‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 18 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

S CONTRE LA UOlVmiNE liE l,'l\FAIU,lBILITÉ DU PAPE.

(Suile et fin.)

Le ^^rand Mémoire du cardinal de RoU du 33 octubrc ayant été mis sous les yeux du roi et de SOD conseil, donna lieu, pendant quelques jours, à. uae iIi»cussiou approfondie. Louis XIV était impatient de mettre fin à ce grave dîiïérciid qui causait le plus grand trouble dans sou royaume. Afin de De pas faire le premier pas, il choisit d'abord i'expédîenl proposé par le caHinal. qui consistait à mettre en avant les docteui*» do la Sorhonnc.

C'est un admirable spectacle de voir avec quelle agilité oL quelle sûreté de coup d'œil Lionne et boq illustre correspondant, en promenunl leur flambeau dans les coins les plus obscurs de ce labyrinthe, en suivaient tous les détours sans jamais s'y perdre un seul instant. Ainsi que Hetz, et presque au même degré, Lionne avait le don d'élucider les questions les plus difficiles et d'eu discourir, la plumo à la maÏD, avec autant d'aisance que do clarté. Il maniait excellemment la langue diplomatique. Voici comment, dans une trës-importaule lettre, datée du âO novembre et on réponse au Mémoire de Retz, il

ut CUmHU. Dl Utz.

Im huait connaîtra lei résolutions du roi et lui (tonnait ses instmcUoiu : « Quoique la matiiirc de )' ample dépÂche de Yobre Ëminence, lui disait-il, nil dû donner lieti k de longues déliliérations , d'auUml plus qu'on a graad'^sujet dç doqter de la siarérilé do ce qui TOUS a éié dit ou de la fermeté qu'on aurait à demeurer dans les mftmes seiitimcnls, puietiuc M. le nonce, depuis même là réception de sa déjiôdie du Tingt-septiënie, ne s'est expliqué ici do rien qui soit conforme à ce qu'on nous avait promis, il me semble pourtant que je puis répondre en peu de mots à la aaëme dépAche. Premièrement, on cuu- TÎent id en principe qu'il est bon, pour tes uns el pour les autres, d'accommoder l'alTaire ; en second Heu, il me semble que cela doire être facile, puisque Ton est, en quelque façon, demeuré d'accord qoe h premier pasapparent soit fait de ce cAt^ci ou par le roi ou par la Sorbonoi'. el, pour conclusion, qu'afln que personne ne puisse '^tre trompé, on doit convetùr expressément du ce que nous donnerons et de ce qui nous sera rendu avant qu'il en paraisse rien au jour. Comme il est question d'une affaire de spiritualité toute pure, Sa Majesté n^aurail eu aucune difliculté à faire le premier pas, en faisant requérir le pape d'expliquer sa bulle, suivant ce qoe MM. les cardinaux Albizzi et Pallavicîm ont fait connaître de ses intentions, n'était que la cour de Rome, qui ag:it toujours peu sincèrement et prend avantage de tout, aurait pu attribuer cette avance et cette grande facilité à un effet des menaces que M. le nonce ne cesse de faire à qui veut l'écouter. Elle a donc cru ne devoir pas témoin^

«I^IOS CONTRE U DOCTBINE nv: LINFAlLLlBTLlTfi. 321

qu'elle se m*le de l'affaire ou qu'elle y désire rien, maiK <]u'(^lle eo laisse la conduite au\ docteurs de Sorboune. qui peuvent prendre d'eux-mêmes, pour la satisfaction et la préservation des décrets de la Faculté, la résolution qu'ils estimeront h propos sur ee que Vntre Eminence a fait entendre à ses amis des sentiments de Sa Sainteté, en la manière qu'ils Jui onl été expliqués par les cardinaux Albizzi cl Patlarivini. Ou avait songé, pour gagner temps, à adresser par cet ordinaire mi^me à Votre Emineuce une lettre que les douze docteurs, qui ont été nomntés par ta Faculté pour examiner le livre d'Amadjeus (tiuimeuius), pourraient écrire à Sa Sainteté, aux termes qu'il la peut désirer; mois on a considéré qu'il était impossible que la chose étant cornmuniquée à un si grand nombre de personnes, elle put demeurer dans le secret, qui est, en cette occasion, comme l'àine de rafTairc, car, si elle est divulguée avant qu'elle soit entièrement ajustée, elle recevra mille traverses. On avait aussi pensé, pour remédier à cet inconvénient, à faire écrire par le aeul syndic do la Faculté, mais on a fait réflexion que. pour un si fi^rand pas qu'est celui que le pape doit faire ensuite, pcut-éire ne se contenterait-on pa» do delà d'une simple lettre d'un particulier, qui pourrait être désavouée par le corps, par la pluntlité des sutTruges. Sa Majesté a donc pensé que Vulre Émiuence peut continuer à négocier sur le fondement infaillible de cette lettre des douze docfsur9< dont la substance sera, premièrement, toute sorte d'honnêtetés et de soumissions & Sa Sainteté 0t une déclaration que la Faculté, dans la censure

