AFFAIHK DE LA GARDE CORSE ET DU DUC DE CRÉQUI
qu*il fut assez heureux pour faire triompher succès* sivement les trois candidats de Louis XIV.
Dans toutes ces missions, Retz montra tant de prudence, de justesse de coup d'œil, de sagacité^ de dextérité à tourner les obstacles, à résoudre les difficultés, d'invention dans les ressources, que le roi et Lionne, émerveillés de dons si rares, ne cessent dans leurs dépêches de le combler d'éloges.
Questions de droit des gens et de droit canon, questions d'histoire et de théologie, le cardinal de Hetz. bien que naturellement fort paresseux, se te-nafl au courant de tout autant que diplomate de son temps. Cet homme surprenant connaissait à fond plusieurs langues, l'hébreu qu'il lisait à livre ouvert, le grec ancien et le grec moderne, l'italien et Tespagnol, sans parler du latin qu'il écrivait avec Télégance et la pureté du siècle de Léon X.
En France, du vivant même de Retz, longtemps avant la publication de ses Mémoires, ses hautes facultés étaient estimées à leur vrai prix par tous les hommes éminents de son époque.
A Rome, dans les consistoires, dans les congre- K'ations, dans les conclaves, il était regardé « comme l'oracle de la science,... les cardinaux le consultaient sur toutes les difficultés qui se présentaient ' ». Le grand pénitencier lui-même, le cardinal Ludovisio, rinterrogeait sur les cas les plus épineux, sur les cas réservés, et déclarait qu'il savait toujours trouver la solution la meilleure.
' helntion du conclave de 1()55, par un inconnu, envoyée à la cour •'*' France par Hugues de Lionne. Archives du ministère des alïaif*"» ♦•tnn^êreR. Rome. ♦. C'XXIX de In Corrcspnndotjcp ffinit'rale.
7i LE CARDINAL DE RETZ.
Parfois le hasard mettait à découvert quelque trésor caché de cette vaste érudition, dont Retz ne faisait jamais montre sans qu'il y fût amené par les questions qui lui étaient adressées. Dans le conclave où fut élu Alexandre Vil, circula un livre en grec vulgaire, qu'aucun des cardinaux ne pouvait venir à bout de déchiffrer. On le remit au cardinal de Retz, qui le lut en trois jours et apprit à ses confrères que le livre avait été écrit en Hollande, dans le dessein d'attirer les Grecs à l'hérésie de Calvin, principalement en ce qui touche le sacrement de l'Eucharistie \ La profonde érudition de Retz causa autant de surprise que d'admiration dans le sacré collège. Dans une autre circonstance, un cardinal, étonné de son rare savoir et de sa pénétration, le proclama un gran cervello ! une grande cervelle !
Retz, dans ses Mémoires, est le premier créateur en France de la langue politique, et nul, si grand qu'il soit, ne l'a jamais dépassé. Il restera un immortel modèle du genre. On peut en dire autant de sa correspondance avec Lionne et Louis XIV, dans laquelle il a atteint la perfection de la langue diplomatique. Comparez ses dépAches avec celles de Richelieu, de Mazarin, de Lionne, dos premiers diplomates de son siècle, et vous verrez avec quelle supériorité il l'emporte sur eux on netteté, en clarté, en concision, en relief, en élégance et en souplesse. Aucun mot qui ne soit l'expression la mieux choisie et la plus vraie de la pensée, qui la restreigne ou
' Hdnîion t(u Cotir/avp f/e UM>5. onvoyco :i la cour •!<» France par Lionne.
AFFAIBE DE LA GARDK CORSK RT DU DUC DR CRÉQUL 75
qui la dépasse. Retz, à ces divers points de vue, est un écrivain à la hauteur de Pascal.
Supposez que cet homme extraordinaire, que ce génie si bien doué, eût été appelé à figurer, comme plénipotentiaire, sur un plus vaste théâtre, qu'il eut reprteenté la France dans les plus célèbres conférences du siècle, pensez-vous qu'il se fût trouvé audessous d'un Mazarin, d'un Lionne, d'un cardinal de Polignac * ?
L*occasion de mettre au service de la France et du roi de si rares facultés ne tarda pas à se produire. Pendant que le cardinal de Retz était encore relégué à Commercy, éclata la terrible affaire de la garde corse, qui eut un si grand retentissement en Europe. Ce fut en vain que Louis XIV s'efforça d'obtenir de justes réparations soit par les voies diplomatiques, soit par la menace d'une expédition armée, tant la cour de Rome, suivant ses habitudes, usa de subterfuges, de faux-fuyants, de lenteurs calculées, de résistance passive, pour se soustraire à sa veni^eauce. Enfin, le roi ayant consulté le cardinal de Retz sur cette grave affaire, ce fut lui qui eut le mérite de résoudre la difficulté et de forcer le pape à capituler.
A cette époque, la chaire de Saint-Pierre était occupée par Fabio Chigi, Alexandre VII, qui, depuis longtemps, vivait dans les termes les plus hostiles avec la cour de France. Sous Urbain VIII, il ^vail été inquisiteur à Malte et vice-légat à Ferraro.
' Voir les belles études de M. Marius Topin sur Lionne, et sur le <^r«linal (le Polignac, dans le livre intitulé : l'Eurofte pt ht: Bour-
A une époque où les divisions do la chrétienté étaient à leur comble, Innocent X l'envoya nonce à Cologne, puis à Munster, lors des négociations pour la pnix générale. Il s'y montra aussi défavorable aux propositions des Français qu'ardent à soutenir celles des Espagnols. Il accusa la France de vouloir perpétuer la guerre et s'attacha à décrier la conduite et les intentions de Mazarin. A la mort de rhabile secrétaire d'État Panzirolo, Innocent fit choix de Fabio Chigi pour le remplacer, et il le nomma cardinal dans la même promotion que Paul de Gondi. Pendant la fin de ce règne, signalé par tant de scandaleux abus, Chigi montra un vif désir de les faire cesser, mais le mal était trop profond pour qu'une telle tAche ne fût pas au-dessus de ses forces. Impuissant à détruire l'influence renaissante de la signora Olimpia, il refusa constamment du moins de lui rendre visite, et ne cessa de blâmer en secret l'incurable faiblesse du chef de TtgUse. Dans toutes ses actions et ses paroles, il laissait habilement percer que, s'il était jamais appelé au pontificat, son premier soin serait d'extirper le népotisme, et de tenir ses parents écartés des affaires. Il s'acquit par là une grande réputation de vertu. Aussi, lors du conclave qui se réunit pour donner un successeur à Innocent X, un certain nombre de cardinaux, aussi honnêtes qu*in(l«4>eudants, et que Ton nomma l'escadron volant, ayant résolu de choisir un pape homme de bien et ennemi du népotisme, jet»»rent les yeux sur Fabio Chigi. II était soutenu socrètemont par TKspaf^fne, par les Jésuites, et il attira siu* lui la grande majorité des suffrages.