‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 45 sur 70 · Pierre le Grand · texte numérisé non relu

Pierre le Grand

ploits de Condé. Les Frondeurs faisaient trop bien ses affaires, pour qu'elle se résignât sitôt à nous abandonner nos conquêtes, et le traité des Pyrénées fut ainsi retardé de dix ans. Voilà le service que venaient de rendre à la France le coadjuteur et ses amis du parlement.

Ce qui prouve à quel point les questions soulevées par la lutte du parlement et de la cour préoccupaient et passionnaient les esprits, c'est qu'un des événements les plus considérables de l'histoire moderne, les trouva presque indifférents, fut sans action sur l'opinion publique, et ne servit en rien la cause de la régente et de son ministre à qui pourtant la France était redevable de cet immense bienfait. Le bruit que fit un instant la nouvelle de la paix de Westpbalie, fut couvert par les applaudissements qu'excita la déclaration du 24 octobre. Nos annales nous offrent plus d'un exemple de cette froide indifférence pour les succès les plus capables de flatter l'orgueil national, au milieu de la surexcitation produite par quelque grand débat intérieur.

La Fronde, avons-nous fait observer en commençant cette seconde partie de notre étude, est un drame tragi-comique en trois actes; mais chaque acte a plusieurs tableaux } comme les prétendus cbefs-d'œuvre dramatiques qui font les délices de notre époque. La déclaration du 24 octobre

faire, d'un bout de son royaume à l'autre, cinq cents bonnes lieues françaises sur ses terres. »

Le 24 octobre 1648, la grande ombre du ministre de Louis XIII dut tressaillir dans sa tombe, dans cette tombe devant laquelle un homme, non moins grand que lui ', a prononcé la plus belle des oraisons funèbres en s'écriant qu'il eût donné la moitié de son empire pour apprendre de lui à gouverner l'autre moitié : elle dut tressaillir en proie à deux émotions bien différentes ; car des deux édifices dont son génie avait posé les fondements, d'une part l'indépendance de la royauté, de l'autre la suprématie de la France, le premier tombait en poussière sous les coups de l'esprit de faction ; le second, au contraire, arrivait jusqu'au faîte, et recevait le magnifique couronnement qu'il avait rêvé.

Une seule chose manquait au traité de Westphalie : c'était la signature de l'Espagne. L'espoir qu'elle fondait sur nos querelles intestines et qu'entretenaient ses relations secrètes avec les Frondeurs, tristes préliminaires d'une alliance intime, avait arrêté sa main au moment décisif. Ces déplorables discordes valaient pour elle des batailles gagnées sur nos intrépides soldats. Nos barricades avaient pesé d'un plus grand poids dans la balance du gouvernement espagnol que les ex-

Page 1