‹ Le Cardinal de Retz et son tempsChapitre 57 sur 70 · M. Cousin, Mme de Longaeville · texte numérisé non relu

M. Cousin, Mme de Longaeville

des barricades, il consolidait l'œuvre des enfants abandonnes qu'avaient ébranlée les malheurs du temps, par cet appel si connu à leurs mères adoptives qui étaient à la veille de céder au découragement et de renoncer à leur sainte entreprise : « Or sus, mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants : vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont délaissées ; voyons maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d'être leurs mères pour devenir leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains. » On sait quel fut le triomphe de cette éloquence du cœur; des larmes d'attendrissement coulèrent de tous les veux, et l'institution fut sauvée. On rencontrait ce bon M. Vincent* partout où il y avait des pleurs à essuyer, des plaies à cicatriser. 11 adoucissait, autant qu'il était en lui, les maux inséparables des dissensions qui agitaient le pays. 11 parcourait les campagnes dévastées, et il y répandait d'abondantes aumônes. Il s'efforçait de calmer les esprits en exhortant les deux camps à la concorde. Il travaillait avec ardeur à mettre fin à une lutte impie. Il usait de l'ascendant que son mérite émi-

1. C'est ainsi qu'on l'appelait, comme nous l'avons dit clans la première partie.

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nent lui donnait sur Anne d'Autriche pour l'émouvoir par le tableau des souffrances- du peuple et la disposer à faire toutes les concessions compatibles avec l'autorité royale. L'humble Lazariste semblait avoir pour mission de remédier en quelque sorte aux funestes conséquences de l'indigne conduite du coadjuteur, et surtout de détruire par un heureux contraste l'effet moral de ses pernicieux exemples. Aux tristes fruits d'une vocation forcée, Dieu s'était plu à opposer les fruits merveilleux d'une vocation véritable. Au milieu des scandales inouïs dont ils avaient la douleur d'être témoins^ les contemporains de Retz pouvaient reposer leurs regards ou leurs pensées sur deux nobles et douces figures, illuminées par un rayon d'en haut, sur deux héros chrétiens qui ont si bien résumé en eux , dans la première moitié du dix-septième siècle, le catholicisme tout entier, saint François de Sales et saint Vincent de Paul, le mystique et l'homme d'action. L'un dont le souvenir était alors tout palpitant, s'était élevé, sur les ailes du mysticisme, jusqu'aux plus grandes hauteurs que l'esprit humain puisse atteindre, et l'ineffable parfum qu'avait exhalé sa belle âme, embaumait encore l'atmosphère qui s'en était imprégnée pendant sa vie. L'autre, dont la longue carrière ne se terminera que quelques années plus tard, quand il aura eu le bonheur de

voir la Fiance remonter au faîte de la grandeur

et de la prospérité, quand sa pieuse tâche sera

pleinement accomplie, et l'avenir de toutes ses

fondations charitables assuré par la protection

d'un grand roi, l'autre, disons-nous, prodiguait

avec un zèle infatigable, avec une fécondité sans

pareille, les miracles qu'enfante le dévouement

évangélique, et chaque jour un nouveau bienfait

venait ajouter un fleuron de plus à sa couronne.

C'est ainsi que la Providence, qui ne veut pas que

son œuvre périsse, a toujours soin de placer le bien

à côté du mal pour neutraliser son influence.

Quand, par la plus déplorable des contradictions,

le mal se trouvait comme personnifié dans un

archevêque, il ne fallait rien moins qu'un Vincent

de Paul, pour que la honte qui pouvait en rejaillir

aux yeux, du monde sur le clergé français, fût

comme perdue dans l'immensité de la gloire dont

l'inondait cet illustre apôtre de la charité.

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