‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 17 sur 41 · MISSION CONTRE L\ DOCTRINE DE L*INFAILLIBILITÉ · texte numérisé non relu

MISSION CONTRE L\ DOCTRINE DE L*INFAILLIBILITÉ

W Là cour de Rome s'apercevait, mais trop tard,

^ ^u eUe avait fait un faux pas et commençait à s'en

jrepentirV Le cardinal de Retz n'avait pas peu confr*ibué à lui dessiller les yeux. C'est ce que lui-même dirait au ministre d'un ton assez peu révérencieux jiMzaor elle, en comparant ses intrigues et sa manière A ^aigir aux scènes d'une comédie. Elle, de son côté, e muM voyant tomber une à une ses illusions, laissait [^^^srcer tout son mécontentement contre celui qui &^ ^ appliquait avec tant de soin à les dissiper, mais, fidèle sujet du roi, Retz poursuivait sa tâche avec fermeté habituelle. « Monsieur, écrivait-il à îonne', je vois par votre lettre du 21% que les diseurs que M. le nonce tient à Paris répondent assez I ^^^temcttt aux avis qu'il donne à Rome, mais vous ^^irez vu par mes précédentes que ceux que je fais à ome, de concert avec M. de Rourlemont, détrui- ^^nt, autant qu'il m'est possible, les vues qu'il essaie ^'y donner du côté de Paris. Je ne voudrais pas ^ous répondre que mes paroles pussent servir de ^onire-poids suffisant à ses lettres, mais je crois vous pouvoir dire avec vérité qu'elles commencent au ^oins à faire quelque effet dans le parterre, qui, <^omme vous le savez, Monsieur, mieux que moi, a <iuelque rapport en ce pays-ci au théâtre. On m'a averti de différents lieux que l'on trouve mauvais à Monte Caval que je m'explique comme je le fais sur ces matières, et j'ai répondu à ceux qui m*ont donné <îet avis que je n'y pouvais ajouter aucune foi, et

' Lionne au cardinal de Retz, 11 septembre 1665. T. XXII de la Correitpondance de Lionne.

* Rome, 15 septembre 1665.

parce que Sa Sainteté est trop juste pour désapprouver qu'un cardinal français serve son roi, et parce que, dans cette conjoncture particulière, je n'ai pas dit une parole qui ne fût beaucoup moins nécessaire au service de Sa Majesté qu'à celui du pape. Je ne vous parle point de sa santé, sachant que M. de Bourlemont vous mande le détail de ce qui s'en voit et de ce qui s'en dit. »

Dans la dépêche suivante, Retz annonçait au ministre une importante nouvelle : c'est que la cour de Rome, fort alarmée des suites terribles que pouvait avoir la question qu'elle avait si imprudemment soulevée, avait pris tout à coup la résolution de ne pas répondre à l'arrêt du Parlement, bieà^u'elle le menaçât sans cesse d'une censure. Le cardinal, qui voyait juste et de loin, annonçait, à partir de ce moment, que cette résolution poun'ait bien être définitive. Le pape, malgré les secrètes excitations de l'ambassadeur d'Espagne et dans la crainte de provoquer un schisme, jugea qu'il était plus sage de ne pas lancer d'excommunication. Les menaces du nonce, qui entraient dans le jeu de la politique romaine et dont il ne se fit pas faute, ne devaient avoir aucun effet.

« Je sais de science certaine que la résolution a été pr^se de demeurer ici dans le silence sur Tarrêt du Parlement, et qu'elle y a été prise après une forte contestation*. Cette circonstance me fait croire qu'elle pourra durer parce qu'elle n'a pas été formée

* Archives du ministère des affaires étrangères. Rome, t. CLXXI. 20 septembre.

KS&tûH COKTBE U OÛCTBISE DE L'iSFAlLLIUlUTt:. 281

légièremeDl. Je ne voudrais pourliiut pas en assurer. vu la ronduitu de irotte cour et ce qui peut venir de M. le nooce, qui ae manqucni pas apparemment k donner aux démarches que le <-Ierf<é et la Sorbonne auront pu faire, les mêmes couleurs qu'il essaie de donner à l'urrèt. »

A quelques Jours de là, le cardinal annonçait à Lionne que l'ambassadeur d'Espagne ne négligeait rien pour entraîner le pape à fulminer une excommunication contre te gouvernement français. >< Je viens d'apprendre, depuis un quart d'heure, lui dÏMil-îl, d'un lieu que je crois aùv. que Al. l'ambassadeur d'Espagne n'oublia rien, à la dernière audience qu'il eut do M. lo cardinal Chig^i, pour lui persuader que le Saint-Siège ue devait pas demeurer dans le silence sur l'arrât du Parlement ; mais celui qui m'a donné cet avis m'a confirmé en même temps ce que je vous écrivis dernibremont sur son rapport, qui est que Rome est résolue à en demeurer à ce qu'elle a fait, quelque instance que puissent faire les Espagnols, qui concourent tous visiblement à réchauffer, quoique par difTérents principe»^. Car le commun s'imagine que, si les choses se poussaient, il pourrait se former quelque division dans le royaume par la difTérence de doctrine, et les plus éclairés, qui voient bien que cette pensée est une rhimère, ne tiennent cette conduite que pour faire en sorte que la révolution d'Espagne, qu'ils considèrent comme infaillible et comme prochaine, trouve la cour de Rome et celle de France dans l'éloignemeol et dans l'aigreur. Il y a déjà quelque temps que je crois voir cette disposition dans les esprits

â8S LE CARDINAL DV. RETZ.

de ceux qui ne sont pas serviteurs du roi en cette cour; mais je n'ai pas voulu prendre la liberté de vous en mander le particulier, que je n'en fusse assuré par des voies plus solides et plus certaines que ne le peuvent être les raisonnements et les conjectures. Celui qui vient de m' avertir de la conversation de M. Tarnbassadeur d'Espagne avec M. le cardinal Chigi, est informé à fond de ce détail^ et j'ai lieu de croire qu'il me parle avec sincérité et même avec solidité, au moins pour ce qui regarde les Espagnols ; car, pour ce qui est de la cour de Rome, sa conduite est si incertaine et si cachée, que les avis qui sont aujourd'hui fort véritables se peuvent trouver demain par Tévénement très-faux. »

Le décret de la Sorbonne contre Guimenius avait eu un tel éclat, que la cour de Rome ne crut pas devoir, sans scandale, se taire plus longtemps au sujet des casuistes. La Sainte Inquisition censura quelques-unes de leurs propositions ; mais on remarqua que Guimenius n'était point nommé dans cet acte. Sous ce pseudonyme, comme nous Tavons dit, se cachait le jésuite de Moya, confesseur de la reine douairière d'Espagne, et qui était fort protégé par les membres de son ordre. Retz donnait quelques intéressants détails à ce sujet à Lionne : « M. de Bourlemont, lui disait-il, vous envoie la^ censure que Ton a faite ici de quelques proposition» des casuistes relAchés, et elle y fut affichée samedS dernier; mais (iuiineuius n'y est point nommé. L^ bruit est que M. le cardinal Pallavicin ' Ta empêché ^

1 Le cardinal Pallavicini avait été membre de la Compagnie d^ Jésus et lui restait fort attaché.

WSilOX (;OSTRK LA IIOCTIIISK HK L'iNFAELLlBll.m-';. ^«3

tnais je ne le sais pas d'assez bon lieu pour vous dire précisémcul ca qui en est. Un consulleur du Saint-Office m'ayant dit, hier au soir, que ces propositions devaient être condamnées dans les limsde ceux qui les avalent avancées, cl non pas dansielui de Guimenius, qui n'a fait que les rapporter, et que la congrégafion. par conséquent, avait agi sur ce point avec beaucoup plus de justice i\oe la Faculté, je lui répondis que celui qui les a rapportées étant lui seul aussi coupable que les autres auteurs le sont tous ensemble, il me semblait qu'il était plus raisonnable de marquer Guimenius lUi- tous les autres, el que la Faculté de tbéoloçie, ayant a^i sur ce fondement, y avait trouvé une autre "tUîlé, qui est celle de censurer tous les autres en «*ns«rant Guimenius, au lieu que la Congrégation semblait épargner avec affectation les personnes, *■* ne nommant ni Guimenius, ni les autres. Ce "'^Ole coRsultcur me dit que l'on travaillait inces- '•mment à la censure des autres propositions, el jn** l'on avait jugé à propos de commencer par * Condamnation de ces vingL-huit, comme de '^'les qui contiennent les erreurs les plus claires " •*» plu* grossières. »

'-■ionne, dans une lettre en réponse à celle du

'•■'dinal. lui adressait do nouveaux éloges sur l'ex-

*tn© habileté qu'il déployait : " II ne se pouvait

"*>a doute rien concevoir de plus fort ni de plus

**Vaincant. pour fermer la bouche au consulleur

^ SSainl-Office, sur la proposition qu'il avait avan-

.^^» que ce que Votre Éminence lui a dit pour le

*"*«r d'avouer que la Sorbonne, attaquant directe-

8H4 LK CAHDINAL r>K RLTZ.

menl (jiiimenius, avait agi bien plus raisonnablement (jue l'Inquisition qui, pour Ii' respect de sa robQ, n'a osé fouetter le plus criminel compilatour Ûà pernicieuses erreurs qui ait jamais paru dans le public.,.. Cependant, si M. le nonce fait ici paraître cette censure de l'Inquisition, je ne sais pas comme le Parlement s'y accommodera, car vous savei que ce tribunal ni ses décrets ne sont point reconnus en ce royaume, ni même aucune autre ctiuse qui vienne de Rome, qui ne soit autorisée par lettres patentes du roi'

Lionne, dans cette même lettre, ajoutait que le nonce Itoberti ne soiij^euit. pur ses llalteries à la cour de Rome et par les espérances trompeuse» qu'il lui donnait, qu'à obtenir d'elle un chapeau dans la premiitre promotion. On ne s'imaginerait jamais a quels excès de lang'age, à quelles étrangetés do conduite se laissait entraîner ce munsigoore Robcrti, si Lionne ne nous l'eill appris lui-m^-me dans une lettre adressée a M. de Bourlemont.

