‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 36 sur 41 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

CO.NCLAVE bK CLÉMENT X,

Clément IX mourut le 7 décembre 1669, à Tàg^e de soixante-neuf ans, et après un règne qui n'avait duré que deux ans et demi à peine. Ce fut une grande perte pour TÉglise, et pour Louis XIV en particulier. Jamais les relations entre Rome et la France ne furent meilleures que pendant ce règne si court. Le roi trouvait toujours le pontife attentif à satisfaire ses moindres désirs, et il avait conçu tant d*estîme pour sa personne qu'il le choisit pour arbitre lors des conférences qui précédèrent la conclusion de la paix d'Aix-la-Chapelle. Clément IX, par sa douceur et son esprit couciliant, mit fin, pour plusieurs années, aux querelles du jansénisme qui avaient causé jusque-là de si grands troubles dans le royaume de France. C'est ce que Ton nomma la paix de l'Église. Pour se reconnaître des services que le vénérable pontife lui avait rendus, Louis XIV fit abattre la colonne élevée à Rome, en 1664, pour perpétuer le souvenir de l'attentat des Corses. La vie de Clément IX offrait un étrange contraste avec celle de ses deux prédécesseurs. Il vivait comme un simple religieux. Toutes les économies qu'il faisait

4S2 u: CAHDiNAL ui: ny.f/..

sur sa Ubl(!, réduite au plus strict néccssiiir

distribut-es aux pauvres. Il administrait en personiri

le satrrcmeiil d« la péailunce. dans In basilique i Mi

Saint-Pierre, aux indigents comme aux riches, ^^^

il visitait fréqucniraoot las hfiiiituux. Itieii difTéiw^^^^ i

«l'Innocent X et d'Alexandre Vil, il tint constaii^=3^K3

ment ses parents éloignés dt'S alfaires, ot »e d Ji

pouilla en leur faveur de sa forluuo pcrsonnell — ^fli pour n'avoir pas h. les doter sur le trésor pulilir. 1' — lE véritable chef tlLtat, il mit tous ses soins à étci ^^ jt dre nombre d'impAts aussi injustes qu'oa/trciu^MM^^ut qu'il trouva établis à son avènement, et il ne nég^^K' 'li gea rien en mémo temps pour proléger les ai-l». I<-^^b- -e« Romains étaient si peu habitués à voirrégnwr l'étrz- -;w-

uomio et la jusliie, que sa mort causa parmi eiu l rr m

deuil profond. Elle était si peu prévue qu'il s'éroiB. la

près d'un mois depuis l'ouverture du conclave Ji^ squ'à l'arrivée à Rome du due de Chaulnes. que le

roi y envoyait en qualité d'ambassadeur uxtraon^^^Hî- L naire. Les cardinaux de Retz ' ot de Bouillon eun^»- ^^ l'ordre de l'accompagner, afin de se réunir à In fdr^«-ction française, où le premier était appelé à jouer '^^■:3n rdie aussi biillant que désisif.

Voici la lettre que Louis XIV, à cette occasii— ^^^t écrivit au cardinal de Retz, alors à Commercy; e^ ^B le est pour lui un nouveau titre de gloire devant '*

postérité' : « Mon cousin, il arriva avaat-hier, ^« Rome, un courrier, que le sieur Bonrlemont m'a^' — ^mil dépêché pour me faire savoir que, le 89" du m ■»">'s

■ ReU rejut J'avance une année de sa penaion de cardinal ^oational, qui eUit de (8,000 lÎTr««. (Lionne t Reù, !• «Ueembre HiUi*T'^.) • 10 décembre lfi69, Rome. Corrttpondanef gàiiMk, t. CCI —

liasse, Noire Saint Père le Pape fut de nouveau Attaqué d*un accident si violent et si dangereux, Après quelques autres qui avaient déjà épuisé toutes ses forces, qu*on lui porta le même jour la commu- Dion pour le viatique^ et, du lendemain 30% ledit »eur Bourlemont mande qu'à dix-huit heures â^Ilalie, qui est le temps auquel le courrier partait, kousles médecins ne donnaient plus, par leur jugement, que quelques heures de vie à Sa Sainteté, Bans qu'il restât la moindre ombre d'espérance hu- ■naine à le pouvoir sauver, dont je ressens un trèssensible déplaisir. C'est ce qui m'oblige à vous faire ^ette lettre, que j'envoie par un courrier exprès, pour vous dire tout ce que je me promets de votre aèle pour le bien de mon service, dont vous me Connûtes de si bonnes preuves, et avec tant d'application et d'habileté, au dernier conclave; que vous "VOUS mettrez en état de continuer à me les donner «ncore en celui de l'élection du nouveau pape, et ^ae, pour cet effet, aussitôt que vous aurez reçu cette dépêche, vous vous mettrez en chemin pour aller audit conclave avec le plus de diligence qu'il vous sera possible, surmontant, pour la considération de mon service, toutes les difficultés qui pourraient s'opposer à ce dessein, pour l'exécution duquel je veux espérer que Dieu vous donnera les forces et toute la santé nécessaire. Au surplus, je vous assure que je vous saurai tout le gré que vous-même sauriez désirer de ce service agréable et si important que vous m'aurez rendu, et je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde... »

