‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 16 sur 41 · DU PAPE · texte numérisé non relu

DU PAPE

(Suite).

Avant de mettre sous les yeux du lecteur les parties les plus saillantes de la correspondance qui fut échangée entre Lionne et le cardinal de Retz, au iQJet de la question de Tinfaillibité du pape, esquissons les principaux faits de la carrière politique de llmbQe successeur de Mazarin. Lionne avait été élevé à sa grande école et à celle de Richelieu. Secrétaire des commandements de la reine-mère pen- ^lla Fronde, il essaya de se ménager tour à tour wprès du favori, lorsqu'il était tout-puissant, et, lorsqu'il fut exilé^ auprès de M. le prince ; mais, de loin comme de près, Mazarin lui fit sentir qu'il était toujours le maître, et, pendant plusieurs mois, il le tiûl écarté des affaires. Ce ne fut qu'avec une peine extrême que Lionne rentra en grâce. A partir de ce jour, sa fortune ne subit plus aucune éclipse, tant il mit de soin et de souplesse à se plier à toutes les volontés de Tombrageux cardinal. Mazarin, qui se •ouvenait du rôle important qu'il avait joué dans les '^^ociations de Munster, lui confia une double mis-

sion eu Ilalip : l'une, comme nous l'avons dît, pour obtenir du pape Alexandre VU i]ue le cardinal de Retz, accusé de plusieurs crimes de l&se-majesté, fût livré à des commissaires ecclésiastiques français; l'autre, pour que le duché de Castro, qui avait fait partie des États du duc de Parme et qui avait été saisi par la cour de Home, afin de servir de g^ge à une importante somme due par ce prince à la chambre apostolique, lui fût restitué. Moins heureux qu'à Munster, Lionne, malgré seselTorls etuae conduite aussi habile que prudente, échoua dans ces deux missions '. Lors du traité des Pyrénées, il prit une éclatante revanche, cnr ce fui lui qui fil insérer dans l'ai'lc la fameuse clause do nulhté des renonciations (le l'infante Marie-Thérèse, en cas de nonpayement d'un seul à-compte de sa dot. Ce fut par cet expédient qu'il réserva les droits de la couronne de France sur les États do la monarchie espagnole '. Lorsque Louis XIV, pour af^randir les frontières de la France du c6té du nord, songea à la conquête des Pays-Bas espagnols, il la prépara de longue main

' Voir l'ioléfMswil voUhup de M. Valfrey. Hugart dt tàottur, (jui comprend le récil d» œs deux mcitiiana. et qui «ert il'inlrodootioQ i uu trâs-itu portant travail que l'auteur prépare tur le }trsnd dipiomnle.

' Les serrioes coDsidérahles qu'il rendit alors t lu France, sucmi bisIorieD ne les a mieui mie jusqu'à prêtent en pleitte lumière qua M. Mignet dans son admirable Introdaclh» mu nigociatian* rtlalivel à la iucc»iJoii tf Espagne. Lorsque M. Valfrcy, qtli ecl ri veraé dans les queitioos dijjloaisliqufs. aura terminé le vaau tnnil d'ensemble qu'il prépare sur les missions et le

Lionne, nous saurons le dernier mol sur ce personnage si reiuvqnable, qui n'a pas été apprécié encore, sur bien dee point* d« détail, A «a jukle vuleur.

HISSIOH tOHTHK LA DOCTRINR DK l'iHFAILUBILITË. '^(3

jurdesnégociatiouxqui furent conduites par Lionne ^"vec un ati infini et un succès inespéré. Tandis que l'ingénieux diplomate négociait uvec l'Espagne pour oliUrnîr d'elle 1& révocation des renonciations do -2Mari«>- Thérèse, et qu'il en proclamait bien haut la KBollilé. il disposait la Iloliande à souffrir l'invasion ^l«s Pays-Bas; il empêchait les Espagnols de con- «rltirp une alliance avec l'Angleterre, et il s'alliait ^Tec le Portugal, qui s'engageait à opérer unepuiss«Dte diversion dans la Péninsule, au moment de l'occupation de la Flandre par nos armées. Jamais campagne diplomatique plus compliquée, plus hérissée de difficultés, ne fut conduite plus hubilemeut et il de plus grands résultats. Du cAté de l'Ailemagne, Liflunc poursuivit de la manière la plus brillante la tçraude politique de Henri IV, de Richelieu et de VaiariD. En 16ô7. après la mort de Ferdinand III, il tiil envoyé à Francfort par Mazarin, i-l là, à force d« souplesse el de manœusTes d'une habileté con- Mmmée. il força le nouvel empereur, Léopold I*', t rentrer dans les limites des traités de Westphalïe, Tu'il avait Wolés, et, des doux ligues catholique et protestante, dont la division pouvait amener l'afluhlisgement du corps germanique, il parvînt à foi^ mw une seule ligue contre l'empereur. Peu après, ftitt k son génie politique, fut conclue. le 14 août '^, une étroite alliance entre Louis XfV, un grand nombre do princes allemand.s et le roi de Sufcde. Le ""de France devint ainsi le chef réel do l'empiro ^Allemagne, s'il n'en fut pas le chef visible. Afin de "* blesser en rien les susceptibilités germaniques, ""lis XIV, admirablement secondé par Lionne, qui

avait succédé à Mazarin, mit la plus grand dence et la plus grande discrétion dans Fexei sa puissance occulte. » Lionne, durant tout i nistère, dit M. Marins Topin, protégea la li Rhin, en étendit les cadres, en maintint Tes] protégea la durée, et il consolida ainsi l'œuv: avait si heureusement accomplie à Francfor n'est pas tout, son habileté suprême fut de U trer dans les vues de Louis XIY, pour le ] éventuel de la monarchie espagnole, ce mèi pereur dont il avait détruit la suprématie e magne. Il s'agissait de lui faire signer un trai Louis XIY, par lequel Tun et l'autre dispos d'avance, à leur profit, d'une succession qui pas encore ouverte, et qui était subordonn mort du roi d'Espagne, Charles II. Une pi ouverture, pour fixer les bases de ce vaste p avait été faite à l'empereur par Louis XIV; el échoué. Lionne en fit une seconde et fut plus h< Le traité fut signé. Les avantages que l'en devait en retirer étaient incertains et ajourné époque indéterminée, si le roi d'Espagne i sans enfants. Pour Louis XIV, ils étaient diats, car il pouvait invoquer, le lendemain de la signature du traité, le droit de dévolu! la Flandre, droit fondé ou non, qu'il tenait < de sa femme Par le seul fait de la signal Tempereur, Louis XIV, malgré la renoncia son père, Louis XIII, et la sienne au trôn» pagne, faisait reconnaître par Léopold son cette succession; il le mettait ainsi dans Ti sauce de s'opposer à la conquête de la Flandi

Hun COKTHE U DOCTRINK DK I.'|^FA1LUB1UTË. 3i5

\a Franriie-Comté- De son côté, le corps gennanii{ae, allié de Louis XIV, dut y assister en silence. iiàgré l'avis du parti militaire, ce fut Lionne qui décidé le roi à ne garder qu'une partie de la Flandre, afin de ae pas alarmer l'Europe par un a^andissement démesuré, et ce fut son opinion qui prévalut Ion de la signature du traité d'Aix-la-Chapelle. Les BuIlaDdaiH, effrayés un peu tard de l'invasion des Pni-Bas et du redoutable voisinage des armes de Il France, au lieu de céder à la force des événements, eurent l'insigne folie de faire frapper des médailles jiar lesquelles ils se donnaient comme les leuU auteurs do la paix. L'orgueil du grand roi ne fenrait pardonner une lello olfense. Pour mieux se prtptrer h la guerre, à l'invasion de la Hollande, pendant quatre années, il su servit de Lionne pour iisnrer la neutralité de l'Kurope. Déjà le grand minittre avait acheté celle du roi d'Angleterre, Charte 11, el de plusieurs autre.*: Etats, lorsque la mort vint le surprendre au milieu de son œuvre. S'il eût véfu, il eût, sans contredit, arrêté les excës de la ïirtoire et détourné ainsi de la lète de Louis XFV les l'engeance» desUollandaisetdcGuillaume d'Orange. * Lionn» était murt un an trop tât. Il emporta dans 1* Ivmbe les grandes et salutaires traditions de la politique nationale, si heureusement suivies iusque-