" Je n'ai mandé à M. le cardinal de Retz et à vous, lui disait-il, qu'une bien petite partie dus égarements de M. le nonce; aussi faudrait-il un livre entier plutflt qu'une lettre pour vous les dire tous*. Il eut, ces jours passés, une querelle dans une conversation assez publique, sur la thèse qu'il soutenait, que les évèques de France n'étaient que des cauailles et des ignorants. Il devait au moins se contenter do ce qu'il m'a dit, savoir : qu'ils do sonl

■ T. XXtl Je U Coritapoailanct de Lionni, 30 octobre.

■ n uclobrv ISeS. T. XXII de la Coi-raponilmft rfo Lhtntf.

MISSION CONTRE LA &OCTBIM-: DE l'iKFAILLIKILITË. 285

que des valets dn Parlement, bien moins autorisés qup des ministres de Chareiituti, qui excommunient luDs les jours ceux ile leur profession, sans que le Parletneol ose loucher Jice qu'ils foiil... Tous ces bestuc nisonnemenls ne sont i^orés ici d'aucun évèque, el jo vous laisse à juger l'impression qu'ils , faut et l'estime qu'ils lui donnent. 1] m'a fort questionné pour savoir de moi si l'an'i^l du Farlcment avait été piihlié, et quelle chose était requise pour ta publication d'un arrêt. Je lui ai répondu qu'il eotendaît ces matières-Ia hien mieus que moi, qui n'eo ai jamais ouï parler. II m'a aussi demandé quelle serait la plus grande satisfaction du roi que le pape on défendit ou condamnât le lixTe de Guimenins. J'ai reparti que Sa Sainteté était prudente ul que Sa Majesté ne prenait aucun inlérèt à ce qui se ferait h Dôme là-dessus, la censure de la 8orbonne, autorisée par le Parlement, nous suffisant pour empèrher que les peuples ne demeurent imbus des ftcheuMis iloctrines de ce livre-là, outre que le Pariement en a ordonné la suppression. »

1* m<*me jour, Lionne apprcuail à Reli deux aouvfllles lie la plus grande importance : l'une, que le pape, non-seul emonl n'avait jamais rédigé la balle dans laquelle il aflirmait son infaillibilité, mais qu'il ne l'avait m^mc jamais vue ' ; la seconde, que le roi avait choisi, pour nouvel ambassadeur k Home, ie due de Chaulnes. « Monseigneur, lui

< BiM«wl. CD ■oaleuinl le même fiiii gatlitami, Mnîi donc fort l<icn rpnavîj

écrivait-il \ j'ai présenté au roi et à la reine-mëre les lettres qu'il a plu à Votre Éminence de m'adresser pour Leurs Majestés. Elles ont toutes deux été reçues aussi agréablement que Votre Lminence le pouvait désirer, et je crois que le roi y fera réponse de sa main puisqu'il a retenu la lettre, ayant accoutumé de me les remettre quand il en veut user autrement. Les témoignages de Votre Éminence sont le plus puissant contre-poids que Ton puisse opposer aux fausses relations de M. le nonce et à l'imprudence de ses maximes. Qui ne voit point ses égarements aura peine à concevoir qu'un ministre principal du Saint-Siège en puisse être capable.... Tous les jours produisent choses nouvelles ; il est vrai qu'on le peut trouver moins mauvais de lui que d'un autre, puisqu'il parle assez souvent autant au désavantage de ceux qui l'emploient qu'à notre préjudice, et tout présentement je viens d^apprendre de M. Le Tellier qu'il lui avoua hier deux choses assez curieuses : l'une, que le pape n'a jamais vu la bulle et s'en est rapporté eîitièrement à la congrégation du Saint-Office; l'autre, que tout le malentendu et la mésintelligence des deux cours n'a son origine que dans le ressentiment qu'on a de delà du traité de Pise. Après deux confessions si ingénues, il me semble que nous aurions tort de nous formaliser de quelque chose qu'il puisse dire ou faire.

(( Le roi a enfin pris la résolution de ne laisser pas plus longtemps vide le poste de son ambassadeur à Rome et a jeté les yeux, pour le remplir, sur M. le

• 9 oct<»lnv Itid.i. T. XXII «le la Currespondanrc de Lionne.

MISSIOR CONTRE LA DOCTRINE DE L'iNFAILUBIUTÉ. i87

dac de Chanlnes. Comme je prends grand intérêt à tout ce qui le regarde, ayant Thonneur d'être son allié fort proche, il m'a donné une sensible satisfaction lorsqu'il m'a dit qu'il était assuré que Votre Éminence aurait beaucoup de joie du choix que Sa Ifajesté a fait de sa personne, et j'oserais bien répondre qu*il recherchera avec soin les occasions de mériter de plus en plus l'amitié et l'estime de Votre Éminence. »

Si le cardinal, à cette date, gardait encore un peu des illusions qu'il avait caressées après son accommodement avec le roi, cette nouvelle lui fut sans doute très-pénible. Mais, en homme habitué aux coups de la Fortune, il fit bonne contenance et félicita Lionne de son heureux choix. « Quoique M. le duc de Ghaulnes ne me fasse assurément que justice d'être persuadé, comme il est, que j'ai une extrême joie du choix que le roi a fait de sa p(;rsonne pour l'ambassade de Rome, je ne laisse pas de lui en être très-obligé et de recevoir avec toute la reconnaissance que je dois ce que vous avez eu la bouté de me mander de ses sentiments sur mon sujet. Je suis trop attaché au service de Sa Majesté pour ne pas prendre une part très-sensible à sa nomination, que j'y sais être très-utile. J'oserais même prendre la liberté de vous dire que, selon le peu de connaissance que j'ai de cette cour, le roi ne pouvait, à mon opinion, jeter les yeux sur personne qui y put servir Sa Majesté avec plus de capacité et plus de dignité. J'espère que vous me ferez bien la gn\ce de ne pas douter que Talliance qu'il a avec vous augmente encore dans mon esprit les seutinieuts

que je lui dois et pour son mérite et pour les dispositions qu'il me fait Thonneur d'avoir pour moi... * »

Louis XIV, comme s'il eût eu la pensée de consoler le cardinal de la nomination du duc de Chaulnés, lui écrivit une lettre de sa main pour le remercier des services qu'il lui rendait et pour faire appel de nouveau à son dévouement '. Le cardinal de Retz ne tarda pas à lui en donner une preuve éclatante. Comme il était fréquemment atteint de fluxions aux yeux, il choisit habilement ce prétexte pour changer d'air et il se rendit à Tivoli, à proximité de Gastel Gandolfo, où le pape faisait en ce moment sa résidence dans le magnifique palais qu'il y avait fait construire. Tout nous intéresse dans la vie des grands hommes, même le spectacle de leurs misères et de leurs infirmités. Disons, à la louange de Louis XIY, qu'au milieu des affaires sans nombre de son gouvernement, il ne cessa jamais de s'enquérir avec sollicitude de l'état de santé du cardinal et de l'engager à retourner à Commorcy, s'il le jugeait utile, m^^nie au détriment des services considérables qu'il lui rendait à Rome.

« Monsieur, écrivait Retz à Lionne le 13 octobre*, ...j'avais toujours espéré que la fin des clialeurs pourrait donner quelque soulagement à une fluxion assez fâcheuse que j'ai sur les yeux, mais je trouve par expérience que Taulomne n'y est pas moins con-

' Archives du ministère des affaires étrang«'res. Borne, 3 novembre 1665.

* Cette lettre, du comniencemont d'octobre, ne se trouve ranlheurouseinont pas dans la Corresjtondanrc de Home.

* Archives des affaires étrangères. Home, t. CLXXI.

