‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 35 sur 70 · Infectés de l'amour du bien public · texte numérisé non relu

Infectés de l'amour du bien public

grande austérité de leur vie fussent en opposition flagrante avec ses désordres accoutumés. S'il n'avait pas encore des projets bien arrêtés, il voulait du moins être en mesure de profiter de toutes les circonstances qui pourraient lui ouvrir l'accès du ministère. Il ira bientôt, lui coadjuteur de l'archevêque de Paris, jusqu'à chercher à obtenir de la cour l'autorisation de conclure avec le duc de Montbazon, gouverneur de la capitale, un arrangement qui l'eût armé d'une force immense en lui permettant de cumuler les fonctions les plus opposées, la direction des âmes et le commandement des troupes , le pouvoir spirituel et le pouvoir militaire. Deux anciens ministres, Châteauneuf et Chavigny, longtemps rivaux l'un de l'autre, maintenant unis par une haine commune, l'aidaient à attiser le feu dans le parlement que le désir de dominer rendait accessible à toutes les suggestions. C'est de leurs affidés du parlement que partaient les imputations injurieuses dirigées contre le cardinal Mazarin. Ils l'accusaient de perpétuer volontairement la guerre dans un intérêt personnel, comme si les difficultés dune paix où il ne s'agissait de rien moins que du remaniement de l'Europe, ne suffisaient pas pour expliquer la longue durée des négociations. Ils se plaisaient à le comparer au maréchal d'Ancre, cet Italien d'odieuse mémoire, lui reprochant sa qualité d'étranger,

comme s'il n'eût pas été naturalisé Français par les services les plus éclatants.

Mazarin, se croyant bien affermi après les quatre premières années de la régence, avait songé à faire participer sa famille à sa haute fortune. Il avait appelé à Paris les enfants de ses sœurs, ces Mancini qui seront plus tard le gracieux ornement de sa puissance1. Il les avait mis de pair avec les princes et les princesses du sang, et leur avait donné pour gouvernante la gouvernante même du roi. Non content d'avoir fait archevêque d'Aix un frère peu digne d'un tel honneur, il avait arraché pour lui au saint-père le chapeau de cardinal par des menaces qu'était venu confirmer le siège d'Orbitello sur la frontière romaine. Puis il avait osé le nommer vice-roi de Catalogne, au grand scandale du pays justement indigné de cette exorbitante élévation. De la part d'un homme jusque-là si prudent et si réservé, qui avait dit hautement en arrivant au ministère qu'il n'aurait jamais en France d'autres parents que les serviteurs de la reine, et qu'il ne voulait être entouré, dans l'intérieur de son palais, que des belles statues qu'il faisait venir de Rome, une telle conduite avait lieu de surprendre. C'était une faute d'autant plus grave qu'elle éveillait par elle-même le souvenir abhorré

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