Mémoires de Retz, tome II
Bkk LF, CARDINAL DE RETZ
Le 25 décembre, il monte en chaire, à Saint-Germain l'Auxerrois, paroisse de la cour, et prêche un sermon sur la charité, en présence d'un nombreux auditoire, plus que jamais avide de l'entendre. 11 développe, avec une onction étudiée, le précepte de l'Evangile qui commande le pardon des injures; et, sans se nommer, sans nommer ses ennemis, il réussit à se poser en victime, aux yeux de ses auditeurs, qu'il amène comme à leur insu à faire d'eux-mêmes l'application de son discours à sa situation particulière, en admirant son abnégation et sa douceur, au milieu de l'acharnement qui le poursuit. Les larmes d'attendrissement qu'il fait couler mettent le comble à son triomphe. Pour rendre encore plus saillant le talent du prédicateur, sous l'inspiration de cette incurable vanité que nous avons déjà signalée, Relz nous apprend qu'il était, ce jour-là, en proie à de vives souffrances, et il nous en dévoile la cause. Il nous initie, d un ton badin qui exclut évidemment tout sentiment de repentir, à une aventure sans nom que nous nous garderions bien de reproduire ici par respect pour nous-même et par respect pour ceux qui nous liront, à une aventure devant laquelle eût reculé la plume du romancier le plus licencieux et qui couvre d'ignominie les trois personnages qu'elle met en scène, le narrateur bien plus que les deux autres. Nous recommandons à qui-
conque pourrait être tenté de nous croire injuste envers Retz, et de reprocher à nos appréciations un excès de sévérité, la page à laquelle nous faisons allusion en ce moment1. Cette page inqualifiable, d'où s'exhale comme une odeur fétide, semble détachée d'un de ces livres infâmes qui tombent sous le coup des lois protectrices des mœurs publiques, qui se cachent dans l'ombre comme tout ce qui est honteux, et ne versent leur poison dans les âmes qu'en trompant la vigilance de la justice. Contentons-nous de l'indiquer en passant, sans oublier toutefois de faire remarquer que Ketz était loin d'avoir pour excuse l'effervescence de la jeunesse, quand il la écrite, et que déjà les premiers symptômes de la vieillesse étaient venus l'avertir que l'heure des graves pensées et des sérieux retours avait sonné pour lui. Nous ne saurions trop nous hâter de sortir de cette fange. Il nous en a coûté de nous y arrêter un instant; mais nous avons entrepris la pénible tâche de montrer sous son vrai jour un homme qui a été trop exalté, selon nous, sous certains rapports, et nous ne pouvions laisser de coté ce qui justifie d'une manière si péremptoire la rigueur de nos jugements.
L'affaire si malheureusement engagée par Concîé