WTBK LA IMICTHISK UE L'INFAILLIBILITE. â»9

traire que l'été, et l'on m'n conseillé d'en aller passer les premières humidités à Tivoli. M. de Bour^ lemont m'a témoigné qu'il n'y a rien ici qui m'y puissu tvliMiir pour le service du roi, et je crois, Monsieur, que vous ne doutez pas qu'il n'y a point de considéralinn, ni d'air, ni de santé, qui iii'empôchc. au premier billet qu'il m'en écrira, de me rendre ponctuellement à mon devoir. Son sentiment est qu'on passant à Castcl, où tous les cardinaux sont faire une cour de demi-heure, je m'explique oeltement k Su Sainteté, si elle entre en discours aur la bulle, et il y aurait quelque lieu do croire qu'elle le pourrait faire en cette occasion, parce que l'on a remarqué qu'elle témoigne beimcoup plus d'ouverture aux cardinaux et même aux autres personnes, à lacampag'ne, qu'elle n'en fait paraître k Rome. Je suis pourtant persuadé, pnr l'air dont elle m'a toujours parlé au consistoire, qu'elle n'entrera pas à Castel plus avant en matière qu'elle u'a fait id.... J'oubliais presque que le P. Duneau, que vous connaiiisez, me dit, avant-hier, qu'il était assuré que 1« pape porterait les choses k l'extrémité, si rassemblée du clergé faisait ipielquc nouveau pas. Je lui répondis que j'avais trop de respect pour Sa Sainteté, pour la croire capable d'une résolution de cette nature, dont la seule idée ne pourrait donner qu'un dé* plaisîrlrlia-seusible à tous les gens debien. parce qu'il a y aurait rien de plus contraire aux véritables intérêts de l'Église et du Saint-Sîége, et même à ceux du sa compagnie '... J'apprends en fermant ma loi*

■ Le PcrK Duneau elail de ta Coin|>nt;me de Jtiua.

tre que le roi d'Espagne est mort, ce qui me fait preudre la résolution de ne point aller à Tivoli de cette semaine, afin de ne pas perdre une heure, en cas qu'il arrivât quelque ordre du roi sur cette nouvelle que je crois vraie... »

Vers le milieu d'octobre, le cardinal de Retz, s'étant rendu à Tivoli, parvint enfin à pénétrer auprès du pape dans sa retraite de Castel Gandolfo. Ce fut le pontife qui entama le premier le chapitre de la bulle. L'entretien fut long; il dura plus de trois heures. Retz a pris soin de le raconter dans une admirable dépèche adressée à Lionne. C'est un chef-d'œuvre de style et de finesse. Il est impossible de pousser plus loin l'art du diplomate et le talent de l'écrivain, de parler de choses si ardues avec plus de clarté, de souplesse et dans une plus belle langue ; on dirait que Retz semble avoir pris à tâche de lutter avec l'auteur des Provinciales. Le terrain était brûlant s'il en fut, et Retz ne s'y engage qu'avec une prudence extrême afin de ne blesser en rien son auguste interlocuteur. Avec quels ménagements infinis et quel art suprême il essaie de le détromper sur le véritable état des choses en France ! En même temps qu'il défend les libertés de l'Eglise gallicane, afin de se concilier tout d'abord Tesprit du pape, il soutient que la Sorbonne n'a eu nullement la pensée de censurer la doctrine de son infaillibilité, et comme, d'un autre côté, il lui rappelle ce que lui a dit le cardinal Albizzi : que la bulle n'a condamné que ceux qui se sont prononcés contre cette doctrine, et non ceux qui professent une ojiinion contraire; qu'elle n*a

HISSIÛH CONTltb: L\

poinl fait défense aux évèques français uon plus quà la Faculté de théologie de censurer des livres d'une morale corrompue, il conclut que Paris est liWord en tout et pour tout avec Rome, et que le nialeolondii exislant n'est fondé que sur un« équivoque. Après une discussion dans laquelle le pape (»rÉtend que c'est la Sorbonne qui l'a fait naître, et H0I2, qutf c'est le Suint-Officc. le pape lui déclare •)UB sa bulle a été mal interprétée, qu'il n'a pas *oulu condamner ceu.\ qui ne le croient pas infailli- '■le. mais uniquement ceux qui ont attaqué son 'o&iiiibilité. Quant aux évèques ol k la ratullé de litolo^ie, il proteste qu'il n'a nullement entendu '*ur retirer le droit de censure. Ces points casen- ^*w obteous et sa bulle annulée ainsi par les <'*<'lflration» du pape lui-même, le cardinal de Retz, •"«c une habileté sans pareille et en faisant jouer l<^s les ressorts, essaie de l'entramer, aGn de ter- ■Biiier le différcad, à donner lui-même une inlerpf*tation publiqut^ de sa bulle. Mais le pape, sur le qii'vive, lui répond nettement qu'il ne se résoudra junais à faire le premier pas. Le cardinal, ne pouvant vaincre sa résistance, essaie de tourner la difficulté en promettant au pontife que la Faculté fen les avances, pourvu qu'il veuille bien lui promettre d'ei"pliquer sa bulle conformément au sens qu'il lui donne. Sur un nouveau refus, Retz, passant des supplications à des menaces déguisées, lui déclare que la France tient l'opinion do l'infaillibilité comme problématique, qu'il est dangereux de laisser fermenter les esprits, qu'il sait de bonne source que l'on fait des recherches sur la conduite

â9â LE CARDINAL DK RËTZ.

que la Franco a tenue, à diverses époques, à Tégard des papes et de leurs bulles ; que Ton pourrait trouver dans les registres du Parlement des armes redoutables contre Rome, et qu'il est temps enfin de prévenir le danger. Les menaces trouvèrent le pontife aussi inflexible que les prières. Le cardinal^ qui ne se décourageait pas, lui ayant demandé, puisqu'il refusait des explications directes, d'en donner au moins d'indirectes, le pape lui répondit qu'il ne voyait aucun moyen de s'expliquer, sans faire le premier pas. A l'ofi're que lui fit le cardinal d'écrire à ses amis de la Sorbonne pour leur donner les explications qu'il tenait de la bouche même de Sa Sainteté, Alexandre lui répondit qu'il craignait que ses paroles fussent mal interprétées, et qu'il n'était pas certain d'ailleurs que la France voulût se réconcilier avec lui. Retz lui soumit alors une autre combinaison: il lui offrit d'écrire aux docteurs de la Faculté de théologie qu'il savait de bonne source que le pape leur donnerait des explications sur sa bulle, s'ils lui eu faisaient la demande. Cette fois, le pontife consentit à rotlre de Retz, mais en exigeant de lui (ju'il ne dirait point qu'il tenait cette promesse de sa propre bouche. Le cardinal lui ayant fait observer (ju'après une bulle publiée, il y aurait peu d'espoir dans le succès si le nonce ne changeait de langage, Alexandre lui promit de lui envoyer des instructions dans ce sens. Il semble, d'après cet exposé, qu'à la moindre démarche de la Sorbonne, le pape dut s'empresser de donner des explications et que l'affairo allait se terminer. Il n'en fut rien, comme le prouva la suite des événe-

USSIOH COXTIE LA D0CT1I5C DE L*I5FAILUBILITÉ. :Î93

^ents. C'est en cette circonstance, surtout, que Ton

doit admirer la perspicacité de Retz. Après avoir

p'^nté à Lionne quelques expédients ingénieux,

^ lie se dissimule pas que TafTaire. malgré tant d'ap-

lances favorables, est loin de toucher à sa fin.

^Qiine le pape, dans cette conversation, s'était

^^cé an point de dire au cardinal qu'il déclarerait

^^Ine condamnait point ceux qui ne le tpnaient pas

^^^ infaillible, Retz demande à Lionne s'il serait

^^dentde faire, sans de bonnes garanties, des avan-

y ^ sur ce point délicat, le pape, d'un moment à

^^'^^ pouvant faire de sérieuses réflexions sur

|. ^ démarche aussi compromettante que possible

1^ '^ ^on infaillibilité. Comme nous le verrons bien-

^ ^^ cardinal avait touché juste, et sa prédiction

a^ ^^oi ]e mémoire de Retz, qui causa autant de ^ *^ que d'admiration à la cour de France :

^^^^rutl de Retz à M. de Lif/nne, sur uup longue ^^^^^^sation qu'il a eue avec le popp^ touchant les "■^ de lever Fambiqulté dp la huile.

A Rome, re 23 octobr*» 1665.

