I. ContiponHaner générait. T. CCIX
W.CorittpondaiKegiatnle. T. CCIX.
CONCLAVE DE CiftUflST X. 505
pour en faire part à RospigUosi, qui en fut transporté de joir et de reconnaissance. De !ton cAté, noire ambassadeur se réJoiiissaïL du chaa^^emeot de runduile inespéré du duc d'Astorga, l'ambiisgadcur d'Espagne". Chigi. dans la crainte que l'on trait&l sans lui, et bien qu'il n'eût au<:uiie conliance dans le cardinal de Retz, pari;e qu'il était l'ami de l'Iîsi-adroii, le prit fi part [31 avril) •> et lui dit qu'il l'estimait !i un point, qu'il prendrait plus volontiors créance en lui qu'en qui que ce soit, et qu'il voulait même qu'il fût son médiateur auprî'S d'Azzolini », avec lequel il voulait, disait-il, se raccommoder, et il protesta de son profond respect pour Louis XIV. Retz ayant fait connaître à l'ambassiideur celte impoiiaule nouvelle, le duc fit remercier Chigi de son rapprochement avec Azzolini, mais il lui fit dire, en même temps, qu'il éprouverait une bien plus grande joie s'il se rapprocliait do Rospigliosï. (Ihigi, mal- (1^ toute» ses répugnances, le promit formellement '. Le cardinal de Ketz, loin de rester dans l'inacliou, après cette défection si importante, ne négligea rien pour désunir de plus en plus les anciens confédérés, c'est-à-dire les Kspugnol.s, Médicis et (>liig), et, en même temps, pour resserrer l'union entre lïarberini, l'escadron et Rospigliosi*. Il manœuvra si bien que Chigi lui promit de ne se raccommoder jamais avec les Espagnols et qu'il entra surle-champ en pourparlers avec Rosiiigliosi dans la
' rbualnea nu roi, ÎS avril. Cori-rtpnixlaarr i/iniralt.f. CCIX. • thiiltm.
cellule de RetzV SeuU Ghigi pouvait faire triompher TËspagne ; sans lui, TËspagne perdait la partie ^ Ce fut une insigne maladresse du gouvernement espagnol qui amena la défection de Ghigi. La cour d'Espagne, fort mécontente de ce que le duc d'Astorga et le cardinal de Médicis n'avaient pu faire triompher aucun de ses candidats, désavoua formellement la conduite du premier et lui ordonna de lever l'exclusion qu'il avait faite de Vidonî. Quant au second, elle envoya pour le remplacer, comme chef de la faction espagnole, le cardinal Porto Carrero. Retz avait travaillé depuis longtemps, de concert avec Bouillon et le duc de Chaulnes, à amener cette complication si nécessaire pour provoquer la défection de Chigi*. Il réussit pleinement. Dès que Ghigi apprit qu'il était menacé de l'élection de Yidoni, qu'il haïssait mortellement, « il se dégagea de l'union qu'il avait avec Tambassadeur d'Espagne » et fit dire au duc de Ghaulnes qu'il était libre. Il se jeta aussitôt « dans les bras de Rospifcliosi pour lui domaruler la fcrAoe de ne pas concourir à son ennemi et de n'être pas l'auteur de la ruine de sa maison, après avoir élevé la sienne'. Rospij> liosi lui répondit tout ce que la générosité lui putinspirer\ » iWû^ï fit demander au duc de Ghaulnes les mém(»s f>rAces en échant^e de trois exclusions qu'il lui avait accordées. L'ambassadeur lui
* rhaulnes a Liomi^*. J3 avril. Con'e^jKtndnwe géfîéf^ale.T. Ci 'IX.
* (haulnos au mi, 2i avril. Cinrespttnfianrt* f/énërnit'.T. (X'IX. ^ Ihi(let)}.
* C'haulnesau roi, l'^»' mai 1070. Cf>rrp.*punt/fttice générale. T. (X'IX. •• Ibidtyn.
