 novembre), le roi dépêcha un rourricrau duc de Créqui pour lui enjoindre de ne plus rien entendre que le cardinal Impériale n'eàl été emprisonné au château Saint-Ange, et de Fair« savoir à Rome que, dès qu'il avait appris la nouvelle offense qu'on lui avait faite de donner une réoompensc à un homme dont il demandait le chàtîmonl. il n'avait plus songé qu'à former les cadras d'une armée pour descendre eu Italie'.
Dans une dépêche conUdentielle au duc de Cré> qui, il lui disait qu'il se contenterait de la relégation du cardinal Impériale et de quelque adouoissoment h l'article de don Mario, mais à la conditirn' qu'il obtiendrait en échange quelques grAces cu»« sidéi^bles, telles que la désincamération de CastrO) une indemnité à la maison d'Ksle pour les valléel de Commachîo et un chapeau de cardinal k la siuipi( demande de la couronne de France. Il lui donnai pourtant tout pouvoir de condure aux autres coi
Il tluv lie L'réitui. 10 u
WAIRK DK H GABnr COHSE ET ni; DUC DE CHÉQUl. 133
tion« qu'il lui avuil indiijiiées el m^me avor la simple nlé^ntion du cardinal Impériale.
Sur ifs instances des ministres étrangers et du Çnnd-dac do Toscane, le pape oiïril d'envoyer ce ' cardinal k O^nes et de là eu France pour qu'il put Ml jii5li&L-r auprès du roi. Le duc de Créqui se trouvait alors à Piso cl sur le point do s'embarquer à Lîvuurne. Il refusa de retarder son dépari et de nprendre lo8 négociations si le pape ne banoissait h nrdia&l Impériale de l'Étal ecclésiastique, après ravoir destitué de sa légation de la Marche. 11 conàpa cette répoDse par écrit et eu envoya copie à M. de fiourlemunt en lui enjoignaut de déclarer Qo'il l'y tiendrait rigoureusement.
CejMndant les membres du sacré collège écrivimili Louis XIV une lettre suppliante pour qu'il se fflarhst de ses demandes rigoureuses à l'égard du cârditia] Impériale, dont ils soutenaient l'innocence. Il) lui Biinonçaieut que le cardinal allait se rendre en France pour lui porter des explications qui ne lui pcraiDltraient plus d'un doulcr, et ils le conjuraieiii dtt ne porter aucune atteinte à la pourpre f*>"iAine Ils adressèrent également à l'ambassadeur oneisutre dépêche pour le prier d'intervenir par ses W'is iiflicea CD faveur du cardinal leur confrère (iO novembre).
I^ cordiual Chigi, de son cûté, écrivit, au nom du jispe, à monsignore Rasponi une espèce de ■nanifpsle dan.i lequel il déclarait que le Souverain Pijulife ne pouvait condamner sans preuve le car- JinnI Impériale, qui était innocent; qu'il ne comprenait pas pourquoi on exigeait qu'il se montrât
LK CARDINAL W. HKTZ.
plus rigoureux envers ce cardinal qu'on ne l'i .. .
en France à l'égard du surintendunl Fouquet, épar-J gné, bioa que coupable, parce qu'il ^•tail membre duj parlement; que S» Sainteté ne pouvait donner im décret contre le cardinal Impériale, ni même écrinj au roi qu'elle lui avait retiré 1^ gouvernement àm Itome, la légation de la Marche, et qu'elle l'avaîlj chassé, parce que tout cela était contraire à lfla{ vérité. Quant à don Mario, la seule concession qu9l fit le pape, fut qu'il ne se trouverait pas ù Rome ailll moment où l'ambassadeur y ferait sa rentrée. |
A ce manifeste, l'ambassadeur de France rM pondit par une lettre adressée à l'abbé Strozzi elj destinée à être rendue publique {Lîvourne, 26 nom vembre). Il demandait que le cardinal ImperîatOti fiU privé de ses charges et banni des États dtt l'Kglise, en attendant qu'on lui fit son procès. Ëd mtïme temps il ordonna à l'abbé de BouHemont ds dire sous main au\ ministres étrangers que le roi faisait en France des préparatifs considérables pou une descente en Italie, Il refusa de recevoir uaa lettre du cardinal Impériale pour le roi, et répondît à celle qu'il avait reçue du sacré collège, en liu déclarant que, si le pape rendait le décret demanda contre ce cardinal, le roi, dans sa maguanimilé 9 par égard pour le sacré collège, y apporterait sain aucun doute de ^runds adoucissements. Toiitofoi le duc témoignait son étonnement de ce que lai cardinaux se montraient si ardents à défendre ui homme qui avait si grièvement olTcnsé le roi, lais dis qu'ils avaient suuiïert, sans la moindre protêt latîon, que le pape eut puni sévèrement te cardinal
AKFAtai: Dl:: LA HAHUL UOBStl KT DU ULX l>K CRËQUI. lil
-M.aldachini, de lu faelion française, en lo reléguant <la.ns un de ses bénéfices '.
Afin d'ollrir au roi un semblant de salisfaction, le r»s»pe avait donné l'ordre au cardinal Inipi^riale df se ^^tirer à Gênes, son pays natal. Il pria le» ambassa- •i«Hr8 de Venise et de Savoie d'informer Louis XIV *^*5 cette détermination, ainsi que d'ime offre d'éloit?rner aussi de Rome don Mario. Le roi refusa do les **»itondre. Le pape et ses parents étaient pressés **'«ii finir pur le cardinal d'Anigon, chargé des **^n^tiire5 d'Kspagno, et par les ambassadeurs de ^^*î»iise, do Florence et de Malle. Le prochain dér*ai-l du duc de Créqui pour la France faisait cumï***endrc qu'il n'était plus temps d'avoir recours ^*"ï subterfuges, aux moyens détournés, et qu'il ■S-llait songer sérieusement aux meilleurs moyens '^''en finir.
i--a congrégation d'Etat se réunit plusieurs fois. ■^He souleva de uombrouses difficultés sur la quos- •■«oii du décret e.\igé par le roi contre le cardinal '(■ïporiule. Au lieu d'un décret, le pape offrit un bref "dressé au roi, dans lequel il lui déclarerait que, pour satisfaire à ses demandes, il avait ôlé à ce 'Cardinal le gouvernement de Rome et la légation '^ la Marche, et que, de plus, il lui avait enjoinl ,** '^e retirer à Gènes pour s'y mettre il la disposi- ''^*» ilii roi et y attendre ses ordres. En réponse à "^•■te offre, le duc de Créqui fit savoir k M. de Bour-
.. ^« cardinal avait enlevé la HUe d'un pâtissier de Rome et ^i( seqiieairée dniia une di: ses villas. Le caa tut Juge maec i ^^« |iar le pa]ie |iour que Mal<lacliiai (Ùl condliuiné pendant St.«mpi à la relégaliuD dans une de ses abbayes.
lemoDt que, si la cour de Rome ne lui donuiiil pas pleine et entière satisfaction, il allait s'einbart|u^ sur-le-champ. Il déclarait à l'abbé qu'il voulait bien se conteuter d'un bref au lieu d'im décret, mais qu'il fallait que ce bref coutUiL expressément : que le pape avait destitué lu cardinal Impériale du (iouvcrnement de Ilome et de lu légation de la Marche et. qu'il l'avait pxilé; que ces actes étaienE lo commenctMnent des justes satisfactions qui étaient dues au roi et qu'il était décidé û exiger. Le duc ajoutait que, si l'on ne pouvait obtenir que le mot e.rilé fût mis dans le bref, il se contenterait de celui de relégué; maïs que, si l'un ou l'autre mot n'y était expressément, il nu lui était plus possible de rien oulendi'e. Un projet de bref fut envoyé au duc de Créqui par la cour de Home, mais il était c^nçu on termes si évasifs qu'il déclara ne pouvoir s'en conteuter. Un nouveau projet de bref fut rédigé de cou-. ccrt entre M. do Rourlemont, In cardinal d'Aragon et lus iimbassadours de Florence et de Venise. Celta fois, ce fut le pape qui refusa d'y souscrire, et l'ambassadeur, à cette nouvelle, annonça au roi qu'il allait s'embarquer et qu'il ue restai! plus qu'un moyen do triompher de la résistance du pape, c'était de lui faire peur d'uue desconte en Italie.