1^ ttJ^^^ ^sitôt que j'eus reçu la lettre qu'il vous a plu 1^ ^^*>rire du 25» septembre, j'allai trouver M. de 1^ ^^3iont pour concerter avec lui les moyens les

j ^^^^ ^^opres et les plus naturels de faire connaître ^Q ï^^ l'importance et la facilité «réclaircir Téqui-

dont il s'agit. Nous eûmes d'abord quelque de nous servir de la voie df M. le cardinal

S94 ! IX CASDniAL 1» RETZ. / J^?^^

datairei parce qu'il a témoigné avoir pris asaes de confiance en mes paroles depuis la convermtiioB que j'euSt il y a quelque temps^ avec lui, dé laqudle J9 vous ai écrit le détail. Comme nous eàme»|N>urtaiit fait réflexion sur les intérêts qu'il a à ne se broiûller ni avec les Espagnols, ni avec les jésuites/el sur il manière d'agir, qui ne va jamais à se signalerdans les dioses mêmes qui sont le plus de son sentiment^ nous crûmes qu'il serait plus à propos dé s'adressa^ directement au pape, et de lui porter à Im-méme la vérité d'une manièôre qui ne lui laissât aucun lieu de croire qu'il y eût de l'art ou du dessein. Nous f àmei confirmés dans ce sentiment par l'occasion toute naturelle et toute née que j'aVais d'aller faire ma cour à Castel, et nous jugeâmes que, si nous ne pouvions avoir du pape par ce moyen une explie»* tion suffisante de la bulle, telle que Sa Majesté la désire, nous en tirerions apparemment, ou quelque préalable qui pourrait donner lieu dans la suite à cette explication, ou du moins la connaissance de ses véritables intentions, que je pourrais peut-être pénétrer sans rien engager, en ne parlant que comme de moi-même.

« Je me rendis à Castel dimanche, sur les deux heures après midi, et Sa Sainteté, après m'avoir reçu avec beaucoup de bonté, et m'avoir parlé un demi-quart d'heure de choses communes et ordinaires, entra d'elle-même en matière sur la bulle, et me dit qu'elle ne pouvait attribuer le bruit que cette affaire faisait en France qu'à l'aversion que Ton y avait contre sa personne.

« Je lui répondis qu'il ne m'y avait rien paru qui

XISSEUN CONTRE LA

ne me donnai sujel de croire quel'oD y avail tout le respeel que l'oa doit, par toutes sortes de raisons, i Sa Sainteté ; que je ne pouvais voir qu'avec une (■itr^mu douleur qu'elle eût une opinion conlraîre à <* que je croyais avoir vu dans tous les esprits^ que j'étais obligé do lui dire pour la vérité que, selon ■oub» 1«3 connaissances que j'avais du royaume, et «elon toutes les nouvelles que je recevais do mes oniis, il n'y avait rien d'inspiré dans tout ce qui se /tassait touchant la bulle; que ce mouvement était '^'Otàfait naturel, qu'il n'était que la suite inséparable des maximes que nous suçons avec le lait; lu'une preuve incontestable de cette vérité est le <^n»volement général de tous les corps, qui se •f^uvent d'un mi!imc avis sur tous ces articles.

** Le pape m'interrompit à ce mot, et me dit qu'il •■Voil fort bien que les plus vieux et les plus sa^es • £t«iont retirés de l'assemblée de la Faculté.

** A quoi je lui répondis que je lui protestais sur '^^ conscience et sur mon honneur que la division <>otil il me parlait ne ru|<ardait, en aucune manière ^u Qloade, la bulle, qu'ello n'avait jamais été que 1 cifet d'une pique particulière, qui était née sur une •Ulro question, et que si, de plus, il savait la différence considérable, et pour le nombre et pour le f rnùrîU), qu'il y a entre ceux qui sont demeurés dans ' Assemblée et ceux qui s'en sont retirés, il aurait '•ij«t d'être persuadéqueTon n'arien fait pour la rél>uLation du Sainl-Siéffe, quand on a voulu faire *"*'*-**'■« que cette brouillerie était arrivée pour ses int»^*^*"' '''' J"8**'' aprî'8 ces pai'oles, par la disposi- «on o£i je vi» le pape, qui commeni,'ait à s'échauffer

Z9fi Li: CARDINAL DE Rt:TZ.

sur do petites eimonstaDces, qu'il était à propos de réduire, s'il se pouvait, la conversation à quelque chose de plus positif «t de plus pressé, et je lui dis, comme eu m'omportant et même en lui faisaut des excuses, que je ne pouvais m'arrèter davantage sur les particularités de celte nature, qui no méritent pas seulement d'être considérées dans une all'aire où il n'y a qu'à jeter les yeux sur le fond pour voir qu'il n'y a rien que d'imaginaire : que cette pensée frappait, au moment oii je lui parlais, mon imagination avec tant de force, que je ne me pouvais empêcher moi-même de lui dire ce que j'en croyaî% ou plutôt ce que j'en savais, avec plus de Uberté que je n'en eusse osé prendre assurément, s'il n'eût eu la bonté de m'en parler; que j'étais persuadé qu'il aurait encore celle de me la pardonner, lorsqu'il considérerait que je ne la pouvais prendre que par la seule passion que j'avais pour les intéréla do Sainl-Siége et pour ceux de Sa Sainteté, puisque, n'ayant aucun ordre du roi de le faire, je mauquata k toutes les règles do la bonne conduite de donuor seulement la moindre apparence que je voulnssv entrer dans ce détail ; mais que le mouvement de ms coiis';ienco m'obligeait à ne pas perdre l'occasioD présente de m'expUqucr sur une matière, de laquelle je croyais devoir à Dieu un compte particulier, parce que je pouvais dire sans vanité que j'en Bvaia plus do connaissance que les cardinaux italiens n'en peuvent avoir; (|ue je n'ai pas balancé, dès les com-r menooments de cette difficulté, k me persuader k moi-même qu'elle n'était fondée que sur une équî* voque; que je m'en étais pourtant voulu éciaircir, et

IU:)$IOII CONTHl': la doctrine de LINFAlLLlBtLITt:. 397

par les lettres de beaucoup de doctrurs qui avaient ^u part à ia censure et par la bouche de quelquesuns de ceux qui avaient été employés à la bulle; qu'il n'y avait pas un seul de mes amis de Soibonne quiue m'eût mandé qu'elle n'avait pas eu lamoîndre pensée de censurer lu doctrine de l'iofaillibililé du pape; que MM. les cardinaux Pallavicin et Albizzi 'n'avaient dit positivement que la bulle ne regardait, ''tos l'intention de Sa Sainteté, que ceux qui con- ''^ouiaieut celte doctrine, sans prétendre condamner ^'lequi lui est contraire; que l'on n'a aucune pré- ^dtiou, dans la même bulle, de défendre aux er^qaes de prendre connaissance, etc., ni d'ôler * l« Faculté le pouvoir de censurer doctriDctlement ; 1"^ j« vuyais, et par ces lettres et par ces discours, lue Home et Paris étaient d'accord en tout et par ^Ut, et que je ne pouvais concevoir, par con- ^qaent, comme il était possible qu'un malentendu, fondé sur un pur équivoque, put subsister Ui-delà du moment qui peut éclaircir le sens de trois propositions, sur lesquelles personne ne conteste.

*< Le pape qui, dans toute la suite de ce discours, ■»^l témoigné approuver ce que je disais etavouer Utist ce que M, le cardinal Albizzi m'avait dit, m'interrompit sur ce mot de malentendu et me dit ces P*^pres paroles : " Qui l'a pris cet équivoque dont *'ous parlez, et n'est-ce pas la Sorbonne, puisqu'elle * cru que jo condamnai)) ceux qui ne me croient pas £*''aiiiitli-. (jue je prétendais défoudre aux évéques

(Connaissance dans leurs diocèses, etc., et que je '***'» is mauvais que la Faculté cunsurAt doclrioa-

398 LK CAHRINAL DE RIiTZ.

lemcut les mauvaises duclriuos? Je n'y ai jamais pensé. "

<i Je lui repartis que la Facilité aurait saus doute beaucoup de joie d'apprendre qu'elle se fût méprise en expliquant les termes de la bulle en un sons contraire h celui de Sa Sainteté.

!■ Ce n'est donc pas Rome qui a pris l'équivoque? i> ajouta-t-il.

« Sur quoi je lui répondis que je le suppliais trfes humblement de me permettre de lui dire, avec tout le respect que je lui devais, que j'étais persuadé que le Saint-Office avait commencé k le prendre en croyant que la censure do la Sorbonne, qui ne touchait que la doctrine qui accuse la sienne d'bérésîo, n'eût condamné celle do l'infaillibilité du pape ; que je voyais avec beaucoup de joie qu'il n'était plu» question de songer seulement t cet équivoque, puisque Sa Sainteté éclaircissait très suflisammcut, par ce qu'il me faisait l'honneur de me dire, lea obscurités et les doutes que ce malentendu avait fait naître dans les esprits, et que je no doutais potul que, s'il lui plaisait de faire connaître les sentiments qu'il me témoignait sur ces articles, il ne rétatiUl trés-glurieusement pour lui, par la seule force da trois un quatre paroles, la paix et la IranquilUté dans tous les esprits : que je connaissais assez ta diHpoaî' tion où est la France pour en pouvoir assurer Sa Sainteté, et qu'ayant mandé à quelques-uns de mes amis de la Faculté ce que MM. les eurdiDsux Albizzi et Palla^-icin m'avaient dit, j'avais connu par leurs réponses qu'ils en avaient eu une joie trtv>. sensible par l'espérancf qu'ils en avaient conçue

nSSIOX CONTRE LA DOCTRINE DE L'iNFAIUJBILITÉ. 299

que le pape, étant dans ces sentiments, les leur pourrait faire connaître par Texplication du véritable 8608 de la buUe.

