Les habitants d'une même commune étaient solidaires
ploiement de forces pour le faire rentrer dans le devoir. Les désordres qui s'étaient introduits dans
pour le recouvrement de l'impôt. Dans des remontrances adressées par Mathieu Mole à Anne d'Autriche, nous remarquons ce qui suit : « Encore si, en payant sa portion de l'impôt, on était quitte et libéré; mais toute la commune est solidaire, et l'on voit un particulier réduit à une prison perpétuelle après avoir acquitté sa dette personnelle. » On lit dans le cahier des charges d'une adjudication qui eut lieu un peu plus tard pour la rentrée des sommes dues à l'Etat par certaines villes : « Ne pourra (l'adjudicataire) rapporter aucune non-valeur, sinon après avoir fait prendre et vendre les meubles des collecteurs et ceux des principaux habitants, et fait deux prisonniers de chacune desdites villes, bourgs et villages, esquels il y aura douze habitants, et au-dessous de ce nombre un seul. » Le journalier, qui ne possédait aucun bien-fonds dans une paroisse, s'il faut en croire Forbonnais, ne pouvait la quitter, morne lorsqu'il y manquait de travail, sous peine de payer la taille durant deux années en deux paroisses différentes, et durant trois, si son domicile était dans le ressort d'une autre élection. {Recherches sur les finances, tome I, page 136.) Outre les impôts, dont le produit devait être versé au Trésor, le peuple des campagnes avait à payer une foule de redevances féodales, de taxes locales, etc. « Je pense, dit Guy-Patin, que les Topinambous sont plus heureux en leur barbarie que les paysans de France, à cause de Pénormité des tailles. » En présence des détails navrants que donnent les documents les plus authentiques sur la misère qui désolait alors le royaume, on n'ose taxer Orner Talon d'exagération, quand il s'écriait en plein parlement devant Anne d'Autriche : « Ces malheureux ne possèdent aucuns biens en propriété que leurs âmes, parce qu'elles n'ont pu être vendues à l'encan. » — Comme on admire l'organisation financière qu'aujourd'hui l'Europe entière nous envie, quand on la compare à celle de cette époque! Partout l'ordre a succédé au désordre, l'égalité au privilège, la justice à l'iniquité.
l'administration depuis le commencement de la régence sous un ministre que préoccupait par dessus tout la solution des grandes questions qui s'agitaient à l'extérieur, diminuaient encore les revenus de l'Etat. L'argent est un des nerfs de la guerre. Pour subvenir à des besoins sans cesse renaissants, on était réduit aux expédients, et à des expédients empreints de tous les vices d'un régime suranné. On multipliait à l'infini les offices de judicature et de finance qui déjà, sous Louis XIII, atteignaient le nombre de quarante-cinq mille1. On créait les emplois les plus inutiles et les plus bizarres, et on les vendait au plus haut prix sans s'inquiéter des abus qui naissaient nécessairement d'un tel système. « C'est ainsi, remarque M. de Saint-Aulaire, que s'étaient établis une multitude de droits privés dans lesquels l'esprit d'indépendance se retranchait comme dans autant de citadelles. » — Pour un peu d'argent, dit à son tour M. de Tocque ville2, les rois s'étaient ôté le droit,
1 . On estimait la valeur de ces 45 000 offices à 420 millions, c'est-à-dire à près d'un milliard, au cours actuel de notre monnaie. Souvent on supprimait des offices dont on ne remboursait pas les propriétaires ; puis on rétablissait et on revendait les mêmes charges sous une nouvelle dénomination, et en augmentant le prix qu'avaient payé les titulaires dépossédés. On spéculait ainsi sur la vanité de la bourgeoisie et on l'exploitait toujours avec succès. Une charge de maître des requêtes fut achetée 112 000 écus.