A cette étude sommaire de l'illustro diplomate, 1<Mnou8 allons voir brenlAt constamment en scène

irlt rvniMrqaable élude de M. Mariun To|iiD, la Oiplomatk Va» milie» rladii^-tfptiimerièflr, Ilu^pieB dp Liotuir. (Hevut X-JVond» du 13 juin ISTH.t

avec le cardinal de Retz, ajoutons quelques traits de la physionomie de l'homme, qui ont été dessinés avec un rare talent par M. Marius Topin. C'est un portrait digne du pinceau des grands maîtres du XVII* siècle : « Le politique accompli , dit-il, le diplomate au regard perçant et aux vues profondes devenait à la cour le plus poli, le plus délicat des courtisans, et à la ville le plus enjoué, le plus spirituel, le plus agréable des convives. Aux talents les plus éminents, il joignait les dons les plus aimables. Ami des belles-lettres, et les cultivant à ses heures, très- versé dans la littérature comme dans la langue des principales nations, sa science n'avait rien de gourmé, et il la portait avec autant de légèreté et de grâce que le poids des affaires extérieures. Infatigable au plaisir comme au travail, il s'y livrait tout entier avec une ardeur égale, et, comme de sa vie U ne fit que deux parts, celle du plaisir et celle du travail, et jamais celle du repos, comme, selon le mot de Saint-Évremond, son loisir était voluptueux, il ruina sa santé et hâta sa fin. Ce goût effréné des dissipations, dans lesquelles il se jetait avec acharnement, ne nuisit qu'à lui-même et ne compromit jamais raecomplissement de sa lourde tâche. Il était de cette école de diplomates, brillante autant que solide, dont Chaulieu a fait un groupe à part dans son Elysée... Nous avons sous les yeux Tadmirable portrait que Nanteuil nous a laissé de Lionne. Le front est grand, TumI pénétrant et vif; rensemble des traits d'une finesse remarquable. La vivacité du regard est tempérée par la douceur du sourire. La bouche, belhi et bieu dessinée, quoique un peu large.

MtSStOH COKTBE M DlICTBlXh: DK LINFAILLIBILITË. H7

devait >'é[>aROiiir OU uii rire aimable et franc; mais oD aperçoit pourUint aux bords des lèvres quelques plis qui révèlent tes soulTrances cachées de celle vie tour i lour disputée par les dissipations les plus frivutes et par les afTalres les plus graves. La bonté, U distinction, une intelligence supérieure, des pasùonB indomptables et auxquelles ou immole sans ceu«, nuis dont on commence à sentir le poids, les exeès de la jeunesse et de l'Age mùr préparant déjà une vieillesse précoce, une certaine fatigue morale el une mélancolie, que l'on soupçonne plutAl qu'on ne ta voit, tout cela est l'œu^Te de Nanleuil, qui remonte it 1660. etc. •• Comment se fait-il que ret homme remarquable, de qui Saint-Simon a dit, non sans une certaine exagération, dont la cause est facilo & deviner, qu'il fui » le plus grand ministre du t^fot de Louis XIV, » ait été si maltraité dans les Màmoints de Hutz, et que le cardinal n'ait pas même daigné dire un mot de l'œuvre glorieuse qu'il lui vil accomplir jusqu'à sa mort? C'est que Retz, toujoon écarté du pouvoir par les ministres do son tcnipt, n'a jamiHs voulu reconnaitre en euxlesqualit*» et les mérites qui ont fait l'admiration de leur ■iicle et de la postérité. Pour lui, il n'y eut jamais A* Lutivois. de Colbert, do Lionne'. C'est que, de plus, il avait contre celui-ci un ressentiment qui ne «l'wrtna jamais; c'est qu'il ne lui pardonnait pas •'■Voir été son aonisatour devant la cour de Rome.

Bûn une le foriliual i\« I(e(^, iIbo* te» Mtiaoirn, parle ïnei- ■■«atBl ir fulA (lui ne «ont pasué» 1ongUin|ia Bpr^s la Frond«, '' "nnnni* pu une wul» foia Cniheri vt Louvoia, el. lonqn'il

Bientôt va s'entamer et se poursuivre entre ces deux hommes supérieurs une correspondance du plus vif intérêt, où le cardinal de Retz déploie parfois d'aussi étonnantes qualités de style que dans ses Mémoires. Lorsque Ton a eu la bonne fortune de découvrir des fragments inédits d'un écrivain de cet essor, le meilleur parti à prendre n'est-il pas de le mettre en scène et de le laisser parler luimême? Ne serait-ce pas faire œuvre de rhéteur, sous prétexte de respecter les règles de la composition, que d'analyser une telle prose pour y substituer la sienne ? Lorsque le cardinal de Retz prend la plume, le mieux n'est-il pas de s'effacer et de lui céder la place? C'est le conseil que nous ont donné deux des plus éminents esprits du siècle, Sainte- Beuve ' et M. Mignet. Nous suivrons donc sans hésiter cette méthode, au moins pour les passages les plus caractéristiques de la correspondance de Retz, et même de celle de Lionne, qui se rattachent à notre sujet.

Pendant les quelques semaines que le cardinal de Retz venait de passer à Paris, Lionne, sur le point de faire appel à son habileté et à sa connaissance approfondie de la coui' de Rome et des affaires ecclésiastiques, avait mis en œuvre toutes ses grâces et toutes ses séductions pour lui faire oublier

* Entre autres conseils, Sainte-Beuve me donna celui de faiiY un livre dans le genre du Hoyer-Coiiani de M. de Barante. c'est-àdire un livre avec de nombreuses citations des œuvres ioédites du cardinal de Retz. C'est la méthode qu'a suivie, avec de jt^tes proportions, M. Camille Rousset, dans sa belle Histoire de Louvoii et Sainte-Beuve lui-même, dans son Proudhon.

BSEIUS COSTBE LA DOCTHISE DK L'INFAILUBIUTÉ. 2i9

l^neieuiie mission qu'il nvait remplie autrefois «mtn lui. À en juger par les témoignages de sympalhie et d'entière confiance que le ministre et le rardinal se prodiguèrent dans toute la correspondance qu'ils échangèrent depuis cette époque, et qui fui souvent reprise, à plusieurs années d'intorviUe, on pourrait croire que Lionne fit vraiment la conquête de Retz, et que Retz oublia tous ses griefs contre Lionne. Mais si les sentiments exprimés par le cardinal furent vrais à un momeut donné, ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne fureut pas durables. Lionne, qui joua un râle si considérable dans Im Araires diplomatiques do son temps, Lionne, le plus Bouvent, s'incline devant l'exti-éme habileté du cardinal de Retz; il le prie d'agir de son propre mouvement, selon qu'il le jugera le plus utile pour IfsenÎPe du roi. Il s'efface, il abdique en quelque aorte ses fonctions de secrétaire d'F'ltat; ses déférwice» vont jusqu'au respect; il le consulte en tout et pour tout, il le flatte, il le caresse, il le comble oiloges, jamais il ne lui fait sentir qu'il est son •"Jtérieur. Pour gagner sa confiance, il feint de lui ^^oioîgTior toute lu sienne.

^ cardinal do Retz, de son côté, s'efface le plus 91 il peut, n'ose point agir eu dehors de ses inspections, consulte sans cesse Lionne, ne fait rien '*'"' «voir reçu ses ordres, et ne veut rien prendre î""" *oi, dans la crainte de ne pas se conformer aux '"'^niions do Louis XIV. Plus il s'est montré vio- ■*""> emporté, séditieux pendant la Fronde, ennemi " pouvoir, de la cour, du ministre, des favoris, ""«pendant, ami des libertés, plus il a maintenant

550 LK CARniSAL nE BKTK.

à cœur do s'incliner devaut les moindres désirs du roi, do se motitrer docile, respectueux, obéis&ant en Loul et pour tout. Ci! u'est que iluns les cas Ins plus urgents, lorsque )h nécessité le presse et qu'il faut snisir l'occasion sous peine de la laisser fuir sans retour, que Relz agit de lui-même , mais comme alors il redouble de circonspection, de prudence, de finesse, de pénétration, aiin de ue pas faire de faux pas et d'agir à coup sùrl La correspondance entre ces deux hommes, qui s'étaient si mortellement haïs pendant la Fronde, qui. plus tard, s'élaienl fait à Rome une si rude guerre, cette correspondance devient familière, aimable, enjouée, conlîante. abandonnée, presque affectueuse, en apparence du moins. 0 courtisans de l'ancien régime, bien naïf serait e«lui qui vous prendrait au mot! Aprèa avoir lu ces lettres de ttetz à Lionne, toutes pleines de témoignages d'une i< amitié •• qui parait si vraie, si sincère, quel sentiment pénible on éprouve en relisant les passage» des Mémoires de Relz, dans lesquels Lionne est aussi cruellement maltraité et bafoué que les maris de Molière I Est-il possible que Retz, aprës s'i^tre réconcilié avec lui. après lui avoir écrit tant de lettres où semble respirer une véritable sjTupathie. n'ait pas rongi de le traiter avec tant de mépris et de dérision? C'est que Retx, lorsqu'il rédigea ou révisa ses Mémoires, longtemps après ses Missions, gardait un souvenir bien plus^ profond des injures que de toutes ces c&resses <]ui n'avaient porté aucun fruit, c'est que toutes les flatteries et tous les éloges du ministre no pouvoienl lui faire oublier le rftie de celui qui fut autrefoi»

HLIMÛX CO!ITnr LA DOCTBrNR m: L'iSfAILLIBlLlTf:. ^5)

Mil accusa leur. Il y a liï uu soiitimeiit de rancune qui fail peine et qui est peu digne do la grandeur habituelle de Hetz. lorsqu'il vient à parler de ses ennemis'.