La réponse du cardinal de Retz fut digne de la

lettre du roi. De tels éloges lui rondaifiit dos Forctrs et lui faisaieut oublier toutes se» inlirmïlt-s * : « Sire, je supplie Irfes-humblemcnt Votre Majefllé d» me permettre de lui rendre les très-humbles actions de gnlces (jue je lui dois pour touluH le» bontés dont îi lui a plu d'accompui^er le eommundement dont elle m'a honoré. Je l'exécuterai. Sire, avec toute la pouctimiité que je dois; je partirai demain au matin pour Lyon, où j'arriverai pour lo moins aussitôt que M. le eardinal d« Bouilloii cl M. le duc de Chaulncs, cl j'ose assurer Voire Majesté qu'il n'y a que la mort qui mo puisse «mp6cher de me rcndrr; en mou devoir, avec toule la diligence imaginable, et do lui témoigner qu'il n'y a personne au monde qui soit avec plus de zMo cl de soumission que moi, Sire, de Votre Majesté, de. » Le même jour, il exprimait à Lionne, dans le» termes les plus émus, la satisfaction profoudu que lui rausail la It^ttro du roi, et ïl lui donnait i)es dé- ' tàils pleins iI'inlénM sur l'îlinôraîre qu'il scpiopiifiait de suivre: >< Je n'ai reçu le paquet de Sa Majesté que cette nuit, k onze heures*, parce que je me suit, trouvé à quatre lieues d'ici, où j'étais allé voir H. 1^ marquis de Picrrelite, mais ce délai n'a été que (^h^ deux heures. Je serais parti dès aujourd'hui si '^ n'avais été obligé de faire avancer et de préparer d^pgy relais sur la route de Lyon, où, comme vous sav^k. -^i il n'y a point de poste de ce cMé-cL Je partirai <^^ main devant te jour, et je ne doute point que je rm ,

' Coramercj, 13 décembre 1660. Corrtipwidmee giu&alt. T. C ■ Commerc;, 13 décembre 1H0. Corrttptmdmee géaérvie. T. C

COSCIAVK DK CLÉMENT X. iSS

arrive aussitôt que MM. de. Bouillon et de Chauloes. La voio des montagnes est beaucoup plus courte, el je n'uurais pas manqué de la prendre dans une autre saison; mais, comme nous sommes justement dans le temps oit le mont Saint-Godai-d se ferme quelquefois deux ou trois fuis, et assez souvent pour huit, dî.\ jours, j'ai cru qu'il serait plus à propos (jao je prisse la mur avec ces messieurs pour me rendre plus ti^t et plus infailliblement en mon devoir, auquel je vous assure que j'ai, sous comparaison, plus do pussiou de satisfaire que s'il y allait (le ma propre vie. J'y suis obli^ù par tous les titres imaginables, mais je ne vous saurais exprimer, mousieur, avec quelle ardeur je m'y sens porté encore tout fraicbement par la reconnaissance que je dois aux liontés dont il a ptu un roi d'accompagner le commandement dont il m'a honoré. Ce que vous m'avez fiiit la grâce de m'écrire sur mon retour, m'eu donne particulièrement nuL- marque dont je ne puis jnmaiit perdre la gratitude, puisqu'il n'y va pas moiiis que de la conservation d'une chose que j'estime plus que la vie, qui est ma vue. Vous voulez bien, monsieur, que je vous remercie en votre particulier des bons oflices qu'il vous plaît de me rendre en tant de dilTérenteH maiiiiirea, et que je vous proteste, sans compliment, que je suis et serai, juaques au dernier soupir de ma vie. avec plus do passion, plus de tendresse et plus do respect que personne du monde, etc. »

Ou était au cœur de l'hiver, et l'hiver, cette année, était extrêmement rigoureux. Aussi ce ne fut qu'à travers les plu» grands obstacles et les plus

LE CARIIINAL DE RËTZ.