COBCLAVE DK CLÉMENT \. 507
[n'omit revrlusion <le Vidoni à la seule eoDdition iin'il voulût appuyer un membre de la faction de (Uément IX. « Ces Di'gocialions échauffées par les nlarmcs que l'on donna dehors cl dedans le coiiclavu vl par toutes les eonféiiMiccs des eurdioaux de Retz et de ItouiUun avec Porto Carrcro (cardinal espagiiul), et Médicis, qui n'étiiieut que de fausses attaqnes, .1 jetèrent une si grande inquiétude dan» l'esprit de Chigî, qu'il lit dire à notre ambassadeur ^u'il concourrait dans la faction de Clément. Ils convinrent de choisir Altieri; il est fort probable qne Chigi demanda que Kospigliosi fût écarté. Chigi. pur l'ordre du dnc de (^haulnes, fit part do ce rhoix h François Barlteriul, le doyen du Sacré Collégu, eti^ Kuspigliosi. on les suppliant de lo tirer dos mains de ses ennemis. Le secret fut gardé j iisqu'au lendemain. Comme TKapagne et l'Escadron étaient les Eeules fuctiuns qui n'en n'avaient pas eu \^tvt. Chigi se chargea de lo révéler au cardinal de Médici« pour ijn'il le lépétAt à l'orlo Carrero, afin que l'afraire fût traitée dès le lendemain. Les cardinaux de Retx, d'ËHtfl et de Bouillon se concertèrent avec François Itarberini et Hospigliosi sur la manière de s'ouvrir sur ce choix à IKacadron qui n'y iiiclinail pas. Ce fut Rospigliosi qui fut chargé de rompre la glace, et il fui décidé qu'il serait soutenu, en cas de besoin parle cardinal de Helz'. " Cela fut exécuté bien & propos, te secours du cardinal de Hctz ayant été M nécessaire (]ue, saiiH lui, l'I^scadron eût puutétro obtenu un délai ipii eût tout rompu. » Mais
Retz, avec son impétuosité du temps de la Fronde, « entraîna l'Escadron^ » et Taffaire fut emportée « avec la plus grande ftiria française qui soit jamais arrivée dans un conclave» (29 avril 1670*). L^ambàssadeur d'Espagne, « qui semblait pouvoir tout soumettre à ses volontés », n'apprit Texallation d'Altieri que deux heures avant qu'elle eût lieu.
En résumé, tout l'honneur de l'élection appartenait à la faction française et à son illustre chef. Il n'était personne dans le conclave qui ne Tavouàt hautement. Le succès était aussi éclatant que possible, car il semblait qu'aucune force humaine ne pût dissiper l'union de l'Espagne avec les factions de Chigi et do Médicis. Comme on Ta vu, ce fut l'œuvre . savante du cardinal de Retz qui rompit ce faisceau par les plus habiles manœuvres. Il donna Texclusion à d'Ëlci et à Médicis, le chef de la faction espagnole. Au milieu des deux grands partis qui divisaient le Sacré Collège, il fit prendre à la faction françaiso une position indépendante, et il fit (Ml sorte que le roi devînt le seul arbitre du eonclave. Par ordre du due de Chaulnes, il arrêta l'exaltation d'Odescalchi, sans lui donner Texelusion, et il empêcha ainsi que TKspa^ne eut seule la gloire d'avoir fait un pape. Uetz fit échouer snocessivi»nient les cinq sujets proposés par la triple alliance de Chigi, des Espaf^nols et de Médicis, et, après l'avoir convaincue de son impuissance, il la brisa en morceaux en amenant Tlispagne, par des mantini-
* Le duc de Chaulnes ù Louis XIV.
