Mémoires de Keti, tome 1, page
2. L'auteur des Eloges historiques des évéques et archevêques de Paris prétend que Retz avait appris « jusqu'à
reusement il ne méditait guère les vérités de la religion dont il devait être le ministre, s'il lisait peu les Pères de l'Église et l'Imitation de Jésus- Christ, il se nourrissait de la lecture des grands maîtres de l'antiquité. Plutarque et Salluste étaient ses auteurs favoris. Tout ce qui avait une apparence de grandeur dans les actions de leurs héros, quel qu'en fût le mobile, excitait son enthousiasme. Il avait une prédilection marquée pour les récits de conjurations. Il se sentait profondément remué par les hauts faits des conspirateurs célèbres. Leurs attentats, non moins que leur génie, les plaçaient à ses yeux bien au-dessus du reste des hommes; ils lui inspiraient une sorte de vénération. 11 travaillait sans relâche à approfondir leurs desseins, à démêler leurs intrigues, à étudier leur caractère. Catilina, menaçant le monde du sein des plaisirs, le passionnait et l'exaltait. Il en parlait avec tant de feu qu'on le surnommait le petit Catilina, et il était fier de ce nom que déjà peutêtre il se promettait de mériter réellement un jour. 11 connaissait les moindres détails de toutes les grandes conspirations. Il savait pourquoi chacune d'elles avait réussi ou échoué. « Cette partie de l'histoire, si chère à son cœur, dit Anne de Gonzague, lui était devenue familière comme les règles
sept langues avec beaucoup de facilité : l'hébreu, le grec, le latin, l'italien, l'espagnol, l'allemand et le français. »
de la guerre le sont à l'homme qui se destine au commandement des armées, comme les lois à un jurisconsulte. » Il avait en pareille matière une érudition étonnante qui l'eût rendu capable d'être professeur de cabales et de complots. C'est ainsi que se formait dès sa jeunesse le futur chef de la Fronde. On eût pu déjà pressentir celui qui s'est si bien peint lui-même dans ces lignes sorties de sa plume : « Une âme délicate et jalouse de la gloire a peine à souffrir de se voir ternir par lesnomsde rebelle, de factieux et de traître. Cependant ces fantômes d'infamie que l'opinion publique a formés pour épouvanter le vulgaire, ne causent jamais de honte à ceux qui les portent pour des actions éclatantes, quand le succès les couronne. Les scrupules et la grandeur ont été de tout temps incompatibles, et ces faibles préceptes d'une sagesse ordinaire ne sont bons que pour le peuple1. » Un grand homme et un personnage illustre avaient plus particulièrement fixé son attention, César, dans les temps anciens, le comte de Fiesque, dans les temps modernes ; l'un que des victoires à jamais mémorables firent monter au faîte du pouvoir, l'autre qui périt au moment où il touchait au but de son ambition. Retz écrivit la vie de César d'après ses Commentaires immortels pour
\ . Conjuration de Fiesque.
mieux s'instruire à son école; mais elle n'est pas arrivée jusqu'à nous. Il y a dans l'histoire de César de quoi tenter les esprits supérieurs. Il aura été donné à notre siècle de voir un auguste souverain élever un monument littéraire à sa mémoire. César était la plus haute personnification de l'idéal que Gondi avait conçu sous l'impression produite par ses lectures. 11 avait pour lui une admiration sans bornes. L'excès de cette admiration se trahit dans la réponse qu'il fit au comte de Morangis, qui lui reprochait lénormité de ses dettes : « J'ai supputé; César, à mon âge, devait dix fois plus que moi. » Le nom de César revient souvent dans ses autres écrits, où se rencontre sans doute plus d'une réminiscence de l'ouvrage qu'il avait consacré à reproduire cette grande figure. 11 en cite même un passage quelque part : « La morale a bien plus d'étendue dans les affaires publiques que dans les particulières ; mais il est toujours judicieux de ne se servir de cette maxime qu'avec d'extrêmes précautions, parce qu'il n'y a que le succès qui la justifie aux yeux du vulgaire. » Pensée qui est non-seulement la devise des factieux habiles, mais encore celle de certains hommes d'Etat trop portés à oublier que la morale n'a qu'une' seule et même loi pour les peuples et pour les individus1.