‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 15 sur 41 · I-e cardinal Chïgï assista à plusieurs représonta · texte numérisé non relu

I-e cardinal Chïgï assista à plusieurs représonta

' Le du lia Parme n'ayanl put pajè Jaiu lea huitaanJeB lliée! Mmniia qu'il devait à la Chambre apoilolique, Cnalro coq '''** • Un panie lias Ëlnla du pape.

yWp» luivnvel dîplomaUque, Traitis de pitix, t. VI, Iroîiiènw

^^ *àne daiu la mobilier Jo Is couronne une magnifique lapis- ""^''•pféartUnt celle acèue, que M. Dnlloi a fail reproduira "'"'ïleiiieBl p»r i* pbolocliromie, proceilé Léon Vidal.

172 Li; CAttniNAL m: hëtz.

lions données par Molière et sa troupe ' : les Plaiiiri de l'ile enc/iantée, les Fâcheux, la Princesse d'htide; le Mariage forcé, et il applaudit les trois premier» actes du Tartufe, joués ou lus devant lui pour la première fois. Molière ne manqua pas. dans soa premier place t au roi, de se prévaloir de l'approbation df M. le légat contre les attaques de Pierre RouUé, curti do Saint-Barlhéleray, et des d^-vols qui eriaient au scandale et disaient de lui qu'il était <• démon vêtu de chair et habillé eu homme, uA libertin, un impie digne d'un suppliée exemplaire >■.

Il ne restait plus qu'fi exécuter une des clause*' les plus rigoureuses du Imité de Pise, l'érection da la pyramide. Elle eut Heu, à quelque temps da là, vis-à-vis de l'ancien corps do garde des Corses; mais Louis XIV, pour complaire à Ciémcnl IX, là lit abattre lors de la paix de l'Ëglisc.

C'est ainsi que se termina ce long dillén-nd entre le roi de France et .\Jexandro VII.

Le goiiveniement romain, après avoir sPcrM«^menl provoqué l'altontal du 20 août, sans se daulor toutefois des tragiques proportions que lui dooi rait la férocité des Corses, mit en œuvre, pour éviter les plus justes réparations, toutes les ressources de son génie arlificicux. Pendant près de deux ans. Home ne cessa de parlementer, de subtiliser, «Je promettre, de supplier, de menacer et d'éluder: mais elle trouva son maitiu dans un homme d'hglise, d'origine italienne, élevé h son école, connaissant le

■ Mdliëreful fippflé i V«rtiiUle> rvpc m troupe, du 10 «rrU »M, ! mai. Il rarid 1,000 iivKi puiir m il«|iln<vnicnl. Rrp>lr» da Lft

affahe de la gabde corse et du duc de créqui. 173

fort et le faible de sa politique, et n'ayant aucune raison de ménager un pape qui avait pensé le livrer à la justice de Louis XI Y. La prise de possession d'A\ignon, de cette enclave, de ce gage naturel, ioce^isamment sous la main du roi de France, fut plus utile pour le triomphe de ses intérêts que Tocl'upation de Rome à main armée, qui eût fîni, à la longue, par provoquer une ligue de toutes les prinfipautés de Tltalie avec l'Espagne et Tempereur. Si Louis XrV eût cédé aux entraînements du parti militaire, il se fût jeté sur cet écueil sans en prévoir les dangereuses conséquences. Le cardinal de Retz eai oon-seulement le mérite de le lui signaler, mais de lui montrer en même temps quel était le côté vulnérable de la cour de Rome, la prise de possession du Comtat Ycnaissin.

Parmi les questions reli^inuses débattues eu Fnore au xvn' siède, il en est trois surtout qui IfOublÈrniit cl divisèrent plus profondément les esprils : le jansénisme, qui souleva de nouveau le pro- Uéme de la prédestination et qui alluma la guerre entre Iob partisnnsde la grflce efficace el ceux de la picc suffisante; — les Ihéorîos dangereuses des caïuistes. entre autres celle du probabilisme. qui ''BtrnisiUi-nt non-seuloment la morale chrétienne, mail encore la morale naturelle, et qui furent ai Tictorieuscmenl combattues par les partisans de la manie étroite, par les j;msénistes, surtout par l'asfsl, et condamnées plusieurs fois par l'Eglise; — enfin la doctrine de l'infailUbililé du pape, qui fil lie nouveau son apparition en 1665, el qui fut si ^ûerfçiqiR-ment repoussée h celle époque par la cour ™ Franco, par les arrfls du parlement, par l'immensB majorité des partisans dus libertés do l'Eglise S>lliranc, en attendant le jour de la célèbre Décla- WioQ du clergé do France en 1682, qui la nia formellement ot qni l'ompècha de s'introduira dans lu foyaume.

176 Li; CARDINAL Dt: HETZ.

En 1665, les deux dernières questions de la morale rclAchée des rasuistes et de l'infaillihUilR du pape se trouvèrent par hasard mêlées l'une et l'autre dans la même aiïairc. Elles donnèrent lii^u, entre U cour de France et la cour de Home, à un conllil des plus graves, qui faillit amener enlre elles une rupture, et dans lequel furent appelés h intervenir deux (les plus grands hommes du siècle, Bossuel et le cardinal de Retz. Mais, avaut d'entamer le récit do cet important épisode de notre histoire politique et religieuse, il est nécessaire, pour en avoir la clé, d'examiner, aussi rapidement que possible, les ihéoriesqui séparaient alors si profondément l'écolo de la morale étroite de celle de la morale relAchée, et les partisans des libertés de l'Eglise gallicane de» adeptes de l'infaillibilité du pape.

Jausénius ue s'était pas uniquement appliqué à faire revivre les traditions qu'il prétait faussemeot à la primitive Ej^lise sur la matière de la grlce, il voulait aussi réformer la morale chrétienne. Eu s« plaçant k un point de vue nouveau, il devient évident que, de sa théorie sur la grAce, découlait nécessairement sa doctrine morale. Si le Christ u'csl pas mort pour le genre humain, mais pour un petit nombre d'élus, la voie du ciel doit être aussi étroite que difficile. Pour la parcourir et pour arriver au but, le chrétien doit s'armer d'une rigidité stoïque et pratiquer toutes les vertus les plus austères sans Iranstger jamais sur leurs principes et sur leiif essence. 11 doit fouler aux pieds toutes ses passious, tous ses désirs, toutes ses affections, tous ses besoins, pour mériter la vie éternelle par le renonce-

[ C05TBE LA liOCTEINK DK l.'lSfAlLUBlLITÉ. 177

mool absolu à toutes leschoses d'ici-bas. Bientôt on vit les doclriniis de l'év^-rjuc d'Vpres pénétrer dans l'ort-Royal, où s'étaient retirés plusieurs pieux solitaires, pr^ti^s et laques, afin de s'y livrer en pais à liprièn', h l'étude, aux travaux manuels, it l'édtiotion des enfants. Les Arnauld, les Nicole, les Sscy, les L.incelot, pour n'eu citer que quelquestts, nppcrlèrent p;ir leurs vertus et leurs exemples liB premiers Ages du christianisme. Tout ce que Puis et ia eour, la noblesse et la magistrature, l'armée elle clergé comptaient d'esprits éminents, de convience» sévères, chercha un refuge dans le janténisme et son austère morale contre le relàchcanl du siècle.

Les jésuites, qui avaient arraché h. Luther et à Cllvin une grande partie de l'Europe culholique, cl qui l'Élaiciit emparés de l'éducation de la jeunesse, n'iTaienl ^arde de se laisser enlever sans combattre l'IoSoeoce dont ils avaient joui jusque-là. Ce qu'ils lisent attaqué dans lo calvinisme, la théorie de la pt^etlination, ils le retrouvaient dans to jansélûitiiB, en partie du moins, et c'est sur ce point vul- ■Mile qu'ils De cessèrent do diriger tous leurs *Ï0rt8. Les jansénistes s'attirèrent l'inimitié desjé- Hiileg. surtout à cause de leur concurrence dans les écoles et dans le confessionnal. Comme ils ne ces- •«rtut de défendre les maximes de l'Église gallî- •"ane contre les prétentions du Saint-Siège, et qu'ils '^poussèr^nt constamment le système de l'infailli- °'Hlê lin pape, ils ne Inrdèrenl pas il se faire de "oiuc une ennemie mortelle. Si leur morale était 'f^éprochable. il n'en était pas de mémo de leurs

nS LK CABIIINAL 1>K KKTl.

opinions sur le libre arbitre, qui étaient ubsoluineat contraires à l'un dos points fondamentaux de l'orthodoxie catholique. Elles furent condamnées,, comme on le sait, par le pape Innocent X dans sa btiUe célitbre contre les cinq propositions ilo Jnusénius (31 mai 16S3). Sur cette qnestion esseiilielle du do^me, les jésuites remportèrent une éelatanttt victoire. Ils furent moins heureu.\ sur le champ d» bataille de la morale, où le génie de Pascal leur essuyer une défaite, dont ils ne purent jamais s« relever. Le succès des Provinciales fut pour les jan» séoislcs la revanche de la bulle d'Innocent X, Ca qui est hors do doute, c'est que les Jésuites avaieak. rendu d'immenses services au catholicisme eu sauvant la France de rbérésie de Calvin et en protégeant ainsi l'unité nationale contre la haute noblesse protestante, étroitement alliée avec les prîncet allemands, et qui menaçait de la détruire do fond en comble. Ce n'élail pas l'unique service (ju'ili avaient rendu à la chrétienté : aucun ordre rcU' tfieux n'avait porté plus loin que le leur ut en plut de contrées les lumières de l'Evangile ; aucun compta plus de mai'tyrs. Malhcureusemenl pour eux, comme on l'a remarqué avec juste.ise, « Acdté des martyrs et des saints, il y avait les casuistes. Cette porte du ciel que Jansénius avait rendue fli étroite qu'elle ne pouvait livrer passaire qu'à utt fort petit nombre d'élus, les jésuites l'ouvraienlè deux battants et à tous ceux qui les cliuisiesaioiit pour directeurs do conscience. En exagérant à l'ex' ces la portée du dopme de la rédemption, il» avainol, par une conséquence fatale, relAché outre mesura

tuus les liiîns de la murale. Afin d'attirer à eux le plos^and uombiv possible de pénitents, il n'cstpas dépêché, paH de faute, pas de crime qui ue truuvAt u JBstiliralioQ daim les livres de leurs casuistes. I Comme ii y a des personnes de toutes sortes d'humBor, écrivait un janséniste ', ils ont été obligés d'iToir dvs maximes de touti-s sortes de fa<,'.ons pour buatisfairc ; et parce qu'ils ont été oblig-és par là favoir des opinions contraires les unes aux autres, povrcontvnter tant d'humeurs contraires, .il a fallu qilUa oient ebangé la véritable règle des mœurs, qiiî>e«l rbvangile, et la tradition, parce qu'elle contons an mf^me esprit, et qu'ils y en aient substitué UD intrt' qui fiH souple, divers, maniable eu Ioue HDl, capable do toutes sortes de formes, et c'est ce qo'ils appellent la doctrine de la probabilité. » Les jnuilM, k diverses reprises, ont dit pour leur exoue, qu'ils ne sont point les seuls qui aient prêché tsi propagé ces funestes et monstrueuses doctrines du probabilisme. c'est-à-dire de lu justification de 'ou les exciis et de tous les crimes, et ils ont cité oninbre de théologiens et de docteui-s de toutes les 'niions, de toutes les écoles, de tous les ordres re- '■Kteux qui lus avaient professées longtemps avant •"'II. Une cette observation soit fondée, ou ne *«urait le nier, mais en quoi peut-elle justiUer les l*!!aitQi? Est-il permis do se sauver eu augmentant '" nombre d«s coupables? « Si les jésuites ont payé peur tous, a dit avec justice et vérité le plus émi-

d* l'AverlUnenii'iit pinre en Icle île l'editi publier à Coloiine ea lt>G7, |>. T.

nei)t ci'itiquu des temps muderiies, ils l'ont, en un ■certain sens, mérité. Ce que les autres suivaient par routine et isolément, eux ils l'ont nijcuni à leur usage et y ont remis un vif esprit d'intention. En sa mêlant activement à la politique ol au\ aiFairos du monde, en cherchant l'oreille ou le ccriir des roiS| ils ont introduit l'adresse Immaiue sous rRyangile, et installé le machiavélisme ù l'ombre de la croix '. * Inventeurs ou non de ces coupables doctrines, ii casuisle^ de la compagnie de Jésus les avaient approuvées, défendues et propagées, Pascal lea trouva dans tous leurs livre-s et les voua à l'indîgnation des sit^cles dans son immortel pamphlet *. Il élalii à la face du monde les turpitudes et les infamies d'Escobar, de Sanchez. de Vasquez, et d» tant d'antres docteurs du prohabilisme, et par ses Unes railleries, son impitoyable dialectique et soq; éloquence indignée, il leur porta le conple pliister^ rihio qu'elles aient jamais reçu. Plusieurs fois les jésuites essayèrent de répondre, mais la défense resta toujours bien au-dessous de l'altaquc. Les Provinciales, tour à tour censurées par M, do Harlay, archevêque de Itouen, et par la Sorbonne, proscrilolf parle pape, et, sur un urrèt du conseil d'Étal, brd-^ lées par la maîn du bourreau, n'en triomphèrent pat moins de la morale des easuisles. Quelle fut la vraïft cause des rigneuro dont elles furent l'objet t

' Voir l'édilioo îb-S" de Port-Royal, par Samir-Bcar*, L lll( p. m. et rexccllcnta Prifaet de il. t^bnrlFa Loujmdrf . an Um d - Provineialrt.

• Ln pivmièra de» Uttret piia-inrinlr' psml la S3 ja la derniâiw, la dix-huitième, le U mors I65T.

ton COXTRE-LA DOCTRINE DK L I^FAILLIBILI

Troava-t-oa fsuii&es les citations et l'argumentatiuii àt Pascal contre les jésuilcs? Ses doctrines morales ilonti«rent-<>lle9 matiî^re k sn rondamnation ? Nulleraenl, et il est essentiel da signaler la véritable cause de 11 proscription des Provincial- s. Elles no furent tworécs et condamnées t^ue parce qu'on y trouva Ul^probation non dég:uisée des doctrines de Jantimiu et des sentiments injurieux pour les papes, Itt évoques, le roi, la Faculté de théologie de Paris itploNeurs ordres religieux. Condamnées h ces seuls point! do vue, le triomphe des Proviitcifi/es, en ce qoi bucht) les questions morales, fut aussi éclatant \on durable.