Au milieu des nouvelles difficultés qui s'étaient élevées entre Rome cX la France, depuis le traité it Pise, et dont la question de l'infaillibilité du pspnétait sans contredit la plus grave, le cardinal de Retz su voyait appelé par la force des choses ft ionw un rûle des plus importants. Dans celle pré- (iiion, il déclarait sans cesse h M. de Bourlemonl <ia'il n'avait pas de plus ardent désir que de trouver une t>ccasioD de bien servir le roi *. Dès son arrivée iRoDie, il avait écrit à Louis XIV pour lui offrir répression la plus vive de son dévouement, et le m lui avait répondu de sa main qu'il comptait absolument *ur sa fidélité '. L'auditeur de rote ne

' Voir ce (|ae R«lx ilii dn Lionne dans tct Mémoim, édition '^'•tpoitw, pablié« pur M. Aime Chumpollion, i. IV, p. 318,

■ ToqtM tel fois que je vola M. le curdinal de Retz, écrivait i de Bourlemonl le 21 Juillet 1GS5, il me fait de Irts-ar- M liléei eiprcasicini de désirer de renoontrer ici les occa- !• hien «errir le roi. ■• (ï. XX de In Vorrapandan<^ de

, "J'«i eu granda joie d'apprendre l'heureuse arriTée de Votre ^^Ù«ac* t Rome en bonne lanté, par la lettre dont elle m'a bo- ""^ du ie« de l'autre mois, écrivnil Lionne k Retz en date du '"Juillet. J'ai prcMuie, luivant set ordres, a Sa Majesté, la lettre 1** Votr» Rminence lui a écrite. Elle pourra juger de quelle ma- "'*'■ «Ue » Ué reçue, tant par la circonstance que sadite M^jcfté T a fotilu répondre de sa main que par les termes mêmes de na ^^*"a«. • (Minute autograplie de Lionne. Les deux lettrea de ^' *t da roi ne se Iraurent pas dans le Recueil des Archivas du "'*>M*w dM albires eirantr^rei.)

LE CARIIINAL KK HETZ.

manquait pas de transmettre à la cour les uffres 1 d'un tel auxiliaire, et Lionne lui répondait : ■• qu'il 1 en a une belle occasion en soutenant hautement la 1 Surboune et Les maximes du royaume ! » Comme on a pu en ju^er par les deux lettres qu'il écrivit à Lionne, et dans lesquelles il lui racontait ses entretiens avec les cardinaux Albizzi et Pallavicini, le cardinal de Retz n'avait pas attendu les instructions du roi et celles de Lionne pour se proclamer hautement gallican. Il regrettait fort de n'avoir pas été nommé par le pape do la congrégation du Saint- Office, la plus considérable cl la plus célèbre do nume, dans laquelle lu question de l'infaillibilité avait été débattue et la buUe rédigée, et qai devait être appelée encore à se prononcer sur les suites de cette grave affaire. En sa qualité de cardinal français et de docteur de la Sorbonne, il y aurait pu rendre de vrais services à la France, en éclairant ses confrères sur le véritable état des choses, sur les libertés de l'Église gallicane et sur dos usages, h peu près ignorés à Rome. Le roi et Lionne partageaient tous ses regrets à ce sujet, mais, dans tes termes où ils étaient avec le papo, ils ne jugèrent pas à propos de le prier d'ouvrir les portos de cette congrégation au cardinal'.

Dans un consistoire tenu vers lu fin de juillet, Retz eut une audience du pape, qui dura une heure et dans laquelle le Suint-Père ne lui parla que «àf* , diflicultés qu'il avait eues à former sa buUe sur |

■ M. <l« Boiirlemonl nu roi. :

<lc l> CoiTUpondoiirt lie LiuiiBr, *lrnnf^re>.

HISSIOS CONTBL' LA 1

l'bmnnculée couccption » sans qu'il lut dtt un mot ili> Ml bulle sur l' infailli bile. C'est ce que le cardinal affirmait lui-même à Lionne dans une de ses dépêches, mais le roi et Lionne no pouvaient croire au «ileoce absolu du pape surcotLe iiucslion brûlante; ils tupiiosaienl que, si Relz se taisait sur ce chapitre, r' est que le pape lui avait défendu d'eu parler sous poine d'excommunication. A cette occasion, Liunnu et Louis XIV demandaient à Bourlcmont si un cardinal français était plus tenu d'obéir au pape sur ce point que les cardinaux espagnols, qui ne »e faisaient aucun scmpule de révéler à leurs «oavoraius les choses les plus secrètes.

(Jumme le hiniit courait dans la cour de Rome

•|ii Alexandre Vil no négligeait rien pour gagner

I< r&rdinal de Retz à ses intérêts. M. de Bourle-

iionl 6t part de ce qu'il avait entendu au cardinal,

H"* lai prolesta que le pape ne l'avait eulretenu

'fUe de matières de théologie et particulièrement de

*■ iullc sur l'Immaculée conception. Il ajouta fière-

"•cat, Il qu'il ferait voir que ni les menaces ni les

^•'^sses ne l 'ébranleraient jamais de ses devoirs

"bon et obéissant sujet '. » Ces nouvelles protes-

**'o«i» de dévouement furent accueillies par le roi

*eo une vive satisfaction.

*-Orsque Lionne eut reçu les deux importantes

'PV^cbes du cardinal dans lesquelles il lui racontait

. * «ntrevues avec les cardinaux Albizzi et Palla-

^*CÛ, aiusi que la déularaliou qu'il leur avait faite

^^^BœBrteinoni à Lionne, Rome. 28 jiiMlM I6B3. T. XX de la Cor-

•de

LK CAHDINAL [

sans hésiter d» ses opinions gallicanes, il lui aunonca tout le f on lentement que le roî éprouvait de SH conduite et la ferme résolution où était ce prinoe d'agir avec vigueur. Cette dépêche de Lionne, dans laquelle il faisait connatire à Rfîtz l'étal des choses en France, est pleine do vivacité, d'éloquence el digne d'être citée. " Monseigneur', lui disait-il, j'ai reçu la lettre dont il a plu à Votre hminence de m'honorer, du 14* de l'autre mois. Non-sealement le roi, après en avoir entendu la lecture, a approuvé et fort loué que Voire Eminence ait anticipé ses ordres en s'ouvranl comnie elle a fait avec de» expressions si fortes et si judicieuses à M. le car dinal Albizzi ', lorsqu'il a voulu découvrir les sentiments de Votre Eminence sur la bulle, par Iaqn«lla on a prétendu à Rome Londaumcr les censures qat la ^orboone a faites des deu.\ plus pernicienx livres qui aient paru de noire temps ; mais Sa Majesté m'a chargé de témoignera Votre hminence qu'elle lui en sait beaucoup de gré et qu'elle tient même pour une heureuse rencontre en cette affaire qu'une personne aussi éclairée et aussi informée que l'est Votre Eminence, se trouve de delà pour y soutenir ce qu'on a fait et qu'on pourra faire ici contre des gens qui ne savent ni nos droits, ni nos mœurs, ni les maximeg dans lesquelles nous vivons, ni les raisons et les fondements de nos opinions. D est

> 7. XX J« U Correipondance dr Uonn*. ikoAt ISSB.