.\iexandre Vil, do plus en plus pressé par In vntdiual d'Aragon et par l'ambassadeur do Venise de consentir enlïn \ ce que le mot relégué U\\. mis dan» le bref, leur répondit que ce serait une entreprisoc sur la juridiction temporelle de la république di Uéues. que la relégatîon étant une peine qui présupH posait proci).>i, sentence et condamnation, il ne
AFCAIBK DK LA (iABDK WHHK KT DU DIX UK CHfcyri. 113
cl«>c.ïderail jamais à faire une chose contre les règles, <iût-il voir périr tonte sa maison et les États do * KglisB désolés de fond en comble; que tout ce *1 «l'il pouvait faire contre le cardinal Impériale était *1^ lui signifier de ne pas quitter Gènes pour y atten- •^ «"o les ordres du roi, et que si, pendantes temps-là. *^»ï voulait lui faire sou procès, il promettait de le l^'Jiiirdes crimes dont il serait reconnu coupable. '-•o son cAlé, la congrégation d'Etat protestait que, *■ «Te cardinal était convaincu d'avoir pris part à attentat dont on l'accusait, le roi n'attendrait pas *-*'>jîtcmps sa punition.
-'\fiu d'avoir l'avis dn sacré collège, Alexandre VII
■■*t un consisluil'e lo dl décembre. Il y posa la
^J**«28lion do savoir s'il était permis en bonne justice
^ *^ condamner un innocent, et il demanda aux cardi-
^■'^^JS leur opiuion par écrit sur la demande que lu
**-*~«linal Impériale fût exilé. Dos trente cardinaux
^**~^sent3 au consistoire, vingt-quatre furent d'avis
J^ •-■ *3 l'on ne pouvait exiler le cardinal Impériale sans
•-* i faire sou procès. Entre les six qui furent d'une
X^inion contraire, le cardinal Odescalchi, devenu
^*^*'X"' I'l"s l-arii sous le nom d'Innocent XI, se lit
^^*ïiarquer par la sienne. Il cita ces paroles de
"écriture ; " Il convient qu'un homme meure
^^**^irtout to peuph'. >j En flallani la passion de
■*— <3«is XIV cl en lui faisant oublier qu'il était né
^**jet de l'Espagne, Odescalchi posa une pierre
** attente pour son futur pontificat. Pendant la
**'^ine séance, le pape fit lire l'arrêt du parlement
^~ -Aix qui le citait à comparaître, dans la personne
**** Son vice-légal d'Avignon, alin de montrer h
14i LK CARDINAL DE RETZ.
quel titre il possédait cette cité et le Comtat Venaissin. Cette leçiture causa la plus profonde émotion dans le sacré collège. Il s'éleva un grand murmure , dit la Relation du cardinal Albizzi ; « tous les cardinaux flétrirent à grands cris (piepia bocca) cet attentat si brutal d'un parlement luque, assez audacieux pour citer devant soi le vicaire de Jésus-Christ, qui n'a pas de supérieur sur la terre, même dans les choses temporelles, d'autant plus que sont assez claires les raisons qu'a le siège apostolique de posséder légitimement cette cité et ce comté. »
Un des cardinaux alla même jusqu'à soutenir la fameuse théorie de Grégoire VII et de Boniface VIII, à savoir, que les papes, dans certains cas, ont le droit de déposer les souverains et de les priver de leur couronne. « Un des cardinaux, ajoute la Relation d'Albizzi, a dit que le pape aurait bien plus de raison à citer devant soi le roi de France, pour qu'il lui explique les raisons qu'il a de posséder le duché de Bourgogne, enlevé par Louis XI à la fille mineure de Charles le Témaire, ainsi que d'autres provinces usurpées, pour lesquelles usurpations les souverains pontifes ont le droit d'excommunier et d'interdire les rois et les royaumes*... »
A la suite de cette orageuse séance, qui avait montré à découvert les éternelles prétentions do la cour de Home, le pape fit rédiger un nouveau projet de bref et l'envoya à monsignore Hasponi, alors
* • Archives du miniutèrc dos affaires éCrangères. Home, C'or/r#fwndance dt Lionne.
UTUUIIB LA UARI»-: COHSK KT DU HUC DK CI)l^:{}L'l. IJ5
» Sicuni?. GH le faisaiil appuyer auprès du duc de Criqui, jwr le. çrnnd-diic, par le rardinal d'AraffOU el l'ambassadeur de Venise. Le duc ne jugea pas ttMtisfartîoit suffisante, et, pour la seconde fois, lu iwfoi-iatioa fui rompue «u sujel de ce même cardîuaL Dp» lors l'ambassadeur de Frante ne sonjçea [tliu qu'à s'embarquRr : mais la mer était si mau- «liiiR qu'il fut obligé de séjourner encore dis ou itoBie jours à Lîvourne.
Ilumplant sur l'approche de l'hiver, sur le peu de runstance da la /uria frnncpxv, sur l'imprévu des pvMKinenls, la «uur de Rome négligea de profiter Aftxf dix ou douze jours pour négocier de nou- »Mu. Le 16 décembre, qwatre jours après la séance dn roDsistoire, elle se contentait de faire pendre un i'.onc et un sbiri-. Le Corse n'était qu'un voleur d« grands l'hemîns ; quant au sbire, il était avéré que c'était celui qui avait blessé le capitaine des ^twiles de l'ambassadeur. Ce qui rendait inexcusable la conduite du ciirdinal Impériale, c'est que, lanl qu'il avait été gouverneur de Home, il avait Linp^ché la condamnation de ce crimiuel, sous prélexledc rinsuflîsance des preuves, qu'il l'avait pris »oos M protection, l'avait fait disparaître et lui avait Aonah du service ailleurs. Comme le crime de ce mîst'rable était trop public pour laisser des doutes, Ac* que Rome eut un autre gouverneur, sans intérrl pnur le protéger, on ne put se dispenser de le punir'. Après quatre mois de formalité» judiciaires,
• Voirl» RrMi'xt iFp r»l,l>« Ri.(;nJ.T-D.-i.m!.niU. secrèiiiire ilu
146 LE CARDINAL Dt) KKTl,
c'était le seul acte de justice ordonné par la cour d^ Rome contre un iel attentat.
Louis XI Y, en apprenant la rupture des ué(j[ociations, écrivit à Tarchevèque d'Embrun, son ambassadeur à Madrid, afin qu'il obtint de la cour d'Espagne des ordres précis au gouverneur de Milan, don Luis Ponce de Léon, pour livrer passage aux troupes françaises. En même temps, il envoyait à Parme et à Modène, M. d'Aubeville, un de ses gentilshommes ordinaires, pour savoir quelle artillerie et quelles munitions on pourrait en tirer. M. d'Aubeville avait ordre ensuite de se rendre à Gènes afin d'y demander, pour les vaisseaux français, la libre entrée des ports de la république ainsi que le passage parterre pour les troupes du roi. Il avait aussi pour mission de demander au Sénat que le cardinal Impériale, réfugié à Gènes, en fut expulsé. Enfin le roi ordonna à Tabbé de Bourlemont et aux cardinaux Maldachiui et Mancini de sortir des États du pape.
Pendant ce temps-là lé duc de Créqui attendait à Toulon les ordres du roi. D'abord Louis XIV avait eu l'intention de l'y faire séjourner pour y organiser le corps d'expédition à mesure de l'arrivée des troupes; mais, dans son impatience d'apprendre de la bouche même du duc tout ce que celui-ci n'avait pu consigner dans ses dé]>éches, il lui avait enjoint de se rendre à Paris. Le cardinal d'Esté y alla de son côté, et, sur son passage et à la cour, il reçut des honneurs extraordinaires.