pénibles épreuves que le duc de Chnuliieî deux cardinaux, qui faisaient route cuscmble, pure** parvenir à leur destination. Le duc a fait de leu. •-■-"' voyage un récit d'un vif intérêt. Sa première leltr»**-* "" esl datée de Gènes du 4 janvier 1670 '. Peu de jours"^ KAirs auparavant, ils s'étaient embarqués à MarscUlepa»***!'*'" une mer très-rude; l'anteune de leur galère avait ■ *î-'*''"l été brisée par la tempête, et ce ne fut qu'Ji force do t» ^'^ rames qu'ils abordèrent à une assez grande distance» -**"'e de Gênes, où ils parvinrent à grand'peine à travers"-» ^^'fs la neige (29 décembre). La mer était si grosse qu'ils i ■ ''s résolurent de se rendre h Rome eu faisant l'ascen--»^* "sion des montagnes de Gènes. Le 7 janvier, le du» «»"(' écrivait h Lionne, de '< Moneille * » : « Ce courriel ^^'^'' nous a trouvés dans un assez méchant poste, toutesE ^* les montagnes étant bouchées à cinquante milles dc^*^*^ Gènes, n'y ayant jamais eu de si grandes clmlcs Jcb*^*^ neige ni de vents si grands. Nous avons tenté toutes* -"^ choses pour faire faire des passages, mais les vcnl^ recouvrant dans le même moment les chemins, il h été impossible de passer, ayant perdu cinq de nos gens; nous ne savons ce qu'ils sont devenus. Nous fûmes bien obligés de revenir à pied du haut des montagnes en ce lieu, et ce ne fut pas, en vérité, en marche de cardinaux nï d'ambassadeur. Cependant, ajoutait le duc avec un entrain tout français, le service du roi fait que tout le monde se porte bien. Nous avons envoyé chercher des felouquits el, pour peu que la mer s'adoucisse, nous prendrons

' T. CUVIII Je la Corrtapuiulouet i/tnirate de Rùmt. » Moneglia, petit porl sur la Ueililerranét.

COSCLAVV: DK CLKSKST X. IH7

«^«ïtle route, dans l'imp.'ili^^nce ofi Bonlles cardinaux ot moi de nous rendre k nolro devoir. Il ne se peut <S3c primer i-onibien vo relardement nous donne de dé|tlai&îr, mais U est difficile de surmonter tous les *lémeuts conjurés contre nous si opiniAtrémenl. ^•oua vous supplions donc, MM. les cardinaux et "^oi, d'assurer Sa Majesté que, hors l'impossible, •■«kus faisons le reste pour obéir à ses commande- ***«uls... Après avoir passé lieureusemeuL de Mo- ■*^iUe h Léripo ' en felouiiues, dans un temps où l'on *■■"* «n voyait guère en mer, MM. les cardinaux et moi "^ mes dans le même moment à Serazane ' par terre. •& crois me devoir dispenser de dire ou quel équi- **^ge, la nécessité du lîeu Payant rendu trop peu ***oporlîonDé h la dignité du cardinalat et au carac- ^■^*re d'un ambassadeur... Mais ayant été secourus C^-^s carrosses de monseigneur Spinola, évéque dudit i«ii, sur l'avis que je lui fis donner de notre marche, ^1 mAgnîfiquemenl régalés par ce prélat dans sou ^^iais. nous Mmes dîner le lendemain chez M. le ^riucu de .Massa... » A Piso, le grand-duc de 'l'os ^>ane Jour lit donner des carrosses et des litières puur traverser les montagnes; enfin, à Itonciglioue. ils •.rouvtrent les voitures des cardinaux de la faction tran<;aifie qui avaient été disposées en relais sur la Yuuto, et, le 16 janvier, ils airivaienl à Rome* escortés par quarante carrosses à six rhevanx. Le cardinal <le' Retz, malade et brisé de tant de fatigues, écri-

■ tjinei, |ie(il port «or U UeiIiierraDtr'. • Suwut.

■ ChaulDM an roi. Rome, i\ janvier tB7u. T. CCVIII de la ( wraponàatite çinéra'r.

LE CARDINAL Di: HETZ.

vail à Lionne : « Je n'entre point dans le délai) <■« notre voyage... parce que je sais que M. le (Iuit de Ghaulnes vous en écrit amplement... mais je no puis toutefois m'empêcher de vous dire qu'il n'y a ^uëre d'obstacles que nous n'ayons trouvés sur la terre et sur la mer... ' u Bien que le cardinal ne parle pas de sa santé, elle fut cruellement éprouvée par ce rude voyage et, pendant plusieurs mois, il fut constamment malade, sans pouvoir se remettre de ses fatigues.