322 LE CAHmKAL riK RKTZ,

qu'elle fail du livre de Guimcnius, en Varticlfl où U avait parlé do riufailiibilité du pape: n'avait onteodu autre chose que de censurer ropiaion qui condamne d'hérésie colle qui a toujours été tenue en France, que les papes ne sont pas infaillibles, suppliant, pour coDclusion. Sa Sainteté d'expliquer son intention sur certains endroits de sa bulle qui ont laissé dans les esprits quelque doute de sa véritable intelligence. Sur cette présuppositîon, si on s'en contente de delà, comme il y a apparence, en cas qu'on ait agi 'sincèrement. Votre Ëniinence pourra demander à voir ce qu'on nous veut rendre pour c«tte lettre, de la part du pape, sur les trois points que Votre Eminence a traités avec Sa Saintetv, en conformité de ce qu'elle nous a dit de ses intentions. Si le roi on peut demeurer satisfait, après qu'il aura vu le tout, Sa Majesté prendra soin aussitôt de voua adresser la lettre des douze docteurs pour être présentée à Sa Sainteté, et même, lotîtes choses étant concertées et ajustées avec satisfaction réciproque. Sa Majesté alors ne forait aucune difficullé du faire requérir le pape, à sou nom, par son ministre, do donner une explication à sa buUe. Votre Kminence jugera bien qu'on a grande raison de prendre toute« ces précautions, non-sculemeul sur le sileuvc du nonce, après qu'on nous a si positivement promis qu'il parlerait, mais sur la considération si judicieuse qu'elle-même a faite dans sa lettre, qu'an fait cl au prendre, quand il sera question de déclarer que le pape ne condamne poiut l'opinion do caux qui ue le tiennent pour infaillible, il pourra tomber aloni dans l'esprit de Sa Sainteté, ou {uir

"^SsioN CONTRE LA DOCTRIHE DK L'INFAILLIBILITÉ. 323

*'~*tt6me ou par la suppt'stîon de ceux qui i'ap-

^ *^«ïeiit, mille différenles réflexions qui seront

P^bles de 1b retenir do faire ce pas. Quelques

, '^Hfls intentions qu'ait M. l'ambassadeur do Ve-

^**. il ne serait pas juste qu'il ôlât à Votre Émi-

^*^«^«, en quelque manière que ce soit, la gloire et

**ïérite d'avoir accommodé eotto aiïaire si impor- ■^te et qui peut avoir Uint de suites fâcheuses.

^»i»-is à M. de Bourlemont qu'il se ^arde bien,

**-* ** côté, d'entrer jamais en cette matière avec ledit ^*^"*i»a5sadeur'. Le nonce est assez malin pour avoir ^*^*'*it. de delà aux termes qu'on l'a dit k Votre Emî- ^*^ïi»-c6, mais sa consolation doit être qu'il fait en ^""^^^Xïic temps ici son éloge, et qu'il peut lui rendre "** meilleur office auprès de Sa Majesté que quand '■ X**"étend donner à dos à sa conduite'. »

t^uelques jours avant d'avoir reçu cette dépèche •^^^ fjioDoe, le cardinal de Iletz lui faisait connaître ♦^^ixxx circonstances qui prouvaient la sincère iuten- ^**:»r« du pape, du moins k cette époque, d'en venir ^ \xn arrangement. On remarquera que ce fut l'ex- ^^dienl proposé par le cardinal de Hetz, de mettre ^Ki avant la Faculté de théologie pour demander des ^^^plications sur la bulle, qui fut choisi précisément

* Uonne écriTUt à M. de I)(iurl«iiion( le 30 novembre : •■ Il sera **^n •J'empâcher que Je riesir qu'nurail rumbassaJeur de Venise «1 **'oip quelqae pari en celle négotialion neùt aucun effel ; la gloire le niérlie en doivent f Ire principnlement réservés i M. le csrdi- ~^ >!• Reti, qai j n dijA si bien itgi et avec tant de dèlicniesse. "*' ponrqQoi il fniiUra loinouri éviter d'entrer ea celte maiitre """' ledil aml,3.SB<l«ar....

