LA FRONDE NOBILIAIRE
Nous venons d'assister aux scènes de cette partie de la Fronde « où, dit Voltaire, le parlement, entraîné par Retz , leva 1 étendard contre la cour, avant même d'être appuyé par aucun prince, » c'est-à-dire de la Fronde parlementaire. Nous allons maintenant voir passer sous nos yeux celle où le parlement cesse d'être sur le premier plan, et se traîne, selon l'énergique expression de M. de Broglie, à la remorque des grands du royaume, c'est-à-dire la Fronde nobiliaire.
La Fronde nobiliaire se divise en deux périodes, dont l'une s'étend de l'emprisonnement de Condé à sa délivrance, et l'autre, de sa seconde rupture avec Anne d'Autriche à la fin de la guerre de
Guienne. Ces deux périodes nous montreront les chefs de l'aristocratie arborant sans pudeur le drapeau de l'intérêt, qu'ils renoncent à couvrir du voile menteur du bien public ; abandonnant, le lendemain, au moindre appât qui se présente, la cause qu'ils ont embrassée la veille; changeant de parti avec une si grande facilité qu'on a peine à les suivre dans leurs nombreuses évolutions; se trahissant mutuellement, après avoir trahi l'État; « finissant par se battre entre eux et même beauxfrères contre beaux- frères1» ; et la France perdant les conquêtes de Richelieu et de Mazarin à ces tristes jeux de la guerre civile qui, malgré les passions inséparables de pareilles luttes, ne furent jamais plus fortement empreintes de cette légèreté, de cette frivolité de l'esprit français, si bien mises en relief par ce trait, emprunté aux Mémoires de Retz, que cite M. Guizot dans sa notice sur Scarron : « Rouillac, brave et fou, venait offrir ses services au coadjuteur, au fort de ses démêlés avec M. le Prince. Canillac, brave et fou comme lui, arrivait au même moment dans les mêmes intentions. Il voyait Rouillac et il se retirait en disant : c< Il n'est pas juste que les deux « plus grands fous de France soient du même « parti; je vais à l'hôtel de Condé. » Et il y allait. »