Au moment même où le roi faisait ces démonstrations menaçantes, il avait recours au génie insi«
AFFAIBE DK LAtiAEDË CORSE ET DU DUC DE CRÉQUl. 147
noanl et persuasif du cardinal de Retz, pour que celnki écrivit à Alexandre, afin de Tamener aux coDcessions exifj^ées de lui. Le cardinal s'empressa d'icrire celte dépêche dans un latin digne des cardinaaz Bembo et Sadolet, et il la fit sur-le-champ passer à Lionne, pour être transmise au pape*. En voici une traduction, dans laquelle nous n'osons uoQs flatter d'avoir complètement rendu les élégantes beautés de Torifcinal.
« Très-Saînt-Père,
« Prosterné aux pieds de Votre Sainteté, je lui demande d^abord sa bénédiction, et qu'il me soit permis, par l'affection particulière que je lui porte, de lui faire connaître dans quelle affliction je suis, lorsque je considère à quelles extrémités en sont vcousles différends entre Votre Sainteté et le roi nwn maître. Et en effet, Très-Saint-Père, qui ne >^t affligé jusqu'au fond de l'àme, en contemplant les maux qui sont suspendus sur le monde chrétien, SI les deux plus grands princes en venaient à ces extrémités? Combien il serait déplorable pour tous les fidèles si le Souverain Pontife et le roi trèschrétien, fils aîné de l'Église, tous deux si bien doués du ciel et égaux en dignité, étaient désunis par de telles offenses, desquelles l'on ne dut rien attendre que le triomphe de leurs ennemis communs et de ceux de l'Église ! Mais ce qui est encore plus
' Archivex du ministère des aflair**^ étrangères, Rom*/, t. Vil, <l« la correspondance de Lionne. Cette lettre, sans date, doit être de» premien» jours de décembre 1U62.
148 Lis: CARDINAL DE UETZ.
déplorable, c'est qu'assarémant ni Tun ni Tautre ne vealent en arriver là, et qu'ils en sont très-éloignés, ce que défirent si ardemment les gens de bien.
« Cependant, le roi trfc^-chrétien mon maître s'est senti prodigieusement ofTensé parTabominable crime commis par les Corses sur la personne de son ambassadeur, le duc de Créqui, et la duchesse sa femme; et il est certain que, dès le commencement et maintenant encore, il est juste qu'une satisfaction lui soit donnée pour une telle injure, puisqu'il est profondément convaincu que l'éclat de sa couronne, qu'il place au-dessus de toutes, a été terni de la manière la plus indigne par cet attentat. Votre Sainteté ne peut condamner une telle opinion. Elle qui, dans son bref au roi très-chrétien , montrait toute l'indignité de cet attentat en termes plus forts que je n'oserais l'exprimer. Elle le nommait un crime atroce, cruel. Elle écrivait qu'EUe ne pouvait y penser sans horreur, qu'EUe se sentait offensée par ce crime plus que personne au monde, cl qu'EUe était fermement résohie d'en punir les auteurs. Néanmoins, le dirai-je, avec la permission (le Votre Sainteté et avec un profond respect pour Elle, révènemeut a a pas répondu à vos paternelles déclarations. En effet, qu'a-t-il été fait jusqu'à présent, qu'a-t-on essayé? Bien plus, lorsque Ton pensait que tout allait être heureusement accommodé, que Sa Majesté ne pourrait rien demander qui ne fût jugé par tous comme fort équitable, qui pourrait penser que Ton eut rejeté ses demandes? Souffrez doue, Saiut-Père, que je vous dise ceci : Votre Sainteté voudrait-elle qu'un priuce à la Heur de
Tiff, plein dfl courape ot ëe K'^^'i''^- ^^^^ soumis h r^Kliitc. Irfes-r08pe<^'tueiix pour le Suinl-Sii-f^e, pI illeolif, du fund de son c<riir,à vivre amicalement svK Vulre Sainteté.... fflt poussé à chercher el à se procurer les moyens do venger une telle injure? !,a p«npicacité de Votre Sainteté est trop grande pour ■pi'Elle Bfl prévoie pas qu'KlIe doit craindre de si fanesles et do 91 horribles eonséqueuces. (.Itiel dommipsDe recevrait pas sa piété si l'on pouvait croire ipi'EJIp n'a pas tenté tontes les voies de les prévenir! Je irigiiore pas qu'EIle se plaindra ami-remenl itft que l'on a usé de (jnelque dureté à l'égard de MD nonre, homme d'un singulier mérite entre tous. Mais li, dans un premier mouvement de culture, une Hte chaleur a éclaté. Votre Sainteté, qui doit lou- Juiinst^ souvenir qu'li^lle est un père, ne ferait-elle puuup artiun vraiment plus digne d'Elle, si Klle '''daitau ro»senliment et à la juste douleur du roi 1m rtirétien, qu'KlIe nomme son fils, que si, par une "■uiière d'agir trop sévi-re, Klle le poussait h une c\- '•^mili à laquelle il n'est entraîné que malgré lui? J ai compris facilement cela, il y a peu de temps, ■"rts-Sainl-Pfere, lorsijue Sa Majesté, ayant lu les '"tire* de votre nonce, qui lui furent remises le 18 ~^ nmots (novembre ou décembre 1662), me dît h *"<illi) : I' On me force à ce que je ne vuuihaîs en le façon'; >> et cela je n'ai pas cru devoir le
U ikmiicr plu* de porUe et d'autorilA à ta latlrc, uve liari» di^TM d< U ntraedie italienne. Il luppoM qu'il ni et que le roi lui » dit & l'onill», etc. -h «I <|a'll n'sTiil ]iEiii encoiv vu U roi. VniRJ cHU Duneux- ''*'^V>luiiM> : • 1<I inlolUil nf>n n}»«-i>rr. niliier. 8. !>.. eiini Snu Mb-
taire à Votre Sainteté, no doutant pas qu'EIle n*en soit touchée dans sa paternelle sollicitude et qu*Elle n'ait agréable que, me jetant à ses pieds, je la supplie de toutes mes forces de réfléchir, de peser dans son esprit tout ce que pourra dire la postérité si Votre Sainteté, ayant refusé ce que Ton désire d'EUe (ce qui est peu de chose et de peu d'importance, ce qui lui importe le plus dans l'intérêt de la paix, et ce que Ton doit andemment désirer),
jestas, perlectis legati sui epistolis, sibi decimo octavo hujus mensis die redditis, in aurem mihi dizit : Ad id me cogent quod omnino nolim. Atque id Sanctitati vestrœ non dissimulandum duxi. » Retz ne fut admis à une première audience du roi, après son retour en France, que le 6 juin 1664, c^est-à-dire un an et demi aprës Tépoque oii nous sommes. On connaît le jugement porté par La Rochefoucauld sur le cardinal de Retz lorsqu'il a dit, en termes polis, que son imagination lui fournissait plus que sa mifnoirt. Jamais remarque ne fut plus juste et plus vraie. Un homme d'esprit, un critique plein de pénétration, un historien de talent, Bazin, a signalé mainte et mainte fois des inexactitudes préméditées. (lu cardinal; un érudit de mérite, Alphonse Feillet, a constaté, des(in côté, qu'il ne fallait pas trop se fier aux récits de Tincomparable écrivain ; moi-même, pendant le cours de mes longues études- 8ur Rotz, je Tai surpris souvent en flagrant délit d'invention. Malgré ce témoignage unanime des hommes qui (mt étudié et con — trùlé de plus près le cardinal de Retz, un critique du journal 1^.^ République française^ dans un article du 3 septembre 1878, sign^- T. C, et qui n'est, d'un bout à l'autre, qu'un paradoxe, contesterl'opinion de Bazin, de Feillet et la mienne, sous l'étrange prétexter que nous aurions été constamment tenus en méfiance sur la sio — cérité des récits de Retz par son merveilleux talent. Pouri|uoi^ par la même occasion, n'a-t-il pas pris à partie La RochefoucaulcVqui vit de si près le cardinal, surtout dans sa vieillesse, et quvn'était pas homme à s'en laisser conter? Croire à la parfaite sin^ — cérité de Retz, c'est de la candeur, non de la critique, et noutf» sommes surpris ({u'un journal qui se fait habituellement reinai* — ({uer par kou ^oût et ses connaissances littéraires ait traite un te I sujet «l'une manière si légère et si superficielle.