Td maleucoDtreux jésuite, le Père Pirot, ayant [idlliâ, en ttiS9, un» Ajiologie pour les cosuisles canin les eahmuies des jansénistes, livre dans lequel il défeDduil les plus monstrueuses prupusitions des ruuislcs de su com{ia^ie. attira sur sa tête, de uâi&e que sur les moralistes de son ordre, un déilpde eeasures et de mandements. Il fut censuré iMri tour par les vicaires généraux du cardinal de Brti, par les «It-hovèques de Rouen, de Sens, de BourfceB, par les évèques de Tulle, d'Angers, de buvais, de Caliors, de fjhillous et par d'autres pfélals. Enfin il fut condamné par un décret de Ibiqaisilion et du (lape, en date du 31 août 16S9. l-B outre décret de l'Inquisition, du IS janvier 1664, ''ondamna également le livre do Jean Caramuel, 'uosi que la doctrine dit probabilisme dont il avait l"!» la défense. Bienlijl nous aurons à citer d'autres '(*Q damna lions de la cour de Rome contre les ca- ''*>stes. qui vinrent hautement donner raison aux

CAHIUNAL DR BKTIT,

Pmvinciales en ce qui tourlie In doctrine des matn) Veut-on se rappeler quelle ùtaît en pareille matU l'opinion de l'une des Ames les plus ohrétiennl de l'une des consciences les plus délicates 1 xvn° sii-'de? Relisons cetlo admirable page II l'ahbé de Rancé ' : « Pour ce qui reftarde les cas^ tes, disait-il, je ne puis pas dire, comme un ténM gne le désirer, qne je les croîs utiles k l'E^liso, éii aussi persuadé que je le suis qu'ils lui ont fait | grands maux et qne plusieurs d'onire eux, par 4 subtilit(ss métaphysiques, de faux raisonnemeotfl (les inventions purement humaines, ont rendu sM teuables quantité d'opinions contraires ù la pun des mœurs et aux vérités évan^éliqucs: ils a appris aux hommes des déréf^lements qu'ils ne oi naissaient pus ; ils ont trouvé le secret d'étoufForj remords des consciences, et ont donné dos on dients et des moyens pour violer sans scrupule* sans crainte les lois les plus saintes de la naturo) de la religion. J'ai toujours considéré la plupurt^ eus nombreux écrivains comme des (tens qui a'J fieraient, et qui n'avaient ni caractère, ni misoïd que celle qu'ils s'étaient donnée eux-mêmes, et « se séparant des voies et des rJtftles saintes quel Pères et les docteurs de l'ÉfîIise avaient suivil travalUaient à fortifier les inclinations de la natu| et a favoriser les vices, autant que les antres a eu d'application à les combattre et h les détr

Je ne nie pas qn il n y en pui

■voir dont les •

' fit de Falibé de In Trappr, [inr Ultoluicie, t. II. p. 193.

ÏIISSIÛS COBTnK LA DOCTRINIC DE t INFAILMHILITÈ. 1H3

*^»»inenl8 soient plu h purs pI plus chrétiens, mais je

<i i ^ en général que, ai j'étais de profession à donner

«i ^ s avis, il n'y a rien que je di^conscillasse davan-

*-^ge que la lecture de ces sortes d'auteurs, et la

*^«i> nfiance dans cpux qui en suivent et qui en pren-

xi^nt les maximes. J'en parle par expérience, car la

«:1s nrge dans laquelle je »uis m'ayant engagé à voir

■•:axï Stmtid nombre de personnes, de toutes sortes do

"J»x-ofes8ionB, (jui se sont présentées depuis plus do

>''iiigl années dans ce monastire, pour embrasser la

v»e religieuse, et m'ayant obligé d'entrer dans le

fond de leurs consciences et dans le détail de leur

*^îe. j'y ai trouvé, de la part des directeurs et des

Confesseurs, des iffnorancos, des tromperies, des

«étluctions, qui ne m'ont pas fait moins d'horreur

•J^ïfi do compassion. " L'opinion du saint homme

**>ei le dernier sceau à la rondamnation des casuis-

^Gti. C'est une senlenco délinitive et sans appel.

Examinons maintenant en quoi consistaient les 'îliertés de l'Église gallicane qui, depuis tant de SI fecles, tout en gardaiit l'orthodoxie catholique dans toute sa pureté, se dros.saient comme une solide "^^^frifere contre les entreprises et les envahisso- ***oois de la cour de Rome. Étudions aussi à partir *'*' (jubile époque se manifesta pour la première fois *«■ doctrine de rinfaillibilîlé du pape en dehors du *^ou(.ile, quels efforts furent tentés au xvii° sië- S,'^ pour l'inlrodiiire nn France et comment ^iGrgique Déclaration de 1682 lui banale passage, "*« telle étude est indlspetisabto pour pénétrer **-^s le cipur de notre sujet. Afin de noua placer au

184 LE CAHMNAL l)IC RI^TZ.

point do viio des idées du temps en pareille matii;re, iiuiis avons pris pour guides deux des plus illustres docteurs de l'Ëglisc gallicane, Bossuet' et l'abbé Flcury'. Depuis que les pRpes, f^rftco à Pépin et à Charlemaguc. eurent acquis un Etat tompoml en Italie, ils s'allachèrenl peu à peu h y faire duminer leur esprit cl leurs mavimes, ce qui leur réussit assez facilement, aucune des principautés de la péninsule, sauf Venise, ne se voyant en étal de résister à leur ascendant moral et religieux, lis trouvèreiit la même facilité en Espagne où les Chrétiens, trop faihles pour lutter seuls contre les Maures, eurent sans cesse recours à leur prutectton pour obtenir d'eux des croisades et des indulgences afin d'entretenir l'entbousiasme et le courage de leurs soldats. Pour exterminer les Maures, l'Espagne catholique ouvrit ses portes à la plus formidable dos auxiliaires, l'Inquisition. Avant le scliismp d'Henri VIII et depuis des siècles, l'Angleterre reconnaissait la suprématie du pape, mt>me eu matîèro temporelle. Jean sans Terre avait prêté foi et hommage au pape pour son royaume, ofi le denier de Saint-Pierre était perçu de temps immémorial. Eo Allemagne, malgré les longues luttes des empereurs avec les papes, Rome exerça une tri-s-grondo inÛuence par les ordres religieux qui s'y étaient établis en très-groud nombre, et, depuis Luther, par ses doctrines ultramontaines dont se servirent les catholiques comme d'une arme de guerre con-

■ brfeiuio dtdaratitmu rien gollicoui, etc. ' Dàcourt tur Ut libtrtéi dt rKglUr yallknnf.

1USSKI5 C05TBE 1

r.'lNKAlLUHIUTÉ. I K3

lesprotesUnts. En FoIojîiip, l'autorité du saiiil-

était iuilisi-utC'O.

n n'nti (liait pas ile même en Franco, où les uouvi^BDléâ di) lu cour de Rome ne fureat jumoia Accueillies, grâce â la grande école de théologie que poMédail rUuivcrsilé de Paris. Cotte Faculté do th^ologii» était, depuis des 5iitcle3,la plus savante et U plus renommée de l'Europe. Tous los étrangers, tnétne les plus illustres, venaient s'asseoir sur ses baiu!8 «1 £'y perfectionner dans les huutes éludes de la srience qu'elle professait. Son orthodoxie était irréprochahle : ce fut elle qui mit fm au grand «chisme d'Avignon. C'est dans celte célèbre Faculté, dans celte sorte de concile en permanence, <]ue IfîN rois de France, qui, depuis Glovis, n'avaient re&fié d'être catholiques, trouvèrent une force morale suffisante pour réaislcr dans tous les temps nnx empiétements théocratiques des papes, aux doctrines des Uréguire VII el des Bonifacc VIII. Oufflli» élnient ces doctrines qui, depuis ces deux papes, avaient pris encore une plus ftrande exlensioD?Ecuutoiis l'abbé Fleurj', le plus savant docteur m celte matière : ■< Les maximes dos ullramonlainfl, que nous rejetons en France, sont les suivantes : 1* la puissance temporelle est subordonnée à la «pirituoUe, en sorte que les rois et les autres «oaverains sont soumis, au moins indirectement, an jogeiuent de l'Kglise, en ce qui regarde leur soavemiDeté, et peuvent en être privés s'ils s'en rpodeut indignes; 2' loule l'aulorité ecclésiastique réside principalement dans le pape, qui eu est la soarte; en sorte que ft/tsi»»/ lient immédiatement

I8H LK lUIlIlINAI, DE nKT/..

cf^lêbre dèclnriiliou, contenue en quatre tirtirles, rûsumaiit en substance les libertés de l'Kgliâe fralUl'ano et sa position à l'égard de Home. Dans le premier article, la théorie de Grég-oire Yll et de 8i>s successeurs était réduite à sa juste valeur. C'était évidemment une répons» aux prétentions qui avaient été formulées dans lu consistoire, lurs du In prise do possession d'Avignon par Louis XIV, ot dont on connaissait parfaitement les termes à la cour de France'. " La puissance que Dieu a donnéo ù saint Pierre, à ses successeurs, vicaires Au Jésus- (^hrist, et ii l'Ë^lise même, n'est, disait ce premier' article, que des choses spirituelles et concernant le salut étemel, et non des choses civitiïg et tempurolles. Donc, les rois et les princes, quant au temporel, no sont soumis pur l'ordre de Dieu à aucune puissance ecclésiastique et ne peuvent directement ui indirectement être déposés par l'autorité des chefs de l'Eglise, nt leurs sujets être dispensés du l'obéis* sanco, ni absous du serment de lidélité. >< Dans le» trois autres articles, l'infaillibilité du pape, eu àti^ hors du concile, était absolument niée; l'auturitA des conciles lïéuéraux était de nouveau proclamée: on y déclarait que la puissance iipu.'itoliquo devait toujours i''tre réglée pai- les canons de l'bplise ; qu» les maximes et coutumes de l'L^lise f;atUcane, qutti les papeH avaient reconnues jusqtie-là, devaient ^trfr invioluhlemeiit conservées, et qu'eu définitive, quoi que le pupe, dans les questions de foi. eût ta prin*

(i^Dli ilfo Arcliive

miniitère dai alTnirei élrantn^rc».

i||<iMu5 CU.NTRi: l..\ lIOlITHINi:; m: LLNt'AILLIUlLITb:. l^t>

i-ipalc aulorilé. sou jn^'emcDl pouvail étro corrigé, i'il o'éUit approuvé par tuiites les Églises'. Bien que ces artirles n'aient été publiés que dix-sept nus ■pte les évènitmcnls dont nous allons entamer le récit, ils eu sont eomme lu def indispensubie, puisqa'ili réfiumont l'esprit et les opinions de l'Lglisn fallitane aux époques antérieures. (Quelques autres ottKrvalions ne sont ])as moins nécessaires pour {lin comprendre certaines particularités des faits qoeootis allons raconter.

Dae des prétentions ultramontaines était que les ^>tque.s et archevêques ne recevaient leur pouvoir i|ue du Saint-Siège. Les gallicans cmyaieut, au roDlnire, qu'ils le tenaient immédiatement de iéuis-Cbrist, et ils s'appuyaient sur certains textes loi paraissent indiscutables. •' Ainsi, dit Fleury, rfiaqiic évèque a tout pouvoirpour la conduite ordiiwrre île «ou troupeau. C'est à lui de proposer la foi, d« l'expliquer, de déL'ider les questions; c'est à lui ■^administrer les sacrements, de juger, de corriger; «, tant ^u'il fait sùii devoir, le pape n'a droit d'exerrrr aiicmi pouvoir sur ce troupeau particulier ; mais, «tAl qu'il fera quelque faute contre la règle de la fui ou de la discipline, le pape a le droit tie le cornçw, «1 c'est son devoir, etc.-, » Suivant la doetriDe nltramontaino, le pape est infaillible en debora do concile ; suivant les maximes gallicanes, le conjMBÎver»el, représentant l'église infaillible, est aitlible comme elle. Un des grands argub des gallicans contre l'infaillibilité, c'est qu*il

r U, hberléf de lÉ'jhtt goUic.

Ittft Li-J <:aI

pout arriver, cummo oq l'^i vu plug rf'tme feisj qu*tin pape devienne héréliqiic. Or. ou pareil cas. il nu peut Aire ju^é et déposé qiio par un tribunal aiia dossus do lui, et ce ti'ibunnl ne peut Alro que le coa-* rile universel. Le «ïoncite de Constani'c décida qiw le papo était soumis au concile, en co qui regarde la fui. l'extinclion d'un schisme et la rérormatioii (fénéralo de l'K^lisc, Les gallicans soutL^naient qu« le concile universel teoîiil son autorité, non du pape^ mais immédiatement de Jésus-Clirist ; que le papa lui était soumis en corlains ras déterminés et qu'il était permis d'appeler de certaines dérisions du paji^ un futur concile.

L'I^^lise gallicane n'admettant jias l'infaillibilité du pape, il s'ensuivait que ses bulles et t-onstilu*? lions étaient contrûlécs par le clergé de France ot par le pouvoir royal, et ne devenaient ohlîgstoires qu'autant qu'ils les avaient approuvées, Ces buIlM ne pouvaient 611*0 publiées ni exécutées qu'en vertB de lettres patentes du roi et après avoir été soumises Il l'examen du parlement. Par la même raison, la tribunal de l'Inquisition, établi purlacour de Uomei n'était point admis du Franco pour y poureuivre les crimes d'hérésie dont la connaissance était réservée aux tribunaux ordinaires. On n'y acceptait poiol aussi lus décisions des con^^régatiotis de cnrdïnaui^ non plus que celle de Vtiitiex poui' les livres défendus, que l'on lisait en Franco sans scrupule, s'ilt n'étaient notés cunnue hérétiques par l'évèqne diocésain. Le systiime dn l'infuilliliilitê du pape s'était principalement propagé en Italie, en Espagne el e Allcma;jnr. par l'iutluence des ordivs réfoilier»;

lUSlU^ i:u5TllL UV bUr-TiU.tK DL L INKAILLIItlLlTt:. l!>l

suit en France, bien que celte opiuiou fût rép;iudnpami eux, ils a'eurent pas beaucoup de prise sa Ira idées reçues. Leur actiou était incessamoul rombattue et neutralisée par la Faculté de ibiotogie de Paris, qui ne cessa, dans aucun temps. dïHprononcer contre cette nouveauté. Cette expoatioo des doctrines (^alliranea et uUrauiontaiues. Biigié son étendue, est bien loin sans doute d'être (Oni^te, mais nous uvons dû nous bornera étudier teuiemeiit les points essentiels qui peuvent Wûreroolre sujet.

En 1658. avait paru un livre intitulé : Dé/nisc de f autorité de Sotre Saint- Père le pape, etc., sous le nom suppo&è de Jacques de Veraatit, mois dout te »mlablo auteur était un cai-me. le P. Bonavcnlure Uéfédie, Le livre fit grand bruit- Le moine, zélé [wtiiiaii delà cour de Hume et des doctrines ultra- BinotoineH. y sacriliait sans bésiter, les droits des '■véque*. des souverains, les libertés de l'Eglise )callir«ne, et y proclamait comme un dogme l'infaillibilité du pape e» dehors du concile. Il allait jusqa'i traiter d'hérétiques ceux qui réclamaient la convocation des conciles et jusqu'à dénier à l'Kglise ••Wïwsrflo l'infaillibilité active, c'est-à-dire lo droit e' la pai&sance d'expliquer, de délinir lo dogme, de "Wiidrelcs doutes qui peuvent naître en matière •*" loi. Le livre ne fut déféré à la Sorbonne que six ■n* »pri.'!i sa publication, et la Faculté de théulo- P** dont faisait partie Bossuet, déjà célèbre par ses ^''"loeiiU déhuLn, consiira cet ouvrage, en décla- "iit certaines proposition» faussep, léméraire.i,

Ifa LE CARniMAL DE HKrZ. ^

scandaleusos, béruliqnes, d'autres contraires jii parole do Dieu, séditieuses, injurieuses pour ) souverains, subversives de In hiérnrcliie de l'Églii hlasphématoires, pertùrbalriees de son repos et U dant non à son éditicatioD, mais fi sa ruine*, i qu'il y eut d'étrange, c'est que Home n'osa d'abd embrasser la défense d'un ouvrage qui lui étaif favoralile. Il n'en fut pas de même l'année suivuQ qui vit reiiaUre plus Apre et plus violent l'éten eonflit entre le Louvre et le Vatican.