* ■«. f'e que le cardinal Albizri > itii i M. I« ckrdiiial <!• Rctt giir 1b bulle est un irè*-mauvais •llicouri, el il fut lOir ce qu'A lerail enpahin d« Tnire s'il étail élevA nu tiontifteat,..> (L4iai> XVt à M. lie BourUmonl, 18 aeptembra [B^i.}

Xt^IOS IIOSTKK LA UlICTHIMh: DU L IKFAILLIBlItITi::. i'à&

fiilorable que ces messieurs, ayant envie de corabatlre, aient fait choix d'une cause si mauvaise, si odieuse el si pleine de scandales qu'ils imputent .iiu autres. Condamner la censure d'une doctrine rrUcliée qui corrompt toute la pureté des mœurs, auloriser celte doctrine par une bulle, en tolérer, l'n prvsqao consoillor ou ordonner la pratique à lous les chrétiens, ôler aux évéques le pouvoir de JQ^ren première instance de toutes les causes de U morale chrétienne, lancer une excommunication raajeure contre ceux qui soutiennent celte censure, laquelle n'est pourtant qualifiée que présomptuuase, et coutre ceux mêmes qui l'avaient chez eu, y envelopper toutes les plus hautes puissances, «ïerver l'absolutiun au Saint-Siège seul, ce sont loulfis choses qu'un comprend si peu ici qu'on n'a pu peine À croire que M. le cardinal Albizzi n'ait fÊliè fort sincferement quand il a témoigné du re- Sni de n'avoir pas su. avant la publication de la «iJIc. ce que Votre Éminencc lui a dit depuis sur la "teliÈre. »

Ëc même temps, Lionne tenait le cardinal au ''Otirant des graves événements qui venaient de se Paa»er en France. Le Parlement venait de pro- "Onccr un arrêt qui supprimait la bulle et main- ICQaii en faveur des évèques et do la Faculté de théologie de Paris le droit de censure. " J'adresse * 'otre Éminénce une copie de l'arrêt que le "•élément a donné, sur lequel j'apprends que ^ le noDce se tlatte agréablement qu'il n'a P**«é à la pluralité que d'un petit nombre de *^'<r«gc3, mais ou il ne sait pas ou il ne dit point

â56 LE CARDINAL DE RETZ.

que tout le corps unanimement a estimé qu'on devait résister fortement à la bulle et que la légère diversité d'opinions n'a consisté qu'au plus ou au moins de quelques articles de l'arrêt. Samedi dernier la Sorbonne s'assembla et a nommé douze commissaires tous bien intentionnés et les plus capables de la Faculté ; les autres Parlements suivront bientôt l'exemple de celui de Paris, conune Votre Éminence le jugera assez, et il ei^t à croire aussi que l'assemblée du clergé ne demeurera pas muette quand on lui a donné tant d^occasions de crier.... Je viens d'avoir avis de Pontoise que rassemblée nommera demain douze commissaires pour examiner la bulle ^ U me semble que je vais ouvrir un beau champ à Votre Eminence d'acquérir grand mérite auprès du roi pour la fermeté de la conduite qu'elle tiendra en soutenant hautement les intérêts de la couronne dans les différends qui naissent, et qui, vraisemblablement, iront plus avant qu'on n'avait pensé de delà '. » Comme on le voit, les esprits étaient alors très-échauffés en France et peu s'en fallut que la célèbre Déclaration de 1682 ne fût proclamée dès 1665.

(( Monseigneur, disait Lionne à Retz dans une

* Addition à la lettre précédente, 7 août 1665.

* « M. le cardinal de Retz, qui témoigne désirer avec beaucoup de passion d'avoir des occasions de servir le roi, en a maintenant une belle en soutenant hautement la Sorhonne et les maximes da royaume, et, quoiqu'il y soit en quelque façon obligé par honneur pour être un des membres de l.-^ première et pour être né dans celui-ci et y avoir tant d'avantages, le roi ne laissera pas de lui en savoir tout le gré qu'il peut désirer...»» (Lionne à Bourlemont^ 14 août 1605. T. XX de la Correspondance fie Lionne.)

1IISSI05 CUHTRE LA nOCTBINE DE L INFAILUBIUTÉ. ^57

autre dépèche, j'ai lu au roi la lettre dont il a plu à

Yolro Émîuence de m"honorer le 21° de l'autre

muis. iil Sa Majesté n'a pas eu moins de plaisir d'y

Toir w qui s'était passé sur lo sujet de la bulle,

entre elle «t M. le cardinal Pallavicin, qu'elle avait

déjà PII de satisfaction d'apprendre par la précédente

awr f]uplle force Votre Ëminence avait parlé sur la

#me matière à M. le cardinal Albizzi '. AprJis avoir

«'H (lunls principes établit M. le cardinal Pallavicin,

il n'y a plua do sujet de s'étonner que M, le nonce,

qui est sa créature et qui ne se conduit que par ses

mouvements et par sa direction, fasse ici chaque

jour diverses grandes béviies eu égard à nos mœurs,

non maximes et nos opinions dont l'un et l'autre

ipinorent les fondements... (.Ki'une Faculté célèbre

n»it pas le droit et très-grande raison de nommer

'fck'wwv lin auteur qui l'accuse d'^ére^V,.. c'est ce

V* l'Eglise jusqu'ici n'a point fait, ni les papes

*•* le faire ; c'est ce qu'on n'a pu prétendre à Rome

*f(ie la moindre apparence de justice, et la Sorbonne

f iwurrait, ce semble, dire en celte occasion ce que

*" M. l'évéque de Belloy' répondit plaisamment îi

**• le cardinal de Richelieu, sur le sujet des moi-

"es: u Veut-on que les jésuites me donnent des

'^'Wouflels et que je n'éternue pas? N'oserai-je

Ppoler téméraire celui qui m'accuse A'hêrésie, lui

**'"s-je dire impunément qu'il a menti, fakumest,

i**tt» pouvoir néanmoins le blâmer de témérité,

' T> U de In CtrrajionrUtnfe de Lionnf, 14 noùt 1G6S.

" ' •an-piern Camus, ami 'le «alni Frttnçoii île ShIm. rt l'autiiir. «luil, lie Tari miiiivais romans rclippui.

t258 Lt: CARDINAL DK RETZ.

qu'aussitôt la cour de Rome, qui n'ose condamner mon opinion, ne prenne son parti jusqu'à des excommunications réservées au Saint-Siège ?... » Lionne ajoutait que, lorsque le cardinal Pallavicini et le nonce .répétaient que toutes les universités du monde, à la réserve de la Faculté de théologie de Paris, tenaient pour vraie la doctrine de Finfaillibilité du pape, ils avançaient cette proposition sans preuves et se mettaient en contradiction formelle avec plusieurs papes... « Comment a-t-on prétendu à Rome que la Sorbonne, qui sait qu'aucune bulle n'a son effet en ce royaume qu'après qu'elle est registrée dans les Parlements,... se soumît à celleci dont le nonce n'a osé demander l'enregistrement et qu'il ne débite qu'en tremblant et clandestinement, comme il ferait une mauvaise chose? Se soumettrat-on à un papier volant et sans aveu dans un royaume où Ton a droit d'examiner tout ce qui vient de Rome, quand même il est revêtu de toutes ses formes, et de le rejeter et y contredire s'il est trouvé contraire à nos usages et à nos libertés ? M. le cardinal Albizzi a parlé raisonnablement quand il a d'abord avoué à Votre Kminence que Uome n'approuve pys que Ton condamne Topinion de la Sorbonne sur l'infaillibilité du pape ; M. le cardinal Pallavicini dit, au contraire, suivant les sentiments des jésuites, que cette Faculté ne peut se plaindre que ceux qui écrivent condamnent son opinion... M. le cardinal Pallavicini a dit encore à V'otre Kminence que, si la Sorbonne se voulait expliquer le moins du monde, toutes choses seraient bientôt pacifiées, et Votn^ Kminence ne le pressa point de s'éclaircir

nSSIOff COKTRE LA DOCTRINE DB l'iNFAILUBIUTÉ. 259

parce qu'il ajouta en mémo temps, que cette explication que Rome souhaitait, était celle que Sa Majesté avait refusée à M. le nonce. Le roi n'a rien refusé là-dessus à M. le nonce. II est bien vrai que ce prélat m'ayant dit quelquefois que, si la Sorbonne voulait déclarer qu elle n'a point entendu condamner Topinion de Tinfaillibilité du pape, cela suffirait à la cour de Rome pour laisser passer la censure sans rien dire. Je lui ai alors reparti que cette déclai'ation était peu nécessaire, qu'il n*avait qu a lire la censure et qu'il n'y trouverait point de condamnation do l'opinion contraire, si ce n'est en tant qu'elle dit : Falsaest... Nous ne pouvons donc convenir de rien do tout ce qu'a avance M. le cardinal Pallavicini, si ce n'est de la fin de son discours, quand il a dit que toutes choses se peuvent pacifier en un instant ; mais je ne sais s'il voudra donner les mains au seul moyen qui reste pour cela, qui n'est autre que la révocation de la bulle, et d« demeurer de delà dans un profond silence sur ce îue les Parlements ont fait ici et que la Sorbonnc ^* 'assemblée du clergé pourront encore faire, autrement Votre Éminenco se trouvera avoir été bon i^'^phète quand elle a dit à ce cardinal qu'elle crai- *^it que la publication de la bulle n'apportât à ^■Taîre de nouveaux embarras plus difficiles à dé- *^*^r que ne l'aurait pu être, dans les commence- ^*il8, le fond même de la question... Voici une ^^ occasion qui s'offre à Votre Éminence d'acjr ^^\r auprès du roi ce mérite qu'elle témoigne tous j, Jriurs à M. de Bourlemont de désirer avec tant «ur. »

