‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 31 sur 41 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Kl^LATlONS DE RETZ ET DE CHRISTINE, REINE DE SUÈDE.

Document inédit €ur le Tartuffe de Molière.

Le cardinal de Retz, afin de pouvoir donner au duc de Chaulnes toutes les instructions nécessaires en vue du futur conclave, séjourna à Rome jusqu'au milieu de septembre. Nous irentamerons pas dè^. ^ présent le récit des événements et des négociations secrètes qui précédèrent l'élection de Clément IX, ^fîn d'en parler en leur lieu et dans leur ensemble. "Mais avant de quitter Rome avec le cardinal^ pour * ^4:compagner à Commercy, entrons pendant quelques instants avec lui dans le palais de la reine ^^ristine de Suède, qui Tavait admis dans sa fami- *t^.rité, et qui était femme à goûter tout le charme ^^ ses entretiens. .

Retz, qui avait toujours recherché avec passion **^ société des femmes de son temps les plus remar- ^ Viables par leur esprit et par leur beauté ; qui avait ^ ^-^ ou qui avait encore pour amies la duchesse de ^Vievreuse, M"* de Longueville, la princesse Pda- ^^^c, M- de Guémenée, M"" de Sévigné, M- de La ^yette ; Retz, qui devait se lier plus tard avec la

Lit CARDINAL HE KKTK.

Diincease des llrsins, fille de son ami, .l'*'^.^ jirmoulier, ne pouvait manquer à'Hrt' attire^— ^ ruQ : des figures 1rs plus orif^înales du siècle -^^ ÎDQ Christine de Suède. Il y avait en elle plur ^- ^ ;n fallait pour piquer la riiriosilé d'un csprff — :^

q le sien. Au moment de l'arrivée à llomc d ,^1^

taidinal, cotte princesse était eueore dans la disgrAtri^^ ™ Louis XrV pour avoir embrassé trop chaudemei^Hr ntérùts d'Alexandru VII, lors de l'ailaire do ' ' corse, et le roi avait défendu au cardinal c^^m^c iiter, ainsi que son conlidont le cardinal Azz*^ -^ ; mais liîentâl. on rendaut ses bonnes grAco» —

istino, il leva celle interdiction'. On voit par L ^ ^:

•es que Retz adressait k Lionne à cette époi]ii^^ «,

I Ib joie il éprouva de ce rapprochement* , qui BM. «li

lettait de renouer d'iutimos relations avec Axa^«^«-

et ami des mauvais jours, qui n'avait cessé *3«

jontrcr le plus entier dévoueincut. A partir

lumciit, Itoli! ne manqua pas d* aller, toutes ~

,Des, faire une cour assidue à la reine de SubK

prîticossu, après son et inye abdication ft-

ffsion au catholicisme qui ne fut pas mo ^

iluaatc, avait fuit de Hume sou séjour de ]^-i

□iieetion. Le pape ,\lc\iiudn' VU ri'(,ul avec ^ ï«

honneurs extraordinaires la fille du grand Gusta'^^'*'

il mit à sa disposition le palais Mazarin, puis- '^

palais Famëse, et il lui fit une pension de do^

mille scudi. Il eut la vanité do prétondre que

< U. de Bourlemonl au mi, 16 Juin 1665.

* Ls cardinal <le Reti i Lionne, S3 oclolre.

■ La Buiaiiire, agent lecret de la France, à Liooiw, 31

HELATEONS Dj; HliTZ KT [lE CnHlSTlME. H9

seul était cause de sa conversion, et le cardinal de

Retz, qui se trouvai! encore à Rome k l'arrivée de

<^etle princesse, pou de temps avant qu'il se réfu^AI

®n Hollande, nous donne sur ce point, dans ses Mé-

naoïres, de fort piquants d^'tails. « Rien, dit-il eu

parlant du pape, ne me lit mieux paraître, à mon

Sens, son peu de solidité que le faux honneur qu'il

*•* ViiniuL donner de la conversion de la reine de

^ufe<|e. n y avait plus de dix-huit mois qu'elle avait

****iuré son hérésie, quand elle prit la pensée de

^enii'â Rome. Aussitôt que le pape Alexandre l'eût

^Ppfis. il en donna part au sacré collège en plein

'^^isïstoire par un discours très-étudié. Il n'oublia

f en pour nous faire entendre qu'il avait été l'unique

^®t.»-nmenl dont Dieu s'élait servi pour cette con-

^''sion; il n'y eut personne qui ne Mt bien informé

** contraire, et juf;ez, s'il voua plaît, de l'elfel

J** Vine vanité aussi mal entendue y put produire...