Avant d'eulrer dans le couolnve. il est indispensable de faire connaître aux lecteurs les instructions qui avaient été données au duc de Chaulues par Louis XIV*. Dans le préambule, le roi portait aux nues les mérites de son ambassadeur extraordinaire, sa capacité, son adresse, sa parfaite connaissance , de la cour de Rome, " l'expérience qu'il s'était ac- — , quiso par une si gtorieuso épreuve dans le dernifi:^ conclave. » etc., etc. Mais l'histoire, qui n'apasle^s mêmes raisons que le grand roi d'attribuer tous 1«^ succès au duc de Chaulnes, sans méconnaître 1// part qui lui revient, doit en faire remonter la principale gloire au cardinal de Retz dont l'action déd- I sive, dans le conclave de Clément IX comme daus celui de Clément X, triompha avec une habileté incontestable de difficultés de tout genre. Le roi, afin de n'avoir pasà subirun échec, ordonnait au duc de n'user du droit d'exclusion qu'à coup sûr, el de n'admettre aucune inclusion, c'est-à-dire aucun

' aeli à Lionne. IS janvier 1670. T. CCVIU dr b (■».i-c.pon»iiw ginirait de Itome.

• Correipondanee gtiiii-nlr rlr Romr, i. CCEV, Sttiipltwaent.

COSCLVÏE DE CLftMEKT X. 189

•■lioix, sans que la faction française y ctit la principalo part. Ce qu'il désirait avant lout, c'est que 1p "ouvcau papp frtt digne, k tous les points de \iie, ''octuppi- la fliairede saint Pîerro, qu'il fût détaché *'*' foute passion partîcutiëre, ami de la justice, dé- *"t>ué aux intérêts de l'kgtise, et, en même temps, 9** il ne fiH pas hostile a la Frauro et à son souve- ^**>i- Louis XIV enjoignait à son envoyiï défaire ^^*^»^tement des avances à plusieurs factions et **Trir à chacune d'elles tout son crt'dit pour qu'un *^*^ l«urs membres fût porté au pontifient. Il devait •^^^TMier de la sorte les créatures d'Urbain VIII. par '^^■**jemisp du cardinal Antoine Barberîni ; puis la * *^*-ion Pamfîli et la faction Chigi ; mais, pardessus ^'~*** t., s'attacher h faire réussir l'élection du chef do **■ ïrictîon de Clément IX, c.'est-à-dirc de son neveu ^ <;«rdinal Rospigliosi Les cardinaux de Retz et de "'^'liillon étaient chargés de lui porter les offres du roi. '^ il y avait trop de difficultés h son élection, Louis WL'sirait du moins que le nouveau pape fût choisi âanssa faction. Il s'ongagesil, comme il l'avait fait pour le dernier conclave, k ne donner ostensiblement l'oxcluaion it aucun di>s cardinaux qui aurait le plus grand nombre de voix ; mais, si le candidat ne devait pas lui plaire, il engageai) l'ambassadeur i ompAcher son élection par toutes sortes de pratiques scerMes. Louis XIV entendait pourtant que deux exclusions formelles fussent faites en son Dom : l'une, cello du cardinal François HarberJui, qui n'avait cessé de louvovfr entre In France et l'Espagne; l'autre, du cardinal d'EIci, trop proche parent des Chïgi pour qu'il ne fût pas tonlé de

mainlcnir li pour qu'il i

! Dépollsme, ci trop ami dt-s KspaguuU e fut pas Ji craindre. Lu dur, loulcfois, ne devait usnr du droit d'exclusion à son vj^urd i|U*à toute extrémité, et daiia lo cas où il trouverait, pour la faire réussir, un nombre do voix suffisant. Sur le chapitre des inclusions ou des choix â f«ire <iu nom de la Franco, te roi indiquait plunieurs sujets qui, à défaut de Rospîgliosi et de ses amis, lui seraient agréables. Le premier était lo oîirdiual Albizzi, ancien ami et confident de Mazarln, <' persounage de grande érudition, fort adroit et habile à traiter les alTaires, pensionnuire secret du roi. homme résolu, actif et hardi, du prande vi|<^ueur et force d'esprit. » Le roi ne se dissimulait pas les obstacles que pourrait .ipporter h l'élection d»- ce cardinal sa trop grande liberté de lan^aKC. qui" lui avait attiré une foule il'enuemis, et su position d'homme autrefois marié et p^rc de nombreux enfants. Il engageait le duc, pour se prononcer tout à fait en sa faveur, d'attendre la lin du conclave et la lassitude des esprits, mais cependant d'avoir soin de déclarer, dès son arrivée fi llomc, que le roi l'avait mis en tète de ceux qu'il désirait. Le second choix de Louis X[V s'était porté sur le cai'dinal Bonvisi, dont tes parents et les ancf-tres avaient toujours été attachés à la France. Bonvisi avait constamment témoigné pour ollo la même inclination. Il était d'un esprit donx, aimé de tout lu monde hors du cardinal François Barberini. L'abbé Ltoiivî.si.uoveu du cardinal, au temps de la légation en France du cardinal Chigi, s'était concerté avec le gouvernement français et le duc de Chaulnes, au sujet de

CONCLAVE DE ClÏJMEnT ?