Ainsi donc le gouvernement français ne voyait alors qu'un seul moyen de mettre fin au différend, c'est que Rome révoquât sa bulle et gardât le silence le plus complet sur les actes de la Sorbonne et du Parlement qu'elle avait provoqués avec tant d'imprudence. L'un des plus grands obstacles à un accommodement, c'était le nonce en France, monsignore Roberti, ultramontain exalté, esprit étroit, médiocre, entier, emporté et sujet à toutes les illusions de la piété et de l'ambition. Tout ce qu'il voyait, il le jugeait et le peignait sous de fausses couleurs; et comme la cour de Rome ne voyait que par ses yeux et d'après ses propres maximes, il s'ensuivait qu'elle jugeait en aveugle le véritable état des choses. Lionne racontait au cardinal de Retz de fort piquants détails sur les faits et gestes de monsignore Roberti * : « M. le nonce écrit de delà aux mêmes termes qu'il parle ici à ceux qui le veulent écouter, et, pour peu qu'on ajoute foi à ses lettres, il continuera de donner lieu à beaucoup de faux pas et de mauvaises résolutions. Si on veut le croire, la bulle est ici dans une approbation générale, le Parlement, la Sorbonne et rassemblée du clergé sont dans une grande division de sentiments, en eux-mêmes premièrement, et chacun aussi à regard des autres corps par leur propre intérêt ; le roi voudrait être hors de cette affaire et no sait pas au vrai ce qui s'y passe ; la reine sa mère lui en a parlé fortement; il n'y a que les ministres qui la soutiennent par leurs cabales, à la suggestion de

' 21 août l()0"j. T. XX (le la Corrrs^ofu/nïire tlf Lionne.

mSSlOS CONTIIK LA DOnTHISK niî lIUrAILLIBiLlTi;. 301

t>~oîs pédants qui siiot aiipi'ès de leurs enfants ; les l^rofesseurs de la Sorbonne n'ont point voulu assister à de pareilles délibérations ; on se contentera do *=^ qui a été fait, et on n'osera plus rien faire ; l'amo^ssadeur d'Espagne et M"' d'Aiguillon, forte «i^vote du Saint-Siège, l'en ont fait assurer; toutes A ^s frayeurs qu'ont fait n'ont autre but que d'extor- «Hier des grâces du pape par la crainte, quoiqu'il ^«>il vrai que le nonce me les ait toutes olferles I*ourvu qu'on s'arrêlAt ici à ce qui a été fait'. » Puis * 1- citait ces paroles vraiment étranges du nonce ; ** --^près tout, qu'importe au pape que la France soit ^^^tholique ou hérétique? Qui y perdra le plus? En ^»t-il moins papo pour avoir perdu l'Angleterre? Serait-il pas plus grand prince et plus respecté s'il ■*'étaji que seigneur de Rome et de l'État eeclésias- *-*<Jue? La qualité de chef de la chrétienté ne lui est qu 'à, charge. Quand il envoie en Franco des armées', **** en Hongrie dos millions et des millions, il ne saiii-aii retirer do cent ans do ce royaume ou de ' A^Hemagno ce qu'il y motet qui épuise la daterioel ses sujets, et, sans ces sortes d'obligations, il serait '^fî x^imenl plus riche, plus puissant et plus recher- '"•^ - Eu outre, qu'importe à Sa Sainteté que les ^^«Jues (français) fassent leurs mandements pour

t»ans une ihé»e pasaée à. la Sorboniie a

, *-*'•» lie novembre Je celle annêp, el donl le sujet élait le cardinal

. , X%.«ti^ M l'nbhë BoiOD a mii les paroles du nonce oiUes par

,*****-«»^ «urle eompie de celui-ci, en aorte qu'en lisant le passage

''^*'lie li^ure du mïnisire, on pourrait croire que la Fraiice d'alors

^*^'*- nllrnmonlaiue il outrance. Nuus laissons au lecteur le soin

"^ ■'«Jactariïer une telle méthode décrire l'histoire.

Oe« troupes ti Avignon.

la souscription du formulaire avec la distinction du droit et du fait et n'exigent pour celui-ci qu'un silence respectueux? On peut laisser là les hérétiques et les jansénistes ; on est déjà tout accoutumé avec eux ; il faut aller droit aux richéristes * (c'est-àdire les ultra-gallicans), qui sont bien pires que les autres puisqu'ils ne croient pas à Finfaillibilité du Souverain Pontife, qui se peut démontrer en un seul argument avec autant de certitude que toutes les démonstrations d'Ëuclide ; et voici l'argument : Dieu qui ne peut tromper a procuré Tinfaillibilité à son Église ; elle ne réside pas aux membres, puisque divers conciles se sont trompés, donc elle réside au chef^ ou Dieu serait un trompeur. » « Je n'aurais jamais fait, dit enfin Lionne, si je voulais dire à Votre Éminence les belles nouvelles maximes et paradoxes qui sortent une fois le jour de la bouche du nonce, et qui le rendent à un chacun..., je n'oserais dire le véritable terme pour le respect que je porte à son caractère. Un prélat, du petit nombre de ceux qui sont persuadés de Finfaillibilité et des plus adhérents à tous les sentiments de la cour de Rome, n'a pu s'empôeher, sur le sujet de ses maximes..., de dire au roi qu'au moins dans le choix des ministres, il ne voyait pas que le pape fût infaillible. Votre Eminence pourra (et si elle Ta agréable, sans me citer en rien) mettre à profit pour le service du roi ce que j'ai l'honneur de lui mander si confidemment de la conduite de M. le nonce, dont

* Los partisans de la doctrine de Richer, qui niaient l'infaillibilité à tous les points de vue.

MISaOH CONTRE LA DOCTRINE DE L^INFAILLIBILITÉ. 263

j'ai grand déplaisir, car je suis son serviteur, et ai eu quelque part à vaincre la répugnance qu'avait le roi d'agréer qu'il eût cet emploi. »

Le cardinal de Retz n'avait pas attendu cette lettre pour dissiper les faux bruits semés si follement et si imprudemment par le nonce Roberti. Il écrivait à Lionne, le 22 août, pour l'assurer de nouveau que le roi, en cette circonstance, pouvait compter sur son plus entier dévouement : « Je n'ai pas cru devoir laisser partir le courrier, lui disait-il, sans assurer Sa Majesté de mes très-humbles obéissances et de l'attachement inviolable que ij'aurai à suivre, dans ce rencontre, comme dans tous les antres de ma vie, tout ce qui sera de ses intentions et de ses votontés. Je m'y conduirai en tout et partout, selon que M. de Rourlemont me diraV... » Le lendemain il donnait au roi les mêmes assurances : « Sire, comme je ne crois pas pouvoir suivre plus justement les intentions de Votre Majesté qu*en m'attachant uniquement à tout ce que M. de Rourlemont m'en dira, je la supplie trèshumblement de croire que je ne m'en départirai en quoi que ce soit, et que je n'aurai de pensée ni d'application dans la conjoncture présente , non plus que dans toutes les autres de ma vie, que celle de lui témoigner qu'il n'y a personne au monde qui soit, avec plus de zèle et plus de soumission que moi. Sire, de Votre Majesté, le très- humble, très -obéissant et très -fidèle servi-

> Archive» des «iffaires étranirëres, t. CLXX de la Correspoji-

LE CABDINAL BE IIKTZ.

leur cl sujet "... A Rome, ce 23' aoûl 1665. » Deux jours après, Retz racontait à Lionne avec quelle vigueur, il avait parlé à plusieurs cardinaux pour dissiper les illusions qu'avaient fait naîtra dans leur esprit les imagitiatious du nonoe. « Monsieur, lui disait-il', j'ai reçu par l'extraordinaire du 11° de ce mois la lettre qu'il vous a plu de m'écrir© du 7° ; elle m'apprend la bonté que Su Majesté a euo d'agréer le peu que j'ai essayé de faire ici pour son service. Si j'osais prendre la liberté de lui eu rendre de très-humbles actions de (^r&ces que je lui dois, jo ne le ferais que par la très-humble prière de vouloir bien pardonner à ma faiblesse, et de croire qu'elle sera au moins soutenue et par une fidélité inviolable, et par un zèle très-ardent et trèssincère. Les bruits qui ont couru de la diversité des avis dans le Parlement, touchant la bulle, ayant fait ju|j;ur à propos à M. de Rourlement que je m'expliquasse dans les occasions, comme de moimême, sur cette matière, j'en ai rencontré, cetlâ semaine, doux ou trois assez naturelles, et j*ai eu lieu, sans le chercher avec alTectalio», de parler à huit ou dix cardinaux, dont il y eu a quelques-uns de la congrégation du Saiiil-Oflice. Jo leur ai dit que je ne pouvais croiro co que l'on publie Ici, qui est que M. le nonce eût écrit que l'arrêt dont il s'agit eût reçu quelque difficulté dans le Parlement, que je l'osiimaistrop homme de bien pour mander

' Archives das alTaîrei Alrongiras, Corretpoininnrr dr Rumr, t. CLXX.