La m^me année uii fut censuré le livre du cara parut un ouvrage de théologie morale, sous pseudonyme d'Amadfeus Guimenius, dans leqt les plus révoltantes doctrines du probabilïsi étaient défendues et proclamées comme permisi avec le cynisme le plus révoltant. Le livre | d'abord faussement allnbué au jésuite Théoph Uaynaud ', mais on ne tarda pas à savoir qu'il 6t d'un autre reliffîciix de la même compagnie, lo Pi Mathieu do Moya. confesseur de la reine douairî) d'Espagne'. L'auteur s'était proposé, de mémo q le P. Pirot dans sou Apologie des casuistes, de ju|

' Histoire recUsiaslii/urr du duse/iliéiiir tiêcff,] [lar Ellïei Du PI I. III. p. 3Ï3 & 3tS rie l'èdilion >n-8«. PnrU, iW : A. Fl«<ll Ètvdei fur la vie de Banuel, l. 11. li'ra M.

> Fluijuel, Éludeâ sur la vie rie Botmet. etc.; le P. llaron : JM i/uelio ail nuii'ahm Iheologiam. PnrîsiU. ISUS. I60â. 3 vot. il pttn allem; Oit; pRIin, ktire iJTi £2 mai IU6S, Journal rfn fora 12 ftvril l<ieu. •

■ Voir pliu loiu le» Iftiros du csrJinal ilfl Ite» a Lionn*. f tlm; OENi'fM itAiitoine Armiuld; lettre d'Antoine Arnitulil ft U^ Lionn, lUTT; DicHonniiire hiitorir/ar ilr frntptr Jiarrtiand, d xiéni* (orlif , p, 8S pi «uir.; nrticlo .Valliiru dr Mni/a, «te., «le. ■

HISSIUN aiBTBi; LA DOCTRlNI-: Dli L'INFAILLIDIUTÉ, 193

fier la morale des jésuites et de prouver que les

«îasuîstes de leur compiignie, uniquement en butte

^ toutes les attaques d'innombrables ennemis,

l'étaient cependant pas les seuls qui eussent prêché

•ie semblables doctrines, mais qu'elles avaient été

soutenues par un grand nombre de religieux d'au-

Ifus ordres. Sur ce dernier point, il faut l'avouer,

'*> Père de Moya avait pleinement g-ain de cause.

Mais, dans l'excès de son zèle cl avec tous les rnffi-

nements d'une curiosité malsaine, il avait examiné,

défondu, soutenu et prôné les plus abominables

propositions. Itossuet, qui fut appelé à être l'un de

Se» juges parmi les docteurs de Sorbonne, déclare

lue son li\Te est « mt cloaque où se trouve ramassé

fottt ce qWoii a pu découvrir de p/tis saie, de plus

^^nf-juf ((ans /cf casuistrs modernes'. » « L'auteur,

*ïui n'avait eu autre chose h cœur, comme il aem-

**'e, que de faire l'apologie de ces casuistos, flétris

"^fe-ubre par la Sorbonne' et par les vicaires géné-

""^tix de Paris (ceux du cardinal de Retz)', croyant

^t>l»aremment les justifier en renchérissant sur eux,

^ étaitéludié à donner de belles couleurs ans vices,

^■^x crimes les plus délestés. L'homicide, le vol,

1« taux, la provocation au duel, la simonie, la vio-

■■«.t-ioa du vœu du célibat, l'ivresse, l'usure, en un

•**ol toutes les turpitudes imaginables seraient, ft ,

*■ oii i:roire, devenues, selun l'occurrence, chose» '

' ttotsoBi, Uffiiuio iteclaralionU eleri gnUiami, lili. VI, cap. 37. ^^*^en»ure ilu 16 jiiïlli-1 llffiB. HUloire erriétiattique du dixsrp- '««wii! j(^/p ipar Eiiigj Du Pin.] t. II. p. H2. 4B7. .. '^nrara du 33 août 1038. Ilàloiit ecrlinattigue rfu dix-iep- '*inc tiéeif, ipnr Ellies Du Pin.l I. II, [i. 4S8, iW.

I9i L1^ i:AJltllKAL l)]i H1JTZ.

excusable», liiites, que dis-je? louables inèinv 4 besoin. Non content d'avancer, en c« qui regaM la pureté, nombre d'assortious qui révoltent, pseudonyme y Iraitail ces matières en tels terni et avait, comme h plaisir, entassé dans son opttxa htm tant d'obscènes particularités, qu'un docten tout rempli de l'horreur dont l'avait pénétré i livre, eu parlant à Gui Patin : " II faut, lui avait dit, que l'auteur do cet ouvr<if;e soit un méebd homme et même un atbée'. " Ce qui atténuait \ partie le danger de cette leuvrc monstrueuse, c'il qu'elle était écrite eu latin, et par conséquent ha de la portée du peuple, Alin de mettre son li%Te, l'abri des décrets de l'Inquisition, l'anonyme avi eu l'ingénieuse idée d'y ériger en dogme l'infail] bilité du pape, qui n'était point admise en Fraqi où on la considérait comme une simple questU d'écolo'. L'ouvrage ayant été déféré Ji la Faculté i tbéoloj^ie de Piiris, le I" septembre 1664, par;| syndic Antoine de Bréda, l'esamen en fut couj à treize de ses plus renommés docteurs '\ I) dd| plus de cinq mois et fut soumis à quatre réumol générales do la Sorbonne. auxquelles Bossuet p] une part très-activc. Dans le préambule de la cei sure, le livre était qualifié d'brUi-Êvimgile. Plu» | quatre-vingts propositions extraites du V Ojtiiactittt furent flétries dans les termes les plu» sévërcit cl || plus énergiques; quatorze d'entre elles no fur^

' Floqiicl, ilurlri nur la tie île HnMurl, U tl. lâro M.

• Voir dana le liictionuaiie hUtwi^uf "le I'K)«|wr MoTch* t. Il, p. KS et luiv., \\ curiiauka hiatoira du lirre dit P^ra d* Ua

• Repslr. FacuU. theolvg. MS. I3«, fui. 01. cité |>ur Plnqiwl,'

ms COKTHK LA IKICTniNE I>E l'iSFAILLIBIUTÉ. I',IS

indiiDécs qui> par les dcii.v prcmicrR mois, taat les lubricités qu'elles étalaient avec la plus criminelle auiçlusanre inspirèrent de dégoût aux exaraitialann. Ils crurent de leur devoir de ne pas les proèàn m eitaiso aux regards des fidèles II s'en traoraît d'aatres plus immondes encore, et même MfnrtRraad nombre, que la Sorbonne, étoniiéi- de Imtdhorretirs, ne jugea pas à propos de noter en fvticalîcr, déclarant qu'elle ne s'en taisait que fir no sentiment de pudeur, et qu'elle les condunuit, aiosi que ee livre infAme, à un oubli éterul'.

Or, 0 arriva que, dn même coup, In Sorbonne (eovan les passages du livre de Guîmenius dans let^els celui-ci proclamait comme un dogme l'in- EHlltbiltté dn pape. Si le révérend père n'oiM pris cttte précaution, il est fort probable que, sans plus nple examen, son livre eùl subi le même sort que «èli d'un autre jésuite, le Përe Pirot, qui fut cooinmk, comme nous l'avons dit plus baul, par l'In* ftinlion et par le pape. Rome s'émut et profita de IWaùon pour demander au roi. par un bref, la rtttietalioQ des ceusures de la Faculté de théologie *Mrtre son infaillibilité, " si contraires, disait- elle, et ■i injurieuses au sit-ge apostolique, o « Votre MajfMté, disait Alexandre Vil à Louis XIV, qui s'est si '"rt signalée Jt réprimer l'hérésie des jansénistes,

Cntmra *<trrr Facullalis theolugi» ftaritittuit m libruin eià "itMi aa ! Aiuadni Guimenii Lotaartaiit opiueutam. Pariiiii, '"''.ICU, tQ-t>: HUlùire teelUiattiiiue ilu dij:-itfilième tiMe, [par ***• DaPio.]!. III, p. ait; Floquet, Éludri tur ia vie de BoiMiut. *■■ «- II. Uw VI.

196 Ut: cAHniNAL ut: bf.tz.

no voudra pas que luute celle g-loiro ot toutes les peines qu'elle a prises à ce sujet devienuent iutitiles, et qu'au temps m(^me où ces erreurs coula^eusoa reçoivent le coup de la mort, on émousse si mal k propos la pointe du couteau qu'on leur tient sur lu gorge, elc. '. » Le hrpf avait été présenté au roi par le nonce Roberti, archevêque de Tarse', qui le pressa vivement de faire annuler en m^me Icmps les deux censures de la Sorbonnc eontrc Vernanl ot Guimenius. Mais Louis XIV, avant de se prononcer en matière si grave, soumit l'alTalre aux gens dn roi avec ordre d'en donner leur avis.

L'avocat général, Denis Talon, fil remarquer que, bien que la plainte contre la Faculté de théologie de Paris, adressée au roi par le pape, fût con(,'uu en teimes généraux, elle ne pouvait s'appliquer qu'aux censures contre Vernant et (înimenius. U s'éleva avec force conlrf^ leurs ouvrages, dont le premier, dîsait-il, contenait des maximes peroi^ cieuses à la hiérarchie de TËgUse, et qui troublaient l'ordre de son gonvcmemenl légitime, cl dont lo second élail rempli d'un grand nombre de propositions contagieuses et capables de corrompre la morale chrétienne. « La Facutlé do théologie voy^anl l'homicide, le larcin, la simonie, l'usure, la calomnie ul d'autres crimes qu'on n'oserait nommer publiquement, autorisés [lar la lii^ence de ces nouveaux

I Hîiloirt eçchiioâliqae du dix-t^Uete tiêcle, (par Elliea Du Pin,] L. III, p. 309 : Œuerfi d'Antoine Arnmild. 17TT. t. X. èJitioo in-i* H Pr*r»M, p. ti el «Bi».; F/oqael, t. H. litre XI.

* Le nonoe Roliarti dloil nrrivé 4 Paris dont le cournnt ila moi» il'aoâl test. (Lettres de On; F.iiîn. IDjuillK. H «optanitir*. {9 no- Tsmlir* 16M.} Il tut fltit cardinal fii IGtiii.

■SK>5 COSTHK L\ nOCTRIHF. DE

casuisles, la FacuUû a cru qu'il était de son devoir de s'opposer aux progrès de cette pernicieuse doctrine. Et tant s'en faut qu'elle aîl pensé qu'un tel »*1p. témoigoé en «ne si importante oerasion. pour rétablir la pureté des mieurs, lui dût attirer des plaintes et des reproches; elle a lieu, uu contraire, de n'en attendre que des éloges. On ne saurait rruire qne le pape, protecteur de.s canons et de la dîuipiint!. dans la demnnde qu'il fait de révoquer ce» censures, prétende autoriser le relôfhomont et Ib libertinage, qu'il veuille approuver des livres infimes, l'horreur de tous les gens de bien, ni qu'il pvnnetle que l'on enseigne impunément des maximes « favorabliîs au vice et si contraires aux règles do la piété et à l'esprit de l'Lvangile. Qui ne s'étonnera Aow d'apprendre que le pape ne se plaint de ces rensuri's que parce qu'elles douneni des bornes à MD autorité, qu'elles lui arrachent cette infaillibilité i|ui> les nouveaux auteurs (les casuistes) lui ont si libéralement donnée, et qu'en déclarant son pouvoir HDmisik celui de l'Église universelle, elles établissent n m(me temps la liberté des appels au coucile ? » Il ^'■llarhaà prouver que cette doctrine de l'Églisede France n'était point injurieuse au Saint-Siège, et 16 dérogeait en rien à l'autorité que le pape a le ''roit d'exercer dans l'Ëglise; il s'appuya pour le démontrer sur l'autorité de plusieurs papes et sur les JUgpmems des conciles généraux do Constance et de "■le, auxquels étaient pleinement conformes les décijfions de la Faculté de théologie de Paris. Il l^tubullit la prétendue infaillibilité des papes, mais " njponiiul la légitimité de leurs décisions lorsque

tM LE CARDISAL DK HRTZ.

toutes les églises s'y ennformeiil, et. îi ce propos, il cita la condamnation des cinq propositions do Jansénius. acceplce pai- loutc l'^fflisp dv France el la chrétiiinlé tout entièro. Il dit enfin que la Facalté de théologie n'avait rien entrepris on censurant le livre en question qu'elle n'eût le droit de faire do temps immémorial. Toile est l'analyse du lou^ discours de Talon, tout hérissé do citations innombrables dont nous ferons grAco au lecteur'. L'avis dos gens du roi fut que Louis XIV ne pouvait. '< san» blesser les droits de sa couronne et faire brèche à son autorité, accorder an pape la satisfaction qu'il demandait, et que, les sentiments de luFnculté de théologie étant les mêmes que ceux des PÈres et des conciles, du Saint-Siège, de tous les parlements et de toutes les universités du royaume, bien loin qu'on dût les condamner, on dr-vait puissamment l'exciter à y persévérer*. »

Louis XIV ayant approuvé les conclusions de ses magistrats, malgré les plus pressantes instances du nonce Roberti, le pape Ale.\anâre Vil laissa éclater son mécontentemeuL par une bulle en date du âS juin 166S, qui causa en France la plus profond» émotion, et qui souleva entre le gonvernemenl Français et Rome un des plus ^raven conflits qu'on eût vus jusque'l&. Pour l'intelligence de ce qui va suivre, il est nécessaire de donner quelques passaft'^^

' Oa peut le lire dnni la Htcuei' 'I' riioeriei pièra cox^ffnnn' In rmiun-i île la Faeiillé il' Ihiologir dr Pnrit, mte.. doon^ par Jac<liii<* Boilpuu. Voir nuitù Ellipt On Pin. Hi'Inin' rcrtfiiattiinr iht i/trirplihnr tièele, I. 111.

> ttei-aril lie Jn(rqni>F Qoilpaii.

lOS UtSTRK LA DOCTRINE IIE LINFAILUBILITK. 199

de celle bulle dans laquelle le pape, proprio motii, rondnmiiajl les deux censures de la Sorbonne contre Vemant el Guimenîus : >< Dans les livres de ces deux ailleurs, disait-il, on note quelques proposilioQs qui re{i;ardenl pai'tiru lié rement l'autorité du poalîfe romain et du Saint-Sit^gc apostolique, la juridktioD des évèqucs, les devoirs des curés, les b ^nvitèf^es accordés par le Saint-Si^^e, les dispenses HwBlloJiques et la rè^le des actions morales, et piti- ^K^^faatrts maximes appuyées sur Cnulorilé d'aumWtm fraves el un tixatje établi parmi le.t catholiques; ^t f ommo il oe se peut faire, sans causer un grand turt à la reli^on catholique, que ces censures contre lek livres mcnlioiinés demeurent sans être reprises d eondarant^es par l'Lglise comme elles le mérilenl. uou», en vertu do la dignité apostolique, etc., apri-M avoir entendu les avis des plus doctes maîtres ri professeurs en sacrée Ihéologio et des quali&caifurs des sacrées congrégations, etc., que nous «uns nxpresséuienl nommés pour examiner ces propositions, fie, et après avoir pris les suffrages de aaa vénérables frfres les cardinaux inquisiteurs généraux dan» tous le« États de la chrétienté, etc., etc., J"" notre propre mouvement, science certaine et plénitude de la puissance apostolique, condamnons ces '^Oiures , comme présomptueuses , téméraires et t'oidalriues. et voulons qu'on les tienne pour bien ''ondamnées el i|ri'elles n'aient aucune valeur ni 'flfco. le» déclarant nulles el de nul effet, etc., etc. ' »

a Bull<! linan I* Hecueil il« J

radncljon, I. III,

Mil UK C.AHJliNAL Ub: RKTZ.