).i randidaturo de son oncle au pontilical. Le roi, dans ses înstructioDS uu duc , ne dissimulait pas pourtant que l'un des grands obstacles à l'élection de l'oncle serait son propre neveu, parce que, à tout propos, il faisait profession des maximes de Machiavel et les appliquait aux alTairea courantes. A défaut de Bonvisi, qui appartenait it la faction do Chigi, lo roi désirait Vidoni. autre membre do cette même faction. C'était celui qui lui paraissait avoir le plus de chances et d'ailleurs il n'avait pas de parents en faveur de qui il pilt maintenir le népotisme. Bien qu'il fût de Crémone et, par conséquent, sujet de l'Espagne, le roi ne jufçeait pas que ce fût une rai- »on pour ne pas concourir à son élection, non plus qu'à celle de Lilta ou de Brancaccîo, si l'occasion s'en présentait, les Espa^ols ayant pour maximes, depuis leurs dém(!-lés avec Paul IV, qui était Napolitain, d'exclure plutôt que de porter au pontificat les Italiens sujets de leur monarchie. Vidoni avait d'ailleurs donné des gages certains do son dévouemcol il la France, lors do sa nonciature en Pologne. " Sa Majesté désire donc, comme elle l'a déjà fait pntendre depuis un mois, par une voie secrète. U ce cardinal, que le duc le serve efficacement et utilement si l'occasion s'en présente, et qu'il lui fasse confirmer la même chose. " Après avoir indiqué ces trois sujets, dont il désirait avant tout l'exaltation, le roi déclarait h son envoyé que. s'il y avait de trop grands obstacles pour l'élection de chacun d'eux, il serait trt<s-aise de voir nommer, dans la faction Hospigliosi.BruncaccioouGinetti, Carpegna ou Celsi on Litta. Eiinn Louis recommandait au duc

I9S LE CARDINAL IiC Itl^TZ.

de no rien négliger pour maintenir une étroil«? union entre les cardinaux de la faction française, afin de prévenir les ditTéronds et les querelles enlE — « d'Esté et Antoine Bnrberini, d'emptVlierque celui- -^imi cotnmiini<]uât avec son frère, et enfin do faire ^■!__!n sorte, à tout événemcnl, que la principale part à L ~"~ èloction revint à la couronne de France. Si elle él -a^ jjl faite avant l'arrivée du duc à Gènes, il avait ori^^^ n de revenir sur-le-champ auprès du roi ; si celle n<^^ uvcllc lui arrivait lorsqu'il serait sur le chemin ^le

Rome, il lui était enjoint d'aller féliciter le nouvel» -«« pape et d'élahlir de bonnes relations entre lui cfc I« roi de France. Malgré tant de précautions et de ]^ ^-évisions, ce ne fut point un des nombreux su^ ^t^t» nommémeul désignés par le roi dans ses iustruclit^ qui fut élu, mais un membre de la faction Ros> gliosi, qui fut proposé por le cardinal de Relz da; les derniers jour» du conclave, et dont l'exallals fut principalement son ouvrage. Au fond, les dé^ du roi devaient être satisfaits, puisque c'était cette faction surtout qu'il désirait tm pape.

Lorsque les cardinaux de llelz cl lio llouilloii ^^"h- Ircrcnt dans le conclave, tous les membres du satTr^f** collège vinrent les recevoir à la porte, honneur in — '*"' jusque-lJi et qui blessa profondément les Kspafrnc^^^"' Ils y trouvèrent les mêmes factions que dans. "* " dernier conclave, et de plus, celle de Clément K^ '*■ composée d'un petit nombre de cardinaux de **

création. Ces factions étaient aloi-s divisées en dt— ^'"* partis ou en doux camps, dont les forces n.»sp-— ^^'^