< AroluTef dei alTairei éirnngèree, Homr. i. l'LXX. Rome, o

3S août loes.

< COKTRK U DOCTHiNK DE l'iNFJ

BILITK. 3(>5

une i-hose qu'il ne croirait pas véritable, et quo j'tUis persuadtS qu'il était trop sage pour se pouviiir Daller lui-même d'une upÎDÏon qui, en apparence et ea etFel, no peul être que Irt^s-fausse : que j*«i lltDtineur à'èire du corps du Parlement, que j'y •i eu aiitrofuis quelque habitude, et quejelespuuvût assurer sur ma conscience et mon hunueur que je n'y ai jamais vu de moment, ni de conjoncture uùuQ homme, qui se serait avisé de s'opposer aux muimes qui ont formé cet arrêt, n'eût été déshonoré dans la compagnie ; que Rome devait juger de la M, en l'état où est la France, il pouvait seulement y avoir eu la moindre contestation sur ces it^^utiinenls ; que n'ayant aucun ordre du roî de [Mrier sur ce détail, je n'entrais dans ce discours qtiavisc scrupule et qu'avec peine, mais qu'il me Hmblait que je manquerais lâchement à ce que je «Ht i l'hoimeur et à la réputation du Saint-Siège, "je ne disais et si je ne publiais hautement que • on Qe peut, sans prévaricatiou et sans trahir ses *6ritable8 intérêts, lui déguiser, par des illusions I Moustiques et imaginaires, la vérité de ce qui se il ""se. Je sais que ce discom-s a touché quelques PfiU, et j'ai sujet de croire que les fausses rela- **ns qni peuvent venir de Paris recevront au moins I "'**''qiie contredit dans lapremifere congrégation. •■ , ■-« 18 septembre. Lionne lui répondait : Le roi a '^^ t-rijs-aise de voir que Votre Ëmiucnce eût déjà eu r^/'*^**«ion de détromper plusieurs cardinaux, et de fc *5* même qui entrent dans la congrégation du r**^** t-Of fi ce , de la fausse impression que M, le P^***?e avait donnée de delà qu'il y eût une fjrande

division dans le Parlement sur Taffaire de la bulle, la diversité d'avis qui s'y est rencontrée n'ayant consisté qu'à mettre quelques points plus ou moins dans l'arrêt... »

Cependant les fausses nouvelles et les jugements erronés répandus à Rome par Roberti s'y accréditaient de plus en plus, et le cardinal de Retz avait toutes les peines du monde à les dissiper. Il eut une très-intéressante conversation sur ce point avec le cardinal Albizzi, dont il s'empressa d'envoyer la relation à Lionne. Albizzi s'étant vanté d'avoir rédigé la bulle et ayant dit au cardinal de Retz qu'il en ti rait gloire, celui-ci lui répondit avec beaucoup de présence d'esprit « qu'il croyait qu'il avait fait d'autres choses plus glorieuses que cela et dont il pouvait se vanter* »>. La lettre de Retz à Lionne* offre cette étrange particularité, que l'auteur de la bulle, le cardinal Albizzi, prend soin lui-même de la réfuter et de la détruire article par article. On verra avec quelle clarté, quelle finesse lui répond le cardinal de Retz, avec quelle facilité, on pourrait dire avec quelle grâce il se joue au milieu de ces difficultés si ardues. « Monsieur, disait-il à Lionne', M. lo cardinal Albizzi à qui j'allai, samedi passé, rendre une visite que je lui devais, ne manqua pas à son ordinaire de me mettre sur le discours de la bulle, et il me dit d'abord qu'il avait sujet de croire per tiitte le

* Bourlemont à Lionne, IW août 160."). T. XX de la Correspondance de Lionne.

* Correspondance de Homf^ t. CLXXl

' Rome, l»»" septembre 1665. Archives du ministère des affaires étrangères, Rome, t. CLXXI.

■ COHTHE LA l)0CTBI5>; DE L INFAILUBILlTi;

3ti7

ttotilie c/i' aveva la carte {ce furent ses propres mois), que l'arrâl du Parlement avait été très-désagréable aa roi, ol que Sa Mitjeslé était tout à fait résolue d'arrêter ]>ar son autorité ces outreprises. Je lui répondis que j'étais fort surpris de cette nouvelle, et parce qu'elle était fort secrète à Paris, où j'avais quelques amts qui ne m'en maudaient rieD, et parce que je se pouvais concevoir que le Parlement eût voulu et osé avoir seulement une pensée qui put déplnire au roi, que je n'avais pu croire jusques ici à eei que l'on disait dans te monde des fausses InmiJ^iT's quf l'on prenait à Home sur les affaires de Franco, mais que ce qu'il m'en disait me faisait ajipréhender que ce bruit ne fût que trop véritable, fi que, si la congrégation du Saint-Office agissait toajour», en ce qui regarde le royaume, sur des avis de cette nature, je le pouvais assurer avec beaui'oup de vérité qu'elle n'y prendrait jamais de bonnes mesures.

>■ 11 merepartitqu'ilétaitsilas et si fatigué de cette ntalièro, qu'il n'en voulait plus seulement ouvrir la bouche, et qu'il fallait donner h notre conversation on sujet plus agréable. Il y revint pourtant avec chalvur un quart d'heure après, et il me dit que la FaculK^ de théologie avait tort de se plaindre que Homo eût prétendu lui 6ler le droit de censure doctrinale, et que le Saint-Siège reconnaissait et reconnaîtrait toujours qu'elle en est dans la possession et qu'elle ena toute l'autorité; que le clergé de France n'avait pas plus de raison de s'imaginer que le pape eût voulu interdire aux évèques la connaissance, etc.; qu'il n'avait jamais eu cette pensée et

LE CABniNAL TJE HRTZ.

«lu'îl serait tuujouis le premier à coiidamner ceux qui seraient assez téméraires pour avancer sniilemeat cette proposition; qu'il ne pouvait assez s-'vlonnerde ce que l'on se voulait persuader que tlomo approuvât la doctrine contenue dans le livre de Guimenius, et que l'oit verrait au premier jour une censure du Saint-Office plus aigre et plus décisive contre ses erreurs que ne le peut être celle de la Faculté de théologie de Paris; que l'arri^t dij Parlement n'étant fondé que sur ces trois suppositions, qui sont toutes fausses, l'on ne pouvait douter que cette compagnie n'eiîl pris l'équivoque et n'eût agi sur de faux principes.

<< Je lui répondis que, selon les connaissances que j'ai eues autrefois du clergé, de la Sorbonue et âa Parlement, j'avais sujet d'être persuadé que. quand même il serait arrivé, contre l'appareuce. qup ces trois corps se fussent mépris tous ensemble, ils reconnaîtraient, à mon opinion, sans peine «t mAme avec beaucoup de joie, un malentendu qui serait éclairci par une lumière aussi agréable que celle qui leur ferait connaître que l'on a, dans la cour de Rome, des sentiments directement contraires ù cuiix qu'ils ont ciu voir dans les termes do lu bnllo. mais que je ne pouvais confesser en mon particulier, noa pas même dans le plus intérieur de ma conscience, qu'il y eût eu aucune méprise du cûlé de Fronce, parce qu'il n'y a personne au mondequi. l'i la simple lecture de la buUo, ne puisse et no doive uaturnllemont lui donner le sous selon lequel tout te royauina l'a entfmdue, et qu'il me paraissait par l'ouséqucnl. pIiiN juKte de croire que Rome avait pris l'équivoque

■issius a»»TiiE lA bouTRisK ùK l'infaillibimtë. SU!»

en pensant qno la Faculté, qui n'avait condamné qu^ l'opinion qui déclarait la sienne hérétiqiip, eût censura rpllo qui soutient l'infaillibilité du pape, na'il Dc me semblait raisonnable de dire que la Frmnrpoûtpriselle-ra^mecette équivoque en pensant qilo le pape n'a pn condamner la eonsuru de la Sorbnonu par d'autres raisons quo par celles qui sont tout à fait conformes à la doctrine que cette censure a combattue. Jo crois. Monsieur, fitre obligé de rendr*' un compte très-exact au roi du détail de cette conversation, parce qu'elle me parait trés-impor- Lantc; car si la Faculté de théologie, d'une part, n"a |irélrndu, comme jo le crois, censurer que l'opinion qui condamne la sienne, sans toucher à celle qui soutient l'infaillibilité du pape, et sï Rome, de l'autre côté, déclare, comme le dit M. le cardinal Albîzzi. qu'elle n'a aucune pensée d'appuyer par lui bulle les erroiirîi de Guimenius et de Vernant, ni d'ôler aux évéques la connaissance, etc., ni à la Sorbonne le pouvoir de censurer doctrinalement, vous jugez bien qu'il n'y a plus de matière de conlestation, el que tout le monde est d'un même

am »