jrFAIBE I>E LA 6AIWK DiRSK KT ni" DVC HK CHÉtJl'l- 151
for» le plus grand des rois de l'Europp à premirp une i^ïoliilion extrême, non envers votre personne Mcré*. non contre le Saint-Siège (car il respecte salant l'ane que l'autre), mais contre ceux qui, «ïsnl rummis un si horrible attentat au\ yeux de lousclà la face du monde, ne peuvent rester impunis. Pardonnez. Saint-Fère, à un homme qui, nûii uns verser des larmes, ose supplier Votre !>iiatp|é do se consulter EUe-mfme sur cette impuHinte affaire, de n'écouter que soi et de suivre "* propre» inspirations. Car j'ai parfaitement com- /"!» combien Votre Sainteté est amie de la paJx, '"mbicn elle a horreur de toutes les g:uerres, et 7" il est impossible qu'EIle ne voie pas, si ce difTé- '*'ni n'est pas r^fîli!^ que la maison du Seigneur **•* livrée à la plus elTruyable dévastation. Cette "•oie pmséi- mo glace, me consterne et ne me per- ^*'tplu6 de [laricr que pour dire à Votre Sainteté ^^^e je ne lui aurais point écrit sur toutes ces af- ••res, si jw n'avais cru remplir un devoir au- *I(«>1 «st tenu tout chrétien, si mon esprit n'était ^Ul pénétré de l'importance de ces choses et si je ■>'*t«s, ele. ■■
Au eommencemenl da janvier 1 663, la cour de
*toine, comprenant toute la gravité des évëne-
>AettU, Gt une nouvelle tentative de renouer les
ï>^|tncî«lionft par l'entremise des ambassadeurs de
Venise »t de Savoie k Paris. Mais Lionne refusa
teur médiation en leur déclarant qu'il n'y avait
d'autre voie ouverte pour uégocicr que celle du duc
4f! Créqui, lors même qu'il fflt à Paria. A cette
noDvelIe, le pape, afin de négocier d'une autre ma-
152 IV. CAHItlNAL nK I
nifere, fil sontJpr ie duc de Parme sur rsffilîre (lastro ; mais ce prince, qui savait les inleiitioQBdl roi. refusa d'enlreren pourparlers.
Eu désespoir do cause, le sacré cuUbgo, à la de muado du pape, adressa uoo lettre collective stl cardinal de Retz pour le supplier d'intercéder auprès du roi, surtout eu faveur du cardinal Impériale, fletz s'empressa d'envoyer cette lettre h Lionne en le priant de la mettre sous les yeux du roi et de lui demander ce qu'il devait répondre au.\ cardinaux et pour la forme et pour le fond. « J'ai lu au roi, lui écrivait Lionne en date du 17 janvier, la lettre dont il a plu à Votre Emineuce de m'honorer, et je puil lui dire sans exagération que Sa Majesté a re«;u avec aillant d'agrément qu'Elle-mi^me pouvait désirer, U déférence que Votre Eminencelui » rendue. J'aurai, après cela, l'honneur de dire à Votre Ëmînence qiu Sa Majesté estime qu'elle ne pouvait pas s'exemplec de répondre à la lettre du sacré coll&g:e, et ijunndy suivant votre ordre, j'ai voulu la presser de me dii io sens et le tour que Sa Majesté désirait que Vol Erainence donne à sa lettre, je n'en ai pu tirer d'ai Lrc réponse que celle-oi : Que Votre Emi nonce savait ses sentimeuls et que, voulant lui plaire, eotnine Elle en est assurée , Votre Éminence trouvei-aît beaucoup mieux l'un et l'autre qu'on ne saurait lui suggérer', etc., etc. »
Ketz avait un trop violent désir de ([uitter sou triste lieu d'exil pour ne pas tenter loules les voies
IFTAlBi: nu LA CARDK COHSK K
de rentrer dans les bonnes grâces de Louis XIV. .Uinque le roî pût choisir, il rédigea, dans le latin loplus iiTé)>rot.-hablti et le plus pur, deua projets de l«ltre B l'adresse du sarré collège, cl les envoya à Uoane. Il écrivit on même temps à l'habile secréliire d'nlal des afTaires étran^ëres une lettre d'une ftitu et d'un tour exquis, bien faite pour attendrir Looi» XIV, si ce prince, d'après les conseils do Hozarin, ne se fût conslamment tenu eu ^arde con- Irr les séductions de l'ancien chef de la Fronde '.
• Monsieur, disait Retz à Lionne, rien ne
me pouvait être plus sensible que ce que vous
Oii\n fuit riioniieur de m'écrire des bontés
daroi à mon égard cl de la manière dont il a plu
tSaHajesté de recevoir mes soumissions dans la
fnninlre de la lettre du sacré collège. En vérité,
Hooiieur, je n'aurais plus rien à souhaiter dans ma
f'e, si je pouvais persuader au roi. par ma fidéhté
H par mon zèle, l'envie que j'ai de lui plaire. Si
fuelquo rhose pouvait augmenter cette passion on
moi. ce serait assurément l'espérance que vous me
donnes d'y pouvoir réussir, et je vous serai infini-
tnenl obligé si vous me faites la grAce d'en assurer
Sa Majesté. Je vous envoie ma réponse pour le
Murré culiÈge. où je vous avoue que je me suis
Iroavé un peu embarrassé. Je ne sais si elle sera
•«loD Ic^otit du roi. Ce qu'il vous 3 plu de m'écrirc,
qiM) vous jugiez k propos que je me ménageasse
avtc l'Bscadron, a fait que j'ai nommé le cardinal
154 LK CARDINAL Di: RETZ.
Impériale. Mais, comme je ne veux dç mesures ni de ménagements avec personne, que ceux qui sont approuvés du roi, je vous envoie un duplicata de la lettre où le cardinal Impériale n*est point nommé, afin que Sa Majesté puisse choisir ; et si Elle jugeait qu'il y eût quelque chose de trop ou trop peu dans ma lettre. Elle n'a qu'à commander, et Elle sera obéie fort promptement. Il ne me reste plus Monsieur, qu'à vous demander la continuation de votre amitié, et à vous protester que je chercherai avec application tous les moyens de la mériter, et les occasions de faire paraître que je suis fort sincèrement et avec passion, etc. A Commercy, le 24 janvier 1663. »
Voici une traduction que nous avons essayée de la lettre du cardinal au sacré collège ^ Il disait à ses confrères qu'il ne leur refusait pas ses bons offices, mais qu'il ne pensait pas qu'il pût y en avoir de plus efficaces que ceux du sacré collège lui-même pour porter le pape à donner satisfaction au roi des outrages qu'il avait reçus. Il ajoutait habilement qu'il ne fallait pas oublier que les rois de France étaient les fils aînés de l'Eglise, et que cette Eglise n'avait commencé à s^établir dans l'Occident que par leur protection et par leurs bienfaits :
« Mes Eminentissimes et Révérendissimes soi-
• Guy Joly pousse l'effronterie jusqu'à prétendre que cette lettre était (le sa façon et qu'elle fut mise en latin par Fléchier, alors instituteur du tils aîné de Caumartin. Mais, c*omme Ta dit Voltaii*e, entre les Mémoires de Retz et ceux de Guy Joly, il y a la différence du maître au valet. Il ne faut donc ajouter aucune foi à d'aussi impudentes assertions, dont Guy Joly n'est pas avare |>our déni^rrer et pour amoindrir le cardinal de Retz.