'illusion aui prifas faosliles que le nonoe tenait 1 ParU <Dr la '''■•Ule li connigeme et si gAllîoane du cardinal de Reti k Borne.

par le pape, de même qu'il l'avait été par Louis XIV. Le cardinal dataire Gorrado, qui avait Toreille du pontife, et qui n'agissait sans doute que d*après ses ordres, ayant rencontré le cardinal de Retz, lui demanda avec intérêt pourquoi la Faculté de théologie ne priait pas Sa Sainteté d'interpréter sa bulle^ et il lui donna à entendre que les explications ne laisseraient subsister aucune ombre et aucun grief. De son côté, le cardinal Impériale apprit à Retz qu'Alexandre avait donné au nonce des ordres formels pour qu*il déclarât publiquement que la bulle n'avait nullement entendu protéger les erreurs de Guimenius, ni porter la moindre atteinte aux droits des évêques de France et de la Faculté de théologie de Paris. Il y avait lieu d'espérer que Ton n'hésiterait plus de part ni d'autre.

Alexandre, circonvenu par les cardinrux AJbizzi et Pallavicini. grands amis de la compagnie de Jésus, n'osait point encore condamner nommément Guimenius. Le cardinal de Retz annonçait à Lionne qu'il préparait une dissertation contre ce casuiste et qu'il avait dessein de la mettre sous les yeux du pape. La condamnation nominative du Père de Moya lui semblait un préliminaire essentiel à un arrangement, car il avait peine à croire que, sans un acte de cette sorte, la Faculté pût être suffisamment relevée des interdictions lancées contre elle par la bulle du pape.

« Monsieur, disait Retz à Lionne dans une lettre en date du 17 novtimbre*, il y eut hier consistoire

' Arcllivos des affaires étrangères, Rome, t. CLXXIl. Rome, 17 novembre 1065.

«ISSiOS CÛNTRB LA DOCTRINE riK L'iNFAlLLIIIlUTÉ. 32S

cjitrsoï^nairB dans lequel le pape donna pari au

**^ «allège de la mort du roi d'Espagne. J'y pris

audieuee pour parler à Sa Sainteté, et je reconnua

^''^"'ioincnl. par ciuq ou si\ paroles qu'elle me dit

de la «^«nsure et de la bulle, qu'elle avait curiosité

de «.-v^iir ce que je pourrais avoir fait on suite de ce

V^ * ^tait passé à Caslel, Je ne lis pas semblant de

m iJWi «revoir de sa pensée et je lui coulai seulement

d«ûs iç discours, naturellement et sans alTectation,

9"^ 3^ ti'avais pas manqué de faire pénétrer à mes

aoiis ^g, )^ Faculté ce qu'elle m'avait fait l'honneur

de ttkcs dire de ses senlimenls. et que je ne pouvais

d"ttl«j. qu'ils lie Qssenl un fort bon ellet dans tous

•** esprits. Ce qui me confirme encore plus que le

P*ï*® persiste dans la disposition où je le laissai h

^^**>el, est Is manière dont l'on se conduit sur la

i^ïTiifcre thèse, que l'on dit au Palais avoir été sou-

^**^U(! ffi avoir fort déplu à l'assemblée du elergé'.

4^, quoiqu'il y ail plus de huit jours que l'on l'y

*A reçue imprimée et que l'on m'aÎL assuré que

«ui qui l'y ont envoyée, que l'on ne m'a point

voulu nommer, y aient joint un cummentaire fort

étendu et fort exagéré sur la division qu'ils préten-

dnnt que cet incident a fait naitre entre le clergé et

là Faculté, et sur les avantages que le Sainl-Siége

peut prendre contre la Sorbunne d'une thèse de

< CellF Ihéiio fui loali^nue eu Sorbonne, le 9 octobre, p&r un bT htlîrr Dunimé Eiluioiiil Imberl. La conr de Rome y truuva beau- ^tmp A ndiiv. notammenl en ce qai touche les proposiiioot qui ; kUnbtwnl da gramli xTBDlagea rqx cnré* et à Uurs église* paroiastalaa. BDa fui louniH gecrïtement aux quaJïHcateuri ilu Saint- OOc* pour i'etuinJDpr ci en faire leur rapport nui cardioaui du trttaitti lie rinquUition.