Le cardinal Albizzi avait, sans aucun doute, exprimé les VTaies dispositions où se trouvait alors la cour de Rome. ot. d'aprts les explications si nettes qu'il avait données, il semblait qu'il n'y avait plus lieu it discussion. Mais l'opinion d'un simple cardinal pouvait-elle suffire au gouvernement français? n entendait que le pape, dans un acte rendu public, «xpliquftt sa bulle sans retard suivant les indications dn cardinal Albizzi. Si les choses devaient

rester plus longtemps dans le même état, le roi paraissait décidé à ne plus s'opposer à la publication de Tarrèt du Parlement contre la bulle, au jugement sur rappel comme d'abus, et aux discussions de la Faculté de théologie et de l'assemblée générale du clergé de France. C'est ce que Lionne disait expressément au cardinal de Retz dans une dépèche* d'un intérêt capital : « Le roi, comme Votre Émînence l'avait jugé, a trouvé très-importante la conversation qu'elle a eue avec M. le cardinal Aibizzi, dont elle rend compte à Sa Majesté par sa lettre du premier de ce mois, car, comme Votre lilmincnce dit fort bien, si la Faculté de théologie, d'une part, n'a prétendu censurer que l'opinion qui condamne la sienne sans toucher à celle qui soutient Tinfaillibilité du pape, et si Rome, de l'autre côté, déclare, ainsi que le cardinal Albizzi l'a dit, qu'elle n'a aucune pensée d^appuyer par sa bulle les erreurs de Guimenius et de Vernant, ni d'ôter aux évêques la connaissance, etc., ni à la Sorbonne le pouvoir ci la possession de censurer doctrinalement, il est vrai de dire qu'il n'y a plus de matièn» de contestation, et que tout le monde est d'un mémo avis. Mais, après Tcxpédition et la publication de la bulle, la seule assertion verbale et secrète d'un cardinal ne pouvant pas détruire l'ellet qu'ils ont prétendu à Rome d'en tirer, quoique l'un Tùt d'ailleurs d'accord de tout, les choses ne peuvent pas demeurer en cet état-là. Votre Eminenceseraavouée ici de ce qu'elle a avancé de delà, del'inleiitionde la Faculté, dans l'article con-

* 25 8ej)teml)rfc 1G65. T. XXI (]♦* la Correspnudanve tic Lionne,

nSSIOa CONTRE lA DOCTRINE DE l'iNFAILLIBIUTÉ. 271

cernant rinfoillibililé du pape, laquelle estbien particulièrement exprimée dans le plus court mémoire que j*adre8seàYotre£minence, pourvu que la cour de Rome vanille s^expliquer de la sienne touchant les évèqueSf la Sorbonne et la doctrine censurée, au sens marqué par M. le cardinal Albizzi, et ce, par un acte en tonne forme^ qui ne puisse être contredit. C'est là le seul moyen de finir tout, sans quoi il n est pas possible dempècher plus longtemps la publication de Tarrèt. ni le jugement des moyens d^abus du procureur général contre ladite bulle, ni tenir dans le silence rassemblée du clergé, ni la Faculté de théologie de "ins. Votre Eminence rendra un service à TEglise l^en digne d'un cardinal, docteur de cette Faculté, si die trouve moyen d'étouffer ce feu de division uissante, laquelle, sans un entremetteur de sa force €t de sa suffisance, pourra bien s'étendre plus loin quonne croit. Je lui adresse cependant, moins pour ^ fortifier que pour satisfaire sa curiosité, deux n^oires sur la matière, et j'y joins aussi quelques ^pies de l'arrêt du Parlement qui n'a point encore élé vu et qu'elle pourra faire passer ad tnamis, ainsi quelle Testimera à propos, en quoi elle ne fera qu imiter la conduite de notre nonce lorsqu'il reçut quantité d'exemplaires de la bulle dont il remplit •oui Paris, sous prétexte d'en faire confidence à ses

^^pendant le cardinal de Retz poursuivait active-

Z®*** sa campagne contre le nonce lloberti. Ne pou-

* Pénétrer jusqu'auprès du pape, qui était assez

^, ^®0[ient malade, il s'adressa au cardinal dataire

"*o, dont la parole était très-écoutée au palais;

•iTi iv. catliusal iik retz.

cl vi»ici comment il racunlait au mînistro l'imporlaiilc conversation qn'il eut avec lui t « Monsieur, disait-il à Lionne', jo ne pourrais m' empêcher de vous faire heaucoup de remercîmonts de tontes iei bontés que vous me témoignez par votre lettre da 14 août, si je ne vous en devais encore davnntn^ pour les lumières qu'elle m'a données sur ce qui regarde lo service du roi. Je vous eu suis sensible^ ment très-obligé, 'et je crois ne vous en pouvoir témoigner plus a^ablementmareconDaÏMancoqu'oi vous assurant aVec vérité ot sans compliment que ji mVn suis déjà ser\*i avec application cl avec joïfl pour les intérêts de Sa Majesté. Je fus averti de SoW lieu, vendredi passé, à dix heures du soir, que M. lé nouce avait écrit au pape qn'il no se devait poinl étonner de ta contradiction que sa bulle recevait dans les commencements, que l'on verrait dans les suites que toutes ces oppositions ne ser^'iraient qu'à lui donner plus d'autorité et plus de lustre, qu'il avait bien trouvé les moyens d'empi^cher que t'amt du Parlement no filt imprimé, qu'il en manquerait . encore moins pour faire lever les difficultés qui paraissaient d'abord insurmontables, et que. poun que Itome témoignât do la fermeté, il répondait de l'événement. J'allai trouver, samedi au matin. M. âé Bourlcmont pour lui donner part de cet avis, et l'ommu je vJu que ceux qu'il avait reçus de pinsicurtt endroits étaient tout à fait conformes à ce qui Ift'v avait été rapporté, je lui demandai s'il ne er^ail

■ Itomp, S ie])tembr« IMS. Archives du niinisUfa i'IrungirM. Corrapvnilam^ dr RuiHr, t. CLXXl.

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nSSI05 COSTRE LA nOCTBTHE DK L'INFAILLIBILITÉ. 373

JUS qu'il fiU à propos qin' je m\'xpliquassc encore unp<>ii plus préciaémoQt, comme do moi-mèmo, sur le détail de ces noQvplles, et qu'au lieu des discours Itén^raux i]uc J6 m'ûlais cootcnlé jusques ici de faire dus les oeouioQs pour eu mnrquor la fausseté, je m'en expliquasse plus particulièrement ctd'uDemaaiire sur laquelle on fût au moins obligé de faire plHs de réflexion que l'on n'en fait d'ordinaire en (fitte cour fcur des paroles vagues et des conversations génétaïcs. M. de Bouricmont me répondit qu'il de la oôccssité de cette conduite dans pMsenle et qu'il n'y avait, à son avis, lerfcs ouverture» et les moyens. Nous 18 le détail, et nous y fûmes, pour vous lUnlflvrni, impeu embarrassés par la connaissance ^oe nous avons du Kf^-nic decctlc nation qui, comme VODB uvcz. Monsieur, mieux que mol, fait consister UOv partie de sa politique à ne jamais croire la TériU de ce qu'on lui dit. Nous crûmes que, si l'on fl^piit le parti de parler ex professa à tous les curdntox du Saint-Office, il ne se pourrait, selon leur onaitre d'agir et de juger, qu'ils no prissent cette dtearcbe pour un pas fait par ordre, ce qui n'aurait ffUi été sans inconvénient daiuj un pays où l'un Dfl maDqae jamais de se retirer quand l'autre fait seulement mine de s'avancer. On eût trouvé peutêtre talque expédient pour se parer de cet inconvéaiaol. si j'eusse pu avoir une audience du pape; toaiti n^tto audience ne se pouvant espérer de fort longtemps en l'état où il est, nous fûmes obligés de cuavenirruu et l'autre que le seul canal qui nous rwlail était celui de M. le cardinal dalaire. Nous