« Le pape, ayant redoublé visiblement son attention à ces derniers mots, me dit avec un peu d'émotioo : « Eb! qui la demande, cette explication? Est-ce à moi à faire le premier pas ? »

« Sur quoi je lui répondis : Toute la France,

^int-Père, vous la demande, qui vous témoignera,

aussitôt que vous l'aurez accordée, qu'il n'y a point

i^ royaume au monde plus attaché au Saint-Siège

9a« celui-là.

" Qui dit tout le monde ne dit personne, me re* P^tii-il; le cœur est gâté. Il y a bien des gens en "Mice qui en veulent au Saint-Siège, et la cour en ^©ui à ma personne. »

• Je ne le puis croire, Saint-Père, lui répondis-je, *^ toutes les connaissances que j'ai sont très-con- ^'Mres à cette opinion; mais je supplie très-humblemeiit Votre Sainteté de me permettre de lui dire <iue, si j'étais cardinal italien, persuadé qu'il y eût de» gens dans le royaume aussi mal intentionnés pour le Saint-Siège que l'on le publie, je dirais, pour le seul intérêt de l'Église, ce que je dis présentement, qu'il n'y aurait point de meilleur moyen de ^etifier les mauvaises dispositions qu'en éclair- ^'ssant ce qui leur peut -donner de la force.

« Quoi ! me dit le pape, je m'expliquerai dans le

^tnps que Ton me menace ! »

,^ • ^^ est bien éloigné, lui répondis-je, de menacer

<>/re S^nteté, puisque l'on observe tous les égards

^c ^>o^ucoup plus de soin que l'on n'a jamais fait

dans beaucoup d'autres occasions de moindre importance; mais j*oserai dire à Sa Sainteté que, quand même cela ne serait pas, il serait de sa grandeur et de sa bonté de rappeler ses ouailles, qui ne s'éloignent que sur un fondement où Rome avoue elle-même qu'il n'y a que du malentendu et de l'équivoque.

« Qu'elles reviennent, me dit-il, ces ouailles, et je les recevrai d'une manière qui leur fera voir que je ne leur veux pas seulement rendre justice, mais que je les veux encore combler de grâces. »

« Une seule de ces paroles, lui dis-je, portée par la moindre personne du monde, aurait été plus que suffisante pour obliger toute la France d'accourir aux pieds de Votre Sainteté, si la bulle qui déclare hérétiques tous les corps du royaume n'avait point été publiée. Mais je supplie Votre Sainteté de considérer qu'en l'état où est la chose, il est de sa justice d'effacer par quelque marque authentique la tache d'erreur et d'hérésie qu'elle a répandue sur toute la France.

« Tout ce que je pourrais faire ne servirait de rien, me dit-il, dans la disposition où Ton est, et, si le cœur n'était pas gâté, n'aurait-on pas fait réflexion à ce que vous me venez do dire, que vous avez mandé à vos amis des sentiments du cardinal Albizzi, que Ton ne peut pas croire n'être pas informé des miens ? »

« Je lui répondis que je n'étais qu'un particulier, qui n'avait écrit qu'à des particuliers, et qui n'avait écrit que les sentiments d'un particulier, et qu'une relation de cette nature ne pouvait être que fort peu

^^^■lUSIilO» COItTHK LA DUCTtUM:: DE L INFAILLJDIUTEC. 301

considérée dans une afFaire qui avait pour fondeinmil une bulle imprimée et publiée à la vue de toulela terre.

" Sur quoi il me dit qu'apii-s la mauière dont on lavait traité, il ne se résoudrait jamais à fairo le premier pas et qu'il ne fallait plus en pai'Ier.

"J'insistai encore deux ol trois fois pour essayer ''*' lui faire voir qu'il n'y avait qiie de la gloire et "^ la grandeur à faire ce premier pas, et je lui alléguai même quelques exemple» de ses prédécesseurs 9**i n'en avaient point fait de difficulté en des ren- '^'^iitres assez pareilles. Mais il ne voulut plus rien "couigj.^ et je fus oblig'é de revenir aux expédients ^**« j'avais concertés avecM. de Bourlemont.

*< Je lui dis donc que ce qui m'avait obligé à lui

P"**>poser de faire le premier pas était la ])ersuasion

** j'étais que celte conduite était plus grande, plus

^**le et plus glorieuse pour le Saiut-Siége que

•^^Ue de' mezzi termini et do la négociation, mais

'l'^e, puisqu'il n'était pas dans ce sentiment, je

*^yais au moins qu'il ne s'éloignerait pas de celui

^^ faciliter les moyens qui pourraient obliger la

**îHice à s'avancer; que je ne doutais point que la

**-cullé, sachant le véritable sens que le pape don-

**>! à la bulle, ne le fit avec joie, pourvu qu'elle

iftt

assurée que l'on expliquât la bulle suivant ce

<« Le pape me dit ces propres mots :

•"«^Viter? »

1 En peut^on

<< Sur quoi lui ayant répondu que je n'en doutais P^s eu mou particulier, mais qu'après la publication **^ la bulle, j'étais persuadé qu'il serait nécessaire

SM i m CAM>mAi» im isrz. ^^ *

de donner quelque assuranee^ pour Mmmenc^ è remettre les ei^rits dans leur assiette^ il se leva de sa chaise avec chaleur et me dît en se promenant éÊai sa chambre : « Est-il possible que tous vouhisaies qu'une Faculté de théologie capitulât avee lé pqie * ? » n s'emporta sur cette pen|iée et il fut près d'une demi-heure à me parler avec émotion de Taffaire de Parme, de celle de Môdtee et du traité de Pise.

« Gomme je le vis un peu remis, je lui dis qua j'avais été si peu informé de tout ce détail que J0 ne pouvais lui en dire quoi que ce soit ; que je loi confessais même que, selon mon opinion et met pensées, je n'avais jamais considéré ces difficultéir temporelles comme fort importantes au Saint-Si^et et que te seule imagitiaticm de la bulle me faisaft saM comparaison plus de peine que tous ces autraa dAnèlés, qui se pouvaient accomm(^er en usé mstant, ou plutôt à tous les instants ; que les d^rik sions qui regardent la doctrine ne sont pas de ceti# nature, et qu'il arrive souvent que, si Ton manque le moment fatal pour les assoupir, elles ne s'embrouillent pas seulement de plus en plus, mais elles croissent même par tous les incidents qui s'y rencontrent ; que la France tenait aujourd'hui l'opinion de rinfaillibillité du pape comme une opinion problématique, et que Ton peut tenir en conscience ; qu'il y avait à craindre que, si les esprits s'aigrissaient, on ne prit dans les suites d'autres pensées ;

' Peut^tre faudrait-il lire : « Que le pape capitulât aTec une Faculté de théologie? »

l'SsiON CONTRE LA DOCTHISB DB L'iNFAILLIBlLlTt:. 303

1"" je savais que l'on recherchait avec soin, à l'occasion de la dernii^rc bulio, les mémoires de ce qui «était (ait autrefois dans le royaume par lu clergé, pw le Parlement iH par la Faculté contre les bulles "OS papes ; que j'appréhendais que l'on n'y trouvât ^^8 exemples fâcheux, et qui pouvaient tirer k dos *'ftnséquenc.e3 plus grandes même et plus considérâmes que l'on ne se les pouvait imaf^iner on Italie; 9"e le respect m'empêchait de dire à Sa Sainteté ce 9ue j'avais lu autrefois sur ces matières dans nos aa- ^'©ns registres, et que tous les moments étaient pré- '■'eux pour prévenir les résolutions que l'on pour- '^tt prendre et auxquelles il n'y aurait plus de re-

« n m'interrompit à ce mol et mo dit que la ** •^nce avait accoutumé de faire peur à Homo de ^^K fantômes, et que, quand elle les avait voulu "•Minier, le Saint-Siège avait bien trouvé lo moyen *** îï'en défendre; qu'il m'avait déjà dit qu'il ne ***^utail point qu'on ne lui fit tout le mal que l'on Pouirnil ; mais qu'il voulait bien que l'on sût qu'il **^»»trrail d'abord tout ce que la charité ordonne de ***u(rrir, et qu'il ferait après tout ce que la dignité "•^ l'Église ordonne de faire ; que les événements ^'■a.ienl en la main de Dieu, et qu'il était résolu de ^T« son devoir.

