‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 47 sur 70 · M. de Larcy, Vicissitudes politiques de la France · texte numérisé non relu

M. de Larcy, Vicissitudes politiques de la France

de parade, on serait très-tente 'de croire que Retz, au début, n'ambitionnait pour lui-même d'autre rôle que celui qu'il faisait luire aux yeux de Condé, le rôle de restaurateur du bien public, et qu'il avait ensuite subi l'influence ordinaire des guerres civiles qui ont bientôt corrompu les meilleurs de ceux qui s'y jettent ; mais toute illusion est impossible à cet égard ; nous ne saurions trop le répéter, nous savons par son propre témoignage où il faut chercher ses véritables mobiles. Habemus confite/item reum. Les inspirations nobles et généreuses lui firent alors entièrement défaut : « Tel est, dit avec raison M. Sainte-Beuve, le malheur des vices dans les plus riches natures ; ils éteignent les bonnes inspirations à leur source et les empêchent de naître. »

Condé qui n'avait qu'en face de l'ennemi cette sûreté de coup d'oeil, cette promptitude de décision qui le rendaient si redoutable sur le champ de bataille et faisaient de lui un des plus grands capitaines des temps modernes, Condé à qui Retz reproche è? de n'avoir jamais eu assez de suite dans un des plus beaux esprits du monde, » resta quelque temps incertain sur le parti qu'il avait à prendre. Les deux rivaux redoublaient d'efforts pour s'assurer un si puissant appui. L'imprudence des exaltés du Parlement vint faire pencher la balance du côté du ministre.

Dans les nombreuses conférences qu'il eut avec Condé, Retz n'alla-t-il pas jusqu'à faire entrevoir à ce prince assis sur les marches du trône, la possibilité de monter encore plus haut? Pour répondre à cette question , nous nous bornerons à mettre sous les yeux du lecteur l'observation que Retz place à la suite du discours dont nous avons cité quelques extraits, et celles qu'il met dans la bouche d'un personnage de son Histoire de la conjuration de Fiesque , en exprimant sa propre pensée :

(( Condé, dit Retz, eût pu aller à tout dans un temps où l'enfance du roi, l'opiniâtreté de la reine, la faiblesse de Monsieur, l'incapacité du ministre, la licence du peuple, la chaleur du parlement, ouvraient à un jeune prince plein de mérite et couvert de lauriers, une carrière plus belle et plus vaste que celle que Messieurs de Guise avaient conçue. »

u Je sais, dit Verrina au comte de Fiesque, qu'une âme aussi délicate que la vôtre et aussi jalouse de la gloire aura peine a se voii ternir par ces noms terribles de rebelle , de factieux et de traître. Cependant ces fantômes d'infamie que l'opinion publique a formés pour épouvanter les âmes du vulgaire, ne causent jamais de honte à ceux qui les portent pour des actions éclatantes, quand le succès en est heureux. Les scrupules et

la grandeur ont été de tout temps incompatibles, et les faibles préceptes d'une prudence ordinaire, sont plus propres à débiter à l'école du peuple qu'à celle des grands seigneurs. Le crime d'usurper une couronne est si illustre qu'il peut passer pour une vertu. Chaque condition des hommes a sa réputation particulière. L'on doit estimer les petits par la modération, et les grands par l'ambition et par le courage. »

Qu'on compare ces deux passages, et qu'on nous dise s'il n'est pas permis de supposer que Retz essaya de tourner les regards de Condé vers cette carrière qui lui paraît si belle, plus belle que la carrière rêvée par Guise dont le front faillit ceindre la couronne de France.

Quoi qu'il en soit, son éloquence ne put vaincre la profonde aversion qu'inspirait à Condé la cohue parlementaire, comme ils disaient tous deux. Les flatteries et les faveurs que lui prodigua Anne d'Autriche, la déférence et la soumission que Mazarin eut soin de lui témoigner en toute occasion, achevèrent ce que cette aversion avait si bien commencé. Il fut dès lors résolu à la cour, d'un commun accord , qu'on se mettrait en mesure de résister à des exigences toujours croissantes, fallut-il recourir aux moyens les plus énergiques.

La situation devenait chaque jour plus tendue. Le produit de l'impôt étant nul, Mazarin voulut

être autorisé à contracter un emprunt, à des conditions onéreuses sans doute, mais qu'expliquaient parfaitement l'état de nos finances et les circonstances critiques où l'on se trouvait. Le parlement s'y opposa vivement, quoique la cour des aides et la chambre des comptes, qui avaient à un plus haut degré l'intelligence des affaires et le sentiment des nécessités publiques, y eussent consenti.

De son côté , le coadjuteur convoqua avec grande fanfare une nombreuse assemblée de curés, de chanoines, de docteurs, de religieux qui condamnèrent ce projet d'emprunt comme une coupable consécration de l'usure : « Sans avoir seulement nommé le cardinal , dit Retz, dans toutes les conférences où je faisais au contraire semblant de l'épargner, je le fis passer en moins de huit jours pour le juif le plus convaincu qu'il y eût en Europe * . »

En même temps, commençait ce débordement de pamphlets, de libelles, de vers satiriques, de placards diffamatoires, qui devait bientôt inonder Paris. Un de ces pamphlets acérés et mordants, qui portaient le nom de Mazarinades et qui étaient destinés à entretenir la fermentation des esprits, attaquait le ministre avec tant de violence,

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