iFriim; i>e l* (i*hiik cohsk kt nr duc ns cbéoi'k 1 S3
;airiirs. j'ai reçu la lettre par Inquelle vousm'inïiln, d'une commuoe voix, à sauvegarder la gloire ilu Nu-ré collège '. C'est de très-grand cœur que j<> lui ulTrirai, autant que je puis, mes faibles servirn. Si je sentais que quelque tat^he pût souiller notre pourpre sacrée, je ne ferais défaut ni à nous ni lu cardinal Impériale, à qui me lie une double et nuluelle intimité. Mais qu'il me soil permis de vous dite,Ëiiiinentisstme8 etilévérendisstines seigneurs, quo 1m choites en Dont venues fi ve point qu'il ne t'igit plus ni de prières ni de négociations, mais d'eipialions ; qu'il y a moins A craindre une nouvelle iojimqu'à eirucor celle que nous avons reçue. Que Vi» Ëminences se rappellent l'atroeîté du crime, rioriolabilité d'un ambassadeur sacrifiée sous vus ywï, la majesté royale en butte à tous les outra- (cu, l'énonnité de l'olTense aggravée par la lenteur dM décisions et par des délais interminables. Ce qui Mlilijnie de remarque, c'est qu'un roi partout victorieux, d'an courage invincible, l'arbitre de toute rKurope, ait, avec une si grande modération, laissé ii longtemps le champ libre à de meilleurs couseils. Mua il «si à craindre que, plus il aura fait de sacrifii-es à la piété et à la religion, plus il ne cfede à lu vengeance, et que, plus il aura contenu su colère, ftIuM il ne la laisse éclater dans une guerre imminente. Jo voudrais, Ëmincutissimcs, que mes averlisseraeots vous parussent dictés, moins par mon smuur pour ma putrii^ et mon dévouement pour le
anttf. SujiplepieDt,
LK CARllINAL IIK
roi à qui jp dois tout, que par ma fidélité et mon ciiUo pour le sacré coUège. Autant il est juste qu'un abominable crime soit expié, autant il convient de protéger notre commune diftnité et d'écarter ua orafte près de fondre sur l'Etat eceli^si as tique. Sans doute, touchée par ces considérations, 8aSaînteU ne souiïrini pas que Rome soit atteinte par un fvu qui propagerait au loin l'Incendie. Elle ne souffrira pas que, par les artifices do quelques-uns, ét^lale un tel malheur public, et que, pour des raisons privées, la paix de l'univers, conquise au prix de tant de larmes et l'objet do tous les vœux, soit bouleversée df fond eu comble. J'ai confiance, Irfes-excellenl» seigneurs, que. par vos soins assidus auprès do Sa Sainli-té, vous ferez en sorte qu'Elle prévienne cc« malheurs imminents el qu'Klle donne satisfaction k un roi qui a si bien mérité de l'Église. Vous n'ignorez pas en cfTet tout ce que l'hiçlise doit h ses fila atnés, quel éclat elle a tiré de leurs bienfaits, quel nirermissement elle a re<;u par leur appui. queU agrandissements elle doit à leurs victoires. .\insî, tandis que vos Révérendlssimes hmlnences uniroDl leurs etTorls k Rome pour pacifier ces difTéreniIa, de notre côté, nous adresserons nos prières au Dieu tout-puissant pour qu'il daigne faire triompher vot' conseils et favoriser vos bons offices, auxquels, pour ma part, pour ma très-faible part, je tiendrai k honneur de m'associer, en vous oITraiil à tous, el à chacun en particulier, l'hommage de mon plus entiei dévouement.
« bonne ù Commorcy, le 7 des kalemles de février de l'année 16(>3 (2(i janvier). »
UT.UEE DE LA tAHUt COUSE KT liL IiLC DU r.HÉOL-|. 1 j7
i'xlW lollre, où se révélait dans lou( son éclal li; Uienl du ^rand écrivaiu, <[ui rnooiait aussi habiti:- BHoil le latin que le français, fnt trouvée admirable pir les ministres, suivant le témoignage de Guy JoIt'. La lettre de remerclments que Lionne adressa ■u rardinal de Hetz vient le confirmer pleinement :
" UuDsei^ueur, j'ai présenté et lu au roi les deux réponses de Voire Émineiice à la lettre du sacré coll'-Çpqu'Kllo m'avait fait l'honneur de m'adressor', (lîvn Jliijtisté a trouvé bon que celle où le cardinal Inijtariale est DOmmé fût envoyée. Cependant, puisque Votni Ëminence met sa plus grande satisfaction > pouvoir persuader au roi l'envie qu'elle a de lui iJïin*, je puis assurer Votre l'.mincnee qu'elle a 'WJH d'ôtro trëft-satîsfaite en ce rencontre, Sa Maj-'slii ayant témoig'ué agréer, au-delà de*e que je 'BipDiR exprimer, toute la substance et les termes fcnlettre. Si. aprts une si glorieuse et si avanta- ^H approbation, je pouvais, Monseigneur, sans pmomption, y mêler quelque cliose de mon sentî- ■nvntiiarticuMer, j'avouerais eu premier lieu à Votre
'-C«a«ujt (iflH ni irrand 'chose, ilit Qaj Jal>, mais le sieur '' Trllitr DB laias.1 |)Ss li'ea élre Tort contem, ajant dil à Joljr fliIrUre (•Uiit admirable el que le ordinal de Reli n'aisil "<• omit in r« qu'il fallait ilire, ni rien dit Je ce qu*il fallait "*'>»•; t]ue e« qu'il y Iroilvait de plus merreilleui, c'est que Sod bl)Bf( pariait comme si elle eût été tous les jours dans le« ^•aU du mi. Cela HMlut ai fort le cardinal qu'il liiuiU i loua "^ ifli l'Kllaicnt voir cette leilre arec l'autre écrit, comme les ""■Onu ouvrage! de s.i façon, imposant là-deisus à tout le "■•J', jqsqn'à son uni l'eréijne Je Chilona. Mais tout cela ne lui ""n pM a gniDit'cbasi! el n'adoucit point i son égard la durele
''* '• COM, «le. -
'Ahîm Mrttngifre*. Correipouilancc île LioFiiit, t. VIII, 3 fé- '~»l«.
158 LK CARDINAL Dlf! RETZ.
Ëminence avec ingénuité que j'attendais avec quelque sorte d'impatience de voir comme elle se démêlerait, avec son ordinaire habileté, d'une matière si délicate et si difficile à toucher, pour y garder tous les égards qu'il fallait avec le sacré collège, et ne laisser pas de contenter le roi, ce que je savais bien qu'elle aurait principalement en vue; mais, quoique j'aie eu si souvent occasion d'admirer tout ce qui sort de sa plume ou de sa bouche, je confesse librement que j'ai été surpris et que je ne m'étais promit de trouver rien d'égal à ce que j'ai trouvé. Jamaii rien ne m'a paru si fort, si bien tourné, ni si rempli et, pour la partie de la diction, elle est comme eùi pu parler le plus poli courtisan. M. Joly * m'a fait h grâce de m'en donner copie. J'aurais de bon cœui payé le loyage d'un courrier pour la faire voler i Rome. Je suis certain qu'on n*y a vu ni ne verra d( longtemps de pierre de cette force; mais ce qui sen curieux, et Votre Ëminence, qui connaît mieux qac moi la qualité et la portée des esprits, peut*éin niin disconviendra pas, c'est que je crois que h latinité causera encore plus de jalousie et de déplai sir au palais que la substance même de la lettre quoique dure à digérer, etc. »
Cependant le pape, qui montrait autant d'empres sèment à négocier que peu de bonne volonté i céder aux réclamations de Louis XIV, lui adressa le 27 janvier, un nouveau bref entièrement écri de sa main. Il y énumérait toutes les satisfaction qu'il avait essayé vainement de lui donner jusque
' Guy Joly, l'auteur des Mémoiien,
ttT^IRK liE L.t i.ARm: c
u lit: CHÉOLi. lo9
la. u ivail. disaiL-îl. mis à prix la t«le des contumare» «t procédé i-ontru les coupables avec 1» di-ruère térérité; banni àe l'Ktat ecelésiaslir|iic la crai{a^Dii> corse en la déclarant & jamais incapable dsiervirlv Saint-Sië^e : promis un bref qui attestât k perpétoilé son exécration des excès commis par ta Corses H leur incapacité à porter les armes diules tiats pontiBcaux; oiïert d'envoyer au rui le ordinal Chigi, en qualité de légat, pour lui donnrr toutes sortes d'explications, en même temps qu'on écrit tla son frère don Mario attestant qu'il i'init pris aucune part à l'attentat; consenti que Moneveu don Augustin allât au-devant de l'ambas- •ideur (lu roi U son retour à Rome, et enfin que Nie» le» procédures contre le duc Cesarini seraient tiftéeh. (pliant au cardinal Impériale, le pape ajou- (nli{u'U n'élait plus gouverneur de Home el lé^al ^lilUrriii!, qu'il était sorti de Rome, même des Biais do l'Ëglise, el qu*il attendait h Gènes les urttru» du roi pour aller lui rendre ses respects eu P»nM)[ine di?s qu'on le lui penneltrait. 11 faisnit loalefois cette restriction, que c'était uniquement four complaire au roi qu'il avait agi de la sorte à ff^ud de et) cardinal, et que, s'il eiitété réellement 'WijHihle, il nVùt pas manqué de lui faire subir UDf punition exemplaire. Four don Mario, le pape "uiyait d'échapper <i la demande du roi par un '(Ui-fayant semblable. Il disait qu'à son retour à "otne, l'ambassadeur de France n'y trouverait plus ^n frère, •• bien que nous ne sachions pas. ajouluit- <'• fa quoi il peut avoir manqué ■>. Il dédiuait *^ linisiuinl qu'il déplorait la rupture des ancien-
ttiO
LIi CARDINAL IIK Ut^tï.