WARDINAL DK RETZ. »

cette natnre, on s'est contenté de la faîre examine] avec beaucoup de secret, et je sais même de boa lieu que l'on a recommandé evpreâsément de Q'ea pas jeter une seule piirole dans le public ; ce qui aS peut venir, à mon opinion, que de la résolution qua le pape aura prise apparemment de tenir tout ea suspens en attendant la réponse de ce qu'il croH que j'ai écrit à mes amis. Car je suis persuadé que, si l'on n'attondail ou cela, ou quoique autre (;hos» ou n'aurait pas manqué de publier cette Ihëse avela glose. On pourrait peuUèti-e soupgoaner quo Toi ae tient couvert pour éclater tout d'un coup sur a sujet, mais je ne le crois pas, quoiqu'il soit fort dâs ficile de s'en assurer bien positivement. Je voD écrivis, il y a quelque temps, que je ne croyais p« que le pape ftl beaucoup de difficulté de condamn* Guimenius nommément, mais je commence à cha.a ger d'opinion, parce quo je sais que MM. les rardi-« naux Corrado et Otlobon, qui avaient eu part li» ' l'article de la congrégation deif Indice, dont je vout ai envoyé l'extrait, ayant fait, depuis peu, d'cxtiV^ mes efTorts pour obliger le pape à ne point épargner cet auteur, MM. les cardinaux Albizzi ot Pallaviciiû s'y sont opposés avec tant d'opini&treté qu'il n'y a pas eu un seul des consulteurs et des qualîfica» leurs du Saint-Office, même de ceux qui sont Iti« mieux intentionnés, qui n'ait cru èlre obligé de plier et de se rendre avix menaces qu'on leur a faites. Je travaille à un petit ouvrage qui fera voir au {Hipo^s'il est nécessaire do le lui montrer, que, même' selon toutes les règles des congrégations de Rome,, l'on ne peut se défendre de censurer nommémeat

SCISSION CDNTBR lA DOCTRINE DE l'iNFAILLIBILITÉ. 3Î7

CS-uîmeDiiis'. et j'ospère (|iie, lorsque l'accommodem^tit ne dépendra plus que de te point, on l'éclaipcÎK-^ si nettement qu(^ MM, les cardinaux Pallavicîni ot Albizzi seront obligtf^s do chan^'^r do procédé.

I*es dépêches que l'on vient de lire firent espérer , des plus nn plus à la eour de France que l'arran^erxi^«t était en bonne voie, sauf sur lo point qui te- ^ r»ïfcit à la condamnation expresse du P. de Moya. ▼

<Juant à poursuivre par-devant la cour de Borne la. condamnation des dangereuses doctrines de ce oa^^uiste, le f;ouvemement français ne croyait pas «^vm'îl fût de sa dignité do provoquer une telle sen- *-^*»ce, celle de la Faculté de théologie de Paria^ ^ I>ortée contre ce casiiiste, lui paraissant trfes-suffisaxtte'.

♦-Cependant le cardinal de Retz, loi-squ'il eut reçu '* dépêche de Lionne, qui contenait les nouvelles instructions du gouvernement français sur la con- '•*^>le qu'il avait à tenir, se mit en mesure d'obtenir ****** audience du pape. Il avait grand espoir d'ame- ^®P le pontife au point qu'il voulait, c'est-i-dire à *mo rétractation indirecte de sa bulle, et ce qui le '^'ïRnnait dans cetlo pensée, c'est qu'Alexandre Paraissait jusqu'alors ne s'être ouvert à aucun de *e» confidents de l'intention qu'il lui avait mani- ■^st^e à Castel-Gandoifo de donner sur sa bulle des .,*l*lîc«tions par écrit. Il est facile de comprendre ^^ trême désir qu'avait le cardinal do terminer lui- ^*ne cette affaire au gré de la cour de France,

^^ *^lte di»»orlation Ibeologiquo de Reti ne se frouït malhpureu- ^^^^nl pas dtms la Correspondance df flnmc t-ioDnr nu cardinnl lU Retï, 18 décembre.

