‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 42 sur 70 · Mémoires, pages · texte numérisé non relu

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ministre, et, après bien des vicissitudes, elle recueillera le fruit de sa fermeté et de sa persévérance.

Pendant que la capitale était en proie à une sédition bien plus terrible que celle de la veille, que le sang commençait à couler, qu'une populace en délire menaçait de mort le chancelier Seguier qui partageait avec Mazarin la haine du peuple, et que l'hôtel où il se réfugiait, était livré au pillage, le parlement se réunissait et décidait qu'il irait en corps au Palais-Royal pour réclamer les prisonniers- Il avait déjà rendu un arrêt qui ordonnait « d'informer contre ceux qui avaient conseillé leur arrestation comme contre des perturbateurs du repos public. » Cent soixante magistrats en grand costume, ayant à leur tête le premier président Mole, se mettent en marche pour aller porter leurs doléances à la reine ou plutôt lui imposer des conditions appuyées par cinquante mille baïonnettes. Toutes les barricades s'ouvrent devant eux, et l'air retentit des cris mille fois répétés de ; Vive le parlement ! Vive Broussel !

La fière Anne d'Autriche s'indigne à la pensée de subir la loi de sujets rebelles. Elle se refuse avec colère à cette humiliante capitulation de l'autorité royale. On parvient néanmoins autour d'elle à lui arracher la promesse que les prisonniers seront relâchés, pourvu que le parlement

prenne l'engagement formel de ne pas continuer ses assemblées, Plusieurs membres demandent que la compagnie aille délibérer sur la proposition de la reine dans le lieu ordinaire de ses séances, pour ne pas être suspectée d'avoir cédé à la violence, si elle croit devoir y adhérer.

Le parlement reprend le chemin du palais de justice. Il est arrêté par une troupe de furieux qui crient à la trahison, parce que l'ordre de délivrer Broussel n'est pas encore expédié. C'est alors que se passe cette scène si célèbre qui nous montre Mathieu Mole, l'homme le plus intrépide de son siècle dans les grands périls, demeurant calme et inébranlable au milieu des hallebardes et des pistolets dirigés contre lui, conservant dans son attitude et son langage la dignité de la magistrature, tenant tête aux mutins et les rappelant à leur devoir avec autant de sang-froid que s'il eût été assis sur les fleurs de lis de la grand'chambre. Contraint enfin d'obéir à l'injonction qui lui est faite, le mousquet sur la gorge, de retourner au Palais- Royal et de ramener Broussel libre ou Mazarin en otage, s'il ne veut pas que le parlement tout entier soit massacré, Mole rallie quelques-uns de ses collègues éperdus, et va retrouver la reine sous un feu roulant d'injures, d'imprécations et de blasphèmes, éprouvant le sort ordinaire des hommes qui, dans les temps de troubles, cherchent à rap-

mot d'Anne d'Autriche. Une heure après, iesbarricades avaient disparu, et Paris reprenait sa physionomie accoutumée.

La paix conclue entre le parlement et la cour ne devait pas être de longue durée. Le parlement en qui le peuple voyait à tort le protecteur de ses droits et de ses intérêts, venait d'apprendre à connaître sa force. Excité par Retz, qui avait également appris à connaître la sienne et n'entendait pas s'arrêter en si beau chemin, il ne tarda pas à recommencer ses délibérations politiques, et il les prolongea au delà du terme fixé par la transaction du 27 août, en persistant avec un orgueil intraitable dans cette opposition systématique qui faisait le désespoir de la cour.

Au dehors une sourde fermentation ne cessait d'agiter les esprits. La reine et son ministre recevaient chaque jour quelque nouvelle insulte. Anne d'Autriche, lasse de tant d'outrages, prit le parti de quitter Paris pour aller s'installer à Rueil, où elle espérait du moins être plus libre dans ses mouvements.

Une mesure inattendue vint bientôt donner à ce départ sa véritable signification. Châteauneuf fut enlevé dans sa maison de Montrouge et exilé en Berry; Chavigny, alors gouverneur de Vincennes, fut enfermé dans le donjon de cette forteresse. Mazarin redoutait l'influence de ces deux hom-

mes d'État , qui à une capacité reconnue joignaient une profonde aversion pour sa personne. Il les regardait , non sans raison , comme d'ardents instigateurs de l'hostilité du parlement. Il n'osa pas faire arrêter Retz qui était pourtant et plus dangereux et plus coupable. Il préféra essayer de le gagner par les offres les plus séduisantes; mais Retz se défiait trop du rusé cardinal pour se laisser prendre au piège qui lui était tendu ; il n'en continua pas moins à ourdir contre Mazarin ses trames ténébreuses. Ce fut lui qui suggéra au président Viole, ami intime de Chavigny, l'idée de profiter de l'émotion produite au sein du parlement par ce coup d'État au petit pied pour proposer de renouveler l'arrêt de 1617, qui, dans le but d'éloigner du pouvoir le maréchal d'Ancre, avait interdit aux étrangers, sous peine de mort, toute particioation au gouvernement de l'État. L'irritation était si grande contre Mazarin que cette proposition eût été votée d'enthousiasme , si le premier président Mole, toujours opposé aux partis extrêmes, n'eût fait les plus louables efforts pour modérer la violence de ses collègues. 11 fut décidé que « des remontrances seraient adressées à la reine sur l'emprisonnement et l'exil arbitraires de Châteauneuf et de Chavigny, que Sa Majesté serait suppliée de ramener le roi à Paris, et les princes du sang invités à venir siéger au parlement le lendemain

mot d'Anne d'Autriche. Une heure après, les barricades avaient disparu, et Paris reprenait sa physionomie accoutumée.