lies relations entre le roi et le Saint-Sit^o, «l qm dans l'espoir de les voir reiiaitro, il envtrrait p tout où il le faudrait un mandataire avec pleins ptx voirs pour trnîtor. Il easay« df faire parvenir ce brttl au roi par l'ambassadeur d'Espaçno à Paris, maif le roi déclara qu'il fallait qu'il passât par les maiof du duc de Créqui. II fallut se soumettre à eett* liumiliante formalité; mais le roi, ayant appris qw le bref contenait plusieurs choses dont il n'avait pas lieu d'être salisfail. refusa de le recevoir. Il fat lepcndant discuté dans le conseil du roi. Le conseil couslala que les prétendues réparalioiis du pape M boniaieni h la punition d'un sbire et d'un voleur àé grands chemins; que le pape déclarait inhabile aa service, non pas la nation cor.se. mais une stm^a compaf^nie corse ; qu'au huu d'une pyramide, il n'offrait qu'un bref; qu'il n'était pas dit, à propoi de la lè^'atîon du cardinal Chtgi, qu'il viendrait àm mander pardon au roi pour lui et pour toute aa fifl mille; à propos de don Augustin, qu'il irait au-doN vnnt de l'iimbassadeur jusqu'à San Quirico. et a«| sujet de don Mario, qu'il serait relégué & Sieune| qu'enfin, le bref ne disait mot de la relégation d^ cardinal Imporiale, point essentiel, sur lequel la né* gociation avait été rompue el ne pourrait être re* prise qu'à celte condition. Le roi, d'ailleurs, avaU pris la ferme résolution de no plus truilt<r aver M pnpe qu'il n'eût donné pleine satisfaction aux duel de l'arme «t de Modène. ï
AprJ!» l 'embarquement du duc de Créqui, In codi île Kome avait fait des préparatifs do guerre; i*ll4 avait nommé des officiers généraux sous lus ordrM
DK L\ GABDt: corse: ET DU DUC [li: CnËOL'E. 151
du mart{uis Mattei : ordonné des levées de cavalerie eld'iufnntcriccnltalieeten Allemagne; fait forlificr le chiteaa SainUAngc et ses places frontii<res, rcnfutT«ses ^aniisoDs et son artillerie. Chaque jour, on pusail des revnes dans llomo et on y exerçait ki Iroupes. Dans cet intervalle, le pape ayant appris <)iie le roi serait plus accommodant sur plusieurs points, s'il eédait sur les questions de Castro et de f^oDutiachio, 0t savoir à Louis XIV par les ambas- W*lear8 étrangers qu'il acceptait de traiter sur ces Mil points. Le roi y consentit, et il fnt convenu de pari et d'autre que les conférences auraient lieu h l-voD. Le papa nomma de nouveau, pour sou pléoîpolenliaire, monsig'nore Rasponi '. Lo roî envoya un f^eotilhumme ordinaire de sa maison pour recevoir le représentant du pape sur la frontière et pour le conduire h Lyon, 06, do son c6té, s'acheminait l^ducde Créqui, avec sa qualité d'ambassadeur et des pleins pouvoirs et instructions fort détaillées'. Jusque-là, monsîgnore Rasponi n'avait point fait <^(mnaltre en quello qualité il était accrédité. Tout à toup il exhiba son titre de nonceextraordinaircauprîjs de(ou8 lesprincoi chrétiens. Louis XFV. qui, depuis longtemps, avait déclara qu'il ne recevrait do nonce ™ France qu'aprèm que lo papo lui aurait envoyé un '^ç*l, trouva fort mauvais que ta cour de Rome eût •faillie h son envoyé le premier do ces titres, et il ordonna au duc de Créquî de ne pas le reconnaître /war lel et de n'enlamcr aucune conférence tant qu'il
'8r*fjoa mars 1G63.
/'"«roelioo an duc Je Créqni, 22 avril 1663. Archives da mi- ^**»» de* AffiMKS «Irangèiy». Rome, i. CLI, 2* Supplément-
CAHIIINAL Ui: HKTZ.
serait levèlii de ce caractère. Toutefois, la cour fit oITrir à Rasponi l'nllernntive de rester en France, en se dépouillant de sa qiialiltî de nonce, le duc de Hréqui, de son côté, ui; portaut plus le titre d'ambassadeur, ou de se rendre en Savoie avec son litre, le duc do Cré([ui gardant le sien. Rasponi ayant pris lo parti de renoncer à sa qualité de nonce et lo due ayant quitté celle d'ambassadeur, il semblait que Ions les obstacles fussent levés pour entamer el poursuivre h Lyon les conférences, lursque le roi el son conseil, changeant brusquement d'avis, et alîa d'humilier lo pape, exigèrent que les conférence* eussent lieu au Pont-de-Bea»voisin. bourgade située au bord d'une petite rivière qui sépare la Francv de la Savoie.
Rasponi ei le duc de Créqui, s'y étant rendus, y furent bientôt rejoints par Urimuni et Rurieta, agents de l'Espagne, rhai'gés de défendre Ica rets (les ducB de Parme et de Modène, en vertu de certaines clauses du traité des Pyrénées, Le duc il Parme, de son côté, y envoya un représeutanU Dans la premit-ro conférence, Rasponi ne se moiH trn nullement éloigné de satisfaire le roi sur 1m deux articles de Castro et de Commachio, mais i en ajourna la discussion. Les deux questions tel plus essentielles pour le pape, celles qui lui toOi chaicnl le plus au cœur, étaient celles do don Marie et du cardinal Impériale. Monsignore Rasponi, avei cet art, cette souplesse et cette dextérité dont Im Ralicns surtout ont le secret, ne négligea rien poid adoucir le duc do Créqui sur ces dcu\ points. Li cour de France était d'ailleurs fort apaisée déjà j
APTAlHt nt LA GABDt COHSK 1:T DC 11UC DC CRtQl'I. tÛ'i
Im mortifications et tes tribulaliun» sans nombre tpi'itml essuyées en Italie lo cardinal Impériale, ilepiiis »OQ départ de Rome, et qui tenaient plus du nnua qae de l'histoire.
