‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 37 sur 70 · De V Ancien Régime et de la Révolution · texte numérisé non relu

De V Ancien Régime et de la Révolution

2. Cette redevance annuelle, fixée au soixantième du prix de l'office, fut d'abord nommée la Paillette , du nom de Paulet, qui en eut la première idée et qui fut le premier à l'affermer; plus tard on l'appela X annuel. — « Toutes les coin-

Le parlement seul était dispensé de la retenue imposée à toutes les autres compagnies. Mazarin, qui ne redoutait que le parlement, avait espéré le gagner par cette exemption et s'assurer ainsi son appui. Il se trompa dans ses conjectures. La cour des Aides, la chambre des comptes, le grand conseil, qui s'étaient toujours soumis avec tant de docilité , sortirent tout à coup de leurs habitudes pacifiques pour défendre avec énergie leurs intérêts menacés. Ces trois compagnies, après s'être concertées, demandèrent au parlement de se joindre à elles, malgré les avantages particuliers qu'on lui offrait, pour former une assemblée composée des délégués de tous les corps, qui serait chargée d'aviser au moyen de détourner le coup. Repoussant une faveur dont il apercevait trop bien le motif pour en savoir gré à Mazarin, le parlement répondit favorablement à cet appel, et, s'associant à une cause qui, on le voit, n'avait rien d'héroïque, il promit d'envoyer des députés à cette assemblée. L'arrêt de jonction fut prononcé le 13 mai. De ce jour date réellement le commencement de la Fronde. L'arrêt portait qu'en

pagnies souveraines, dit Guy-Patin, l'un des plus chauds partisans de la Fronde, grondent pour la Paillette et pour le retranchement de leurs gages. » (Tome I, page 395.) — Dans le pamphlet intitulé : Bandeau levé de dessus les jeux des Parisiens^ le blocus de Paris est appelé la guerre du droit annuel.

attendant « nul ne serait admis à prendre possession des offices devenus vacants qu'avec le consentement des héritiers des anciens titulaires. » L'hérédité des charges, sans conditions nouvelles, voilà ce que voulait le parlement; voilà ce qu'il décrétait en quelque sorte de sa propre autorité, contrairement aux dispositions de l'édit; voilà le grand principe qui le faisait agir et qu'il inscrivait en tête de son programme. La guerre était déclarée à la royauté pour un mince intérêt pécuniaire, et dans un but de domination; ce qu'il y eut de plus grave encore, c'est que, dès que cet arrêt fut connu, la plupart des parlements du royaume y donnèrent leur adhésion.

La cour s'émeut du danger que présentait cette coalition de toute la haute magistrature judiciaire et financière, de toute cette aristocratie de robe, à laquelle se rattachaient plus de cinquante mille familles, exerçant partout une influence prépondérante sur le reste de la bourgeoisie; elle fait tous ses efforts pour le conjurer. Il eût mieux valu le prévoir et éviter de blesser des compagnies qu'il importait d'autant plus d'avoir pour soi qu9on pouvait moins compter sur le parlement. L'arrêt d'union est cassé par le conseil du roi, et il est défendu aux quatre compagnies de se réunir. Bravant et le conseil et la cour, le parlement prend lui-même l'initiative de la résis-

tance. Ni l'arrestation des membres les plus compromis de la cour des aides, ni les menaces de la reine1, qui se serait laissé emporter jusqu'aux dernières extrémités, si Mazarin n'eût été là pour la contenir, ni les insinuations du cardinal, qui, dans des entretiens secrets, cherchait à éloigner les esprits modérés d'une voie funeste en leur mettant sous les veux les tristes excès du parlement britannique, ne le font reculer devant une pareille violation des droits de la couronne. En vain le premier président, Mathieu Mole2, use de tout son ascendant pour modérer un mouvement qu'il approuve dans le fond par esprit de corps, mais qu'il blâme dans sa forme de plus en plus irrégulière; il est débordé par les jeunes conseillers des Enquêtes et par quelques grandes barbes3, dont l'âge n'a pas éteint l'ardeur. Convoqués par le parlement, les délégués des compagnies souveraines4 s assemblent dans la chambre Saint-

1 . Mazarin disait qu'Anne d'Autriche était vaillante comme un soldat qui ne connaît aucun péril.

5. Mathieu Mole jouait volontiers le rôle de conciliateur entre la cour et le parlement, quoiqu'il fût quelquefois auprès du trône l'interprète trop aider de sa compagnie.

3. On désignait ainsi les conseillers de la grand'chambre à cause de leur longue barbe. — On appelait conseillers des Enquêtes les membres de la chambre des enquêtes.

4. On les appelait souveraines , parce qu'elles jugeaient en dernier ressort ; c'étaient le grand conseil, le parlement, la chambre des comptes et la cour des aides.

Louis. Là, poussés par les meneurs, les députés du parlement proposent d'agrandir le cercle du débat et de travailler à la réformation des abus. Honteux sans doute de n'avoir fait tant de bruit que pour une simple question personnelle , et charmés d'y mêler des questions où l'intérêt du pays paraîtra du moins être en jeu, les représentants de ces mêmes compagnies qui toujours s'étaient modestement renfermées dans les limites de leur spécialité, et n'avaient jamais songé à résister à l'autorité, ni à contrôler ses actes avant qu'elle s'attaquât à leur bourse, adoptent cette proposition avec entbousiasme. Des Brutus et des Catons improvisés prononcent, dans ce sénat auguste, « de magnifiques harangues, qui ont quelque chose de l'ancienne Rome1. » Toutes les têtes s'exaltent , et chacun , s'élevant avec chaleur contre les désordres de l'État, prétend à l'honneur d'y porter remède. Au milieu de cette exaltation patriotique, sincère peut-être chez quelques-uns, mais factice, à coup sur, chez le plus grand nombre, rien n'est épargné par ces pourfendeurs d'abus, ni les choses ni les personnes. On décide d'abord la révocation des intendants, que Richelieu avait établis dans les provinces en remplacement dune myriade de fonc-

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