COSCUVi; DE CLKHENT X. 509
vrcs «uuteri'itiiics, à faire choix do Vidoni, ce qui précipita la défection de Chi^i'. Malgré l'alliance formée conlro Rospigliosi, Retz le tira dix fois du fond des abimes. Il disait >< que la faction française, & cause de lui, dnnsuil souvent sur des précipices'». Enfin, Retz, après avoir forcé ('higi, par la peur, à sortir de sa propre faction, le fit entrer dans sa cellule et l'y réconcilia avec Rospîgliosi. Ainsi, il avait fait avorter tous les projets do l'Espagne, il l'avait forcée dans ses derniers retranchement» et il avait hit élire un pape dans une faction qu'elle avait oxdas. Quel plus griind triomphe aurait-on pu rêver? L'ambassadeur de France, lorsqu'il parle tt Louis XIV des ûclalauts services de son illustre lieutenaul, nous a paru beaucoup trop sobre et trop peu équilablo. A l'aide de quelques passages de ses propres lettres où la vérité se fait jour, on dirait presque malgré lui, nous avons essayé de restituer le rflle si considérable et si décisif que joua le caidtnal de Retz dnns ce conclave, l'un des plus compliqués qui fût jamais. Le duc de Chnulnes s'est fait évidemment la part trop grande, et il a de plus partagé entre IXoij. et Bouillon toute la gloire qui doit revenir au premier. 81 le duc do Chaulncs n'eût eu sous la main un homme aussi prodigieusement habile, qui pourrait supposer qu'il eàt fait triom-
* ChauloM an roi, <" nuii, i. CCIX de la Currfiponiltmee génêraU dg Komt. Pour ^(ro yinif, cr c|ue le iluc il« Chiutnn a'attriboe ilaiw o«U< longue \ture, nou* le realiluons au aardùul ilo Bcu.
• Chaaln«« à Lionne. 2 mai IflTO, t. CCIX de la Cormponif'mrt geitatiU de Homt,
BIO 1-E CAnCINAL ni^ hktz.
pher, avec une faction aussi peu nombreuse que U nôtro, le candidat de Louis XIV? Après avoir éuuméré complaisamment dans une longue lelLi'e nti roi tous ses services et ceux de la fiiclîou fruiK^aîsc {lisez ceux de Retz), voici comment il termine H Je ne puis exprimer à Votre Majesté avec combien de zMe pour son service les cardinaux de Rots et de Itouillou se sont conduits dans ce conclave cl avec quelle application et quelle hanteur ils ont soutenu la gloire de Votre Majesté. »
Altieri fivait quatre-vingts ans lorsqu'il fut élu, Quand on vint lui annoncer cette nouvelle : <> Vous voyez bien, dit-il en pleurant, que j« no puis porltT ce fardeau ; je n'ai plus ui mi'-moire ni vigueur. » On eut beaucoup do peino't vaincre ses scrupules et ses supplications. Louis XIV et ses ministres apprirent avec une grande satisfaction qu'uu membre de la faction RospigliosI était portû ati pontificat. Ils avaieut lieu d'espérer qu'il continuerait les bonnes relations qu'avait eues son prédécesseur avec la France. Il n'en fut rien. Lo papo, trop Ûgé pour s'occuper dos soins du gouvernement, i^boisit pour premier ministre le cardinal PhIiizzi, dont le neveu épousa sa nièce unique. A cause du cette alliance, le pape créa Pahizzi cardinal uovcu, en lui faisant prendre le nom d'.^ltieri. Lo nouveau ministre gouverna avec une autorité absolue pendant tout co pontilicat, entra en hostilité ouverts avec l'ambassadeur do Louis XIV, le duc d'Ëslrées, i-t avec le cardinal d'Estrées, cbargé des aflaïres ecclésiastiques, et il ue cessa de refuser avec opîniA- Ireté toutes les grâces que demandait le roi à la
cour de Rome*. Et cependant, lorsque le cardinal de Retz quitta Rome, Clément X, dans une audience qu'il lui accorda, lui avait témoigné avec attendrissemcut sa profonde reconnaissance pour le prince à qui il devait son exaltation.