Louis XIV ayant fait témoigner aux Génois toute Md înttij^iutioo contre le cardinal, qui leur avait wiBAndé asile, le Sénat rendit un décret qui lui enjoignait de sortir do la ville et du territoire delà RépaUiqne dans quatre jours. Impériale avant protesté ^u'il ne céderait qu'k la violence, sou logis fut in- *'^sti par des soldat», et il fut contraint, au milieu de i hirer.par une pluie glaciale, de s'enfuir lu nuit, sous uq déiniisement. Telle était la terreur répHndue en 'oui lieux par lo vainqueur de l'Espagne, que le S^nal s'empressa de lui écrire que le cardinal Impe- Haie avait été chassé au plus vite et d'une façon ■■ïnominieuse. Un de ses membres, frère du cardi- »»al l'ïilé. ayant r.pposé quelque résistance à cet acte nrliitrairc. le Sénat lui ordonna de se constituer pri- «ODnier, et, sui'son refus, le condamna à IS.OOO érus d'aiD«ode el procéda criminellement contre lui. Les deux frères s'étant retirés à vingt milles de Gènes, dam un petit Sef sur le territoire de la Réptibli- "Jtie, on envoya ordre de les expulser. Lo sénateur cherrhn un refuge h Milan ; lo gouverneur, don ^-oi* Ponce de Léou, lui commanda d'en sortir, •snise lui ferma ses portes, le duc de Mantoue le rfuissQ du Montferrat; traqué de toutes parts, il ""Ht au Sénat de Gènes de se constituer prisonnier '•nsla fçrosse tour, et, comme il avait laissé e\pirer "' délai qu'on lui avait assigné pour s'y rendre, on ™' en refusa la permission, et l'on poursuivit son
LK CAni)114AL I
procès criminel. Ue son côlé, te cardinal Imperiak avait Imverst^ des épreuves non moins terribles. Ei Fuyant dans une petite felouque, il avait pensé péri dans une tempête; crrauL la nuit de câbano eo cm baue, il u'avnîL pu trouver d'asile nulle part. Daqj celle estrémiti^, il supplia le pape de lui permelln de rentrer dans Rome avec sa dignité de cardinal et In peur lit repousser sa prière. Errsut de retraita en retruite, et craignant à chaque îiistanl irêlri urrf'té et livré au roi, il connut pendant quelque temps toutes les horreurs de la vie d'un proscrit, i
Le sucré collège ayant supplié Louis XIV df mettre un terme & l'étal misérable auquel sa Iroti' vait réduit l'ancien gouverneur de Rome, ce prii avait Tmi par se radoucir, et, nu lieu d'uno reléj lion, par consentir que le cardinal vi(<ndruil France en personne pour se justifier. D'autre» coi sidéralions avaient également disposé le rot h relAcher de ses e.vigcncea pour la relégation don Mat'iu à Sienne, mais le duc de Créqui ne cri pus devoir faîi-e connaître les secrètes intention de son maitro avnnl que les premiers points fus sent réglés, lis le furent dans les trois première conférences qui eurent lieu, mais' verbalement t sans qu'il y eût aucun engagement pris de part Ç (l'autre.
A propos de la prise de possession d'Avignon p4 les Français, le nonce ayant fait observer au dq que le parlement il'Ais. h cause des arrêta renda par lui contre les biens temporels do rhgUse, âtal excommunié en vertu de la bulle /;i cœtia Domitti, t duc lui répondit d'un ton si dégagé et si lier quolq
irrAJIE DK LA GAHDt: COHRK KT RU Dl'C nV. CB^:Ol'[. ItJÔ
Fnotars, PB servant leur prince, n'avnienl k erainèeaurune excommunication, qne ni alors, ni dcpuJï,te nonre n*en reparla plus.
Le roi, ayant reçu communication des articles du prejel de traité, les renvoya au duc apostilles h la Uitfè. L'article relatif à don Mario fut approuvé, à IlNBdiLJon que Taffuirc do Castro serait n^^lée sui~ nulles termes do la demande du roi. Le roi se ronlcutait que 1*? cardinal Impériale ne rendit en France ponr lui apporter eu personne sajustification. 1 peritixtait h vouloir l'éroction de la pyramide à llHmc et que ta nation corso fût déclarée incapable J'' wrvir dans tout l'État ecclésiastique. 11 approuvai! re qui avait été réglé touchant Avignon, qui ilflvoit Atrc rondu «u pape, en ajoutant qu'il n'y iiunit plus de garnison dans cette ville, co qui, dans '''Il opinion, devenait inutile depuis la réduction i<i t«rti huguenot et la démolition <iu fort d'Oranjfe. ^ l^ifard de Castro, il exi^^ea qne l'on accordât an ^ur Jt) Panne un délai pour .se libérer; moyennant l'M. il rentrerait eu possession de l'éliil de Castro. I*«u* la quatrième conférence, le duc de Créqui "ipoaça d'une rupture si TLlat de Castro n'était Pwdésîncamérésnivant le mode proposé par le roi. ''^ful le seul point snr lequel le pape refusa obstiné- •"enlilc céder. Le duc laissa éclater toute son indi- Walion pource manque de parole si flagrant; il dé- •"lara au nonce que toute sorte de traité était rompu ^' *lu'i| partirait dans deux jours pour Lyon, afin d'y "fondre les ordres du roi. Il partit en effet le jour "uivtnt, cl, (le son côté, le nonce se rendit h Cham- ""rVi pour T recevoir le» instructions du pape.
Louis XIV, de plus eti plus irrité de la mauvaise foi de la eour de Home, assembla sod conseil dans lequel le duc de Créqui fut entendu. Ou y pnL la ferme résolution de pousser les chosesaveo vigueur, le passé ayant suffisamment appris que la cour de Rome ne serait jamais disposée à satisfaire le roi par la voie des négociations, à moins qu'elles ne fussent appuyées par les armes. Comme la saison était trop avancée pour faire passer une armée entifcre en Italie, on résolut de n'envoyer d'abord que deux mille cinq ceuts cbevaux el un corps d'infanterie de trois mille cinq cents bomuies dans le Parmesan et le Modénois, nvant-garde de l'armée <]ue l'on devait diriger sur l'Italie au mois do mars, et qui servirait, en attendant, à protéger les l!.tate des ducs de Parme et de Modiano contre une attaque présumée des troupes du pape. En mémo temps le roi fit rendre par le parlement d'Aix un arrêt qui déclarait la ville d'.\vignon et le Comlat Venaissîn réunis à la couronne, comme faisant partie do l'ancien domiiine de Provence et n'en ayant pu être aliénés. On fit conduire le vice-légat par des gardas du corps jusque sur la frontibre de Savoie, et àf» commissaires du parlement, ayant pris possessîoa du Comtat au nom du roi, reçurent aussi, en son nom, le serment de fidélité de tous les ordres de l'Etat, au milieu des acclamations et des cris de joie de tous les babitants.
A Rome, les esprits n'étaiout pas moins échauffés; dans un iiromier mouvement de colore. U fui prôpo,sé, d'ttliord, an sein de la congrégiktion d'Ëlal, d'excommunier le parlement d'.4ix, non-seulemcnl
«rPAlKK DE LX GARIkK CORSK F.T Dtl HLC RE CHËOl'I. lliT
pour «'être pennis decoarisquer Avignon, mais du
fiire cilffr le pape en personur, au lieu de ses ofQ-
am. La rrainle d'un appel de Louis XIV au futur
"Diirile calma bieulAt cette clTervescence. On se
(oi]|«u(a d'une simple proteslation : encore fut-elle
fonçae dans les tcnnes les plus modérés, malgré
J'avi» lie quelques cardinaux moius pacifiques (]uc
W autres. On lit mieux, celle proleslatiou ne fut
fMiRmAmc DOtifiée au roi, tant on craignait d'exciter
*a colère; on se consente do la déposer discr^te-
'nent dans les archives du Vatican. Le roi avait fait
'Usisuer à Homo que, si la protestation contre la
pr-ÎM lie possession d'Avignon devenait publique, il
<i ëclareraît, de son côté, que, malgré les droits de
*^ couronne sur la ville et sur le Comtat, il les ren-
dt~ail au pape, mais k la condition que justice serait
'^aile de la maison Chigi. et que le chapeau serait
^W au cardinal de ce aom cl au cardinal Impériale.
