‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 33 sur 41 · SON RETOUR A COMMERCY · texte numérisé non relu

SON RETOUR A COMMERCY

ambitionnait au fond du cœur, depuis son retour

(l'exil, une haute fonction diplomatique qui fût

digne de lui. Mais soit manque de résolution ou de

confiance dans son étoile et dans Iqs volontés du

roi, il n*exprima qu'un vœu bien modeste, ce fut

que Louis XIV lui accordât la pension de dix-huit

naille livres à laquelle il avait droit en qualité de

cardinal national, et qu'on avait oublié de lui payer

jtisque-là. Voici la lettre qu'il adressa au roi et qui

p^înt à merveille dans quelle disposition d'esprit se

trx>uvait alors l'ancien chef des frondeurs. Le coad-

jtxteur qui eût réclamé son droit les armes à la

i>E^«in a fait place à un autre homme. Retz ne

{^•^crle pas même de son droit à une pension de

<^^^Tdinal français, loin de là, il n'élève aucune

I^loBiinte de ce qu'on a oublié de la lui payer de-

I^^-mis plusieurs années, il ne la demande au roi

ï ^Je comme une pure gjâce , comme une fa-

y^^^ur qui ne lui est due en aucune façon. « Sire *,

J^^ ne trouve pas moins de satisfaction que de gloire

'^ demander des grâces à Votre Majesté. Je les ai si

u méritées que je ne sais si je ne manquerai point

respect d'en oser espérer : mais comme je ne les

^^ étends , Sire, que de la pure bonté de Votre Ma-

•ï ^sté, je prends la hardiesse de lui représenter, avec

^^ute la soumission que je lui dois, la nécessité de

^^es affaires domestiques, et de la supplier très-

^^umblement de m'honorer de la pension dont il lui

^>latt de gratifier les cardinaux de sa nomination.

^Tllette grâce, Sire, contribuera à réclaircissement

« Commercy, ce 19 novembre 1666. T. XXVIII de la Corrffpon- ^' Ànnre de Lionne.

d'«n bien que je ne tiens que de la bonté de Votre Majeslé, et que j'emploierai pour son service avec uulaiit de joie que j'y sacrifierais ma propre vie. Je travaille à remettre ma santé pour l'aller assurer moi-même do mes Irès-humbles obéissances, et la supplier d'être persuadée que je suis avec plus de passion et plus de soumission que personne du monde, Sire, de Votre Majeslé, le trfcs-humble, très-obéissant et trfes-fidtle serviteur et sujet- Le cardinal de Riits, h

Le même jour, Retz adressait à Lionne une lettre pleine d'eiïusioii et de témoignages de reconnaissance pour les bons offices qu'il lui rendait avec une délicatesse et une bonne grâce parfaite. " (Quoiqu'il n'y ait rien de plus obli|;cant, lui disait-il, que ce que votre lettre contient, je ne laisse pas de m'en plaindre, parce qu'elle ne me dit pas toutes les Iiontt^s que vous avez pour moi. Mololerc', qui a eu l'honneur de vous entretenir do ma part, a trahi voire secret, et il m'en a encore bien plus npiuift que vous ne m'en dites. Je vous avoue que ji> n'«in devrais pas être surpris, connaissant par expérience votre manière d'agir, mais en vérité je n'en &uis pas moins louché, cl je trouve que l'hahiliide m'y rend encore plus sensible. Je travaille à remellre ma santé pour pouvoir dans quelque temps assurer Sa Majesté de mes très-humbles obéissances. Je vous supplie de croire que l'une des plus sensibles < satisfactions que j'aurai dans ce voyag;e sera d'avoir -i l'honneur de vous voir et de vous dire de bouefae^

' L'icujer du eardimtl.

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que je suis avec plus de passion et plus de sincérité que personne au monde votre trës-afTectionné serviteur... » Louis XIV s'empressa d'accorder au cardinal de Retz la pension qu'il lui avait demandée en lermes si respectueux , et^ par une délicatesse digne de lui, en faisant connaître cette grâce au duc de Chaulnes, il lui disait que le cardinal ne l'avait pas sollicitée. Comme on avait reçu les plus déplorables nouvelles de la santé dn pape, le cardix^al de Retz s'empressa de venir ù Paris au commencrament de mars 1667, pour y saluer le roi et prendre ses instructions. Louis XIV le reçut avec une affectueuse bienveillance, mais il n*en fut pas de KKiëme de la reine qui, cédant à une mauvaise inspilotion du duc de Montausier, ne fit pas donner le tabouret àTancien chef de la Fronde. Le roi fut profondément blessé de cette offense faite à l'un de ses I^lus illustres serviteurs, et il eut à cœur de lui en donner une éclatante réparation. Il fit admettre le cardinal à une seconde audience chez la reine, et cette fois, devant Montausier et tous les courtisans, il lui lit donner le tabouret*. En rapprochant de ce

* Voici comment Lionne, le 11 mars 1667, racontait au duc de ^haulne8 ce curieux épisode : «... Si vous entendez parler de delà ^'nn petit déboire que M. le cardinal de Retz reçut lorsqu'il vit la ^^ine, laquelle, par une surprise de M. U' duc de Montausier, ne 1 ui fit pas donner le tabouret, commo <'ll<» avait accoutume, tranchez, s'il TOUS plait, tous les mauvais raisonnements de votre ^oor, en lui apprenant que le roi lui-même a fait ré|)arer la chose ^ la seconde audience, où il a ru ce tabouret. Sa Majesté est fort %atif>faite dadit cardinal et de toute »a bonne conduite présente, -^Ue lui a fait payer sa pension de 18.000 livres sans qu'il l'ait de-

«nandée ; il est bien de le publier, il est de vos amis et des miens. «•

<T. XXX de la Correspondance de Lionne.)

Lli CARDINAL HK BKTZ.

irait, qrii tait tant d'honneur à Louis XIV. la c.é\hbro anecdote, racouléo par M"° (kmpan, ([ue le roi, pour venger Moliêra du mépris d'un courtisan, l'invita à sa table, on est fort tenté de croire à »oti authenticité. (Jui ne sait d'ailleurs que Louis XTV", en plusieurs circonstances, invita des bourgeois de ^énie à dtner, en violant toutes les lois de l'étii]uetle?

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