Le pape menaçait d*oxcommumcatiuD , îpsn faeto, quiconque publierait ou lirait ces censures.

Ainsi ie pape, eu gardant 1l> silence sur la partie la plus considérable du livre, qui embrassait toutes les questions de la murale chrétienne, semblait ap< prouver les mêmes casuistes qu'il avait condamnés enscmbledans \' Apologie piiblii5e parle pfcre Pirot. Plus tard, nous le verrous condamner ce m^me livre du jésuite de Moya qu'il prenait alors, pour ainsi -dire, sous sa protection. Tulle était la décision du pape sur ces deux censures auxquelles Bossuel avait coopéré, qu'il déclarait avoir été le résultat du plus mûr examen, qu'il louait comme « Irijs exactes, très travaillées et pleines de ménagements'. » « Unelvllfl appréciation, à trente années du jour où avait prononcé la Sorbonno. et en un temps où l'on ne s'occupait plus de ces afTaires, ne témoigne-l-ello pas hautement que sa conscience lui avait inspiré, ft l'âge de trente-sept ans, un jugement dont, piinonu à sa soiKantc-dixiëme année, il croyait devoir se féliciter encore '? » Cette bulle fut, suivant l'usage, affichée b. Rome, mais elle ne fut point envoyée en France dans les formes requises par les lois du royaume. Le nonce Roborti so contenta d'en distribuer clandestinement un assez grand nombre d'exeof plaires, c« dont la cour éprouva plus d'irritation qun de crainte, et les gens du roi se pourvurent au Par-

mAque luod^ratioDe Ubralna KMf cunilat. Dff^mm Jeclarationii tteri iialllraiii, lih. VI. c)[i. 37; Flnquei, ittuln mr

• Fln<|UPt, iituilftmr tt:»xuel. rtc. I, M.

nSSiaS DJXTMK U I

[B FAILLI BILITK.

iODcnt. Le 29 juillet 166S. l'avocnt général, Denis TalOD, pronouça un discouis d'une extrême vigueur ecetre Us prétentions de la cour de Rome. Flusîeun: jMm^sfuot dignes d'être cités , non-seulement pour ^dlîrer la question, pour nous rappeler de quelle ■■aiifc le Parlement interprétait alni-s les libertés derËfrltse gallicane, mais encore pour nous donner ItBiesurc du profond mécontentement que causait n France la bulle du pape. •• La bulle est injuste et inootenable, dit l'avocat général, en ce qu'elle con- JtfBDO deux censures de la Faculté de théologie COntn des livres qui sont remplis de maximes perlùeieuses, »ans néanmoins porter uucun Jugement it C8B m^mcs livres, le pape se contentant de ré- Mnerà lui et au Saint-Siège d'y pourvoir en temps elUeu, cequi est autoriser indirectement toutes les corruptions que ces livre» veulent introduire dans la morale. •> Il démontra ensuite que, depuis plu- >i4>iini siècles, la Faculté de théologie du P<iris était «•n possession du droit de censurer les livres qui ronfcrmaiont des propositions nu des théories coutrairog au dogme et k la morale. " Le pape, dît-il, 'l^uilie la Faculté d'un droit qui lui est acquis et (lonteOe jouit depuis plus de cinq cents ans, en dédintitMiB censures préso7nptufu»es et téméraires. Il "rt facile de justifier par plusieurs exemples que les Fwultés de théologie ont loujpurs censuré les livres luicantieonent de mauvaises doctrines contre la foi ou contre les mœurs » Et Denis Talon eut soin de ■■'lîrdîvers exemples à l'appui. S'altaqunnt ensuite àla|)réleiiliDn de la cour de Rome d'introduire en ffSûrc, comme un dogme, ce qui n'y fui jamais con-

iOi I.K r,\BiiiNAr. lu: iirtz,

sidéré, pour le moins, que comme une simple question de cofttrovcrsiî : » Cette bulle, ajouta-t-il, va direcleineiit à établir rinfaillibilitédu pape et sa supérionté pri-lendne au-dessus du concile, comme lin article de foi, puisque c'ost particulièrement ce point dont la cour de Rome n'a pu souIVrir ta censure. Ou sait avec quelle facilité cette cour s'applique t'i établir cettr prétendue infaillibilité, qu'ellft tire avantufre de tout, el qu'elle fait sans cessft do nouveau-v pus, dont elle ne recule jamais. La Faculté de théologie étant un des plus grrands obstacles qu'elle ait rencontrés pour l'établissement da ses prétentions, elle n résolu, dans cette rencontre, de la flétrir par une cen.surc injurieuse et pieinA d'outrages, afin, par ce moyeu, de lui imposer silence et d'établir ensuite paisiblement ses maximeA ultramontaines. (]et artifice do la cour do Homo esl trop grossier pour n'<^tre pas aper<;u, et il est du devoir de la cour de prendre lu Faculté snus sa protection, puisqu'elle n'a fait que suivre, dans se»' censures, l'ancienne doctrine sur laquelle aant fondées les libertés de t'I'iglise fiallicane... tl est donc k propos do faire eurejfistrer ces censures au grelTo de la cour nù elles demeurei-onl en dépùt... et que la cour se déclare liautemenl contre elles... » TaloD ajouta •< que la doctrine de l' infaillibilité ruinul absrdument les libertés de l'Église .gallicane et éta» lilissait, par une suite nécessaire, la puissanee absolue du pape, même sur la temporalité des roi» qu'il ne servait de rien, pour empècber cette conséquence, de dire que les papes demeurent (oujniini faillibles dans les failu, ]iuisqu'ili* font, qiwnd il leur

MISSION COSTBi: LA IiDCTRISK DK l-'lSFArLUllFUTÉ. SOS

plïll, (Im points (loetrinniix <le ces mi^mes préU>DtioosBnr la temporaliU'i ilcs rois et sur leurs sacrées p^rsoontfs, comme a fait Bonitaro VIII ilans la bulle t'nam ianctain. où il déclare qu'il enl de foi de cmn qufi le pape est au-dessus de Loulos len puî»saacc3 9|ii rituelles et temporelles. •'

Or. nous savons lo qui se passa au consistoire kini[ae Louis XIV su fut emparé d'Avignou, et cooilDenl rcrlaios cnrdiiiaus domundèrcnt que les doctrines de Bouifacc fusseut remises en vigueur. T«lna n'cxaj^érait donc pas lorsqu'il accusait Roniâ drottonir ces exorbitantes prélenlions. 11 ajoutait que, si l'infaillibilité du piipc pouvait étie admis». ■ il faudrait admettre aussi en France le tribunal 4c rinqui»iltun dont on y fuyait jusqu'à l'ombre et réduire le royaume aux pays que l'on nomme d'obédifUL-e. qui gémissent sous un joud; si insup- INtrlAble; que, suivant le style de ce tribunal, la liulln condamne par avance tous les livres où les rfn«ure& de la Faculté seraient énoncées ou défeniliiH, ce qui comprend les arrêts de la cour et nr> duit pus paraître fort surprenant, puisqu'ils ont bien ru l'iusolence de uicttro dans VIndex l'arrêt <-«alre Jean Chàlul (l'assassin d'Henri IV). .> » Ainsi, puimuivît l'avocat );;énéral, c'est dans celte rencnii- ^ qu'il faut apporter toute la vigueur possible pour repuusser ces injustes prétentions de la cour <''' Rome. r|ui n'avait point encore fait de démarches "hardies que celle-ci. Bien que l'excommunication purlée par la bulle soit nulle et qu'elle ne puisse '*I*illirquP contre ceux aui l'ont prononcée, il est "^'Msairc néanmoins de prévenir les mauvais

eiïets qu'elle pourrait avoir parmi los peuples ai U cour n'y mctUiil ririlre par son autorité. » Puis, faisant allusion aux intrigues du nonce Roberti et Jo quelques rares partisans des doclriues ullramontaines, il disail : « On n'est que troji informé des cabales ot des brigues de certaines gens qui font tons leurs elforts pour étiiblir au milieu de nous les nouvelles maximes et qui cntretiennen', une liaison scerèle avec les officiers de la cour de Home, leuf faisant entendre qu'ils disposeront tout le mouile à recevoir avec respect leurs rescrits et leurs bulles. Il est de la deruitre importance de réprimer ce» sortes de gens comme des perturbateurs du repos public, et nous dcmandorous qu'il soit permis d'informer contre eux. » Talon engagea la cour à répondre au papo par un appel comme d'abus, v seul moyen, dit-il, qu'on a employé depuis le mode de* appels ad /utiinim coiici/ium, pour rentlro illusoire* les bulles ou rescrits qui sont contraires b. ta disposition des saints décrets... Et certainement, s'il y a quelque occasion de se dispenser de formalités et de faire paraître une vigueur tout extraordinaire, c'est dans celle-ci, où l'on voit que la cour de Rome se déclare liautement sur le sujet de l'infaillibilité, qu'elle veut faire passer pour nu article de foi, malgré l'ancienne doctrine de TÉglise, et particulièn>-

ment celle de Fiance « Au surplus, dit-il en

finissant, il ne faut pas s'arrAter sur ce que la bulle n'a pas été publiée et qu'où n'en a que des copies, car on sait bien que la cour de Rome n'enveira pas l'original, lequel demeure dans les archives de la chancellerie, et qu'elle se contente d'afticher ses

MISSION C0STH1-: LA UOCTHISK DE L'iKfAILUHIUTK. 905

'>»j11€s ad vaioas* et autres lieux publics de Rome.

«f»rès quoi ils prétendent qu'elles sont suffisam-

"^«itit notifiées. On ne peut pas douter que ces bulles

i»«?s soient véritables, h moins de s'aveugler soi-

'*^«^rae; tous les banquiers en out reçu des paquets

I*-'»-!- le dernier ordinaire; la chose «st do notoriété

I* •-■l»liquo. C'est peut-ÉIre un artifice do la cour de

**- *^ ruo de n'en point envoyer en France, afin qu'où

'**^ s'y oppose point, et que la bulle, uno fois

''^ panduG dans le royaume , on ait moins de vigueur

*^ *- «Je force dans la suite pour la supprimer. Il y a

*^^ï* exemples où l'on a supprimé do semblables bul-

^^ sur de simples copies imprimées sans avoir l'ori-

Sur les conclusions des î<ens du roi contre la

*^'-»lJe, survint un arrêt du Parlement en date du

— ^ juillet (I66S). La cour donna acte au procureur

^^•^ lierai do l'appel comme d'abus; elle fit défense do

*~*5 tenir la bulle, de la lire, de la publier et de la

*^^V)itcr; elle maintint la Faculté de théologie de

* ■*« ris PU possession de l'antique droit qu'elle avait

**«i censurer les livres contenant des propositions

•^'^ «ilraires à l'autorité et à la discipline de l'Eghsc,

*•- l«i pureté de la morale chrétienne, aux droits de la

*^<^tjronno et aux Ubertés de l'Kglise gallicane. Elle

** i^doiina enfin que les censures de la Faculté contre

* Ail ïulrae BawlicîC iirincipis Aposloltirmn, caucatluriic a|ioBto- ^*^»«, »c in acie cnmpî l'ionc, ac in nliis locie solîLis cl conauelîii "i«"»»i«... eic.

* ^'ous ilonnoni l'nnolyse de ce remarquable iliecnu» de Talon, '■'"«c linéique» légers cliangcuieQla de forme, d'aprii celle qu'en a ***t.e âliea Du Pin dans le t. III de «on Hitloirt fcc/ésinstique du '«^«^iffrfi.ime ti^cle.

!206 U: CARDINAL Db) RKTZ.

les livres de Vernant et de Giiimenius seraient enregistrées au greffe de la cour, et elle fit défense de soutenir et enseigner leurs doctrines*. Notification solennelle de cet arrêt fut faite à la Sorbonne par trois conseillers au Parlement et par le substitut du procureur général, Achille de Harlay (!•' août 166a). M. de Brillac, Tun des conseillers, dans un discours où il faisait Téloge de Tinaltérable orthodoxie de la Faculté de théologie et de sa vigilance constante à maintenir la pureté des mœurs contre les fausses et dangereuses doctrines des casuistes, déclara que Tarrèt en sa faveur serait enregistré dans le Livre de cette Faculté, et que les condamnations et e\communic(itions lancées contre elle étaient et resteraient sans effet.

Le discours que prononça le même jour le substitut, M. de Harlay, fut encore plus véhément que celui de Denis Talon. En voici quelques passages où se retlëtent le plus les passions et les idées du temps- : « La cour ayant été avertie que quelques particuliers, attachés à la cour de Kome, les uns par le devoir de leur naissance et de leur ministère, les autres par une dépendance intéressée,., distribuaient en cette ville de Paris plusieurs exemplaires d'une bulle du pape contraire aux droits de l'Eglise gallicane, de messieurs h*s évéques et de celte illustre Faculté de théologie, a cru qu'elle était obligée d'y apporter par son autorité les remèdes que la prudence lui a fait juger nécessaires...

> Kllies Du Pin, t. III, p. 320.

* Nous avons eu soin d'en retrancher le« innombrables <itaiion-« l.'itines «pli, à rhacpie instant. oi\ obstruent In Ictttjre.