tives étaient à peu près égales, et qui, par cou ^:^

quent, ne pouvaient former ni l'un ni Tautre la nn "■■

■KCLAVB Dli CLÉMKST X. (93

jorité nécoBsaire pour l'élection d'un pape. La faction française se tenait en dchoi-s de ces deux roaJîUous, pour nous servir d'une expression de notre temps, et, à uu niomonl dunué, par ]cs habiles manœuvres de son chef, le cardinal de Retz, par des défections savamment ménagées par lui, elle était appelée, malgré son petit nombre, b. faire pencher ia balnnee de son côté. Les factions Chigi, Médicis et celle d'Kspaffue. qui reconnaissait pour chef ce dernier cardinal, formaient l'un de ctïs grands par- ' tîs. L'autre se composait de lu faction Barberini, de ' «îelle de Rospigliosî, (]uî s'était détaché do la faction Chigi, et de l'escadron qui, dans ce conclave, semlilaïl avoir renoncé à son indépendance hahiluelle '. - Le cardinal Chigi, chef du premier parli, affichait les mêmes prétentions que dans le précédent conclave : il voûtait imposer un pope de ga faction. Avant l'arrivée du duc de Chaulnes et malgré le désir que Louis XIV avait fait transmettre au sacrécoUége qu'aucune élection n'eût lieu avant que Retz et Bouillon y fussent entrés, Chigi avait essuyé d" emporter par uu coup de surprise la nomination de d'EIci, celui des membres do sa faction auquel il tenait le plus et que le roi avait fait échouer dans le dernier conclave ii cause de sa parenté avec les Chi^i. Hais, en l'absence de notre ambassadeur el de nos cardinaux, l'escadron vl Barberini, pour les m/'mea raisons que Louis XIV, s'étaient opposés très-vivemenl à ce choi.\, et Azzulini l'avait rendu

' CliBUlne» au roi, 22 avril HilO. T. CCIX Je U Cun'esfondnn gtnirale tie Rome.

impossible en attirant dans son {lui'li lo carè'iui Rospigliosi, neveu (1« Clément IX, ainsi quft la faction dont coluî-ci élail le rlief .

Comme un général d'arméu, le duc do Chaiilui» distribua les rfiles et les commandements ilaiis II faction françaiso : d'Esté fut chargé d'entrt^tvnir al secret commerce avec Chîgi ; Autaine Barberioiel Bouillon avec Rospigliosi, et lletz avec ma a ÂKzoHni et l'escadron. Lo due avait eti soin d ménager des intelligences et dos curreapoudan»» dans la place, et le cardinal de Retz, malgré les menaces d'excommunication suspendues sur lu t^*" des cardinaux qui révéleraient au dehors les »ecnii do l'intérieur d'un conclave, no se fit pas fante del» ■ tenir au courant de tout ce qui se passait, il mtf-fl dnit à Lionne, le i8 janvier, (jue lo duc serait fort^ bien inforaié de tout, mais sans lui avouer touti'foi» que eo serait par sou entremise : « M. rambass"deur, lui disait-il, qui ne craint point d'escominnnirafion, vou« fera siivoir- h's choses que nous snin- 9 mes obligés de renfermer dans l'enclos du conclave, et, de la manière dontilin'aparlé,jo vois qu'il prétend eu être bien averti, pour me guérir du scmpule que j'aurais, si j'étais obligé de vous en dono^r moi-même des nouvelles*... u

Le cardinal de Retz, malgré ses îÉRJaÉUnodilJi habituelles et les fatigues du voyage qui avaient

1 ChaulneB à Lionne, 21 janvier 1670. T. CCVIII de l» Cent?** itmire générait de Rome. Clément IX, n «on IJl <le mort, *ni' ^ le 29 novembre précédent, nue promolion de hait CMdiUBi.

* T. CCVIII de la Correspondance générale de Komt.

CONCLAVE ïiE CLÉMENT X. 495

été excessives, se mit à Tœuvre avec une activité que rien ne pouvait lasser. Il passait les jours et les Duits à étudier. le jeu et les changements des factions, et à dicter des lettres à Tabbé de Bigorre, qui les faisait passer au duc de Chaulnes. « Si les gens bien réglés n'écrivaient du conclave, disait-il à Lionne en plaisantant, dans une lettre en date du 18 février, je vous ferais un compliment sur le mariage de mademoiselle votre fille. » Et le cardinal de Bt>uilIon ajoutait de sa main au-dessous de ces lignes : « C'est une pure malice a M. le cardinal de Retz ; il n*y a pas de jour qu'il n'écrive ou pour mieux dire qu'il ne dicte des lettres de vingt à trente pages. » Voilà malheureusement ce que nous avous perdu et ce que ne peut remplacer en aucune façon le lourd style du duc de Chaulnes. Il est fort probable que Retz pria le duc d'anéantir toutes ses lettres, pour ne pas s'exposer aux foudres du Vatican, et c'est vraiment dommage, car nous n'avons pour les remplacer que les récits diifus et embarrassés de son épais correspondant. Kn les parcourant, nous nous rappelons malgré nous la ressemblance que trouvait Saint-Simon entre sa physionomie et celle d'un bœuf.