3sa

LE CAfimNAL DE BETZ.

qui le comblait d'iSloges par tous les cuurrierH et dont il espéniiL sans doute des faveurs plus réelles, s'il pouvait obtenir un succès qui aurait été aussi déow sif qu'éclatant.

i< Je reçus vendredi au soir, éirivait-il à Ltonna le 15 décembre, la lettre qu'il vous a plu de m'écrira du 30' novembre, et je concertai, samedi au matin, aveo M. do Bourlemont, lamanii>re dont je pouiraÎB porter au pape les intentions du roi. ...J'apprends à ce moment, disait-il k Lionne dans une autre lettre ', que M. l'ambassadeur de Venise dit, hier au soir, que l'on lui mandait de Paris que M. le nonco avait fait des propositions d'accommodement à la cour »ur le fondement que les questions dont il s'agissait ov consistaient qu'en de purs équivoques. » Ce n'était qu'un faux bruit que Lionne se li&tait de démentir dans une lettre au cardinal de llelz, en date da 2B décembre. Puis il ajoutiiit : " Il y a des mois entiers que le nonce ne nous a pas dit un mot de cclta matière, et avant cela il ne nous a jamais parlé d'accommodement. Bien loin de Ik. En toutes rencontres, parlant à d'autres personnes, il menace Que, si l'on publie l'arrêt du Parlement, Sa Sainteté poussera les choses aux dernières extrémités, el it dit toujours qu'il vaut mieux pour lo Saïnt-Sié^ au'il perde la reconnaissance de la France que s'il soufTrait que les compagnies séculières entrassent M avant en des matières ecclésiastiques, u

Le cardinal de Retz ne tarda pas à obtenir d'A'^ lexandrc l'audience qu'il lui avait demandée, et i) en a raconté à Lionne la substance et les détails dans

' Rome, I" décembre 160^.

«ilSSlOS CONTHB LA DOCTIllNi: DK l'[NFA1LUB[L1TÉ. 339

uaa letti'e qui est un vrai chef-d'œuvre de mise en sc^zie, d'espril, de pénétration, de dextérité et de st.y±«. Le dialogue est si naturel, si vivant, qu'il s^>xvï.lile que l'on assiste à la scène. Sans hésiter, le c^ardinal toucha d'abord au nœud de la question. Il px~o"mil au pape une lettre dos douze docteurs choisi ^ jpai la Faculté de théologie, pleine de respect et A^ soumission, dans laquelle ils déclareraient qu'ils Dl' «^.'Ni'aienl jamais voulu censurer la doctrine de l'infsa.xHibilité, si toutefois Sa Sainteté voulait bien leur d-^^cilaror, de son côté, qu'elle n'avait jamais eu la ï»^xiaée do porter aucune atteinte aux droits de cette ^ s».c*iilié et à ceux des évèquos de France.

^IMalgré les promesses Faites si souvent par le car- ■^-^lal Albizzi, le pontife, effrayé, battit en retraite et ^^fusa de se prononcer par un écrit, sous prétexte ^î** il ne pouvait capituler avec une Faculté, mais il oHrïi au cardinal de faire examiner la lettre des "acteurs par la Congrégation instituée pour censurer les erreurs dos jansénistes. Dans un premier mouvement de surprise, le cardinal de Retz lui dédara que, suivant son opinion personnelle, le roi, o^ peur que le secret ne fut pas bien gardé, aurait p'ïine à consentir à cette proposition. Mais il reprit bientôt sa présence d'esprit et il consentit k l'offre ou pape, à condition que la Congrégation serait consultée avant que la Faculté écrivît sa lettre. De celle façon c'était la cour de Rome qui ferait les avances. Le pape hésite, le cardinal insiste, et le pontife finit par se rendre en gémissant sur la gravité de ce premier pas et en s'écriant que la Faculté aura ainsi le dessus. Il fut convenu que, des deux

IChigi, Rospigliosi, Ginetli el Borromée, D'après le conseil du pape, le cardinal de I d'abord un entretien avec Albizzi qui lui que, sur tous les points, ÎI serait facile de s'en sauf sur celui de l'infaillibilité. Il ajouta li qu'il ne trouvait aucun inconvénient à ce pape déclarftt tju'il ne prétondait pas condaii (iphiions df la Faculté que xi-s prédécrssmtrs tolérées. A ce mot tolérées, lo cardinal An récria et déclara hautoment à son interl qu'il ne serait jamais accepté en Fraiit-e. Si les deux cardinaux se promirent réciproquei cberchf-r ùii biais pour tourner la difficulté. I entretien de Retz avec le cardinal Chipi, ît I venu que, pour ne pas ébruiterTatTaire, elle n pas traitée au lieu habituel dos séances de gré^ation de Jansénius, mais que le cardinal en parlerait k chacun de ses membres, en pari à la prochaine réunion do tous les cardinaux, palais du cardinal Ohigi. Retz ajoutait, dan? pt^che à Lionne. (|ue le succi-s de l'afrairc m rattrait point douteux, s'il n'y avait Ji en la question do l'infaillibilité ne souleva difficulté insoluble. Il promit, tontefoiodj

cnt|a

levM

"ÏSSIOS COSTBE LA niJCTBIKE DK L'INFAILLIBILITÉ. 331

ut^nt c|uatre désîraîeDl raccommo dément, et que la cour (ie Home, faisant ainsi le premier pas, aurait "WucoQp plus d'intérêt que celle de France, si elle "était pas de bonne foi, k garder le plus profond se- *■'**• Si Rome refusait ce qu'elle avait promis tant ds fois, elle meUrait ainsi à découvert son intention formelle d'établir son infaillibilité.