** ï»(>connu3 do plus eu peu de jours, ajoute |tetz,

^'* ^ sa faiblesse pour les grandes choses augmentait

Tinesurc de son attachement aux petites'. « La

^rlté est que Christine, cette convertie à la façon

^"^ï cardinal de Retz, n'avait abandonné une religion

^Op triste et trop sévère, et déposé une couronne

*-Top lourde, que pour conquérir toute sa liberté et

^e livrer tout h loisir J» son goût pour les lettres,

^onr l'alchimie, l'astrologie, les spectacles et les

divertissements de tout genrtî. Son catholicisme ne

lui pesait guère. « Enfin, écrivait-elle à M'" di?

Sparre, je n'écoute pins de «ermons, je méprise tous

' MfmofrM du eardhml de Reft.

lo» orateurs ; après ce que dit SuloDiuti, tuai JE reste ti'cst que aotLisc, car chacun doit vivre ronteirf OD manf^eanl, buvant et chanttml. » Pcadaul l mesBO, elle causait Hbremout avec lus l'ardinaux e parfois se pemicltail de rire au\ éclats au ^rani licaiidalc de sou paiTaiu le pape Alexandre. Codiidi «^ile avait reçu do son père, dès le bercoou, une édu cation toute virile, elle s'était délivrée de fort bonD< heure de toutes les entraves imposées ;i son sexe On la voyait, sans uni souci de l'opinion, à Komi comme k Paris, vùtuc d'un costume moitié mas euhn, moitié féminin, monter à cheval non en ami zone, mais en caviilicr. L'élrung^elé de son custumi ses allures libres, son ton décidé, produisaient ai premier abord une assez désagréable impression mais elle la faisait bicntf)t disparailru par l'éteudai de ses connaissances, la supériorité de son esprit e le cbarme étrange qu'elle savait répaudre dans si i;onv(;rsatioii. Ce qui domine et ce qui fraiipe dan tous les portraits gravés de Christine, dus au burii lies niiiilrcs, u"est son grand air et ses rc^'aids lou rayonnants d'intelligence. M"" de Brégis, qui la vi à la cour de France, au moment de son passage, i laissé d'elle un crayon plus léger, plus adouci e plus flatté que celui des portraits gravés. « Cetti princesse est plus petite que grande, elle a une mini si haute et si majestueuse qu'on la connaît d'abord pour maltresse de tout ce qui l'environne. Ses ufaeveux sont du plus beau blond cendré ; son leint est fort blanc, malgré toutes les saisons auxquelles ellt s'expose ; son nez est un peu grand, mais fort bieo fait ; sa bouche petite, ses dents blanches ; la fonne

Bn,lTI[>KS I>K HKTZ KT I

de «on visage, un peu longue, mais Fort agrt^ablc. eC tous les traits, y ûlunt admirablement plucés, y font un aasemblng^e qui plairait infiniment à regarder. 8t les boaux yeux il6 cette reine en laissaient la tl^irdiesse. mais il n'nn est point que In rL-ncoolre «l^s siens ne fasse baissur ; ils sont bleus, et de ce bl4;u (l'azur dont nous paraît le ciel ; ils sout grands ^■l Je la plus belle forme et plus brilliiuts que la luvnière même... Sa gorf^e, ses bras et ses muîus, sont de la coulcurde la neige. Voilà ce qui failsaper- •^Cinne et In roud aimable à tout autre, hors à elle- Tvi^me. qui n'a jamais regardé ïa beauté, ni songé à »«» conversation... »

Son carairtère olFrait de singuliers contrastes de frambise et de dissimulation, de faiblesse et de Kï^iideur. d'orgueil, de hauteur olympienne el Parfois de familiarité ot d'aimable abandon, de dou- *^«*iirel. à de certains momenis, de ilnrelé poussée Jv^Mju'à la cruauté. La barb;irtL' Scandinave éclatait **«5 loin en loin sous les dehors de la civilisation la I*ï«8 rafllnée, témoin le meurtre de Moualdeschi, ^**Nlonné Iroideniunl par elle el exécuté sous ses ^«nx. Son fîsprit, non moins bizarre, était un sin- ^^tier mélange de justesse, de pénétration, et en **»éme temps d'illusions, de rêves et do chimères. "^ peine nvait-ulle renoncé au Irûno de Suède. "Qu'elle aspirait ardemment nu IrOne électif de Pologne, mnift, au milieu de leurs folies, les Polonais *«ircut assez sages pour ne pas choisir un roi en j opon. Christine a laissé un recueil de PfiixceSt dont t>)usieurH sont pleines de vérité et de profondeur, «nais dont la forme est loin de toucher à la perfec-