Retz ne doutait pas qu'il ne tint parole. Il quitta Rome, le 10 mai, bien convaincu, selon tous les calculs de la prudence humaine, que la France n'avait pu faire un plus heureux choix. Il regagna la Lorraine à petites journées. Il n'existe aucune lettre de lui à Lionne sur l'itinéraire qu'il suivit. La première qu'il lui adressa est datée de Commercy , du 7 juillet. Il venait seulement de recevoir à cette date une lettre du roi qui le remerciait des services qu'il lui avait rendus au flbin du conclave. Mais ce qui explique ce retard, c'est que Louis XIV Tavait envoyée à Rome au duc de Ghaulnes pour qu'il la remit au cardinal. Malheureusement il n'existe aucune copie de cette lettre dans les archives du ministère des aflaires étrangères. Il eût été intéressant de voir de quelle manière le roi avait apprécié le rôle de Téminent diplomate. Retz pria Lionne de remercier le roi de ses témoignages de satisfaction, n'osant par respect, dit-il, lui écrire directement. Lionne avait été fort peu satisfait des relations que lui avait adressées le duc de Chaulnes sur le conclave ; elles ne lui en avaient pas donné une idée bien nette et bien concluante. Aussi pria-t-il le cardinal de Retz, qui excellait dans le récit des intrigues les plus compliquées, de lui en envoyer un de sa main. Retz le
MemotrtÊ du marquis de Pomponne, t. I'*'.
LE CARDlIfAL DK RtTZ.
lui promit, mais, soit paresse, soit il cause de ses infirmités, il ne tînt pas parole. Du moins ou ne trouve aucune relation de lui sur ce condavt- dans les archives. « Monsieur, disait-il à Lionne ', j'ai n?çu, pur M. le duc de Chaulnes, la lettre dont il a plu au roi de m'honorer, et comme le respect m'empêche de lui en faire moi-même mes trés-hiimblos remerciements, j'espère. Monsieur, ce bon office de votre bonté ; j'en ai tant de marques que, si je me croyais, je vous en témoigueruis h tout moment ma rocoanaissance; mais ati moins je vous conjure d'Atre persuadé qu'elle no sortira de mon cœur qu'avec ma vie, et que ce ctrnr est très-vérilublemont II vous. Je ferai avec joie ce que vous souhaitez louchant l'histoire du conclave, mais- je vous demande un peu de temps, c'est-à-dire celui qui sera nécvssuire pour faire des remèdes lontrc les douleurs d'une Hciatique qui commence k me tourmenter. Si cet exi'ollent remède pour les yeux dont vous me purlux avait réussi, je ne mo servirais pas de la main d'un (lUlre pour vous assurer la continuation de mes services très-passionnés el vous dire que je suis et serai toute ma vie, avec autant de tendresse que de respect, etc. J'attends au premier jour M. le cardinal de Bouillon. Que nous dirons de mal de vousl H
Celte fois, le cardinal de Retz ne fut pas récompensé de ses nouveaux services par le don d'une abbaye. Sa belle-sœur, la duchesse de Retz, ayaul appris que le prieuré de Saint-Pierre de Morlagno,
' Rom«, 1670. T. CCX de la Correspondance géHérale.
diocèse de la Rochelle, était vacant, envoya une
dépêche à M. Bouvier, ami de Retz et expéditionnaire
^ la cour de Rome, pour l'en avertir *. Bouvier fit
t.outes les démarches, réussit, envoya les bulles de
1^ nouvelle commende du prieuré au cardinal'; et
1 ^on voit par une dernière lettre de lui, que Retz,
c^n 1672, n'était pas encore en possession de ce bé-
iiiéfice. Peut-être ne pensa-t-il pas qu'il fût de sa
clig^itéde le demander; peut-être, s'il le demanda,
1 « roi se souvint-il du peu de cas qu'il avait fait de
l*abbaye de Quimperlé', et ne jugea-t-il pas à pro-
j>os de le satisfaire. Toujours est-il que nous n'avons
trouvé nulle part la preuve que Retz ait été abbé de
Saint-Pierre de Mortagne.
I Lettre de BouTier à M. de la Font, homme d'affaires de Retz. Rome, f 4 octobre 4670. ^Collection de Tauteur.)
* Le même au même, 22 septembre 1671. Ibidem.
* « Si pendant le séjour de son Éminence à Paris, écrivait Boulier à M. de la Font, le 49 avril 1672, elle se sera daignée de faire des poursuites du prieuré de Mortaigne, je m'assure qu'elle en sortira glorieusement ; je prie Dieu de lui en faire la grâce. J'aurais bien souhaité que le bon accueil que le roi lui a fait eût été suivi de quelque chose de bon ; pourvu que sa santé soit bonne, il s'en laudra consoler. « (Collection de l'auteur.)