' oici le trfes^urieux mémoire que le cardinal de l'^tz adressa à Lionne le 22 décembre, et qui ne le '•'tics en rien et pour le fond et pour la forme à ^^Ui du 23 octobre : « Monsieur', lui disait-il, J* Vous ai écrit par ma précédente qu'après avoir "*Ucerté avec M. de Bourlemont la manière dont je P^JUrrais porter au pape les intentions du roi, j'avais deniaDdé audience k Sa Sainteté. Elle me la donna * l'issue do la chapelle de dimanche dernii'r, et, ■près m'avoir reçti avec beaucouji de douceur et de '''^ûté. elle me demanda si je lui apportais quelque "onoe nouvelle.

" Je lui répondis qu'après ce qu'elle m'avait fait Boiuaeur dôme témoigner de ses sentiments à Cas- J*'. j'avais toute sorte de sujet de le croire, puisque j** la pouvais assurer que ceux de la Faculté de théo- ^*8i« élaient absolument dans la disposition de lui *'*»nner la satisfaction qu'elle m'avait témoigné en

•• Le pape me dit à ces paroles : È vero ? é vero ?

** Oui, Saint-l'ère, lui répondis-je, il n'y a rieu ** si vrai, et aussitôt que les douze députés, que ^d ■ voulu faire passer pour si criminels dans l'ea-

*. XXa it ■■ Currrspo'i'Iame dt LiMine.

m CONTRR LA DOCTRINK DE L INFAILUBILITÉ.

I *iifaîljjbilité, si on trouvait le moyen de leur persuader que Sa Sainteté nu ferait point de difficulté de leur faire connaître par sa réponse que son iu- '^ïition n'a point été de condamner par sa bulle ' c>pinion contraire à ccUo de ecLte infaillibilité, ni •i <itor aux év/'ques la connaissance, etc., ni à la ** «culte le pouvoir de censurer doclrinaiemenl,

•* Nous avions jugé à propos, M. do Bourlemont

^•- moi, de lui proposer d'abord et sans circuit cette

lettre, afin de prévenir et d'étouffer, par quelque

"^•*08e de réel et de positif qui lui saisît l'esprit, la

ï^remière opposition qui y naîtrait apparemment de

*^- Jieosée que l'on le voulût obliger à négocier avec

*^- Faculté, et je connus clairement par la suite que

■*ou3 ne nous étions pas trompés ; c«r le pape reprit

'^ parole h l'instant même, sur ce mot de réponse,

^*- m© dit qu'il concevait bien que, selon ce que jo

"i proposais, la Sorbonne ferait le premier pas,

^'^ais qu'il voyait en même temps qu'elle no le ferait

Pas sans capitulation, dans laquelle il m'avait lou-

^'* ■-■«"» dit ne vouloir jamais entrer avec une Faculté

"« Théologie.

•' Et si elle se fiait en moi, continua-t-il, jo lui en

*^** «serais plus qu'elle n'en saurait désirer. La Fa-

■*-^ de Louvain ne s'est pas repentie de s'être

***.iBc à ma volonté. On lui voulut donner des

* t* véhensions de ma conduite touchant les troubles

'^lle était sur la doctrine do saint Augustin : elle

*^ fitjusttce, et elle en a eu tant de satisfaction,

«3II0 a fait imprimer en toutes langues le bref,

^^ je lui adressai. Que ces douze députés dpnt

*-»s me parlez m'écrivent; j'assemblerai les cardi-

334 LK CABniNAL DK HRTZ.

naii.\ de la CoDgrègation, et je résoudrai ax'ec eux, en moins il'un quart d'heure, une réponse qui salis^ fera plus que suffisammeut le» plus difficiles,