l 'inème. fl

On con(;oit tout rattraît de curiosité, ^ le charme, que devait inspirer au cardinal cette femme extraordinaire qui, à force de d sou sexe, finissait trop souvent par lo fdire i A défaut du salon de M" de Sévi^é, ot geaient tant de causeries aux ailes légères, i bien se contenter des discours plus robustes miles de la fille de Gustave-Adolphe. D'aillei bien des chapitres, ces doux libres esprits d s'entendre à demi-mot et se priser à leur ju leur. Retz n'était pas seulement attiré au pali nëse par ses intimes relations avec Christii trouvait encore un homme digne de lui ressources et lu souplesse du son esprit. A qu'il aimait avec tendresse et qui n'avait c lui donner des preuves de t'atTectiou la plus s Azitolini, jeune encore, de la plus aimable | nomio, parlait et écrivait avec une élégance possédait au plus haut degré le don do pi d'insinuer. Choisi par le papo Alexandre VI administrer le palais cl les revenus de la r

it-Suëde, il pénétra si avant dans sa conlianci (bonnes gr&ces, qu'elle le nomma son liérïti

RELATIONS DE RETZ ET DE CIlRlSTIIfE. 4S3

S#^ cŒur noble ot grand comne un Alexandre'. » ï-^our la vertu, ce n'est pas ce que disait Pasquin, ais il n'y avait rien, à coup sûr, d'exagéré sur le ^l'mapitre de Tesprit et deThabileté. Jamais hommes m." curent plus de traits de ressemblance que Retz et %.2zolini et ne furent mieux faits pour s'apprécier t. pour s'entendre. Azzolini était le chef le plus fluent et le plus écouté de l'escadron volant, et, rsqu'il s'unissait avec Retz, ils finissaient toujours I.^^r être maîtres d'un conclave.

Christine, au fond, était aussi désolée que'Charles- ^<^ uint d'avoir abdiqué ; mais, au lieu de s'enterrer ^c:>ute vive comme lui dans un tombeau, elle ne sonqu'à se distraire et à s^étourdir au bruit des ^tes. Elle fit à la fois du palais Farnèse un musée *^t un sanctuaire pour les lettres, les sciences et les ^eaux-arts. Elle se ruinait à former de riches collec- ^ ions de statues antiques, de tableaux, de livres pré- *" ieux, de manuscrits rares, de médailles, de camées, ^1. 'objets d'art de toute sorte, que se disputèrent rès sa mort les principaux souverains de l'Europe. armi les statues les plus belles de son palais, on dniirait un Auguste d'albâtre oriental, un autel de échus, orné d'admirables bas-reliefs, le groupe

• "élèbre de l'apothéose d'Antinous, les neuf Muses,

• *tc. « Louvois fut tenté un jour d'enlevt»r, d'un seul « *oup de filet, la collection magnifique de la reine de ^uëde*. 9 Le bruit avait couru que Christine était disposée à donner au roi, moyennant cent mille

I 6 juillet 1669.

* Histoire de Lonvoit^ par M. Camille Kousset, de rAcadémie française, t. III, p. 37U. Louvois à la Tuilière, 27 décembre 1685.

LR CARDINAL DK I

francs de renie viagère, " la nue propriété <ie loiites ses richesses, pierreries, statues, cui'tosités du toutes sortes'.-. 11 Mais ce n'était qu'un faux bruit qui, touletots, donna l'éveil à la cour do Itome et fAÎllil provoquer le séquestre de tous ces objets (l'.irl'.