*< Je lui répondis qu'il rao semblait qu'il n'était **' contre sa dignité, ni contre son devoir, mémo *plcïn ses principes, de faire connaître à ses infé- *'^^urs qu'ils n'ont pas bien pris le sens d'une bulle 1**-'il leur a adressée, et que, puisqu'il était résolu "''^ ue les pas éclaircir directement, qu'il était, à ce

qui me paraissaiL, do sa justice d^ leur en montrer au moins assez pour leur donner lieu d'espérer qu'il pourra avoir la bonté de leur faire pari de ses lumières.

t< 11 demeura quelque temps sans me parler sur cette proposition, et me dit : « Quel moyen y a-t-il pour cela, sans que je Fasse le premier pas et saus que je leur donne matière de triompher et de se moquer de moi ? »

« Je lui répondis que, si 8a Sainteté mu commandait d'écrire à quelques-uns de mes amis qu'cilo m'eût dit à moi-même qu'elle n'a point enteodii, pai- sa bulle, établir son infaillibilité comme article de foi, condamner l'opinion contraire comme hérésie, défendre aus évoques la connaissance, etc., ni k la Sorbonne, etc., je croirais que l'on en pourrait tirer un bon effet, non pas suffisant, ii la vérité, pour détruire les impressions que la bulle avait faites, mais peut-être capable de jeter dan» les esprits des dispositions bien plus fortes et plus ef(i(Nices que ne peuvent être celles que ce que j'ai maodi dos sentiments de M. te cardinal Albizzi y a fait naître ; et que, si M. le nonce parlait dans ce seus, et que l'on vit à Paris que les discours du mioîstTQ de 8a Sainteté convinssent avec les lettres qu'un cardinal national écrirait sur ce qu'il a ouï de la propre bouche du pape, je no doutais point que l'on n'y Ht beaucoup de réilexion.

•• M. de llourlemont avait ju^é à prupos qu'en caa que je ne pusse obtenir du pape une explication de la bulle par écrit, je proposasse C6 moyso, tant parce que, sans engager h. rien, il ouvre de« voifll'

laSSlOn CONTBH U DOCTRINE DE l'iNFAILUHlUTË, 303

desquelles lo roi se peut servir selon qu'il le ju- ^ra A propos, que parce qu'il y avail sujet de croire quL' la pruptisilioD servirait au moins à faire conoaltre les intentions du pape, comme vous lo verrez par la suite. Car, aussilAt que je lui en eus fait l'ouverture, il me dit sans balancer: <> 11 n'csl pas enr.ort> temps, et je ne suis pas assez assuré que la France veuille l'accommodement. Vous èles cardinal. toDt ce que vous direz avoir ouï de ma bouche est présumé être dit par mon ordre, et puis on dira : // cardinale dt Retz hà detto questo e questo. D n'est pas encore temps, et l'on en prendrait trop d'a%-anUige. »

« Je crus qn'il fallait prendre l'occasion de ce mot : lia detto qtiesto e quisto, pour connaître si l'on pouvait espérer une explication de la bulle par teril ; et je lui dis que, si j'osais, je me plaindrais de Sa Sainteté de ne pas me traiter en cette occasion tome sen!tli)re partiale de la sua persona, et que je voyais bien que cet avantage que la France pourrmil prendre n'était pas la véritable raison qui l'empéchoil do me permettre de mander à mes amis ce qa'il m'avait dit: mais qu'il appréhendait que l'on expliquât, comme on voudrait, ce que mes amis diraient surmon rapport, et que, peut-être, parcelle considération, Sa Sainteté ne se voudrait-etle expliquer que par écrit.

- n me répondit en même temps, après m' avoir regardé : •• Il est vrai, vous l'avez deviné, et ai-je tort?»

" Je pris la liberté de l'interrompre à ce moment el du lui dire: J'avoue que je ue puis répondre &

LE CARDINAL Dli BËTZ. .^^^

cette raison ; il faut s'y rendre. Mais pour facilîtct- Votro Sainlelé le moyen de pouvoir donner eL^« même celte explication, à laquelle elle m'a dit qu'^^^^^ ne se pouvait résoudre, jusques à ce que l'on la l -«jy eût demandée, trouverait-elle mauvais que j'éc^a visse au moins à mes uiuis que je sais, do scîen.^ certaine, qu'elle est, en tout et par tout, dans 1« sentiments qu'ils ont vus dans la lettre que je le«jr ai écrite sur ce que m'avait dit M. le cardinal .\-Jbim, et que je le sais si certainement que je sul^^ assuré qu'il s'en expliquera posilivemenl. si on lui demande ?

K Le pape me répondit sans hésiter : 'i Oui, voi:^* le pouvez faire, j'en serai même bien aise, poun-' que vous ne disiez pas que je vous l'aie dit de m^ propre bouche, et Ton aura satisfaction si l'on ajouta foi à ce que vous en écrirez. » .

i< Mais, Saint-Père, lui dîs-je, tout ce que ]^ *^J puis écrire est si peu do chose aprfcs une huile publiée, que je n'espère pas pouvoir taire graud» impression dans les esprits, particutièremenl M. le nonce continue à parler comme il fait, car j'ades lettres do Paris par lesquelles on m'assure qui — publie tout le contraire do ce que vous me permettez d'écrire.

« Sur quoi le pape me repartit qu'il lui conunan-^ -* derait, par le premier ordinaire, de s" expliquer ec^ conformité dos dernières paroles qu'il me venait d^' -^ dire.

« Voilà, Monsieur, le détail de ce qui s'est pas* -^^*' dans une conversation de trois heures que j'ai eu-^*^ avec le pape, Vuilû cerlainemenl ce qu'il m'a di' ^

"^^SlOH COBTBi; LA DÛCTRIKE DK L'iSFAIlLIBlUTt:. 307

Noua même peul-être ce qu'il a pensé et ce qu'il a

cru en )jie |p disant. Mais i;omme, depuis fort long-

*'^nips, les papes ont tenu pour règle infaillible de

"8 jamais avouer eux-mêmes que leur infaillibilité

"■t problématique, ol qu'il y a de quoi s'étonner,

f^f celto raison, que Sa Sainteté se soît avancée

JUsquesau point de dire qu'elle déclarera qu'elle ne

'oodamne point ceux qui ne le tiennent point in-

'*'llible, je ne sais s'il serait judicieux de faire,

^^Os do bonnes précautions, des avances sur unfon-

"^Dient que mille différentes réflexions, qui peu-

''eni venir dans l'esprit de Sa Sainteté, ou par

^U«-tnéme, ou par ceux qui l'approchent, pourraient

rendre fort incertain, si l'on n'y prenait toutes ses

sûretés avec justesse. Jo crois, à la vérité, que ces

précautions et ces sûretés no sont pas impossibles,

**■ Vous verrez par ce que M. de Bourlemont vous

so écrira, quelques ouvertures qui nous sont ve-

"^ea à l'un et à l'autre dans l'esprit sur ce sujet. Jo

"^ sais, par exemple, si le roi aurait difficulté de

'*'re dire au pape qu'étant assuré, d'un côté, que la

acuité de théologie n'a point prétendu censurer la

oocirine de l'infaillibilité, et qu'ayant su, d'autre

P^i^, que le véritable sens de Sa Samteté, touchant

* bulle, n'est pas de condamner l'opinion contraire

'infaillibilité, ni d'ôter aux évéques la connais-

t^^ce, etc., ni à la Faculté le pouvoir, etc.. ni

*^itipêcher la censure de Guimeuius, Sa Majesté le

-^Ppliede faire connaître ses véritables sentiments

|, *^He manière qui puisse remettre les esprits, et

''■**aure que Sa Sainteté lui promettant cette décla-

•■lon. Sa Majesté obligera la Faculté à faire touf

308 l't CAHDENAL DE HKTZ.

les pas nécessaires pour lui lémoignor sa soutn sioii cl lui fairu cunuatlrc qu'ello n'a Jauiats eia. pensée de censurer la doclrinc de l'infaillibililé.

Il Ainsi le pape ne pourrait plus dire qu& France n'eût pas fait le premier pas dans une rr^ tifere qui est purement ecWésiastiquo, et n'aur-^'' plus, par conséquent, celle excuse ni ce prétciic^^'^ pour refuser l'explication que l'on lui demandera-^'' et pourrait encore inoins dire que l'on le veut ob^-* ger ùcapitulor avec une Faculté de théologie, parc:-^ ^ que le concert que l'on souhaiterait d'avoir av^^^'^^- ^ lui, pour la manière de cette explication, ne snrasi^ ^t plus une négociation do la part de la Faculté, mai-^*"^^ de la part du roi, qui serait trës-bien fondé à do^^^L mander ce concert, non pas seulemeut pour ce qu ^^ regarderait son service, mais encore pour les pro— -^ ^^ près intérêts du pape, puisqu'il est très-imporlaut^ au Sainl-Siégo de ne pas hasarder une explication*^ delà bulle, sans être assuré qu'ello sera reçue sans-^* peine et sans contredit du clergé et de la Faculté, et * il est impossible que le pape ne soit assuré que l'on ^^"^ 110 soit demeuré d'accord, préalablement, et du fond M-^ et de la forme selon laquelle elle doit être dressée. — ^

'< Si le roi n'agréait pas cet expédient, parce ^^^ qu'en le prenant, il paraîtrait que Sa Majesté ferait-* -^ le premier pas, il semble qu'ello le pourrait faire «^^ faire aU|doyen de la Faculté, par une lettre qu'iJff-* écrirait au pape, et qui ne lui serait pourtant rendue^^' ^ qu'après que l'on aurait toutes les assurances né^ — ^*^ ccssaires que Sa Sainteté y répondrait par ung^ -^ explication de la bulle, telle que le roi la suubai — -^S (erail . ^|