La paix conclue entre le parlement et la cour ne devait pas être de longue durée. Le parlement en qui le peuple voyait à tort le protecteur de ses droits et de ses intérêts, venait d'apprendre à connaître sa force. Excité par Retz, qui avait également appris à connaître la sienne et n'entendait pas s'arrêter en si beau chemin, il ne tarda pas à recommencer ses délibérations politiques, et il les prolongea au delà du terme fixé par la transaction du 27 août, en persistant avec un orgueil intraitable dans cette opposition systématique qui faisait le désespoir de la cour.

Au dehors une sourde fermentation ne cessait d'agiter les esprits. La reine et son ministre rece* vaient chaque jour quelque nouvelle insulte. Anne d'Autriche, lasse de tant d'outrages, prit le parti de quitter Paris pour aller s'installer à Rueil, où elle espérait du moins être plus libre dans ses mouvements.

Une mesure inattendue vint bientôt donner à ce départ sa véritable signification. Châteauneuf fut enlevé dans sa maison de Montrouge et exilé en Berry; Chavigny, alors gouverneur de Vincennes, fut enfermé dans le donjon de cette forteresse. Mazarin redoutait l'influence de ces deux hom-

mes d'État, qui à une capacité reconnue joignaient une profonde aversion pour sa personne. Il les regardait, non sans raison, comme d'ardents instigateurs de l'hostilité du parlement. 11 n'osa pas faire arrêter Retz qui était pourtant et plus dangereux et plus coupable. ïl préféra essayer de le gagner par les offres les plus séduisantes ; mais Retz se défiait trop du rusé cardinal pour se laisser prendre au piège qui lui était tendu; il n'en continua pas moins à ourdir contre Mazarin ses trames ténébreuses. Ce fut lui qui suggéra au président Viole, ami intime de Chavigny, l'idée de profiter de l'émotion produite au sein du parlement par ce coup d'État au petit pied pour proposer de renouveler l'arrêt de 1617, qui, dans le but d'éloigner du pouvoir le maréchal d'Ancre, avait interdit aux étrangers, sous peine de mort, toute participation au gouvernement de l'État, [/irritation était si grande contre Mazarin que cette proposition eut été votée d'enthousiasme, si le premier président Mole, toujours opposé aux partis extrêmes, n'eut fait les plus louables efforts pour modérer la violence de ses collègues. 11 fut décidé que « des remontrances seraient adressées à la reine sur l'emprisonnement et l'exil arbitraires de Ghâteauneuf et de Chavigny, que Sa Majesté serait suppliée de ramener le roi à Paris, et les princes du sang à venir siéger au parlement le lendemain

pour aviser à la sûreté de la capitale. » Anne d'Autriche fit casser cet arrêt par le conseil, et les princes refusèrent avec hauteur et dans un langage menaçant de s'associer à ce qu'ils considéraient comme une désobéissance.

Le parlement jeta à la cour un défi qui aurait immédiatement fait éclater la guerre civile, si elle avait relevé le gant. Il enjoignit « aux gouverneurs des villes voisines de tenir la main au passage des vivres. » 11 enjoignit « au prévôt des marchands de veiller sur Paris et aux bourgeois de prendre les armes. » Tout espoir d'accommodement semblait évanoui.

Pendant que le parlement lançait ce belliqueux manifeste, Retz agissait sous terre, pour nous servir de ses propres expressions, et se disposait à traiter avec le gouvernement espagnol qui, depuis longtemps instruit de ses desseins, l'avait fait sonder par un de ses émissaires. Il nous le dit luimême en bien précisant l'époque. C'est donc lui qui le premier, dès le commencement de la lutte, ne rougit pas d'accepter l'appui de l'étranger, ne recule pas à l'idée d'ouvrir le chemin de Paris aux ennemis de la France. C'est lui qui le premier, au moment même où la paix se négocie à Munster, cette paix qu'il demandait avec tant d'instance, du haut de la chaire de vérité, le jour de la saint Louis, et qu'il faisait un crime à Mazarin d'avoir

retardée, c'est lui qui le premier encourage l'Espagne à continuer la guerre et détruit, en ce qui la concerne, l'effet de la victoire de Lens, en lui prouvant, par la manière dont il répond à ses ouvertures, qu'il n'est rien qu'elle ne puisse attendre de nos divisions. Si, à la veille de se lier avec elle par un traité, il en ajourne la conclusion, c'est qu'une circonstance imprévue lui suggère tout à coup un autre plan, qu'il espère tout arranger de telle sorte que l'initiative de ce traité « paraisse venir des autres plutôt que de lui, » et qu'il sent d'ailleurs « qu'un remède aussi violent a besoin de lénitils qui y préparent1. »

Nous n'en voulons pas, quant à nous, davantage pour juger l'œuvre qu'il médite. Ce n'est pas ainsi que procèdent les restaurateurs des libertés publiques. Quiconque se propose un noble but, repousse avec borreur de pareils moyens. Un tel défaut de patriotisme exclut nécessairement toute tendance libérale. L'intérêt seul, quand il s'est emparé d'une âme au point d'y étouffer tout autre sentiment, admet lous les auxiliaires, quels qu'ils soient. 11 y a longtemps que Tacite a marqué de son fer rouge ces hommes à qui rien ne coûte pour assurer leur domination.

Le vainqueur de Lens qui, depuis la mort de

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