La maison de Christine était montée sur lu pins grand pied : i-llo avait jusqu'il une vingtaine dn ftentilshommes, dos équipages fort riches et fort lestes, nombre de pages et de laquais, tous v^lus à l'itslîenne, pour se conformer aux mœurs du pays. C'esl au milieu do ces chefs-d'œuvre, de ce luxe, de ce* trésors de tout genre, qui faisaient do son palaifl une des merveilles de Rome, que Christine se yilaisait à réunir les cardinaux, les princes romains, les plus grandes dames, les savants, les pot'tes. les beaux esprits de Rome. Ou aurait peine à oilcr quelques-uus de ces écrivains, tant leurs nom» sont aujourd'hui à peu prî^s oubliés. Elle avait fait de son salon une sorte d'académie on on lisait â haute voix les productions n'»u\rllcs ou rrlli'S qui étaient sur le point d'éclore. On y applaudissait aux beaux vers dos deux plus grands poètes italiens de cette, époque, Alessandro Guidi et Vincenzo di Filicaia. Dès 1656, lors d'un premier séjour à Rome, elle avait fait avec solennité l'inauguration d'une académie où elle avait admis un certain nombre de personnes qu'elle voulait distinguer plus particulièrement, et dont les séances furent consacrées à des entretiens littéraires et à des lectures sur divers su-

< Hitl. lie Lottvoii, par M. C. Rouiiet.

* It eiiale plusieurs ouvrages et catalo^et imprimés sur cr* riches collection*.

RELATIONS DE RKTZ ET DE CURISTINE. 4S5

jets de morale et de belles-lettres. On prétend que le salon de Christine devint ainsi le berceau de la célèbre académie des Arcades. Elle ne se contentait pas des productions nouvelles de Rome et de l'Italie. Elle était à Taffût de tous les livres nouveaux qui se publiaient en France et à l'étranger. Ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'étaient les tragédies et les comédies qui faisaient leur apparition sur notre sofenc. Pour les faire représenter, elle avait fait construire un théâtre dans le palîus Farnèso, et elle avait à ses gages une troupe dacteurs. Chaque semsiine, il y avait au moins une représentation. La seconde tragédie de Racine, Alexandre^ et* le Tar^ tt€/Je de Molière venaient de paraître en France et tte pouvaient manquer d'attirer l'attention de Christine. Voici quelques détails inédits sur ces deux pifeces que nous avons découverts dans les archives ^u ministère des affaires étrangères et qui sans au- ^'ïîiii doute pourront intéresser le lecteur. Lionne, qui connaissait le goût de Retz et de la reine de Suède Pp^r notre théâtre, écrivait au cardinal, le 15 jan- ^^r 1666 : « J'adresse à Votre Eminencede quoi la ^v-erlir une heure agréablement par une pièce de ^^Alre qui a fait grand bruit ici, et je mande à la ^•'^e de Suède que, si Votre h^minence juge qu'elle *^ digne d'aller jusqu'à Sa Majesté, elle lui en fera '^■^t. *. » De quelle pièc^ s'agit-il? \y Alexandre, *^xne nous le verrons bientôt par la réponse de . La pièce, en effet, dont les trois premiers ^ avaient été d'abord très-applaudis à Fhôtol de

^ XXVI de la Correspondance de Lionne,

44S ... UB cAiDom»

Ii€(verst «i préeeaee de La Boch^EwttupMt d^PoiiH fonae, de H** de l# Finette, de M^ àBjUmgÊiA et de sa fille, vraeitd*ebteoir«]i édataal eneeès aor le théâtre de Molière à sa preodière repaéseatatiim^ Bâeme, cette fois, avait ea pow auditenra le grand Cmiééj Henriette d'Ân^toterrey la.dndiease d'Orléaiis, Anne de GMoagne, Mittsiettr frère dn reit pour ne parler que des ^ns illustres \.« « l*ooUiai mardi passé, répondait à lioime le oardinal de Beti« de ¥<nis remerder delà eonédie. à*Àkaamim ^ est. fort belle. JL# reine de Suède, qui Fa admirétt eut tant d'impiUienGe de la yoir qu*eUe me Teinref» demander devant que j'eusse, eu le temps de la hpi porter*... » Nul doute que la j^èee n*ait été JMéis aussitAt.sur le théâtre de Qms^ne. Elle avait 9ffr pris le sueeès des premières lectures et des reprih sentations particulières du TartÊiffe (1604) q^ Avaient eu lieu à Fopitaineblaau, devant la cour, j^t le l%st du pape, FUvio Chigi, à Yiller»<kittM;9l|i devant Louis XIY, et au Rainqr devant le grand Condé. La défense de jouer la pièce devant le public ^n'avait fait qu'ajouter un attrait de plus au fruit défendu et à la curiosité de la reine de Suède. Elle écrivit donc à Lionne pour le prier de lui envoyer une copie de la pièce interdite et pour qu'il l'autorisât à la faire jouer sur son théâtre. C^était à coup

1 4 décembre 16G5.