MISiKIS COÎlTHi: L\ llin.THIKC Ut: L IKIAILLIUIUTL. '20'

U puissance des pape» leur n été donnéo siins bot*net putir l'édificatioii et pour la coDservation dos aoans... Nous recevong avet- soumission tous les ouvrsfres qui portent cet au;;iiste caractèru du légilimt- successeur du premier des apiitres... Mais uoii.s rejetons avec vigueur ces ouvrages d'ambitiuu i^tdecolbrc i]ue uous avons vu paraître trop suuïïQl dans le royaume... Si lu résistance d'un côté oaiiii rendait criminels, de l'autre l'obéissance ne uoui rendrait pas moins coupables. Celle sainte nheUiùii a toujours clé conforme à tespril de tEgfixe... La Franco u roi;u ces miufiincs avec les vérités de la foi. qu'elle conserve si pure depuis tant de Rifecloa, » Et M. dp Uarlay cita plusieurs évèques qui, sur certains point» de doctrine, qu'ils rrojaient mal interprétés, résiatèreut au pape. • l« discours siucisre, puursuivil-il en faisant une MUKlnnte allusion au clergé romain, est bien éloiftii du luuga^i^e de ces flatteurs, dont les uns e-sclu- Vit àti leurs privilèges, les autres attai-hés par des Hulufis d'une rétrihutiou bonteusc et tous n'ayant ■I autres lumières que celles d'une complaisance sertile et niert'euaire, ont forgé ces opinions d'infaiilîbililé el de puissance absolue. C'est nue vérité qui ■intpas seulement dans la bouche des Frani;ais...'i l'ai», eu dédij^nanl quelques lliéulog-iens de la Sor- "wne. mais en fort petit nombre, qui s'étaient rutif*» des délibénitions pour n'avoir point ji se pro- '■uncer contre la bulle du jiape, llarlay les accusa ■waleuient d'entretenir un commerce criminel avec "« ministres élraugers, c'est-à-dire avec lo nonce HoWti, Fort bien renseigné parles dépéulies diplo-

matiques de nos agents à Rome, Harlay soutint que cette bulle avait été suggérée au pape. « C'est pourquoi, ajoula-t-il, la cour, dépositaire d'une partie de cette protection dont le roi est débiteur à ses sujets, n'a pas voulu souffrir son injustice qui blesse le pouvoir que messieurs les évêques, successeurs des apôtres, ont reçu de Dieu pour conduire les peuples soumis à leurs soins, et qui détruit indirectement le droit que cette Faculté s'est acquis, encore bien plus par le mérite de la doctrine de ceux qui l'ont composée jusqu'à celte heure, que par la possession qu'elle a depuis plus de quatre siècles de prononcer des jugements doctrinaux contre tout ce qui peut corrompre la vérité de rÉvangile, la pureté de la morale chrétienne, et attaquer les droits du roi, de l'Église gallicane et du royaume. » Harlay, avec une violence de langage qui dépassait toutes les bornes, traita la bulle de libelle injurieux lorsqu'elle venait à déclarer les deux censures contre Vernant et Guimenius, présomptueuses, téméraires et scandaleuses, tandis qu'elle louait dans des termes pleins d'estime les casuistes, « ces infilmes Epicures du christiaimme ». Pour démontrer toute l'injustice de la bulle à l'égard de la Faculté, il fit l'historique du droit de censure qu'elle possédait de temps immémorial. Grégoire IX et Alexandre IV avaient adressé des éloges à cette haute école de théologie pour certaines de ses censures; plusieurs autres papes l'avaient eue en si grande estime et accordaient une telle confiance à ses lumières qu'ils avaient voulu avoir son avis sur les alFaires les plus importantes de ri']gIiso, « comuie

^ l'infaillibilité, ioa

iiiwnglf certaine de la foi. ■< N'avait-ello pas été ronitullée sur l'affaire des Templiers? N'avait-elle fMS ceoKuré l'bérésie des Albigeois? N'avait-elle pas, dans une assemblée à Vinceunes, condamné Jes erreurs du pape Jean XXII sur l'état des &mes des JBsWs avant le dernier jugement ? N'avait-elle pu déclaré hérétique la doctrine de Wiclef? En plusieurs occasions, les censures de cette célèbre Faculté avaient été approuvées par les conciles et par leti papes. Clément VII, notamment, lui avait reconnu c« droit et même il avait conlirmé une de K» sentences. Ëniin, en 1o4â, François 1" avait lalorisé par lettres patentes des articles que cotte fitollé avait dressés par son ordre pour servir de ri^le à la foi de ses sujets, attaquée par les erreurs de Luther, et il les fit ligner par tous les ecclésiasti'jiiM, par tous les oflîciers et les compagnies aouvwiiuea du royaume'.

Hvlay, parlant du li\Te do Guimenius, le flétrît te les termes les plus énergiques, puis il ajouta c^ïta^caréllexious, bien capables de faire réfléchir U(»ur de Rome : •• La bulle du pape déclare Scandileusos le» censures de ces deux livres {Vcrnant et ^îiiiinenius) sans en dire la raison. Nous sommes Mïiirt» que ce n'est pas qu'il approuve cette des- •niction de l'ordre hiérarchique et de la morale que **«i*-Christ a établie. Au contraire, nous ne doutuni point qu'il n'ait, pour ces ouvrages d'iniquité, livenion et toule l'horreur que le premier rang 1"'' tient dans l'Église, et encore bien plus sa

' ïllin Da Pia. Hùt. nclà. du dix-ttptiime ûècle, t. III.

âlO LE CARDINAL DE RETZ.

grande piété exigent de ce père commun de tous les chrétiens... Mais il est à craindre que les hérétiques, regardant TÉglise de Rome comme le centre de la foi, dont ils se sont séparés avec une haine et une aversion morteUe, ils ne soient assez téméraires pour dire que le pape ne désapprouve pas, au moins par cette buUc, la doctrine de ces deux livres, et celle de ces autres auteurs « qu'il appelle graves ». Nous espérons que Dieu détournera ce scandale de son Église, et nous sommes certains que, si le pape est informé de celte conséquence que peut avoir sa bulle, il ne manquera point de Téclaircir. » Le substitut du procureur général soutint, ce qui était vrai, comme nous en fournirons bientôt la preuve, que la bulle avait été fabriquée, à Tinsu du pape. U défendit avec énergie les droits et la juridiction des évêques de France anéantis par la bulle, et il fit un éloquent appel aux docteurs de la Sorbonne pour maintenir les droits de la couronne et pour défendre les libertés de TËglise gallicane. Cette Église « regarde votre compagnie comme le séminaire de ses évèques, comme Técole où ses prélats apprennent les devoirs importants et la véritable étendue du pouvoir attaclié à leur caractère. Enfin elle vous considère comme une espèce de concile perpétuellement assemblé, conciliumfidei,... lequel, avec une vigilance infatigable, est toujours en état de s'opposer à toutes les nouveautés dange^ reuses ; vous êtes obligés de confirmer cette illustre jeunesse, qui vous environne, dans ces sentiments généreux et français qu'elle fait paraître avec tant d'éclat dans toutes ses actions publiques... Pour

COSTBE LA DOCTBIKF. DK L ISFAILLIBIUTE, 211

vou* «qiiiltor. Messieurs, de toutes ces obligations. nous n'avuDS point d'autres exemples à vous proposer que vous-mêmes ; que si la science d'un Gersim, d'uu cardimtl d'Ailly, d'uu Clcmeagis, d'un Xlmaia ont pu faire... l'honneur et l'ornement de nUe compagnie, la (gloire est bieu plus grande anjourd'liui, puisque nous y voyons plusieurs per^ WDiKs en m6me temps, qui n'ont pas muias de nie, de mérite et de capacité que ces grands hommes. - Harlay faisait allusion, entre autres, à Bos~ stict, i|ui, sans contredit, était déjà le plus illustre ilndocteurs de la Sorbonne, et qui, siégeant à cette if(ii\m parmi les juges de Guimenius, ne dut pas tin insensible à cet éloge.

Nouft avens dit l'opinion do tiussuet sur ce Euuitle. Celle qu'il exprima plus tard sur la bulle i^'ii l'ondamnait les deu.\ censures de la Sorbonuo wl trop cunsidérable et d'uu trop grand poids, peur qu'il soit permis de la passer sous silence : ■ U pape, dit-il, adressii au roi contre les censures M la Sorbunnc un bref fulminant.., mais le roi ■•it Irup prudent pour avoir égard à ce bref. Car il 'tvaii parfaitement qu'on en avait imposé au pape et Hm tuut le crime des docteurs de Sorbunne était 'le Vouloir maintenir leur ancienne doctrine. Cepen- "IwlAlexaadrepiibliaàRomolamême jumée (1665, le iS juin) une bulle par laquelle il cassait et annuel les censures contre Veraant et Guimenius ' (Dmmt; présomptueuses, téméraires et scandaleu- ***' défendant, sons peine d'excommunication en- •^"uniii par l'autorité apostolique, d'approuver ou de """tenir lesdttes censures, réservant à lui et au

ËÊÊk

âlâ LI^ CARDINAL I)K lŒTZ.

Saint-Sié^e de prononcer un plus ample jui^emenl sur lesdiles consuros et sur les opinious conteouec dans les IÎvtcs de Vernanl el de (iuimenius. » Cette réserve parut fort choquante, parce que le pape voulait obliger les Français h laisser répandre des opinions monstrueuses contre la hiérarchie et leS' hunnes mœurs, en attendant qu'il lui jilùt de pro-' noucer un plus ample jugement : d'ailleurs, il oui été Irbs-dangereux que les Facultés de théologie cl les évèques même Fussent restés dans le silence pendant que l'Eglise était en danger. On trouvait encore trës-étrange que la huile s' exprimai comme elle faisait sur les opinions de Vernant et de Guimenius, et principalement sur celles qui concernaient la morale. << Ces opinions, disait lo pape, sont aj>puyées sur l'autorité d'auteurs gi-aves, et ont de tout temps été en usage parmi les catholiques. !■ Co discours, poursuit Bossuel, n'était propre qu'à couvrir l'Eglise d'opprohre et d'infamie... Les commissaires nommés par notre Faculté pour examiner cette aiïaire jugèrent que la bulle n'élaît que l'ouvrage de l'Inquisition, puisqu'elle n'avait pas été publiée on plein consistoire et avec cette clause : " Du conseil de nos frères les cardinaux, •> mais avoc cette autre : « Après avoir entendu tes suffrages dtt cardinaux inquisiteurs généraux dans toute la république chrétienne, n Or, ces sortes de décrets ne sont point reçus en France, surtout lorsque le pape les publie par son mouvement propre, expression nouvelle et inouïe dans l'ancien droit canonique, et que la France n'a garde d'admettre, principalement quand il s'agit de décider des questions do foi. Mais

HISSIO^I COSTHC l

i l'isfailubiuté.

quand la bulle aurait été en boano forme, n'ayant point été envoyée ea France avec les cérémonies aifouturoées, il est certjtîn qu'elle y eût été regardée comme non avenue, et sans doute que l'intention du pape n'est pas de vouloir obliger les Français à recevoir un décret publié, sans observer les nuges anciens et qui sont fondés sur tes droits de l'Ëfriise de France et même de l'Ëglise universelle. C'est pourquoi ta Faculté crut devoir se tenir en repos; le rectcmr, instruit de cette résolution, donna Mparole h la Faculté de Ibéologie de se joindre à elle avec l'Université entière, si les choses étaient |wuBsées plus loin; le parlement lit défense de puliber la bulle el l'alTaire en demeura là. Ainsi les «nnures de la Faculté snbsislèrenl, el l'on regarda 1» bulle comme non avenue, comme rm ouvrage inconnu et comme une pièce qui ne regardait pas I» France, Pour peu qu'on fasse attention à tout 'vi, on s'aperçoit sans peine que le clergé de Frtnre est parfaitement d'accord avec la Faculté do Idéologie de Paris, et que sa Déclaration de 1683 "Mprime proprement que la pure doctrine de la Kïfiill^, ou plutôt de toute l'Égliae de France'. »

Ainsi donc cette grosse aifaîre de 1665 fut pour "•N dire l'éclatante préface des quatre articles de I68i. Voilà tuut ce qui se passu en France au sujet <'^ la bulle du pape. Nous en avons emprunté le '*cit i diverses sources, aujourd'hui à peu près "uliliées. Voyons maintenantcc quisepassaà Rome * propos de cette même bulle, et le rôle considéra-

., /V'win dflnrn

» cfcri gallict

Mé

LK CABDItfAL DE RETZ.

Me qu'y joua le cardinal de Hetz, muni des pleins pouvoirs de Louis XIV, [tour essayer d'amener le pape soit à expliquer sa bulle d'une maaiëre favo' rable à la Surbonne et au clergé de France, soit fc n'y donner aucune suite ou à la révoquer.

Les instructions de Lionne, alors secrétaire d'État des affaires étrangères, et les habiles négociations du cardinal de Retz pour obtenir l'un ou l'autre résultat, étalent restées jusqu'à ce jour complètement inconnues aux historiens, même à ceux qui furent contemporains de Louis XIV. Bossuet lui-mAme, qui parle assez longuement des deux affaires de Vernant et de Guimenius. ne parait pas avoir en connaissance de l'importante mission qui fut alors confiée au cardinal de Rolz. Le gouvememenl français garda le silence le plus profond sur les dé-î marches qu'il tenta alors auprès de la cour de Rorao pour aiTivorà un arrangement. Toutes les dépêches si curieuses et d'un si puissant intérêt, qui furent échangées entre l'habile secrétaire d'État et le cardinal de Retz, restèrent enfouies dans les archivas du ministère des afTaîrcs étrangères. C'est dans c« riche dépdt, k peu près inaccessible aux histonena pendant plus de trois siècles, que nous avons eu la bonne fortune de les retrouver, et c'est h l'aido ds ces précieux documents que nous allons essayer ds raconter l'une des plus importantes missions dont fut chargé le cardinal do Retz. Il y déploya toutes les ressources de son merveilleux esprit, depuis sî longtemps rompu aux intrigues et si fécond en expédients; il se montra aussi souple h tourner les difficultés qu'habile k découvrir le nœud des ques-

I»!ilU5 CnKTHK LA UUCTilINF: DE L INF

lions el à les résoudre. 11 n'est pas d'esprit si péuébiat qu'il fioit, qui, à certains moments, ne soit tnaglé pu* son intéràl, el ce fut bien souvent ce qui arriva au cardinal de Itelz pendant la Fronde. Sur le nouveau Ibé.ltrc où il va paraître, dégagé de liiut inlérûl personnel et n'ayant en vue que celui de U France et du roi, il ne laissera rien au hasard de ce qu'il pourra lui eidever h force de prudence et de eirefiniqieelion. Théologien de premier ordre, l'ayant emporté sur tous ses rivaux à la Sorbonne, ayant perfoctjuuné se» hautes études à Rome, au collège de U Saputaa, mais théologien sans cesse éclairé et tenu on garde par un sceptique et un diplomate, il w fttrdora bien d'i'ulreràfond dans la discussion du problème de l'infaillibilité du pape, do s'égarer et de » perdre dans co labyrinthe; loin do là. Tout en iflimunt hautement devant le pape el ses conseillers ^' en France cotte opinion n'est point admise comme nndu^e, il ne demandera pas h. ta cour de Rome 4( toDnncer k sa croyance sur ce point, el ne cherfben pas à faire prévaloir le syst^e de la non- U&niîbilité. D s'appli^iuera uniquement à faire en *ûhe que les choses soient laissées dans le même ^ qu'elles élaieul avant la publication de la bulle, *Ml-i-dire qu'il soit permis à Rome de garder l'opiBioD nonvelle de l'infaiHihilitc, et en France, de *roïw, conunc par le passé, et sans être anathéma- ''■^■quc le pape n'est pas infaillible.

