Cette expression est de Retz lui-même
2. Retz prétend que Mazarin voulut le destituer , lui aussi, de la même façon, en lui donnant un successeur auprès de Mlle de Chevreuse, et qu'il se servit pour cela du duc d'Aumaie, « qui était, dit-il, beau comme un ange et qui se sentit très-obligé et très-honoré de la commission qu'il reçut. » Il ajoute qu'ayant été éconduit, le duc d'Aumale chercha à le faire assassiner. Il l'avait raillé sur sa mésaventure et l'avait traité d'extravagant et d'impertinent, en lui disant : « On fait quelquefois grâce à l'impertinence en faveur de l'extravagance. »
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Les nombreux échecs que nos armées avaient éprouvés sur plusieurs points, ajoutaient encore à l'irritation des esprits. « Il sortait du parlement, dit Retz, comme un tourbillon de voix qui semblait être mêlé d'éclairs et de foudres contre le cardinal. » On le rendait responsable de nos défaites ; on l'accablait de malédictions, et un orage formidable s'amassait sur sa tête. La situation lui commandait de mettre un terme à la guerre de Guîenne, et il traita avec les Bordelais aux conditions formulées par le parlement de Paris. Leduc d'Epernon fut sacrifié. La princesse de Condé put se retirer à Montrond, en toute sûreté ; mais il ne fut rien stipulé pour la liberté des princes. Les conseillers de la princesse essayèrent d'amener Mazarin à se réconcilier avec Condé. Ils insistèrent sur les considérations politiques qui militaient en faveur d'un semblable dénoûment, et ils lui firent entrevoir la possibilité d'une coalition des deux Frondes, s'il repoussait leurs avances. La réconciliation qu'on lui proposait était assurément, en l'état, le meilleur parti que Mazarin eût à prendre ; mais il s'abusa sur sa puissance ; il se crut assez fort pour dominer à la fois la vieille et la nouvelle Fronde en les contenant lune par l'autre, en les empêchant de s'unir, et il n'eut l'air de prêter l'oreille aux ouvertures des amis du prince que dans le but d'effraver ies anciens Frondeurs.
« La petite finesse, dit Retz, qui infectait toujours la politique, quoique habile, de M. le cardinal, lui donnait du goût à laisser devant nos yeux des gens avec lesquels il se pût raccommoder contre nous. Ces mêmes gens l'amusaient continuellement par des négociations ; il les croyait tromper à tous les instants par la même voie. Ce qui en arriva fut qu'il s'en forma une nuée dans laquelle les Frondeurs s'enveloppèrent à la fin ; mais ils y enflammèrent les exhalaisons, et ils y forgèrent des foudres. » Mazarin eut à se repentir d'avoir trop compté sur lui-même et trop méprisé ses adversaires. Son excès de confiance devait lui coûter cher.
Peu de jours après la conclusion de la paix, la cour quitta Bordeaux et reprit le chemin de la capitale. Mazarin se plaignait amèrement de la conduite du coadjuteur, à qui il attribuait toutes les cabales, toutes les menées qui avaient eu lieu pendant son absence, et il était impatient de s'en venger. Retz crie à la calomnie. A l'en croire, il n'a pas reculé, pour servir la cour, devant des dangers « plus grands que ceux des batailles. » Il n'a cessé de se montrer le plus pacifique et le plus conciliant des hommes. Il s'est constamment attaché à aplanir tous les obstacles, à réparer toutes les fautes. Mazarin lui doit une reconnaissance sans bornes, et il s'indigne de son ingratitude. Les
assurances de Retz, le moins véridique des historiens, nous trouvent généralement incrédule, quand elle ne sont pas corroborées par d'autres témoignages ; elles sauraient encore moins nous suffire, quand il nous parle de sa candeur et de son abnégation, et qu'il se pare de vertus qui lui sont si peu familières. Nous nous gardons bien par conséquent d'admettre cette sincérité, ce désintéressement dont il se vante et que ses contemporains sont loin de lui prêter. Convenons cependant que la tâche qu'il avait à remplir, en admettant qu'il fût sincère, était hérissée de difficultés. « Les serviteurs de M. le Prince, fait-il observer non sans quelque apparence de fondement, me décriaient comme Mazarin, dès que je m'opposais à leurs pratiques. Les partisans du ministre me décriaient comme factieux, dès que je ménageais les moindres écarts pour conserver mon crédit dans le peuple. » Quiconque, dans les temps de troubles, veut modérer les passions des deux partis, sans rien perdre de son influence sur celui auquel il a lui-même lâché la bride, poursuit une chimère ; ses stériles efforts ne sauraient aboutir qu'à les mécontenter l'un et l'autre. Nous pourrions invoquer à cet égard l'expérience de toutes nos révolutions. Qu'on se rappelle l'impuissance de Mirabeau à user, pour le salut de l'infortuné Louis XVI, de la popularité qu'il avait acquise en travaillant
à sa perte. Quand le géant de la tribune, revenu à des sentiments monarchiques, cherchait à étayer 1 édifice qu'il avait ébranlé, il était fatalement condamné à tourner dans un cercle vicieux ; tout ce qu'il faisait pour calmer les défiances de la cour excitait celles du peuple, et tout ce qu'il faisait pour calmer les défiances du peuple excitait encore plus celles de la cour. Son génie devait se briser contre ce double écueil qu'il lui était impossible d'éviter.
Le caractère du duc d'Orléans « dont les deux qualités essentielles étaient, on le sait, d'avoir toujours peur et de ne se fier jamais a personne1,» le contraste qui existait entre le rôle de courtisan et de favori , que Retz jouait alors auprès de ce prince, et son rôle % d'homme du public 2 » d'où il tirait toute sa force, rendaient encore plus difficile la position du coadjuteur. Ce caractère faible et méfiant de Gaston , Retz l'esquisse pour ainsi dire à chaque page de ses Mémoires et de la façon la plus mordante. « La faveur du duc d'Orléans, dit-il, ne s'acquérait pas, mais elle se conquérait. Comme il savait qu'il était toujours gouverné, il affectait toujours d'éviter de l'être ou plutôt de paraître l'éviter ; et, jusqu'à ce qu'il fût dompté, pour ainsi parler, il donnait des saccades. » Or,