* Voir la belle Notice de M. Paul Mesnard, t. !«' des OEuvrtM de Hat^ine, dans la collection des Grands Écrivaitu de ta France, publiée sous la direction du savant M. Adolphe Régnier, meiiibr« de rinstitut.

^ T. XXIII de la Correspondance de Liomne.

HELATIOSS DE Hr.TZ KT BK CHIIESTISE. *2T

sur an élrange projet que Ae mctLro sur la scène, à RoiRR même, et devant le eolIéti;c des cardinaux, nnc Xellf- comédie. Voici quelle fut la réponse de LioDUe. Ello est adressée â un gentilhumjne de la reiçe de Suède, M. d'Aliherl : u Monsieur, lui écri' vait le ministre, ee que vous me demandez de la part de In ruine, tou<-liant la comédie du T'trtiiffc' que MuUûre avait commencée el n'a jamaiii achevée', est abAolumetit impnsible, et non-seulement hors de mon puuvoir, mais de celui du roï raihnc, à moins qu'il usât de grande violence. Car Molière no voudrait pas hasarder de laisser rendre sa piëce publique pour ue se pas priver de l'avantage qu'il se petit promcllre et qui n'irait pas h moins do vingt mille écus pour toute sa troupe, si jamais il obtenait lu permission de la représenter. D'un autre c6té, le roi ne peut pas employer sou uutoritê à faire voir cette pièce après en avoir lui-iuèmo ordonné la suppru.ssiou avec grand éclat. Je m'estime cependant bien molbcnreux de n'avoir pu procurer cette petite satisfaction à la reine, et j'espère que Sa Majesté me fora U grAce d'étro persuadée que tout ce qu'elle m'ordonnera, quaud il sera en mon pouvoir, elle Mra obéie avec ponctualité cl chaleur... - Ainsi la reîiic de Suède eut lo chagrin de ne pouvoir être do nombre des hauts privilégiés qui, malgré l'interdiction du roi, avaient pu admirer à huis clos lo Douveau chef-d'œuvre de Molii-re.

* T. XXIU da 1b CotTitpoHilaniie dr Lionne, 2U février llitili.

* LioBDe éuit ilani l'erreur, l«i cinq rcUb du Tartufft «(kienl Mé >oiié« au moii de novembre tt(t. *n Rainr;. Jaiont Condê.

Le comte de Saint-Paul, ce fils chéri de M*" à^ LongUBville, qui a laissé une si grande réputatioik^ de beauté et de bravoure, ot qui fut tué plus tard aïk^ passage du Rhin, se Irouvail alors à Rome, et assis

tait à ces représentations'. Le cardinal de H'-i'f

avec le plus aimable empressement et malgré si»^— «-^g

infînnitég. voulut accompagner te jeune prince il uni

Rome pour lai en faire visiter les principale» curiosi ^

tés. La mort de la reine Anne d'Autriche suspcndi .^

pour quelque temps ces spectacles, qui ne lardi^iei^^^^^ pas à être repris. «... Ensuite du bruit qui est îi ^ de la mort de la reine-mère, écrivait M. de Bouil^;;__-mont k Lionuo*. il a plu k la reine de Suède d^^^H faire prendre aujourd'hui le ^rand deuil. Sans alter^i^^rr dre les avis, qui probablement ne peuvent ^xiè^^^^^ larder de venir du France, sur un sujet de ai granc:^^^3, importance, Sa Majesté a auAsi fait su.<>pendrv l^^^^v^ comédies qui se faisaient cheEclle, lesquelles pou»^ ^l. tact l'on dit se devoir rejouer dans quelque temfT g, au carnaval. » Christine ne tarda pas, en effet, k

rouvrir sou théâtre, et elle y convia ses amis ■. -^«s

cardinaux. Le cardinal de Retz, à cause du dti-«». -lii

récent do la roinc-mèro, ne croyait pas qa'il ^ ill décent qu'il y nssislAt de quelque temps, mais Cht — tSsline avail monté une comédie en musique, e^ ~M1>' tenait absolument à l'avoir parmi ses auditeurs^ '^l

elle lui fil de si pressantes instances, qu'il fut hm. ^^n

' •■ M. le comtarl,- Suini-Piiiil el M, l<.^ dievslier d'fUrcAart ^s-^^:»" ici qui se diverlisspnt Ip« jours A roîr 1» curiuMÎlM il> HoD'^^^ '* IfH «otréei la comeilie l'hei la reioe de SuMe. • La Uoane, IS fe*rier 166».