Lorsque le duc de Créqui eut fait sa rentrée solenaulle fc Rome, après le traité de Piso, cl que le '!"u»ememenl puntifioat lui eut adressé toutes les

316 LR CARDINAL DK RKTZ.

excuses et reiidu tuas les honneurs stipulés dans ce traité, la cour de France ne jugea pas prudent de le maintenir auprès du Saînt-Siég-e en qualité d'ambassadeur, et elle le rappela, sans désigner, pendant plusieurs mois, son successeur. Le cardinal de Retz qui, dans l'affairo de la garde corse, avait rendu au roi de si émiuents services, eut un moment l'illusiou qu'il serait appelé à le remplacer. Ses amis et ses partisans le croyaient aussi '. Il fut maudé h. Paris dans les premiers jours de mars, et \k ou lui intima l'ordre d'avoir à se rendre à Rome en sa simple qutilité do cardinal français, et sans lui donner les moindres instructions. Le chagi'in profond que lui causa ce mauvais succès, il est facile de le deviner. Le roi le reçut, dit-on, avec un peu de froideur, et Colbert et Le Tellier montrèrent peu d'empressement à lui rendre ses visites'. Il n'en fut pas de

< Ouj fatiu, le 3 mars 16l>5, écrivail lie Paris à Palconet : " On dil que M. 1« cardinal de Red viendra ici bienlAt ; voir le roi, d'où, après a-voir réglé quelques affaires pour tes appoiotemeau, il partira pour Rome, où il tb être notre ambassadeur extraordinaire ; il fient d'arriver, U est logé aui Jacobins reformés. " Ca couvent se irouvail rue Saiat-Honoré ; il avait été constmii «d Itill ; jiendaai la Kévolution, c'est là que se réunit le club dea Jacobias.

' Le jeudi 12 mars, dit dans son Journal Olivier l^efévrv d'Ormeitoii (t. II, p. 335), je fus, à sept heures du «oir, voir U. Le I cardinal de Retz, logé depuis trois jours aux Jacobins réfonnèk, ajaut été mandé par le roi pour l'obliger d'aller à Rome, aiuta i Déanmoîns autre qualité que celle de cardinal. 11 était aiec M. le maréchal de Villeroi. Après, il nous recul fort cttilement, U. de Petit Marais et moi, et, me conduisant, il me fit beaucoup de oihiipliments sur la dernière aS'aire. J'ai su qu'il avait éle mal reça du roi; qu'il avait été voir M. Colbert, qui ne l'avait point enoot* niilé; que M. Le Tellier ne l'arail été voir que cinq joure sprte ■on arrivée; qu'on voulait qu'il allât à Rome, et qu'on n« Ivi oit i

BIISSION COSTHR LA DOCTBINK DR l'iNFAILLIBIUTÉ. 517

m^:aiti de Lionne, qui eul assez de bon soùt, ou qiii fui assez politique pour lui faire un meilleur accueil, on pourrait même dire un ai'cueil afi'ectueux. h eu juger par les premières lettres que Retz lui écrivit après sou départ de Paris. Avant de se rendre à Rome, le cardinal, la rage dans le cœur, alla passer quelques jours à Commerci ', et c'est de !i qu'est datée sa première lettre au secrétaire d'Ëlat des atfaires étrangères. » Monsieur, lui disait-il *, je ne saurais commencer mon voyage sans vous assurer de la continuation de mes services, et vous supplier (le croire qu'une des plus sensibles satisFaclions que je trouve par avance esU'espérance que j'ai qu'il me donnera plus de lieu, que je n'en ai eu par le passé, de vous témoigner l'estime Erfes-partieuUère que je tais de votre amitié, qui me sera assurément toute ma vie très-sensible et très-^hère. Soyez persuadé, je vous en conjure, que je ne manquerai jamais de répondre aux marques et obligations qu'il vous plaît Je m'en donner, par une sincérité très-parfaite et "wne passion très-véritable et très-forte pour tout ce <{ui vous regarde. Je fats état de partir sans aucun «lélai à la fin de la semaine prochaine, mais je vous

parlait pas; enlln qu'il crevait dans son cœur 4a ee irsiteineni; >|U<i l'on rappelait M. de Crequi el qu'on parlait d'envoyer M. de

-ïii,j. .

' - M. le cardinal R^lipnrt d'ici dan» trois jours pour s'en aller a Comiuarci, et de \i il prend le cheniiD de Rome, où il doit arri- ^<P le mois de mai prochain. On dit que le cardînnl d'Esle ai leul plus tire protecteur de France, qu'il en h écrit nu roi. etc. » (Ouj Catin à Palconet. Pari*, dernier mars 1665.)

'Arobirea du ministère des nfTaires élrangérea. Rome, t. CLXV; '• XVni de la CorreiponiiarKe 'te Lionne. LnUra autographe: Com- 'n«rci. 23 avril 1665.

âlf^ LE CARDINAL DE RETZ.

supplie de croire que je serai partout également, et de tout mon cœur. Monsieur, votre très affectionné serviteur, le cardinal de Rets * . » — Les lettres qui suivent, toutes adressées à Lionne, nous font connaître l'itinéraire du cardinal ; elles sont pleines des détails les plus intéressants, et dignes par le charme et la facilité du style àeV SLuienr des Mémoirei dont elles deviennent comme une brillante annexe. « Ce qui s'est passé jusqu'ici dans mon voyage est de si peu de considération pour le service du roi que je croirais manquer au respect que je lui dois si je prenais la liberté de lui en rendre compte directement*. Mais je trouve d'ailleurs tant de satisfaction à soumettre à Sa Majesté tous les pas et tous les moments d'une vie qui ne sera jamais qu'à elle, que je ne puis m'empêcher de vous donner part de ce petit détail, et de vous supplier d'agréer que je commence, dès aujourd'hui, à prendre avec vous une correspondance que je continuerai assurément avec autant de joie que de sincérité. La saison qui commence à me presser et qui ne me permet pas de perdre du temps en des cérémonies inutiles, mo fit prendre la résolution, eu sortant de Lorraine, de passer partout incof/nito. Je n'ai vu qu'en cette manière M. le Nonce de Lucerne, qui me fit les compliments de M. Tambassadeur d'Espafi:ne, et qui lui

1 Telle était à cette époiiuo la signature du cardinal ; plus tard il signait Rais, et c'est Torthographe qu'il a adoptée dans le manuscrit autographe de ses Mémoires.

* Archives <les affaires étrangères, Rome, t. CLXIX de la Correspondance yènh^alf ot t. XIX d«' cell»' di* Lionne. Milan, ce 28 mai 1065.

MISSIOS CONTRE LV DOCTRINE DE L INFAILLI RI UT É. il9

rendit les miens de la mèinu façon. J'arrivai hier au soir ici {à Milan), je me logeai daus une hôtellerii', et. au même temps que j'aî envoyé ce matin un gentilhomme à M. don Louis Ponce de Léon', j'ai prié M. l'abbé do Vatteville, que je connais il y a fort longtemps, de faire en sorte auprès de lui qu'il ra<' laissât dans toute la liberté dis l'uicoijnito. Aprfes beaucoup d'honnêtetés ol d'elforts pour me loger, etc., il s'est enfin contenté de me donner M. l'abbé de Vatteville et M. le comte lïercole Viseonti pour me faire voir sans cérémonie le corps de saint Charles', le château et la ville. Mais il s'est opiniâtre absolument à me rendre une visite. Je l'ai reçue ce soir chez l'abbé de Vatteville où je suis venu coucher, parce j'ai connu que ce qui faisait le plus Je peine à M. le gouverneur de Milan sur mon mnognito, était de me voir loger dans une hôtellerie. Il n'a été qu'un quart d'heure avec moi. et il ne m'a parlé, après les civilités ordinnires, que de la passion qu'il avait eue à Rome de servir Sa Majesté- Je pars demain pour Florence, contre ma première résolution qui avait été do passer parLorotto, mais j'ai changé de pensée sur ce que l'on m'a fait connaître ici que, prenant le chemin des montagnes de Toscane, je m'épargnerais l'incommodité dos chaleurs et que j'accourcirais de plus mon voyage de sept ou huit jours. Je vous supplie, Monsieur, d'être persuadé qu'il n'y aura jamais personne qui souhaite avec plus de passion l'honneur de votre

amitié, et qui soit plus véritablement et plus sincèrement que moi, etc. »

« Je vous écrivis de Milan le 28* du passé, j'en partis le 29* et je n*y vis personne, depuis M. don Louis Ponce de Léon, que M. le marquis Fiorenza, beau-fils de M. le marquis de la Fuente, qui, je crois, par cette raison, affecta de me rendre visite \ Aussitôt que je fus sur le Plaisantin, j'envoyai un gentilhomme à M. de Parme* pour lui faire des excuses de ce que le chemin des montagnes, que les chaleurs m'obligeaient de prendre, m'empêchait d'avoir l'honneur de le voir. J'arrivai ici (à Florence) le cinquième de ce mois, et j'avais fait dessein d'y passer aussi incogniiOy mais un mot équivoque que M. Ugolini, gouverneur de Pise, et qui m'y a logé chez lui, écrivit en cette ville, a fait que M. le Grand- Duc ', ne croyant pas que ce fût ma pensée, m'a reçu en la manière accoutumée. Il m'a demandé si j'avais quelque ordre du roi pour ce qui touche Madame la Princesse de Toscane \ et comme je lui ai dit que

* Archives du ministère des aflaires étrangères. Rome, t. CLXIX de la Correspondance générale et t. XIX de celle de Lionne. Florence, ce 7 juin 4665.

' Ranuce II, Farnèse, duc de Parme, né le 17 septembre lt>30. mort le 8 décembre 1694.

^ Ferdinand II de Médicis, né le 14 juillet 1610, mort le 24 mai

^ Il s'agit de Marguerite-Louise d'Orléuns, tille ainée du second lit de Gaston d'Orléans, oncle de Louis XIV, mariée en 1661 à Cosme de Médicis, iHs aîné du }>rrand-duc Ferdinand, et qui lui snccéda sous le nom de Cosme III. i^tte princesse, d'une rare beauté et d'une grâce toute française, mais d'une extrême riolence de caractère et d'un esprit fantasque, s'était éprise d'une vive passion, avant son mariage, pour Charles V de Lorraine. Ëloign€«

1 LA IIOCTHINi; UE L INt'AILLIHIUTi:. Hl

uun. il m'a témoigné qu'il serait bieD aise que Je n'euBsp pas l'honneur de lui rendre mes Irès-humtia devoirs. Ce qui m'en parait est que l'on a résolu eo cfltte cour de ne la laisser plus voir à personne qo'àKUx qui lui seront envoyés de la part du pape ou do celle du rot. Je fuis état de partir d'ici demain nu matin, pour me rendre, le douze ou le treizième Je ce mois, à Rome. Je vous supplie de croire fu j'y Mrai, comme partout ailleurs, Inviolableneiit,etc.

M JevoQS écrivis de Florence le 7' de ce mois, j'eu partis le 8' el je demeurai tout le 9' à Sienne chez M. le prince Mathîas'. J'y rendis mes devoirs aux parents de Sa Sainteté et j'arrivai en cette ville (de Rome) la nuit du samedi au dimanche {le 13 juin). J'fvi9,d^s la pointe du jour, M. deBourlemonl'qui Bedunua les ordres de Sa Majesté pour ce qui reprde la reine de Suède' et M. le i^rdinal Azzoliui *. Je les observerai ponctuellement, et je m'en suis i^éji acquitté à l'égard de ce dernier, qui m'a fait

''• ptinct na't\le aîmail, «lie prit en horreur son êpom et la cour ** Tn*etn«; «II« pousia (i loin sod aversioa pour la rumille <Je "«digû quf, pour ae Caire aiorler, elle h livra niu eiercicea \et ^ viotenU. Ccpendaol, li> S noAt (6d3, elle eut uu His aui^nel ou ^••y»» 1« nom de Ferdinanil. l"e*l nui ileporlemenU île cette prinr°*** nae bc ntpporlv le posnage ci-deiaus ite la lettre Ju cardinal

j ^T«liÎTes du ministère des altAÏrea etraiiu^res. CorreiponiiiitieF *OiB». t, CLXIX ; l- XJX de la CorrrJiponilanc* de Lionne. Rome,

iuin ises.

-^ndilenr de rote, charf^p 'ivH mliril» rie la France en l'a'i- *«• de aotiv wnbtteaadeur.

, *^!fcri«in* de Suedt. Le roi inierdisait i Hotz de la voir, ainsi

^•eréUÎN de* bref*.

!2Sâ Lt: CARDINAL DE RETZ.

demander indirectement si j'étais en état de recevoir son compliment. Gomme je n'ai point eu jusques ici d'ordres particuliers du roi sur le reste de ma conduite, je n'ai pas cru la pouvoir régler plus justement selon ses intentions que par les conseils de M. de Bourlemont que j'ai absolument suivis dans les premiers pas de compliments et de cérémonies que j'ai été obligé de faire en arrivant ici. Je vis hier au matin le Pape, qui me reçut avec beaucoup de bonté, et ne me parla que fort en général des choses passées et de la passion qu'il avait toujours eue de bien vivre avec le roi. Je prends la liberté d'écrire à Sa Majesté pour rassurer de mes très-humbles obéissances, et je vous supplie. Monsieur, de me faire la grâce de lui rendre ma lettre et d'être persuadé qu'il n'y aura jamais personne qui soit avec plus de passion et de sincérité que moi, etc. »

Comme on le voit par cette dernière lettre, Louis XIV n'avait donné aucune instruction au cardinal de Retz sur le rôle qu'il aurait à remplir à Rome. Dans cette situation, le cardinal se crut obligé, — quelle humiliation pour un esprit de sa portée I — de demander constamment des conseils à un simple auditeur de rote*, M. de Bourlemont, qui, en l'absence d'un ambassadeur, en remplissait les menues fonctions les plus indispensables. Mais,

' « J'allai aussitôt saluer le cardinal «le Ketz, écrivait au ro l'abbé (le Bourlemont en date du Kî juin. 11 me dit qu'il n'avait et n'aurait d'autre pensée ni de plus grand désir que de bien et fidèment servir Sa Majesté et de lui pouvoir plaire, qu'il me demandait mes avis et les connaissances que je pouvais avoir, pour s'en servir à l'unique dessein qu'il avait de faire bien ici son devoir. » (Archives des affaires étrangères; Corrrapondattce de Romr.,

10» COÏtTitK L\

L L IKKAtLLIBlUTK.

(MBDe on le verra bîeutftt, ReU, qui se soamit ■odestemcnt à cet humble tùle, ne tarda pas h dominer une toile siluatioo par l'agrcadaiit do son eifrit, et à imposer ses avis, tout en ayaiit l'air de k'inclÎDer respectueusement devant ceux des îiutrus. M. de BourlomoDl, bien qu'on possi'ssion des pouvoirB do l'ambassade, eut le bon goùl de s'elTaccr udant que possible devant l'homme supérieur que iMJeux de la Fortune avaiiMit placé sous ses ordres. li lui rendit même tous les honneurs qui pouvaient iKpendre de lui. Lors de lu première visite du cardinal au pape, il lui prêta pour cette cérémonie le ^rand carrosse de velours uoir du duc de Créqui et l« fit escorter par six gentilshommes vêtus de long. Le cardinal fut très-caressé au palais. Le cardinal Chiçi lui fut rendre visite avec un grand cortège de fliUts, ce qui n'était point ordinaire à Rome. On «gérait le gaffer a la cause de l'infaillibilité, peutttre entretenir ses mécontentements contre la cour de France, l'entruiner à tramer de nouvelles sédiliuns'.

En traversant le Saint-Gothard, lu cardinal de ''fitt avait fait la rencontre du duc de Créqui, l'anocQ ambassadeur du roi à Rome, qui retournait on '^'^Uvx, et dont 11 était appelé, par la force des '''OOflos et en dépit de l'humble position qui lui *'*it[aile, à remplir, mais sans être revêtu d'au- ^"n titre, les hautes fonctions jusqu'à l'arrivée d'un "'^tivel ambassadeur. Le cartUual jugea que le plus *^«i était du s'accommoder, extérieurement du

n M i|Ue le duc Cfairini Kcrivoii à I.ionae, le I juilM 166S.