IKISSION CORTBE U ItOCTBINE HE L'iNFAtU-llIlLITr:. 309

" Mais comme il esLcprUiin rjnelepapencKianqueca-it pas de dire encom eu cette occasion qu'il ae v^ot pas oégocier avec la Faculté, il serait, à ce que i»«>iï8 cruyons. nécessaire qu'on pùl employer le l*oin du roi, parler k Sa Sainteté de sa part, et lui <*Te que la négociation nVst pas avec la Faculté, "■lais avec le roi même. Do sorte que, comme voua Voyoz. ce second expédient ne diminue que de fort P<*u rioconvémcnt que l'on peut trouver dans le

"» 11 est vrai que, si M. le nonce parle, comme lo P^pe m'en a assuré, dans les termes selon lesquels " lï'a permis d'écrire à nii^s amis, il paraîtra assez •?<!« 0(1 sera lo pape qui fora le premier pas, puisque ^^u minislre dira lui-même que Sa Sainteté ne pré- '•*ad pas par la bulle, etc. Je suis pourtant obligé do ^*>U8 avertir que je doute fort qur M, le nonce parle •■ans ces termes, quoique te pape me l'ait dit cxpros- *^ttiBi]l. Car. si on lui avait dû donner les ordres de * expliquer ainsi, quelle raison aurait-on eu de me Refondre d'écrire à mes amis que j'ai su les senti- ***'îiils du pape de sa propre bouche? Il noua semble *lWo l'on pourrait suppléer en quelque façon au si- '•^co du nonce, en faisant dire au pape, de la part *■•* roi, que Sa Majesté a su le sens de Sa Sainteté **>>' la bulle, par ce que le cardinal de Retz en a écrit ^ «es amis de la Faculté, sur le rapport qui lui ^•» a été fait par lest cardinaux plus signalés tle la *^'*tïgrégatîon du Saint-Offico, qui l'ont assuréque le ^*pe n'avait ou aucune pensée de condamner pur sa ••*»Ue, etc. Nous croyons mi^me qu'il ne serait peut- ***c pas mal h propos d'ajouter que je vous eusse

SIO LE CARTllNAL DU RKT/..

aussi érrit que je savais assurément, sans enp-^-^uvoir douter, que le pape ne prétendait pas. par— ga bulle, etc., ce qui diminuerait eucore, à mou «z:^ pj. nion, quelque chose de l'avance de la part du '«r-of, parce que cet avis, donné à un secrétaire d'État ^^w un cardinal ù qui il est public que les cardinau:»^ io Saint-Office ont parlé, conformément à ce quo ce cardinal vous mande, se pourrait considérer com «ne une manière de premier pas du côté de Rome, s^bjis pourtant donner aucun sujet au pape do se plaintï*^ et de dire que j'eusse écrit que je le savais de propre bouche. Vous croiriez, Monsieur, facilei que nous ne voudrions pas répoudre du succès cet expédient, et vous connaissez trop l'étal de re* cour pour condamner notre retenue. J'ai m^me, -^ mon particulier, bien du scrupule de vous propos^ le peu qui y peut èlre de moi, et je vous avoue q^^""^^ M. de Bourlemont m'y a presque forcé, parce que "^ suis persuadé que ces ouvertures sont trop au-des^ sous des lumières que Sa Majesté pourra preiid*^ ' sur le fait dont je prends la liberté de lui rendi^" compte. ^ -

Il Je ne puis finir cette lettre, quoiqu'elle soit dé^,^ -^ trop longue et trop ennuyeuse, sans rendre compt^^ à Sa Majesté de ce qui s'est passé ici touibaiit iff censure des erreurs de Guimenius, dont je suis ii*" '^^ formé à fond.

<• MM. les cardinaux Albizzi et Pallaviciu fireu les derniers eirorts, il y a quelque temps, pour oblr ger le pape à changer la résolution qui avait éP prise de censurer nommément Guimenius. et foa dèrent leur opinion sur l'injustice qu'il y aurait—

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MISSION CÔHTBI': LA DOCTRINE DE l'iNFAILLÊBILITI^:. 311

ptus mallraiter ccl auleur que Diana, Caramiicl, Pasqualipo et quelques autres dont oq censurait pareillement les propositions sans les nommer. Il y eut contestation d'abord, mais tout le monde se rendit à la fin, à la réserve de M. le cardinal Ottobon, qui no s'ébranla poiut, et qui soutint qu'il était important de nommer Guimonius dans la censure.

" J'ai remis h. vuus dire en ce lieu ee que le pape Hfie dit touchant cet auteur, parce que, en lui parlant, je lui fis voir que la congrégation du Saînt- C^ffice avait n^i contre toutes ses règles, en chang'ea.ïil la résolution qu'elle avait prise de le nommer, **- je lui alléguai mfmo un passage des constitutions de la congrégation (f/^if Indice, faites en 1664, qui, *u. paragraphe premier. De rimjiression des Livres, * exprime en ces propres termes : In his generibtis iib^OTum qui exvariomm scriptorvm dictis antexem- P''«, aul vocibus compitari soient, is qui laborem col- ^'^^ndi et compilandi suscepit, pro aiithore habealur. " Tiie répondit que ce qui ne s'était pas fait dans la conf>régai)on du Saint-Office, se pourrait faire dans '^^1I« delC Indice; qu'il serait bien aise que je fisse ^Oïr aux cardinaux qui en étaient, le passage que je lui rapportais ; que je savais qu'il m'avait parlé en >out temps de cette morale corrompue avec horreur, ^^ lu'il ferait voir à toute la chrétienté qu'il n'y avait personne au monde plus éloigné que lui do la dé- 'Onse de cet ignorant et de ce scélérat. Ce fut ainsi lu il nomma Guimenius. Jo crois, on elTet, qu'il " *Urail pus de difficulté à s'expliquer sur ce point, '^*^mine on le pourrait désirer, et je suis persuodé

Llb cardinal de

qu'il no s'est laissé aller à supprimer lo nom de cet auteur que par une espi^cc de violence que lui Grent les cardinauic Àlbizzi et Pallavicin. C'est au moius ce qui m'eu a paru. J'ai appris ici de bon lieu que Guimenius est le P. Lamoïa, jésuite espagnol'.

'I Pour ce qui est de la sauté du pape, je la crois très-bonne, car, quoiqu'il soit fort pAle et un peu bouffi, je lui trouvai l'oGil bou et beaucoup de force, et, des trois heures que je fus auprès de lui, il s'en , promena deux avec une vigueur qui me surprit. Je ^ vous rends un million de grâces des Mémoires que ^ vous avez eu la bonté de m'envoycr, qui sont très- — doctes et très-Lien pris, et j'espère que je m'en m:^ pourrai servir utilement. A l'égard des arrêts du ,m.^ Parlement, j'en ai usé comme vous me le marques, ^ ^

et j'en ai déjà fait passer deux copies à deux cardi J

naux du Saint-Office —

(1 J'oubliais presque de vous dire que le pape me^^ j défendit expressément de mauder à mes amis qu'il -«

m'eût dit qu'il donnerait ordre à M. le nonce de par

1er conformément à ce que je leur écrirais, etc. *,

Peu de jours après cette mémorahie entrevue dan^s laquelle le cardinal avait mis en œuvre, comme emz^ se jouant, toutes les ressources de son merveillt^use esprit, il faisait connaître à Lionne lo double jeu dc^ la cour de Rome à la suite do cette conférence Tandis que le cardinal PiUlaviiini lui déclarait hautement que, si l'arrêt du Pai'Iement était publii

' Liiei T le p4re de Moja.

' Archives du rainiBlèrB des aflairce élrangèce». Home, i

MISSION COIfTBE U DOCTHINi: Uil LlflPAILLItlILITI^:. iil'6

l*i-nquiâîliou liincerait une ceusure eonlre i-e corps, 1«> papB gardait un ailence impénétrable , eu présence lie se9 confideats les plus iotimes, sur la proïnessc qu'il avait faite au cardinal de Relz d'explic|,uersa bulle par un écrit, et celui-ci Lirait de cette circoostanfc un fort bon augure.