concertâmes la manière de lui parler, et je le vis dimanche après dîner. Je lui dis d'abord qu'il n'y avait que lui à Rome à qui j'eusse assez de confiance pour lui aller porter un' par' de spropositi; que je reconnaissais de bonne foi que, n'ayant aucun ordre du roi de lui parler sur les affaires présentes, je considérais la liberté que j'en prenais comme une faute remarquable de laquelle je pourrais recevoir une trè^juste réprimande de la part de Sa Majesté ; que je n'ignorais pas qu'il n'y avait guère moins d'inconvénient du côté de Rome à donner des avis directement contraires à ceux qui viennent des ministres de Sa Sainteté; qu'il voyait, par ce que je lui disais, que ce n'était pas sans peine que je m'étais résolu à lui demander audience, mais que je n'avais pu résister au secret instinct de ma conscience, qui m'avait forcé de passer par-dessus toutes ces considérations, et qui m'avait obligé de m'adresser à lui, comme au plus grand et au plus véritable ecclésiastique qui fut à Rome, pour lui dire des vérités sans comparaison plus importantes au serviro du Saint-Siège qu'à celui du roi; que je savais que M. le nonce écrivait au pape, etc., et que je le pouvais assurer, par tout ce qu'il y avait de plus sacré dans le monde, qu'il n'y avait pas un mot de vérité dans tout ce qu'il mandait. J'entrai ensuite dans le détail des choses, et j'appuyai le témoignage que je rendais à la vérité de toutes les vraisemblances qui la pouvaient mettre dans son jour. M. le cardinal dataire, après m'avuir écouté une demi-heure, me parut fort touché *»t me dit (|ii'il ne pouvait croire que M. le nonce trouipAt le pape, mais (ju'il était

I COUTHE L\ nOCTBIKF. I

l'infafllibilitë. 27S

persuadé, après ce que je venais de lui dire, qu'il étui le premier Irompé ; qu'il m'avait une extrême oblifEstioa de lui avoir parlé avec la franchise qu'il voyait rlairement dans mon procédé, qu'il n'était pas possible »]ue jo ne fusso beaucoup mieux informé que M. le nonce ne le pouvait être, qu'il ajoutait une entière foi à l'avis que je lui douiiais, et que je coanallrais dans les suites cke le mie parole jwn erano iultate in aria; ce furent ses propres mots. Voilà comme il me parla, quant au fait de M. le Donc« ; car, pour ce qui est délia sostanza dfl Htyotio, il demeura toujours fermé, dans la pensée que le Ssint-Siége avait été fort oITensé par la censure, que le Parlement avait excédé son pouvoir; que si la Faculté de théologie n'eût point eu dessein de choquer l'infaillibilité du pape, elle n'eût fait aucune ■JifOculté de s'en expliquer: à quoi il ajouta beaucoup d'autres choses de cette nature qui tombèrent dan» le cours de la conversation et dont il serait iuDtite de vous entretcair plus particulièrement. Ce que je lui répondis ne serait ici que la répétition et de ve que je vous ai mandé par toutes mes précédcDlcs cl de ce que vous avez eu la bonté de m'écrire par voire doniière. dont je me sen'is très-utilement eo ce rencontre. M . de Bourlemont vous mande sans doultt que l'on travaille beaucoup au 8aint-0fSce el qu'il paraît que Ion y a quelque nouveau dessein; ce que nnufi avons su tous deux d'assez bon lieu. Kous tomhAmos pourtant, avant-hier au soir, dans le même sentiment, qui est que rien n'éclalera apjiaremment tant qui- \t: pape sera en l'état où il e»t. •>

LK CAHUINAL TiV. RETZ.

La cour do Rome, très-irritén de l'arrêt du Parloment qui déclarait sa buile non avenue cl interdisait sa publication un FrancL'. avait eu d'abord l'intention d'y répondre par un acte fulminant de la congrégation du Suint-OfRce. Le nonte se vantait publiquement qu'il faisait tout trembler autour da lui lorsqu'il parlait, el disait <• qu'avec les Français il ne fallait qu'agir avec hauteur et par bravades ». Mais, ayant appris que l'arrêt du Parlement allait être publié, il changea pour un moment de langage etfit jouer tous les ressorts pour empêcher que ceUs grave formalité fût accomplie.

De son cùté, le roi écrivit à l'auditeur de rote une lettre menaçante daus laquelle il déclarait que le seul moyen d'en finir, c'était que la bulle fût interprétée par lo pape dans un sens idisolumont favorable, sur tous les points essentiels, au.\ libertés gallicanes, ou qu'elle fût révoquée. •< Monsieur de Bourlemont, lui disait le roi, je vois, par votre dépêche du 8*, l'avis que vous avez eu qu'on voulait prendre quelque résolution en la congrégatiou du Saint-Office contre l'arrêt de mon Parlement de Paris, sur la bulle qui condamne les censures «le la Sorbonnc'. Quelque foi qu'on ajoute aux n^latïons du nonce, qui sont le plus souvent fausses, comme les mesures qu'il croit de prendre le sont toujours, j'ai peine à me persuader que l'imprudence des couseiQerR de Sa Sainteté soit assez grande pour la laisser embarquer plus avant dans une affaire de s!

lliîlOS COSTBE LA DOCTRISl: DK L'iSFAILLIBILITÊ. 277

daaf^ereusfls stiiles. et je veux plulôL croire que les démons tratîoos qui so font d'avoir l'inteotion qu'on Douâa dit no tondenl à autre fin que d'cmpècher, s'il* pou\'aient donner ici quelque crainte, que le Porieraent, la Sorbouae et le clergé ne passent outre s l'exameD de la bulle et à prû&or\'cr le royaume dos préjudices qu'elle y causeroil, si clic avait lieu et qu'dU pôl subsister. J'ai m^me tout sujet de faire CD jugement puisqu'on m^me temps qu'on fait de ' delà ces sortes de démonHlrations, le nonce sollicite ici vivement qu'on laisse toutes choses en l'étal qn'ellos sont, sans en plus parler, en quoi il entend qu'on ne rende point public l'arrêt du Parlement; nttis VOUB juRcrez bien que l'on ne peut accepter ce parti, apr^A la publication de la bulle, que Sa Sain* lelé, par quelque moyen qu'elle avisera, ne l'explique conformément aux déclarations que le cardinal Albizzi a faîtes h mon cousin le cardinal de Retz.. Je dis, en cas que la bulle doive subsister, qu'on doit y donner toutes les interprétations ci-dessus, car to plus court et le meilleur, puisqu'eu substance on est d'accord de tout, serait de la r^oquer... Ce qui me suqtrend. c'est que le nouée étant fort bien ctitmu de delà pour un homme léger, présomptueux, de peu de savoir et de nulle politique, ils ne laissent pa» d'aller à yeux clos k tout ce qu'il leur fait euleudre. J'ai fort approuvé le conseil que vous avez donné à mon cousin le cardinal de Retz de s'adresser plutôt au cardinal Currado qu'à tout autre, pour es«a}'er de le détromper lui-même, et les autres par suQ moyen, des fausses opinions qu'ils ont de delà et leur montrer les inconvénients où les gens igno-

rants du gouvernement de ce royaume et de ses maximes et usages, et ennemis d^ailleurs du repos et de la réputation de Sa Sainteté, la veulent imprudemment jeter. Si on a envoyé, comme on vous Ta dit, un manifeste aux autres nonces en justification de ladite bulle, je pourrai peut-être en avoir bientôt une copie par le moyen des princes auprès desquels ils résident, et, en ce cas, il aura bientôt sa réponse qui fera aisément remonter tout le blÀme sur les auteurs du manifeste... »

Cependant la cour de Rome, dans Tappréhensio que Farrèt du Parlement qui annulait sa bulle n fût publié, jugea plhs prudent sinon de se taire, d moins de ne point agir momentanément, tant que les choses resteraient dans le même état\ La conversation de Retz avec le cardinal Corrado Tavai fait réfléchir. Quant au gouvernement français, f désirait ardemment que le pape révoquât sa bulle o * rinterprétàt d'une manière très-étendue, suivant l trois indications du cardinal Âlbizzi ', et c'est d*ap] ces instructions de Lionne que le cardinal de Re agira bientôt auprès du pape, lors de sa premiè entrevue.

* Lionne au cardinal de Retz, 2 octobre 1665.

• Telle est l'analyse dune longue dépêche de Lionne à Reiz. 2 octobre 1665. T. XXI de lu Correspondance de Lionne : «* Le discours que Votre Eniinence a tenu par occasion à M. le cardina! Sforza, lui disait Lionne à la fin de sa lettre, est bien digne au>&< de son zèle, de sa prudence et de son adresse, car, comme Un Espagnols aigrissent les choses, il a été bien de lui taire voir que les attaques qu'on nous fait ne servent ((u'à unir plus fortement ensuite tous les corps du royaume pour se mieux parer des entreprises de la cour de Rome. »

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