âi4 m CARDINAL DE RETZ.

moins, à son modeste rôle. Il vécut d'abord presque incognito^ afin de ne pas être obligé à de trop grandes dépenses et de ne pas offusquer, par un luxe qui n'eût répondu nullement à sa situation, le gouvernement du roi^ Il s'installa, comme un simple particulier, chez un homme tout dévoué à ses intérêts, Tabbé Bouvier, expéditionnaire de la cour de Rome. Il menait un fort petit train, sa table n'était que de sept ou huit couverts et ses domestiques peu nombreux*. Mais quelque temps après, don Camille, un des neveux du pape, afin sans doute de le gagner aux intérêts de la cour pontificale, lui ofi'rit son casino ou son palais de Montemagnanapoli, et le cardinal de Retz l'accepta sans trop se faire prier^ afin de ne pas déplaire à la cour de Rome, et il y fit arborer les armes du roi.

Le pape, dans la première audience qu'il donna au cardinal, ne lui dit pas un mot de l'afi'aire de la Sorbonne, mais, dans l'espoir sans doute de se le rendre favorable, il s'empressa de le nommer de trois congrégations importantes. Retz ne manque pas de faire part à Lionne de ce petit triomphe pour lui montrer que le pape ne le traite pas

* Voici comment l'abbé Elpidio Benedetti, agent secret de la France à Rome, faisait à Lionne le portrait du cardinal de Retz : M Vhabbiamo trnvnto ulquanto ingrossato^ ma assai imbinnchitto di testa. >» (T. XIX de la Corrcfipondance de Lionne.)

* <« Le cardinal de Retz continue ses visites et a toujours tous les Français (jui sont ici. 8a famille est petite, mais fort sage; il a réglé sa dépense à mille écns par mois ; sa table n'est que de sept ou huit couverts, mais assez bien servie. J'ai l'honneur de le voir de temps en temps, et il me fait mille caresses et civilités, n (M. de la Buissière, agent secret de la France, à Lionne. Archives de» affaires étrangères.)

IlSSIOn COKTHK LA DOCTBINB DE L'iNFAILUBIUTË. US

comme le premier venu des cardinaux et que la fiteur h laquelle il semble appelé est peut-être uqo nie qui lui est otTerte pour négocier avec quelque

• Depuis ma [lettre] du 16', lui écrîvaît^il, le 23 JUB 166S*, M. l'abbé CastiglJOD m'est venu trouver de II part de M. le cardinal Cbîgi, et m'a dit que le pipe m'a mis des trois Congrégations de vescovie re^larif éeUimmunità ecclesiastica, e délia signatura éjratia.SQ ue sais si ce no serait point manquer au respect que de vous supplier de rendre compte au nù d'une chose de si peu do considération, mais Je lU laisse pas de vous la mander pour me donner à

■oi^ilAme cette satisfaction, et pour prendre en

nfane temps l'occasion de vous assurer que je suis

trtl-véritablemeQt, etc. *. •< Yoici comment Lionne répondait, le 33 juin, à la

J^èehe du cardinal, datée de Milan, afin de l'assu-

' &nlÛT*a du uûtûiUn des nfTiùrei élraogirei. Corretpandimet !• *mr, t. CLXtX; i. SIS. de celle d« Lioiuie.

liwaa ecrÎTut * ReU le 17 juillet : i Le roi ft appris stsc ptoî- *>> fH Si SaioUté ail donoé t Votre Émiueace des marqtiea de 'MM* qu'elle bit de ton mérite et de sa aulÏBaDcc an la mettant ■ Wi dM plu» ootuiderahles confrréga lions de cardinaui qu'il j ^■M la eonr d« Rome, et oli même Voire Êmioence aura lou- "■leMÉmaB da Mrtir Sa Majeilé et d'oblj^çer lea ■njels. •

"•S. — * I^ reine-mfere m'a fait rboaneur de m'écrira tou- ^■Ittriforme d« Clteaux; j'«[>ire, Moniieur, que tous aiu-ec "^ h bonté dfl lui rendre la réponie que je lui fai» et que voui *W"WW ct-joinle. >■ Reiz, i propa* de l'ufikîre de l'eiroile obaer- ^■■de U Trappe, que «illicitiiit à Rome l'abbé de Rancë, «l qni '*I"Vb« pu «u gré dei déiîrs de celui-ci, entama avec la reine ^Aiètc Anne d'Autriche une correspond an co luivie, dont I ne re«le aucun (ragiiienl dans lei Archives du I des artairce étrangères.

336 LE CARDINAL [l^: HECTZ.

rcr de ses bonnes dispositions et do celles du roi : w J'ai reçu la lettre dont il a plu à Votre Ëminenca de m'honorcr, écrite de Milan, el l'ayant lue an roi, Sa Majesté m'a chargé de mander à Votre Eminence de sa part que le soin qu'elle a pris de l'informer des progrès de son voyage et jusques aux moindres circonstances, lui a été fort a^éable et qu'elle n'avait rien à désirer de mieux en toute sa conduite que ce qu'elle a fait. Etlc a aussi témoi^é 6lre fort aise que Votre Eminence ait plutôt pris son chemin par la Toscane que par la Komagne, la premier éliint plus court et moins incommode en cette saison... J'accepte, Monseigneur, avec respect l'honneur de la correspondance que Votre Émineoce m'offre et je tâcherai de m'en prévaloir par la suite pour lui rendre auprès de Sa Majesté tous les offices et Irès-humbles services dont je pourrai ôtre capable...»

A quelques jours de là', Lionne lui écrivait une dépèche qui résume si bien l'état des relations de la cour de Rome avec celle de Franco depuis le traité de Pise qu'il est indispensable d'en mettre un passage sous les yeu.\ du lecteur : " Votre Eminence aura trouvé une cour qui va insensiblement se rebrouillant avec la nuire par une conduite, il se peut dire, d'enfant, car, de part et d'aulro, il n'a été question, depuis dix mois, que do pures bagatelles. Mais on a si mal correspondu aux grAces et aux bons traitements qu'on avait fait ici h, M. le légat' et à la réduction d'Avignon, dont l'incident, «î Sa

• 3 juillel 16U. T. XX d* U Corrttpondanee île Lionne. ' FIbvîo Chigi. uev*u ilu f*p*.

MAJ^sté )■ eût voulu agir avec moins de générosité, lui edt donné lieu d'arracher du pape tout ce qu'elle fit Usiré, qu'à la fin, après dix manquements de jtaole l'un sur l'autre, Sa Majesté s'est lassée de la rondittoQ de solliciteur et a écrit à M. le cardinal Chip de n'importuner plus de rien Sa Majesté sur Ks intérêts ou pour ses satisfactions. Ces messieurs ODt mieux aimé marcher par des chemins remplis d'épines que sur des roses. Ils seraient en quelque f^OQ excusables si notis avions louché de grosses eoides, comme de liaisons do ligues, d'investitures, & doublements de décimes, de chapeaux hors de la Mnination ordiuaire, mats j'aurais honte do dire ■OHaétne k Votre bminence ce que l'on deman- UL Cela fait pitié... » Les bonnes dispositions du lâûslro à l'égard do Retz faillirent au début être tmvnéPS par certains bruits qui couraient à Rome mira lo cardiual et dont M. de Bourlemont se fit le amylaisant écho, tout en ayant l'air de les croire M^ectB et do les donner pour,tels. 11 disait donc, dilunDe lettre à Lionne', tenir du cardinal Urstn pe le cardinal de Retz s'était plaint à dona Béré- Ute, bell^-sœur du pape, de ce que le gouverne- Bnldu roi ne lui avait pas confié les fonctions de, poteetour des alTnires ecclésiastiques de France à Boitte. '■ Je vous assure, Monseigneur, ajoutait-il, ^ ces rapports sont si éloignés do ce que me dît •^ le eardioÂl de Retz toutes les fois que je le vois, VÏ n'a d'autre passion que de se signaler au ser- *^dii roi, étant si obligé aux bontés et aux grâces

228 LU CARDINAL DK RKTZ.

de Sa Majesté, que je D'ai osé mander au roi une chose, qui ne me parall aucunement vraisemblable et qui serait contre le bon sens, que M. le cardinal parlât do telles prétentions à des gens qui ne la peuvent ea rien aider, mais plutôt lui nuire, le publiant mécontent, aprtss étro tant redevable & la bonté et à la clémeoce du roi... Cependant, ajoute Bourlemont, j'aurai l'œil ouvert, et si je remarque' quelque certitude, aussitôt je le ferai savoir au roi, ainsi que je dois... » Nous avons vu que Retz, pendant son dernier voyage à Paris, avait laissé percer son mécontentement sur la position qui lui était: faite. 11 parait donc vraisemblable qu'il en usa de même à Rome dans quelques conversations privées. Vraies ou non, ces dénonciations, ou ces insinuations de M. de Bourlemont à Lionne ne furent accueillies ni par celui-ci nî par le roi, soit qu'ils les tinssent pour fausses, soit qu'ils jugeassent plus sage de ne pas y donner suite. Dans leurs dépêches à M. de Bourlemont ils lui déclarèrent qu'ils n'y ajoutaient aucune foi', mais ils firent en sorte quo le cardinal eu fût prévenu afin de lui fermer ta bouche. A partir de ce moment, Retz garda mieux la , silence, car ou uc voit plus s'élever contre lui aucune accusation de ce goure.

■ 1... S& Uajegtene peut ajouter l'oî à. câ qu'où a riL|i|)i>rl« àil«nt lie nrsaieurs tins cnrdmaux et i\u\ nous I'odI dit, quv M. U cardinal de R«li tsmoigne être mêcDnienl de ce qu'etaol le pliu ko- < den csrdltiBl nUionftl. on ne lui a pga donne t>xar«ic« de tk ' oharge de e on protecteur des alTiireB de Franco ; elle croil titn ' plutAl t ce que ledit cardinal vous a «onvenl dit du qu'il a de* grlcea que Sa Hajeate lui a rsil«...a (Lionne t mont, il juillet lUGS.)

iOiKtJI COHTBE LA DOCTHISE

l'infailubeuté. 229

Ce ne fut qu'un mois après son arrivée à Rome foe fielz fut soudé sur son opinion louchant la jTude question qui divisait alors si profondément Il cour de Rome et celle de France, la question de l'infaillibilité du pape. Le cardinal A!bizzi, amî des jéniiles. qui avait fort coopéré à la bulle et qui en mît été même l'un des principaux auteurs, souleva le premier cette question brûlante. Voici commentte nrdinal de Retz raconte à Lionne cette première «trevue. On verra avec quelle prudence, avec quelle circonspection il répond à son interlocuteur, pour ne le blesser en rien; avec quel art, quelle hdtileté il discute la question pour laisser une porte ouverte & un arrangement. Retz, à ce moment, n'est tDCore investi d'aucun pouvoir pour négocier, il ne pirie qu'en son propre et privé nom.

"Je vous envoie le récit d'une conversation que j'tî eue. depuis quelques jours, avec M. le cardinal AQtiz»'. Je connus sensiblement, nux premières pamles qu'il me dit en me rendant sa visite, qu'il avait itnpalience de sortir des compliments ordinaires pour me parler d'affaires ; et je fus bientôt confirmé dans cette pensée par l'affectation qu'il eut à entrer «n discours «ur la censure de la Faculté de Théologie de Paris, et ensuite sur la Bulle du Pape. Je ttte défendis quelque temps de lui répondre sur ce »ujet en lui témoignant que, comme je ne savais ni les intentions du Roi sur cette Bulle, ni le détail de *• ^ui s'était passé ici sur cette matière, je n'en pou-

Arthirra il« uRairei étran^res, Correuponiian *- eux. RoDM. c« U juillet lOGS.

llî CARDINAL DE BETZ.

vais rien dire de particulier. Il ne laissa pas de me presser avec beaucoup d'instance de m'ouvrir ua peu davantage sur le fond do la question, et comme je vis. par de certaines expressions, qu'il se voulait persuader à lui-même que j'étais de soa senLimeot, et qu'il tournait la chose d'une manière selon l»« quelle il lui eut été facile do donner h mon sUencA dâDS le monde un sens qui n'était pas assurément le mien, je crus être obligé do m'expliquer et de lui dire, comme en conridence entre lui et moi, que ja ne pouvais concevoir les motifs qui avaient obligé la cour de Rome à la publication de cette Bulle, qu'ayant été nourri dans la Sorbonne, des mon enfance, et y ayant pris tous les degrés, je no pouvais ignorer ses véritables sentiments, que je savais certainement qu'ils n'avaient jamais été de condamnar l'opinion qui soutient l'infaillibilité du Pape, quoique cette opinion ne soit pas celle de la Faculté do Théologie, que sa censure n'a point touché cella doctrine de Rome, mais seulement celle qui dit qu» la contraire est hérétique, et que je ne pouvais concevoir par conséquent les raisons par lesquelles I* Cour de Rome, qui n'a jamais prétendu jusqu'ici faire passer pour un article de foi son opinion do; l'infaiHibilité du Pape, condamne une censure qui no dit dans le fond que ce que les auteurs mëmeft qui soutiennent l'infaillibilité enseiguent en mille^ endroits de leurs ouvrages, qui est que l'une et' l'autre de ces doux opinions est soutenablo, et qiut l'une ni l'autre n'est de foi. M. le cardinal .\lbizzi me répondit que, si la Sorbonne s'expliquait comme, moi, le procès serait bient&t tîni, ot que l'un n'avait'

ion CO.XTBE LA IIOCTRIME DE l'iBFAILUBILITE. 331

rieo oublié, du côté de Rome, pour obliger la Faodlé de Théologie à donner ù. sa censure le sens prétendais qu'elle avait, et que rien n'avait :|c Pape h publier sa Bulle que l'ambiguïté qui It dans les paroles de la censure, et qui eût k ce qu'il disait, faire croire à la postérité que liFacolté (le Tbéologie de Paris eût condamné imimément, à la\-ue de Rome, l'opinion do l'infallli- Klité comme fausse, téméraire, etc. Youa pouvez ctDÏre, Monsieur, que je ne domcurai pas sur ce point sans repartie, et que j'essayai de lui faire voir ^'0 n'y a nen dans la censure qui ne marque clainmenl qu'elle n'a prétendu condamner que l'opinm qui déclare hérétique celle qui est contraire à HB&ûUîbilité du Pape. La contestation s'écbauiTanl, ■DOB ODtràmes dans l'autre point, c'est-à-dire dans hdtfense que fait la Bulle à toutes personnes, sans neeption. de prendre connaissance, etc., et M. le ardiaal Albizzî me soutînt que Rome no prétendait bleuer en aucune manière l'autorité dos Lvêques, ({n'elle avouait être incontestable et qu'elle n'avait ioiéré cette défense dans la Bulle que pour faire Toirfc la Faculté do Tbéologie que le Pape s'était ■core réservé des moyens de faire quelque chose Ispliu en cette affaire qu'il n'avait fait. J'avoue que jtw pus comprendre sa raison, quelque peine qu'il |rità mti la faire concevoir, et je me contentai de hidire que cette inhibition paraissait dans la Bulle B ^nérale et si contraire aux maximes de France, V^ j'appréhendais qu'elle n'eût de mauvaises Mnles.