« Ce mol de Congré^atioa me donna Is curiosité de savoir de quelle cou^ré^atiuti il voulnit parler, et fit qu'au liea de luiréiiondrcsurco qu'il me venait de dire, je lui donnai lieu de sV'vpliquer Bur le détail de la conduite qu'il faisait état de tenir, eu cas que l'on lui eût écrit cette lettre ; et, après avoir connu que sou dessein était, s'il l'eût eue en main, de la communiquer kla Congrégation que l'on appelle de Jansénius, et uoii pas de se résoudre tout seul, comme on t'aurait pu espérer, aprfes ce qui s'était passé à Castol, je me résolus de ne lui pas laisser la moindre vue nî !e moindre jour que le roi piU entrer dans cette négociation, parce qu'il est impossible de prendre assesi d'assurance dans le secret d'une Congrégation pour hasarder d'y compromettre, devant que l'on soit tout à fait convenu du fond, nt directement ni indirectement, le nom de Sa Majesté. Je crus mémo être obligé, par cette raison, de laisser couler en cet endroit quelque parole qui l'empèch&t de pouvoir dire que le roi eût aucuue part à l'avance que je faisais ; ce que je lui marquai assez en lui disant que j'aurais souhaité, on moB particulier, que la Faculté de Théologie du Paria voulût bien prendre la conduite de celle de LouvaÎD, mais que l'on ne le pouvait espérer. A quoi j'ajoutai, comme eu confiance, en abaissant la voix, que, quand la Sorbunne serait dans ce sentiment, doiil elle était tout h. fait cloiguée, je ne croyais pas que la cour souffrit qu'elle le suivit.

■is»iO!i coNTai: la uocTaiM^ ut: u infaillibiutu. iio

« Le pape me panit remarquer celte parole, et me (iil qo'il ne fallait poiiil parler d'affaire, si le roi était dans cette disposition.

■ A qooi je loi répondis que j'avais tous les snjeU d« croire que Sa Majesté serait aussi portée & laisser faire à la Faculté tous les pus de respect qu'elle pourrait faire vers le Saint-Siéjte. en conservant les droits de l'Église gallicjine ot du royaume, qu'elle serait éloignée de soulTrir ceux qui ne senû«nt pa» accompagnés de cette condition. Je fis réflexion, eu disant ces demiëres paroles, que l'inconvénient de la commise du nom du roi étant levé par le« devante que je venais de prendre, cette uaverture de Congrégation, ijui m'avait fait peine d*abord par la considération du secret, n'était, au contraire, qne bonne et avantageuse, parce que les sûretés préalables que l'on pourrait prendre par ce moyen, devant qui; de tirer la lettre des députés, seraient sans comparaison plus g-randes et plus solides que celles que Ton eut pu avoir par la simple pamie do pape ; vo qui m'obligea de revenir tout k coup dans le fund de la matière cl d'insister positivement que Sa Sainteté résolût, dans cette congréfration. ce qu'elle voulait faire, en cas de la lettre, dorant que je m'engageasse plus avant k la faire écrire.

•• La conteslatiou, trés-douce pourtant de la part du pape.et trëa-respectueuse de mon côté. s'échaufTa un {>eu en cet endroit, et j'eus grand'peine k le persuader de prendre cette conduite. Comme il vit pourtant que je lui déclarais nettement que je no pouvais faire un pas sans ce préalable, il »e rendit

aprts quelques exclamations sur l'importance de ce ^^ ^

premier pas, qui donne, à ce qu'il répéta deux ou,^:^.^^ trois fois, tout Tavaulage à la Faculté.

" n me dit : lié bien, je parlorai aux cardinau-*^- ^

delà Congrégation; informez-les bien du détail, e^^^^ ^^

ordonnez-leur de ma part de garder le même secret e(

auquel ils sont obligés en ce qui regarde le Sainl^V^ i.

Office. Enlretenez-en sur le tout à fond les i iiiliiiiiii^ n

Albizzi et Chigi.

« Comme je sais que le secret des congrégation

n'est pas toujours observé aussi religieusement qu .ai il

le devrait être, je fus sur le point de supplier le pa^^^^~j)C de me nommer quelque cardinal en partJculi^ ~^r. avec lequel je pusse traiter; mais, comme je no s ^-

vais pas précisément qui étaient ceux desquels cel^i:^^^ — '^ Congrégation était composée, l'appréhension q^ — ^* j'eus que Sa Sainteté ne me nommât le cardii^ - '^' Pallavicini fit que je me retins, et que je réponiï-^^* simplement au pape que je ne manquerais pas c3 *" conférer avec MM. les cardinaux Chigi et Albizzi. Jf^^" ne m'expliquai pas davantage, afin de me laisse/*"* à moi-même la liberté d'en user dans la suilis *^^^ comme M. de Bourlemout le jugerait plus à propos, *,.-. et d'engager, s'il était dans ce seutiment, unique- ^,

meut dans les commencements de l'affaire, M. le ^

cardinal Albizzi, que nous savons souhaiter avec a

passion l'accommodement, à dire tous les jours publiquement que le pape peut et doit écJaircir neltcmont l'équivoque.