* te Altrier 1666.

BKUTinSS DK ItETK f.T DK C1IBIST15E. i5iJ

••bligé d« s'y rendre'. On était d'ailleurs en carnaval, <*1 la reine de Suède ne se sentniL pas d'humeur & s'emprisonner dans le palais Fai'ubse. « La rein« f^brislinc. (-«.Tivail-on h. Lionne*, a fait accommoder ■m palais sur ta place Saittt-JUorc, dans la rue du •—ours, oii elle (ut hier visitée de vingt-trois cardinaux pour voir li^s masques, devant lesquels cllu anontn à cheval, qu'elle travailla en leur présenoe *lati& ladite pince un long temps. >< Le bon religieux >''<?iil dire par là que Christine lit voltiger son clie- ■v-ul. Suivant sa coutume, elle portail un chapeau *-*rné de plumes noires, un collet d'homme, et un J«i8U!-au-corp8 chargé de galons d'or cl d'argciit- B-.es eomédics furent bientôt reprises de plus belle, <^t le cardinal de Ketz, ainsi que niimhro de cardi- *aaux, ussisti-rciil au.\ représentations. Il parait que Ohrislîne se donnait le malin plaisir de faire jouer parfois des piijccs uu peu lestes, car nous voyons que le pape s'en émut et qu'il engagea uu reUgieux à '«lî-re un sermon dans sa chapelle contre ces sortes «l«s divertissements, auxquels les cardinaux se ti-ou- '^oâent beaucoup trop mêlés. Ce sermon eut un grand •^e t.cntissement dans Rome, comme on pourra ou JOfwr par la très-curieuse lettre qu'écrivait h. ce sujet ^ I^îoiine M. de Bourlemont* : » Comme la {irédica- **<»B du pferc Zucchi, jésuite, a fait parler beaucoup

• tje roi, teriiail Lionne à M. do BourUmonl Ip iO mars tUGb, ** ^ point dtMpprouvé le coaieil i|ue vods nv«i iloaoé à M. !<■ cii^ **••»«! il« Relï, « que ïou» nvei pri« pnr vous m^rna cis iMiBlaiiv *■ "iii* de Hnlide iw le iujel de an cométlie en musique. • * It Père Noillan ft Lionne, mur» 1666. *T. XXIV de U Coi-rcipondaHcc dr Lionnr. 16 u.ar« 1666.

■: CAHDINAL nii !

fia ici, ayaiit élé faite on 1» salle du pape, ia Sainteté, le collège des cardinaux et la, Rir ' do Home, j'ai cm voiih devoir Ujorher uik 3e oe que l'on y a trouvé h redire, qui fuL Âr dit que le Feuillet des avis tlf Home^ porte— XD ^rand scandale partout ofi il serait vu. uft nmcnt aux pays »eptèiitriuiiau\, où il y a tan^ i-étiques. qui y liraient comme les rardinaiis on L on troupe, non-seulomciit k dos oomâdio *3 BS ot déshonuèlcs, mais ont paru en publir p«i Icou, à la face de tout Rome, pour y t'in», s dos insolences et des débauches du caroava.l ul ceci s'ontcnd des comédies qui so faisaipsiai la mine de Suède, et du bali;on que lit dress«^ fcjesté nu (iours. Et comme i-e corl('-ge publ S M cardinaux ont faitdcpuitt quelques mois à V de Suède a déplu au Pal lis, l'un ne doute [k^3 ce jésuite a été suscita de leur en faire uvrs jue répréliension... » Christiue n'en eontîa«-j moins, maigri* c«l avorlisseraont. h faire jou^^ m théâtre sa petite troupe d'acteurs. Osa-t ^L 14 }duire des femmes, dès coUe époque, v'ust ^M ous n'avons pu découvrir, bien que ce soit f^»M probable, puisque plusieurs cardinaux: avaicotleur service des troupes de chanLeurs et d»i viit*. :^teuses, et qu'à leur exemple, le cardiual de Ilots -^i avait une dans son château de Commorcy, Ce «^ "i est certain, c'est que, sous Clément IX, le» spe<^*->clea ne furent nullement prohibé» on public, et <J ■» l'on pouvait alli>r entendre à son gré soit un op«^«~*>

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