Lie conclave dura quatre mois, et il en est peu, dans Thistoire du Saint-Siège, qui présente plus de [complications. Le cardinal Chigi, malgré la défection de Rospigliosi et des cardinaux qui marchaient ï sa suite, persistait à vouloir imposer un pape pris lans sa faction. Suivant lesinstructionsdeLouis XIV, somme on Ta vu, nos cardinaux pouvaient voter en faveur de plusieurs de ses membres. Quatre s'é-

taicQl mis sur les rangs : li'Elci, CoUi, Bunvi»), Vidoiii. Toutes les préférences de Cliigi i^taiuut toujours pour lo premier, el. bien qu'il eût échoué h le fdire élire au commencement du eouclave, il »'obstinaîl k n'en vouloir pas d'autre. Il le faisuîl appuyer fortement par Médicis et par les Espagnols. Mais l'ambassadeur de France, puur un fmir avec ce candidat, coiiformémeut aux inslructîous du roi, envoya le curdïnal do Rotz auprtis de MédicÎK, pour lui déclarer que Louis XIV ue voulait du d'EIci k aucun prix '. Mal^'é celte redoutable upposilîua, Chigi ne se oousidéra pas |H>ur battu, et tra\'silU encore sous main pour d'Klri. (Striai, t cause dos scandales de sa vie et de ses mœurs trop libres, n'*vait aucuue chance du réussir. Honvisi avait contre lui les Espagnols, les factions de Médicis, de Barbcrini et de Roapigliosi. Ce dernier cardinal disait que l'abbé Bonvisi, neveu du cardinal de et- nom, était son implacable ennemi, et que. coitcourîr h cotte élection, ce serait comme s'il se jetait lui et «i famille diiiis un puits '. Le vieux Frain;"''' "«rberini soutenait, ainsi que plusieurs cardinaux de l'escadron, que « l'abbé ne croyait pas en Dieu el qu'il n'adorait que ses maximes machiavéliques * ».

■ Le canlinnl de Reli <• lui Bt mon compliment, l'afuit «ocampugaé de Mut «on s&voir faire dont ledit Uédicis fui frnppi^ f nmiM d'un coup de tonnerre. » Il promît, après de grandi soupira, de d* rien fuire qui pût déplaire au roi. (Le duc de Chaulnea an ni, 1 TéTrier 1070.

« Chaulaei au roi, SI janvier 1670. T. CCVIU <te U C ilu'.ix géiiirale de Romt.

* ChnulnM à Lionne, 23 mara 1670. T. CCIX de U C dance générale de Rome.

coNCLAVU ni; clèmkkt x. 497

Et rumme t'abbé eût été nécessairement appelé à la tAle deaafTaires par l'élection de son oncle, Barberlni ajoutait qu'il ne voterait pas pour ce cardinal, lors sxiéine qu'il verrait sa tète sur réchafaud>. Lequat-ritiine cardinal de la faction Chigi, qui aspirait à la t^K(u*D. était Vidoui. Le roi l'avait porté aur sa liste, KYiais ce rurdînal avait pour ennemi le propre chef du sa faction, qui raccusait de lui être hostile, d'a- 'Voîr fait semer de l'arj^enl dans les rues pourameu- V-vr le peuple contre lui et d'avoir des liaisons se- «? rfetes avec Azzulini V De plus, la faction espagnole lui était très-oppusée à cause du ses prédilections lM)ur la France. Pendant plus de doux mois, les ■ïoms de ces quatre cardinaux passeront au scrutin, Suais aucun d'cu.\ ne put obtenir la majorité, à cause <le la division qui no cessait de réf^ner entre les deux grands partis en présence. L'un et l'autre se consurnaient dans l'impuissimce sans pouvoir faire trioni- {>ber aucun de leurs candidats. Celsi fut sacrifié «ans retour; mais d'Elci était celui des quatre sujel«dc la faction Cbi^ i]ui,à chaque tour de scrutin, obtenait le plus de voix. Il était fortement appuyé par l'Espagne et par le cardinal Médicis, et Chigi t.ravaiilait toujours en sa faveur, malgré la pro- >7iess« qu'il avait faite au duc de Cliaulnes de ne plus ftongcr k lui '. Le duc, fort mécontent de la {persistance de la faction Chigi à préparer une élec-

' ChaulnMàLioune.lS nunlS70. T.CCIX da 1b CorrupDndaHii* S/inéralr tif Rame.

■ CbMiluM nu roi. 31 jnaTîcr 1870. Cormyondoace giniraU, ■-. Cn'lll. — U mtme nu mime, Ih mari. Itidem, t. CCtX.