« J'allai, au sortir de l'audience, chez M. deBotulemont, qui jugea comme moi que Sa Sainteté a dessein de faire ce que l'un lui demande, et que la j

î DE l'esfailubilité. 337

/"rt qu'il en veul donner à la Congrégation n'est

fa un effet do l'intérêt qu'il n ou croit avoir à no

P^s faire, de lui-même et sans ronseil, un pas de

'®*-to nature, qui n'est pas, à la vérité, peu considéra-

"O & l'égard de rette co»r. M. de Bourlemont ap-

pï^Uva fort la pensée que j'avais eue do m'ouvrir,

•■e» le jour même, à M. le cardinal Albizzi, et il fut

^*me d'avis que je disse à M. le cardinal Chigi que

J*^ ne parlerais aux autres cardinaux de la Congré-

^*Jon qu'après que l'on aurait mis les premières et

'^* plus nécessaires dispositions k la conclusion de

l'affaire.

*■ Jr vis dès le soir même M. le cardinal Albizzi ^^> me dit nettement et sans balancer que, si les ***Puié8 écrivent au pape, Sa Sainteté ne doit faire ■ocune difficulté do les édairWr sur tous les points ••ont il s'a^l, et que l'unique chef qui mérite ré- '**s*ion et concert est celui de l' infaillibilité, sur l*»qu«l toutefois (ce furent ses propres mois) il n'y * «Ucun inconvénient que le papo dise qu'il ne pré- ^t&d point condamner les opinions de la Faculté ^Ue Hts prédécesseurs ont tolérées.

•• Je lui répondis que ce mot à'opimoiis tolérées Oe serait pas reçu en France; sur quoi il me repar- ^^ <lu'il fallait que nous songeassions de part et <* autre à trouver quelques mezzt termini qui ne conu«ioQuseu{ ni l'opinion de Rome ni celle do la **<»ri>onne.

" Comme je n'ai pas cru qu'il fût à propos de *^iFB une visite exprès à M. le cardinal Chigi, parce ^*t elJc aurait été trop observée, je ne l'ai vu qu'hier ■" maiio au sermon du Palais, où il me témoigna

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avoir une extrême ijoie des boanes dif^ntiima qu'il voit k raecommodement, et aussitftt ^qœ j-ea# ouvert la bouche pour lui dire qu'il n'était fa»y4| mon opinionv de la boime conduite^ pour Tmlérèl mèDUe idu Saint*Si%e, de fcdirë sur de «ijèt àmtk conféreiice»iqttiipu886nl être remarquied^ 21 ine*^ ^'il était vraii eti^é»' pour M oonsidération dû cret, le pape n'avait Votdu eônsull^ eette qu'avec la cbngrégation de Jansénii», qui n'eal conqK>sée 'que de^eÛMf ^ cardinaip avec lesfoei^ mèmeil ne me oènseillait d'en parler que par r«ii contre et sans affectation, comme, par exemple^ jeudiàu soir dan^ son appartement, oà tout ie collège se toouve et demeure trois ou quatre heurea en coufversaticHii 'Cn attendant la cérémonie de la ni^ A quoi il ajouta que le pape l'avait déjà amplemeiii informé, aussi bien que Mile cardinal BoepigMuM% ^'Âlbizd Tétait plus que^ suffisamment, et que j^ ^1 n'avais qu'à dire» ua mot dans l'oocaflion à MMi^ let t^ardinaux Ginetti et BorroméCé

« Ces cardinaux sont, dis-je, Ginetti, Borromée, Albizzi, Ghigi et Rospigliosi, et de ces cinq il est certain qu'il y en a quatre dont on ne peut douter qu'ils ne souhaitent avec passion raccommodement Ce qui joint à l'exclusion du cardinal Pallavicin, à l'incliisiou du cardinal Ghigi, qui ne se trouve presque jamais en ces sortes d'assemClées, et au choix de cette congrégation, au préjudice de celle du Saint-Office, persuaderait absolument et M. de Bourlemont et moi du succès certain et assuré de la négociation, si la déclaration sur l'infaillibilité, sur laquelle Rome ne s'est jamais voulu en aucune oc-

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