La cour de Rome fil retentir ses plaintes dans
^c»ute l'Italie; elle accusa le roi de perler atteinte
*u palrîmuine de Saint-Pierre, et de faire rendre des
*^Téls encore plus blessants pour la papauté que
ponr le pap« lui-même, et tout cela pour se venger
d'une oiTensc qu'il avait reçue de quelques parlicu-
■i<n. C'était uuo allusion à quelques décrets de la
^^^uimune contre l'upiniou de l'infaillibilité du pape
*lui* Us questions de fait. Ce n'était pas tout. Les
RaMltea de Paris ne ressaient d'attaquer les parenls
'tu p«i«, de le» accuser d'avidîlé, de concussions, de
faire dos raillerios piquantes sur l'année pontificale.
1^ vérité est que, faute d'ari^cul, le pape avait été
"»rcé de la licencier, ce qui fit liirr plaisamment h
iSi LK CARDINAL III^ RF.TZ.
Pasquia : qu'il avait armé sans savoir contre qui il avait la tfiierre, et qu'il avait désarmé sans savoir avec qui il avait fait la paix.
Pendant qui) le jhij»; no sûugeait plus fi faire da résistance à mttin armée, le roi [irofita d« cette occasion pour Tuii'c passer quelques troupes dans les États des ducs de Parme et dii Modëne, malgré les réclamations de ces princes, qui se souciaient peu d'uu tel voisinag'e. Afin de ne pas être contrarié dans sou expédition, il écrivît h son bcau-]ière lo roi d'Espagne une lougno dépt^che dans laquelle il lui expliquait In conduite qu'il avait tenue jusquo-Ui, et, en ni^-ine temps, il envoyait sut mille hommes & l'empereur Léopold I", menacé par les Turcs, qui, après avoir pénétré en Hongrie, étaient h quinze ou vingt lieues de Vienne. Assuré de la neutralité de ces deux côtés, Louis XiV se tiAlad'envoyer l'avaulgarde de sou armée on Italie ; la cavalerie, au nombre de deux à trois mille chevaux, traversa le Piémont, prit sa route par le Montferrat, tandis que l'infanterie, de trois à quatre mille hommes do pitul, après avoir traversé l'Ktal de Géncs, se rendit par brigades, soit dans le Parmesan, soit dans le Mudénois.
Surpris h l'improvistc, le pape ordonna de nouveau de renforcer les garnisons les plus voisinoi des Etals du duc de Mudène et de ne rien né{j;ligor pour opposer do tous côtés une vigoureuse résistance. Il prupusa une ligue aux Vénitiens 0I aux Espagnols, sous prétexte que les Français meaa* çaicnl d'envahir luulu la péninsule, Mais cet appel désespéré resta sniis ellel. Ni les Vénitiens ni le»
inUUDBLfc CARDE CORSE ET DU DL'C DK CHËQUI. 169
Etptgnols ne se loissfereiil prendre h ces craintes
rliioiéri(|uos. Lo pape sans troupes, sans argent,
wu alliés, opposait encore une résistance opiniâtre
àlacossion do Castro, et no voulait en entendre
larler à aucun pris. Il parla coutre la désiueamé-
ntioo, au sein du consistoire, avec nue vigueur
whdMtua de ses forces, et In plupart des cardinaux
fonntileson avis. Il mit tonte sun application h se
ftéfutTk la guerre et à trouver de l'argent pour
H loutenir. Cette résolution jeta Home dans une
KUtemation profonde. Les actions sur les monts-
(if-piété, qui, avant l'arrivée de l'avant-gardo de
'uniée française et avant la décision du pape,
^■Mjiueiit jusqu'à cent dix , baissèrent tout d'un
^^^B^i soixante-dix, et le publie, frustré de l'es-
^^^HMd (|u'il avait conçue d'être bieutûl délivré
■ VB> Gontiuuellos impositions dont on le surchar-
fîftaît tous les jours, ne garda plus de mesures
dans «>s pasquiuades contre le gouvernement'. >•
Pendant ce temps-lk. on organisait en France
une armée de quinze mille fiiiitassinset de six mille
cavaliers, avec, de l'artillerie, pour descendre en
Ilalic. Lti roi choisit pour général lo maréchal du
PlMsis-Praslin, qui avait longtemps fait la guerre
dans celle contrée. Le duc de Créquî devait servir
^on> tes ordres en qualité de CApitaino général.
BienUtt toutes ces troupes, auxquelles on joignit
dix compagnies de gardes françaises et huit de gar-
*!••-« suisses, furent dirigées vers la frontière. On
«"atleudait que la tin de l'hiver pour envahir l'Italie.
' l.'>bMR««nwr-l)e>.n]i>rai>.
LE CARmNAL I
Afin do laisser h la cour de Rome un dernier délû pour entamer do nouvelles u^'gocïations, les amhas« gadeurs de Venise el d'Espagne supplièrent le roi de suspendre les hostilités. Il y consentit jusqu'aïf ■i janvier 1664. En même temps il fit remettre h deux ambassadeurs un mémoire pour dissiper 1m faux bruits semés par la cour de Rome sur ses pr6-> tondus projets de s'emparer de Casai et d'autret provinces de l'Italie et pour leur faire connailre véritables intentions. Il affirmait qu'elles se bor« nnient à la désineaniéralion de Castro et qu'ît était prêt, moyennant cetLe cession, à donner pleins pouvoirs h l'abbé do Rourlemont de passer uo traité avec le pape, mais qu'il en avait fixé le dernier terme au IS février suivant. Il déclarait que, passé ce délai, il ne consentirait plus k un accommodement uu\ mêmes conditions.
Une déclaration si précise et si menaçaote fit chanceler la cour de Rome dans ses résolutions. I^ pape, încapablo de se défendre, comprit qu'en attirant les urmos de la France en Italie, il encourrait le mécontentement de toute la péninsule, sans compter les dommages auxquels il s'exposerait lutméme. Ce qu'il avait si opiui&Lrément refusé jusqu'alors, la désincamération de Castro, il était prêt enljn & y consentir. Trente et un cardinaux, sur trente-deux, la voteront tout d'une voix dans le cousistoire.
D^s lors, il ne restait plus d'obstacle pour signer la paix. L'nbbé do Rourlemont, auditeur de rote, el monsignnre Rasponi. munis de pleins pouvoirs, se rendirent à Pise, et, le 12 février 1664, nrrAtèrenl
frjitBt Dr. L.K GARni-: const: rt du dvc de cr^iqui.
teulflslosclauses du traité. La désincamératioa de Cutni' ayant été proiioacée soleunellement dans le couiiloire tenu lo 19 du même mois, le 21, le papo etnoyu sa ratification, cl Louis XIV la ^ienae le lOman suivant*. La nouvelle de la paix causa une joie nnivorselle en France et en Italie.
Le uu-diuftl Chif^i, nommé légat, arriva k Mar- «itlele 44 m«i, et le duc de Créqui faisait son entréo ï Kome le 38 du même mois. Don Mano, aux ifTtDfi du traité, avait quitté Rome et s'était retiré Jus une de ses terres, après avoir déclaré par écrit •lu'il n'avait eu aucune part il l'attentat des Corses. Une devait rentrer dans Rome qu'après l'audience ■lu lardiual Chigi. Lo cardinal Impériale attendait ca France les ordres du roi pour se rendre auprès if- lui et lui porter ses justilicTEttious. Le légat avait 'vite (i« passer par Avignon, qui ne devait être hbiId su pape qu'après l'audicnco solennelle dans Uquelle il devait adresser au roi les paroles d'excu- »«Mncertéea au Ponf-de-Beauvoisin\ Après cette cérémonie, le roi invita lo légal à Versailles et tftcha de lui faire oublier, au milieu du bruit des fêtes, liluinilialion qu'il venait de subir.