Expression de M. Villemain
Les confessions de Retz, qui va jusqu'à se glorifier de ce qui devrait le faire rougir, ne font que la rabaisser encore davantage en nous la montrant sans correctif sous le plus fâcheux aspect, et, personne assurément ne le contestera, elles produisent l'effet d'une mauvaise lecture.
Nous n'avons pu nous défendre de ces réflexions en citant le triste aveu, qui dénote chez Retz un fond d'incrédulité et de perversité que nous ne saurions sonder sans frémir, et dont nous aimons à détourner nos regards pour les reporter sur le consolant spectacle des dernières années de sa vie. Nous ne pousserons pas plus loin nos observations sur ce point ; mais nous y reviendrons quand nous aurons à formuler un jugement complet sur les Mémoires de Retz, qui furent écrits longtemps après la Fronde.
Retz fut sacré avec beaucoup de pompe et de solennité le 31 janvier 1644, sous le titre d'archevêque de Corinthe. Le nom de Mazarin figure parmi ceux des grands dignitaires qui rehaussèrent de leur présence l'éclat inusité de cette cérémonie1. Retz venait alors d'accomplir sa vingtneuvième année. La consécration épiscopale ne devait pas apporter plus de changements dans les
1. La gazette de Renaudot dit que plusieurs cardinaux, plus de trente évêques, des officiers de la couronne assistaient au sacre de Retz.
idées, dans les sentiments, dans les mœurs même du nouveau prélat que la préparation du séminaire de Saint-Lazare.
« Jusqu'ici, dit Retz en parlant de l'époque de sa vie qui a précédé son sacre, je n'ai été que dans le parterre, ou tout au plus dans l'orchestre, à jouer et à badiner avec les violons. Je vais maintenant monter sur le théâtre....* »
Certes, jamais expression ne fut plus justement appliquée que celle-là ; c'est bien, en effet, sur le théâtre que Retz va monter; car nous allons assister à une comédie mêlée de drame. Retz y remplira son rôle en comédien de premier ordre, et quand la représentation sera terminée , quand l'heure de la retraite aura sonné pour les acteurs de la pièce, quand le calme aura succédé aux applaudissements et aux sifflets de la foule, il s'amusera à montrer le derrière de la toile et à dévoiler tous les petits mystères des coulisses avec une verve satirique inépuisable, qui jaillira, pour ainsi dire, en feu d'artifice.
A peine est-il installé comme coadjuteur de son oncle, qu'on le voit constamment préoccupé, dans l'exercice de son saint ministère, du soin de sa popularité. Si du haut de la chaire chrétienne, il prêche lui-même dans plusieurs paroisses de la