Mémoires, tome I, page 1 34 . — 2. M. Cousin
ment de la maison d'Autriche qui pesait d'un poids trop lourd dans la balance des destinées du monde1. Il méditait de plus, comme lui, de nous assurer du côté du Nord, par l'acquisition des Pays-Bas, une frontière qui mît la capitale à l'abri d'un coup de main après une défaite : dessein éminemment patriotique que Louis XIV pourra un jour réaliser, par une faveur inouïe de la fortune, en échange de ses droits sur la couronne d'Espagne, mais qu'une inspiration à jamais déplorable lui fera malheureusement abandonner dans un intérêt de famille qui devait coûter bien cher à la France.
Mazarin était parvenu à convaincre Anne d'Autriche qu'il ne fallait reculer devant aucun sacrifice pour accomplir une si noble tâche. Cinq armées, bien commandées, battaient en brèche la puissance impériale partout où sa domination se faisait sentir. La victoire suivait sur tous les champs de bataille ce jeune duc d'Enghien qui était alors le plus ferme appui du trône. Turenne gagnait à trente-deux ans le bâton de maréchal. Ces deux grands capitaines que Bossuet a merveilleusement caractérisés dans un parallèle marqué au coin de son génie, unissant, à Fribourg, leurs efforts, y
4 . Voiture comparait la maison d'Autriche « à un grand arbre couvrant de ses rameaux le septentrion et le couchant, et donnant de l'ombrage au reste de la terre. »
livraient des combats de géants à des adversaires dignes d'eux. L'héroïsme impétueux de l'un et l'héroïsme réfléchi de l'autre vengeaient à Nordlingue l'échec de Mariendal par des prodiges de valeur et d'audace. Autour d'eux se groupait une pléiade d'excellents généraux qui les reconnaissaient pour maîtres, et qui auraient suffi, à eux seuls, pour illustrer un temps moins fécond en grands hommes. Gassion, Sirot, d'Albret, d'Harcourt, Châtillon, Schomberg, Grammont et d'autres encore, rivalisaient d'ardeur pour contribuer à la gloire et à la grandeur de la France.
Non moins heureux sur mer, l'amiral de Brézé, précurseur de Duquesne et de Duguay-Trouin, humiliait l'orgueil de l'Espagne en dispersant ses flottes, et commençaitbrillamment cette longue série de triomphes maritimes, qui jettera tant d'éclat sur le règne de Louis XIV.
La prise de Thion ville, de Philisbourg, de Mayence, en nous rapprochant du Rhin, nous avait ouvert les portes de l'Allemagne. Celle de Gravelines et de plusieurs autres villes où le duc d'Orléans avait montré la bravoure d'un petit-fils de Henri LV, celle surtout de Dunkerque due à l'intrépidité du ducd'Enghien1, présageaient la conquête de la Flandre. En Catalogne, la capitulation de