■ Cbaulnrt nii roi, 10 mars. T. CCIX da la Corrftpondance yin.

tE CAHDIKAL DE BKTZ.

lioa si désagréable h Louis XIV, no vit plu& qu'un seul moyen d'en finir, ce fut, aux termes de se* inatructions, de foire l'exclusion rorinolle de ce cardinal. Retz fut chai'gù de la notifier au eanlinal de Médicis, chef de la faelion d'Espaguc '. Celui-ci, politique dvant lout, et craignant de s'attirer l'inimiliâ du roi de France, s'inclina devant l'exclusion et s'écria, en poussant de profonds soupirs : E fiitifo U neyotio per il cardinale d'Elci. Il protesta de ses sentiments d'estime et d'amitié pour le cardinal de Retz, bien que par derrière il ne cessât de le noircir, et il feig:nit d'abandonner les intérêts des Espagnols pour se dévouer k ceux de la France. Presque au même momeuLil allait déclarer au cardinal Barberini, doyen du sacré collège, que Chipi iHail prêt comme lui k prendre un pape dans sa faction. Barberini, croyant que c'était un piège que lui tendait Médicis, lui répondit modestement que les CJirdinaux do sa faction étaient tous vieux, qu'il vatail mieux les laisser vivre le peu qui leur restait avec honneur et en paixijucLle troubler leur repos; qu'un pape lui était bon dans toutes les factions, et que les couronnes ayant un intérêt capital & cette ^andfl affaire, il fallait leur communiquer toutes choses*. Après mille allées et venues de Médicis à Barberini, de Barberini à Retz, de Fachinetti etd'Este àChigi. tous les partis hostiles à ce dernier crurent également à quelque stratagème de sa part et s'imoginèrenl '< qu'il ne voulait que se promener dons les

< Chaulnei au rui, 13 mars IGTO. T. CCIX d« la Corrttpméa» c s générale.

Itidtnt.

CONCLAVK DK CLÉMENT X. i99

factions et leur couper bras et jambes en passant ' ». Le cardinal Barberini, pour sûreté de la sincérité et de la bonne foi avec laquelle CUigi et Médicis disaient vouloir marcher, olîrit à celui-ci d'entrer en communication avec la faction française afin de s'entendre avec elle. Il les trouva favorables Tuu et Tautre à cette proposition *. Dès que Tambassadeur de France fut informé do cet événcîment imprévu, il écrivit aux cardinaux de Retz et de Bouillon « de reprendre les paroles pour les exclusions, ce qui fut exécuté, poursuit le duc de Chaulnes, par la triple alliance, par de nouveaux engagements de ne point concourir à Barberini, Facchinetti et Spada. Et comme je les priai aussi de passer à Tinclusion, les trois factions promirent de ne concourir à aucun sujet qui fût désagréable à Sa Majesté '' ».

Comme on en était là des négociations qui semblaient devoir amener une entente parfaite entre Chigi, Médicis et la faction française, il se produisit UQ nouvel incident très-grave et qui faillit assurer le triomphe de lapoHtique espagnole. Le duc d'Astorga, ambassadeur dEspagne, outré d'avoir vu jusque-là toutes ses mesures rompues, sortit de la faction Chigi et fit mettre sur les rangs Odescalchi, de la faction d'Innocent X. Médicis, qui avait un pied dans tous les camps, et qui était prêt aies trahir àtourder6le, plaida la cause d'Odescalchi auprès de la princesse de Uossano. Le duc et Médicis espéraient que Barberini ne pourrait s'y opposer,

» Chaulnes au roi, 18 mars 1670. T. CCIX de la Corre^p, générale. • tbiflem, » Ibidem.

■: CAHDlIiAL DK

parce que Odiîscakbi « étail rempli d» dévotiuii .-, que Rospigliosi, pour la m«ïme raison, serait eii- Irainé nu tie résisterait qu'inutilement. H que, par conséquent, In France n'aurait aucuno part h retle élection. Le 19 mars, l'ambassadeur d*Espflgne se rendit à la porte du conclave et fil déclarer à Médicîs que son maib'e voulait (Idescalchi. « Ce mut impéiatiF étiiut lâché, écrivait lu duc de Cliauluos â Louis XIV ', et les tours se fermant, l'on Rt sortir quantité de billets, et lorsque toutes les aveiiuos du conclave furent boucliécs, l'on commença on dedans do mettre le feu à la mine qui penaa emporter les cellules de MM. les cardinaux de lietz et do Bouillon par la rumeur de l'esallation d'Odescalclu. et les billets sortia, lorsque l'on fermait les tours, apprirent à toute la ville >i qu'il venait d'i'^tro nommé pape. Comme nous avons trouvé moyeu, poursuit l'ambassadeur, de faire sortir et entrer des billets dans le conclave, à quelque heure que je veax, M. le cardinal de Retx et M. de Bouillon mo donnèrent avis de celte mine. » A la nouvelle de celle candidature, aussi imprévu» que meua(;antc , présentée par l'Espagne, et qui pouvait avoir chance de réussir ma%ré la faction française, rambassadeur de Louis XIV ne perdit pas Ka présence d'esprit. Il pensa que le [ilus si'lr était de gaguur dii temps, sans paraître former d'opposition à ce nouveau choix. •! Je leur mandai (aux cardinaux àv Retz et de Bouillon) qu'Odesc^lehi étant UD sujot agréable & Votre Majesté, il fallait voir si le torrenl

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