‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 51 sur 70 · Choix, de Mazarinades, par M. Moreau · texte numérisé non relu

Choix, de Mazarinades, par M. Moreau

les états? Les évêques et la haute noblesse n'y ont-ils pas entrée, séance et voix délibérative? Et lorsqu'ils travailleront au bien du peuple, ne seront-ils pas secondés de ses vœux et de ses acclamations?... »

Aussi ce retour aux vieilles traditions de la monarchie fut-il loin de produire sur l'opinion l'effet que la cour s'était promis. La réunion si pompeusement annoncée devait rester à l'état de projet. Retz garde un silence significatif sur cette convocation des véritables représentants du pays ; tant il est vrai que l'établissement de la liberté politique n'entra jamais dans ses vues.

Pendant qu'il était question d'en appeler à l'autorité nationale des trois ordres, le coadjuteur se multipliait pour entretenir l'agitation des esprits. Il composait et répandait dans toutes les paroisses, par l'intermédiaire des curés, un écrit intitulé : Maximes morales et chrétiennes , pour le repos des consciences dans les affaires présentes . Nul ne savait mieux que lui prendre tous les tons selon les circonstances. Cet écrit était particulièrement à l'adresse des personnes pieuses, que le jansénisme avait entraînées dans l'in surrection, et que Retz désirait vivement y retenir. Nous en donnerons une idée par ce court extrait :

« Comme les rois ne sont que les lieutenants de

Dieu, pour la conduite temporelle des hommes, c'est de Dieu et non pas des rois que les hommes doivent prendre les lois et ordonnances nécessaires à leur conservation. Comme l'âme est plus précieuse que le corps, et l'intérêt du salut plus précieux que celui de la fortune, les maximes de la religion doivent être les règles de la politique. De sorte qu'on ne doit obéir aux rois, que lorsqu'il est bien clair qus leurs ordres sont d'accord avec la religion, et les instructions de ses ministres.... Quelquefois même il y a obligation pour les sujets de prendre les armes, pour repousser l'oppression. »

On pense bien que Retz met Dieu et ses ministres du côté des séditieux, et qu'il trouve moyen de puiser dans les préceptes qu'ils enseignent, des arguments en faveur de la révolte. Cet opuscule, vigoureusement écrit, porte l'empreinte d'une perfide habileté.

On retrouve le même esprit et presque le même style dans un autre opuscule qui a pour titre : Hanathème et l'excommunication d'un ministre d'Etat étranger, tirés de V Ecriture sainte. L'auteur s'évertue à prouver par un grand étalage d'érudition, et par l'interprétation des textes, que Mazarin, en sa qualité de ministre étranger, est condamné par les livres saints Si Retz n'a pas composé luimême ce petit écrit, il l'a certainement inspiré.

L'infaligable eoadjutëur prêchait souvent dans les églises de la capitale, et transformant la chaire en tribune, tantôt il y développait les plus dangereux principes, en les couvrant d'un vernis religieux, tantôt il insistait avec force sur la nécessité « de défendre les lois fondamentales du royaume, et ceux qui les maintenaient si dignement1. »

Il avait en quelque sorte sous ses ordres une armée innombrable de libellistes, qui, en vers comme en prose, poursuivaient sans relâche le premier ministre de leurs satires les plus mordantes. Un écrivain du temps les compare à des essaims de mouches et de frelons éclos au soir

1 . « Le 25 janvier 1649, M. le eoadjutëur de Paris prêcha à Saint-Paul (c'était le jour de la Conversion de saint Paul), et son sermon fut De la Pénitence , qu'il divisa en trois points : le premier que saint Paul erat prostratus, que nous devions être prosternés de cœur devant Dieu; le second {Saul, Saul, quid me persequeris?), que nous devions être appelés de Dieu et le regarder dans notre affliction ; le troisième [Domine, quid vis me facereP), que nous devions nous humilier, recevoir la pénitence et les afflictions de sa main, principalement dans ce temps de misères et de tribulations publiques, dans lequel les peuples étaient obligés de prendre les armes contre les ennemis domestiques de l'État, contre un étranger qui avait usurpé l'autorité royale. A ce sermon étaient présents M. le prince de Conti et Mme la duchesse de Longueville, sa sœur, auquel seigneur prince de Conti il adressa la parole pour le fortifier dans sa résolution. » {Mémoires d'Orner Talon, tome II, page 395.)

d'une chaude journée d'été : quant sit muscarum et crabomun, cum calet maxime, et on lit dans une adresse plaisante des imprimeurs de Paris au cardinal Mazarin : « Une moitié de Paris imprime ou vend des imprimés; l'autre moitié en compose. Les^ colporteurs plient sous le faix au .sortir de nos portes; ils ne font pas cent pas, qu'ils ne soient soulagés de leur pesant fardeau, et ils reviennent à la charge avec une chaleur plus que martiale1. » Cette guerre à coups de plume rappelait les beaux jours de Jacques Bonhomme et de la Samaritaine , sous la minorité de Louis XIII. Seulement « les pamphlets de la Fronde n'étaient, comme on l'a très-bien fait observer2, ni aussi vifs, ni aussi spirituels, que ceux de la régence de Marie de Médicis ; ils avaient encore moins l'originalité, l'âcreté, la verve des libelles de la Ligue... Il y avait un abîme entre les profonds et terribles mouvements de la ligue et le bouillonnement superficiel de la Fronde. » Le burlesque, mis en honneur par Scarron, était Parme favorite de tous ces folliculaires. La raillerie sous sa forme la moins raffinée,

1 . « On imprime ici force libelles tant en yers qu'en prose, en latin et en français. Tout le monde y court comme au feu, et jamais matière ne plut tant que ce qui se fait contre ce larron italien. » [Lettres de Guy-Patin, tome I, page 407.)

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