« M. l'ambassadeur de Venise me vint vuir

lûer qui me dit que M. le cardinal Pallavicin ' l'avait *»suré que, si l'arrêt du Parlement s'imprimait, on procéderait ici incessammeut par la voie des censures. Je lui répondis que ce serait un grand malbeur pour le Saint-Siégo. à cause des inconvénients que je Crus âlre obligé de lui marquer assez clairement, parce qu'il me parut d'abord ai informé, et de ce qui * était pusse autrefuis entre MM. les cai'dioau.v ■^Uiizzi, l'allaviein et moi, et de ce que j'avais dit au P*l*e. k Castel, que, joignant cette considération ù. '•■ réQexiou que je lis sur son attention, beaucoup V'Us grande en ce moment que je ne lui avais vu ifkxxi d'autres conversations communes que nous ^'^'^ons eues sur ta même matière, j'eus Heu d'ètro ?«r«uadé qu'il ne m'en parlait pas sans quelque dessein. Je ne m'ouvris, sur ce qui s'était passé à Castel, qu'à proportion do ce que je pus connaître qu'il fa avait appris, et je vis qu'il n'ignorait rien de tous les sentiments que j'y avals portés pour l'éclaircissemenl de l'équivoque, maïs qu'il ne savait quoi que ce soit de ce que Sa Sainteté m'avait dit toucbanl l'écrit, ce qui me fait juger que le pape n'a rien dit de te [larticulier.qni est le point le plus im-

■ Roma, M IT Mlohre IttGS

portant, à M, le cardinal Pallavicin, ni au P. Oli^ lesquels certainement sont ceus de qui M. l'amb^ sadeur do Venise a appi-is la. chose. Il me demar~ si je croyais qu'elle fût eu termes d'accommo- « ment, et me dit qu'il n'en pouvait douter, sacJi&K comme il faisait, du côté de Paris, que la Sorbox ne prétendait point d'avoir censuré la doctrine l'infaillibilité du pape, et, ducàté de Rome, que 1 n'avait point eu ta pensée, etc.. et que la chose tenant qu'à une explication, il n'y paraissait plus difficulté que celle de la faire avec dignité de p et d'autre el que je devais penser k en ouvrir qu •* que moyen. Je lui répondis que, n'ayant po :■ d'ordre du roi d'entrer dans cette affaire, je n avais parlé que dans les rencontres par un pur sci^ pule que j'avais eu de demeurer absolument dao^ silence sur une matière dont je pouvais avoir qii^ que connaissance, comme étant du corps de la J^^ culte; que ce n'était point à moi à aller plus lo»et que ne voyais en mou particulier aucune aiil^-voie que celle de la rétractation, ou de l'explicati'^ équivalente de la bulle. Sur quoi il me dit qu'il ^ croyait pas que l'on dût espérer que le pape J^" prendre celte résolution. J'ai cm à propos de vo ^ mander ce détail, et pnrce que je crois y avoir ^ clairement que le pape ne s'est point ouvert aux j suites de ce qu'il m'a dit touchant la déclaration p^ écrit, ce qui est, s'il est vrai, un fort hou si^ue, parce qu'ayant fait le récit à M. de Bourlemont la conversation que j'ai eue avec M. l'ambassade de Venise, il y a joint la considération d'une vis toute pareille qu'il on rc(;ut dernièrement, el de

«rssioîi coKTHe la DOCTHISE dk linfaiuibiuté

q «-Kille il m'a dit avoir rendu compte au roi par l'or- «iîïxaîre précédeut. Vous jugerez beaucoup mieux <i «a dessein do l'ambassadeur que nous ne le pou- ■^'"«>rms faire ici nou*-mémes. Ce n'est pas que je ne ^«>i a obligé, pour la vérité, d'ajouter que je suis per- ^*3.a.dé qu'il n'a sur le tout que de bonnes iiilentionii, *^-a.ï~ il m'a paru ici fort homme d'honneur et même •^■^s-affectionné au service de Sa Majesté. Je sais de *<=îence certaine que M, le nonce me rend tous les no^uvais offices qu'il peut en cette cour, et qu'il y *■ KKiandé que j'ai donné à celle de France des avis t-ï"^ «-dangereux contre les intérêts du Saint-Siège. CI^%te imposture est si noire et si grossifcre que je s«A as résolu de ne pas faire seulement semblant que

j'^B aie seulement la moindre connaissance »

liionne, on doit s'y attendre, trouva fort remar-

«}«:■ «ble la grande dépêche dans laquelle le cardinal

d^ Retz lui racontait son entretien avec le pape;

*>*»iis, comme le roi était absent, il n'osa prendre

"*Tïr lui une détermination. Voici la lettre intérea-

^Aote qu'il adressa au cardinal en réponse à son

Mémoire' : <• J'ai re<;u la lettre dont il a plu k

» olre Ëminence m'houorer le 13" de l'autre mois,

**! dirpuis, par un extraordinaire, l'ample dépêche

an 24' (Hgez 33*) par laquelle elle rond compte au

•^1 de la tongne audience qu'elle avait eue du pape

* '-Pastel Gandolfo". La Saint-Ilubert et les derniers

***a-in jours de l'automne ayant obligé Sa Majesté,

'"**'' *ro son ordinaire, h interrompre son application

LK CARDINAL DK RËTZ.

la salisfact. i ua»

dure de ce ^^''4 ?r, admirais— 1«, n

au travail pendant cette semaine qu'elle es! ail passer à Versailles, je ne pourrai qu'à son ret* à Paris, qui sera demain, lui donner la salisfact. i que je prévois qu'elle recevra de la lecture »i pièce que j'ai trouvée, sans vous flatter, autant daus la forme que vous lui avez donr que dans le fond de tout co que vous avez Ira— ilé avec Sa Sainteté, qui ne pouvait être plus fort, p^B «js convaincant, plus judicieux ni plus adroit. ^i

j'avais à y répondre de moi-même, je u'aui" ^».is pus grande difficulté à convenir de tous les ex^ — i»^dients que vous proposez pour sortir de celte alTa » rc et même du premier, car je ne liens pas qu'il a^S ÏJ*' de riionneur du roi à ne poinl faire un prcm- * *'' pas à l'égard de Sa Sainteté, dans une affaire *^^

pure spiritualité, mais comme Sa Majesté doit el ^ *" même prendre cette résulution et que d'autres p^^ **** habiles que moi fn ces sortes de matières pourrc^^^**' vous arguer là-dedans des choses que je n'y v -^«i^'* pas, je supplie Votre Emineuce. afin que nous nous exposions pas à être obligés do chauler qu ^ que palinodie, de ne s'expliquer encore à qui £^ce soit du peu que je lui mande, qui n'est que tt*^ sentiment particulier, fort sujet à faillir et dont pourrai moi-mr-me revenir sur des considérati*"^^ plus fortes qui échappent jusqu'ici h ma vue. tacherai cependant de faire en sorte que Vo* Éminence soit précisément informée de tous les s timents el intentions du roî par l'ordinaire pr chain... >i

Le môme jour. Lionne faisait h M. de Bour^ mont les plus grands éloges do l'extrême habil'^^

— ■ iinrf coNTRi: la uocTitENt: ue L'iNFAiLLimurK. 317

4j^^^H.~4anùt montrée le cardinal Rolz lors do l'audience

qi^«^H^ lui avait donnée le pape. >< Comme le rui, lui

dLâ ^(^il'il. passe toute cette semaine â Versailles, jo

r*.^ trouverai le temps de lui lire la dernière dépêche

d.«3 Bl. le cardinal de Retz qu'à son retour à Paris,

^t j« puis dire par avance que je l'ai trouvée admi-

c^klxle et dans la forme et dans la matière; personne

^«^l.x~e que Sou Ëminence n'aurait pu, avec tant

d" h abilclé, pousser une aiïaire aussi délicate au point

ot* LI me parait qu'il l'a mise, c'esl-à-dire, selon mon

■ ** î Me sens, car je ne sais pas si d'autres, qui auront

pl^is de suffisance que moi en ces matières-là. re-

■•^ïM^cronl daus le foud, des choses que je n'y

■voUpas... >.

'-«e roi, avant de prendre une décision sur les

■^'Vei^ expédients que lui avait proposés le cardinal

^ Rvlz, jugea plus prudent d'atLendre que le uouce

* «connaître par ses dîscom-s que la cour de Franco

Uvnit s engager sans crainte. .

>, soit que mon-

"RTiore Hoberti n'eût pas reçu d'instructions nou-

"*il«!s du pape, soit qu'il se laissât entraîner par son

**'^ctère belliqueux, il continuait à dire " à tout

!,'"!*'*■ "i® champ, que si l'arrôt du Parlement so pu-

'**»!., Sa Sainteté pousserait les choses à l'extré-

*^*S, aimant mieux voir la France schismatiquc

"*■ »^parée du Saînt-Sié^'e, que de souffrir une pa-

'«<H«î chose'. "

r. *^<«>ne m eimlinal de Reii. 13 novambre IS6S. T. XXII de 11 1^" ' *"J»oj«to(iw de Lionne. Lionne «'oflcupail bïbc la pin» bien»eiU jT •• •oUiciUiilc 'Ig la »anl4 du cu'dinal. • Vou* daiM ¥oiu-mAm«, ^^^»«-a » M. de Bourloœom. ilnns <me kuro en date du fi aoita- ' ^XJiaitcr lA. la cardinal de ReU a songer a ta tniiie ]ireiiln-

^ff* ■ -^ . ûl t.'!U.ll/W^ i%k^MHA>i: j>g,.lWjgr .jT^4#» rî«'li»'J|t

I II*, r

Ur Wvke da r«i, giw è» lligetté doit prandrJé M t>MiU'fÉtéffi( à { hiiimdA temps. » (T. XXII 4«^U Çorreipfméqme 4f JJ^

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