■ Le maître du sacré palais me vint voir hier qui

afTecta, aussi bien que M. le cardinal Albizzi. de me faire parler sur ce sujet, et je lui répouilis dans les mêmes termes, avec d'autant plus de facilité que M. de Bourlemont avait approuvé que je me fusse ouvert avec M. le cardinal Albizzi ; car je vous avoua quo le respect que je dois au Roi, et qui m'oblige, ce me semble, à n'ouvrir In bouche sur quoique ce soit que par les ordres exprès do Sa Majesté, m'avait donné quelque scrupule de la liberté que j'avais prise de m'expliquer avec M. le cardinal .Mbiïzî,' quoique rien ne m'y eût porté que la bienséance qui oblige, à ce qui me paraît, un cardinal français à ne pas demeurer absolument dans lo silence, quand on lo force de s'expliquer sur des matières de celte nature.

« M. le cardinal Albizzi dit avant-hier au Père Hacedo, cordelier portugais, qu'il a%'ait un extrême regret de no m'avoir pas entretenu devant que la Bulle eût été envoyée. Comme il n'a pu douter que ce religieux ne me cèlerait pas la confidence qu'il lui a faite, je suis persuadé qu'il a bien voulu que je la susse. Vous jugez mieux que moi quelle vue il peut avoir dans cette conduite de laquelle je croît Être obligé de rendre compte au Roi, parce qu'elle m'a paru suivie et affectée. Je suis, avec toute ta sincérité et toute la passion imaginable, etc. »

La Sorbonne avait censuré les passages du livre de Guimenius dans lesquels il soutenait que l'infaillibilité du pape était un article de foi. Le cardinal de Retz, pour adoucir les choses, prétendit que la Faculté de théologie n'avait jamais entendu condamner cette opinion en elle-même, bien que ce ne fût point

Mission COIÏTRE lA DOCTHIHK l>E L'jNFAILLIBILITÉ. 233

k nenne, mais que sa censure n'avail atteint que la ésctrioe qui soutient que l'opinion de la non-iufail- EkOilJ est hérétique. Il ajouta que les auteurs mêmes qui défendent l'infaillibilité déclarent dans kun ouvrages que ni l'une ni l'autre des deux opinions n'est un article de foi et qu'elles peuvent également être soutenues. Il ne manqua pas non [Jtudfl défendre les droits des évèques de France n absolument niés dans la bulle et déclara au cardinal Albizzi, pour lui faire peur, que l'affaire pournit avoir de funestes conséquences.

Peo de jours après, la question fut de nouveau Molevée par le cardinal Pallavicini, ancien jésuite, direcleur de conscience du pape, homme de mérite et de vertu, auteur d'une vie d'Alexandre VII ctd'un tominentairo estimé du Concile de Trente. Palla- TÏemî, un des iustigateurs et auteurs de la bulle, Mat grand partisan de la doctrine de l'infaillibilité. Illilabica plus avant que le cardinal Albizzi. Il soûlot que l'infaillibilité était tenue pour article de foi ptrleSaint-Siége et toutes les universités dumondo, hors celle de Paris; qu'il était dès lors permis de qualifier téméraire et hérétique la doctrine contraire. 1 fit entendre à son interlocuteur que, si la Sor- '^Qiie persistait dans sa révolte, le pape avait le ■'^it de l'excommunier. On verra avec quellu clarté ^' quelle habileté le cardinal de Retz explique, dans Plusieurs lettres h Lionne, les nuances d'opinion "f*» deux cardinaux Albizzi et Pallavicini, et com- "^^îDt il combat les arguments de ce dernier en "■éologien consommé et avec la prudence d'un di- Momato.

" J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire, du 26' juin, et je crois que voua mo faites bien la. justice d'être persuadé qu'elle m'a donné une extrême joie, en m'assurant que le roî a agréé la liberté que j'ai prise de lui rendre compte de moQ voyage '. Je n'aurai jamais de véritable passion que celle de lui obéir et do lui plaire, et je vous puis dire, avec beaucoup de vérité, que ce sera toujours mon unique application. Je vis avant-hier M. le cardinal Pallavicini, qui alTectii, avec un peu plus de circuit que M. le cardinal Albizzi, de me faire entrer dans le discours de la censure de la bulle. Il me dit que, si lii Faculté de théologie de Paris su fût contentée de censurer la proposition de Guimenœus* comme fausse, et non comme téméraire, scandaleuse, etc., la cour de Rome fût demeurée dans le silence. Il ajouta que la doctrine de l'infaillibilité du pape étant tenue par le Saînl-Siége et par toutes les universités du monde, à ce qu'il prétend, excepté celle de Paris, il devait être permis à tous lus théologiens de qualifier la contraire comme il leur plairait. 11 me voulut prouver ensuite, aussi bien que M. le cardinal Albizzi, que la défense que fait la bulle à toutes personnes de prendre connaissance, etc., ne touche en aucune façon l'auturilé dus Ordinaires, et n'a eu d'autre principe que le dessein que le pape a pris de faire voir à la SorbounO quo, si elle nu se soumettait à la bulle. Sa Sainteté s'était réservée des moyens plus forts que ceux qu'elle

I Archiva* Ju miniatèr» Je* alTairea ctrongèrps, Corrripondanet de Kome. t. CLXX. Rome, ce 31 juillH leSS. * LîMi : Guimeniu*.

I UIJIBE L.\ DDCTRIKK UK l'iSFAELLIBILITÉ. :!35

irait employas jnsqiies ici. Il titiit sou discours en me disant que cette afTaire se pouvait accommoder co on quart d'heure. Comme je ne pus concevoir les nîsuiis qui ont été capables de porter la cour de Rome à fairo une dilTéreucc si considérable entre UD« reiisuro qui n'eût condamné I» proposition qiio ronuDo fausse et une autre qui l'a qualifiée léméniiv, scandaleuse, etc., je no répondis sur ce point qu>n avouant avec ingénuité qut; je ne pouvais comprendre la justesse de ce raisonnement. Je payai de U même humilité touchant les motifs qu'il m'aviil allégués de la défense portée dans la bulle & toutes personnes, de prendre connaissance, etc., parc« qu'en effet je ne me puis imaginer aucun rapport entre cette Inhibition et le fondement sur lequel on l'appuie. Je combattis, par les mêmes rai- Mas, dont je m'étais déjà servi avec M. le cardinal -Ubizzi, sur le gros de la question, les principes par InqueU AI. le cardinal Pallavicini prétend que tout le monde a le droit de condamner, comme hérétique, malerialiter, l'opinion contraire à Tinfaillibiiité du pape. Et pour ce qui est de la facilité d'accommoder l'alTaire, je lui dis que j'appréhendais î"*» U publication de la biillo n'y apportât peut-être de nouveaux embarras plus diflîciles à démêler que '^ l'aurait pu être le fond même de la question dans 'es commeucemculs. J'ai cru, Monsieur, être obligé **« vous donner part de co détail, parce que vous y Pourrei reniarquer une différence notable des sen- "Tients de M. le cardinal Pallavicini et de M, le ^^Tiiinal Albizzi, celui-ci m'ayant avoué d'abord que "ome n'approuve point que l'on condamne l'opinion

de la Faculté de théologie de Paris touchant Tiûfaillibilité du pape, et celui-là m'ayant dit nettement que la Faculté de théologie même ne peut pas se plaindre que ceux qui écrivent condanment son opinion. Il me répéta plusieurs fois, à la fin de la conversation, que, si la Sorbonne se voulait expliquer le moins du monde, toutes choses seraient pacifiées en un instant; sur quoi je ne le pressai point de s^éclaircir, parce qu'il ajouta en même temps que cette explication que Rome souhaitait était celle que Sa Majesté, à ce qu'il me dit, a refusée à M. le nonce, etc. »

Dans sa conversation avec le cardinal Albizzi, le cardinal de Retz avait eu Tingénieuse idée de soutenir que la Faculté de théologie de Paris n'avait pas prétendu condamner la doctrine de l'infaillibilité. On remarquera que, dans l'entretien de Reti avec le cardinal Pallavicini, celui-ci demandait que des avances fussent faites par la Sorbonne et qu'il promit qu'à la moindre explication, tout serait bientôt arrangé.

« Je crois, écrivait Retz à Lionne*, que vous ne doutez pas de la joie que voire lettre du 3® de juillet m'a donné en m'apprenant de si bonnes nouvelles de la reine mère. Vous savez par combien de titres je suis obligé d'y prendre plus do part que personne du monde, et je vous puis dire avec beaucoup de vérité que j'y suis et que j'y serai toute ma vie aussi sensible que je le dois. Je ne saurais être surpris de

' Archives du ministère des affaires étrangères, Correspondance (Ip Home, t. CLXX. Rome, ce 28 juillet 1665.

KIUIU!! CO^ITHIf LA IIOCTRI'Jte DK L JNFAILLIHIUTË. •i'Jl

ce ^u'il VOUS a plu m'éerire touchant k cour do Kome. Biais comme vous la connaissez trës-parfaiteneal, voua ne le serez pas, à mon opinion, que je Tons di&e que ceux qui sont sur les lieux et qui la Taient de plus prës, ont encore un double sujet de l'ébmacr qu'elle ne recherche pas avec tous les soins inaginabies une amitié ou plutôt une protection qui kd est aussi nécessaire que celle du roi. Je n*ai vu pHwmne, depuis ma deroiërc, qui m'uit parlé des daires présentes, iguc M. le cardinal Ruapîgliosî. Il iffecta de me mettre sur ce discours et, après m'an)ir témoigné beaucoup de déplaisir do l'état où il rayait la chose, il traita le fond de la question sur Im mêmes principes dont M. le cardinal Âlbizzi ^4tail servi. Je lui fis les mêmes réponses et la coniMtalion ne dura que fort peu de temps. Il y eut hier consistoire où le pape, à qui je ne croyais dire qu'un mot pour une alTaire parliculiiire d'un jacobin, ne donna une audience de près d'une heure, dans iuioelle !I no me [>arla que de la réforme de Citeaux , i« la morale chrétienne et de la conception do la Vierge, qu'il traita ihéologiquemool et avec beaucoup de doctrine. Je laissoà M. de Bourlemont, qui •"U beaucoup plus pratique et mieux informé que "Doi, à vous mander les réflexions dilTérentcs que les 'pécalatîfsde ce pays font sur uuo audience de cette '(^n^iieur et donnée dans un temps où les ambassadeur» ont peine d'avoir les ordinaires à cause des ^naluur». Je ne vous dis rien aussi des diverses t*di»éiïs que l'on avait eues surfin timaliou de ce con- •'•Hoire, parce que M. de Bourlemont, dont je fus, '■ Veille, prendre \vs sentiments pour savoir ce que

j'aurais à y faire pour le service de Sa Majesté, m'a dit qu'il vous en rendrait compte. »

« Je crois qu'il serait supeiilu de vous dire * que j'ai reçu la lettre dont il a plu au roi de m'honorer ', avec autant de joie que de respect et de soumission. Je ne saurais jamais mériter l'honneur qu'il plaît à Sa Majesté de me faire, mais je vous puis assurer avec beaucoup de vérité que j'essayerai d'y répondre jusques au dernier soupir de ma vie, par un zèle trës-ardent, par une fidélité très-parfaite et par un attachement inviolable à son service et à] sa personne »

« Monsieur le cardinal Pallavicini me vint voir avant-hier ' et, après avoir affecté de me mettre encore sur le discours de la bulle, il me dit que, si la Faculté de théologie de Paris n'avait prétendu par sa censure que la condamnation de la proposition qui accuse sa doctrine d'hérésie, Rome n'aurait au* cun sujet do se plaindre. Comme il n'accompagna ce discours d^aucune des maximes qu'il avait tenues dans notre précédente conversation, je crus qu'il pouvait y avoir du dessein dans ce changement, et, sans vous en pouvoir pourtant assurer, je vous en donne avisa tout hasard, comme d'une circonstance qui peut donner lieu à quelque conjecture sur l'état de cette cour. Comme M. de Bourlemont m'a té-

* Archives des affaires étrangères, Cot^cspomlnnce f/énérale de Home, t. CLA'X. Rome, ce 14 août 1665.

' Cette lettre de Louis XIV au cardinal de Retz ne se trouve pas munie en copie dans la Con'espvudance de Borne.

'' Archives des affaires étrangères, Rome, t. CLXX. Rome, Cf 12 août 1665.

DE L'INPAILLUIILITK. iîiV

■oigne qu'il vous mandait le détail de la maladie ia pape, je crois qu'il serait superflu que je vous en entretÎQssc, et je me contenterBi seulement de vous dire ici que l'on en a été fort alarmé <iu Palais ces jooTB passés, elque l'on y parait assez rassuré depnia vingt-quatre heuj'es. " Comme on le voit par telle dernière lettre, Rome en était aux regrets d'avoir lancé sa bulle de l'infaillibilité. Elle ne de- Budait par l'entremise du plus intime confident de tt peDsée, le cardinal Paltavicini, qu'une simple eiptication de la part de la Sorbonne. 8i la Faculté Je ihéologie consentait k déclarer qu'elle n'avait point entendu condamner la doctrine de l'iafaillibi- Elédu pape, mais simplement la sentence qui taxait fhérésie la doctrine de la non-infaillibilité ensei- |néo et pratiquée par elle, Home, satisfaite do cette opticalion, n'aurait plus aucun sujet de plainte Cettiî proposition impliquait nécessairement la coeiiitence paisible des doux opinions; elle ajournait l'a^nnalioD de l'infaillibilité eu tant que do^e; elle maintenait les choses dans le même état que par le passé.

Telle fut la conduite du cardinal de Retz dans

^'BUe premiërc pbase de la discussion, en attendant

?u'ileùt reçu les instructions du secrétaire d'Llat

•*» affaires élran^^rcs. Comme on a pu en juger.

'' Sauvegarda, dès le début, et avec une rare habi-

'^t-<, les droits du roi, des évi^qucs et de la Sorbonne,

**nsiquc les libertés do l'Église gallicane. Tout en

**tînnant que l'Église de France ne croyait nuUe-

'^«îQt à la doctrine de l'infaillibilité, il fit entendre

t**c le meilleur moyen de mettre fin aux diflicultés

f40 LE CARDINAL DE RETZ,

et aux dangers, c'était que le pape déclan n'avait pas eu dessein d'anathématiser h contraire, c'est-à-dire l'opinion de la nonbilité.

Rome ne voulut pas faire ce premier pai en demandant que la Sorbonne le fit la pr elle consentait ipso facto^ dans la craini schisme, non-seulement à ne pas excommu) partisans de l'opinion contraire à la sienne, m laisser vivre en paix conmie par le passé. Le c de Rets, isolé, agissant selon son propre mom avait donc posé la question sur son véritable et n'avait rien négligé pour effrayer la cour A afin de l'obliger à battre en retraite. Hém nous le verrons agir sous la direction du n Lionne ; mais bientôt, le roi et lé ministre, pi confiance dans ses lumières et son extrèn térité, n'hésiteront pas le plus souvent à ser entièrement libre de donner à cette affair taie la direction qu'il jugera la meilleure d intérêts de la France.

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