Mémoires de Retz, tome I, page
aventures qui avaient fait une si forte impression sur son esprit. Les services et les vertus de l'ancien général des galères furent également d'un grand poids dans la balance. Il y avait d'ailleurs à la cour, au début de la régence, une tendance extraordinaire à prodiguer les faveurs de tout genre \ Jamais elles n'avaient été répandues autour du trône avec autant de libéralité, aussi on eût dit alors, selon une remarque spirituelle, qu'il n'y avait plus que ces quatre petits mots dans la langue française : La reine est si bonne* ! Cette tendance du moment rendit encore plus facile le succès d'Emmanuel de Gondi.
On lit dans la vie de saint Vincent de Paul que, le fils d'un grand seigneur ayant été nommé évêque sans l'intervention du conseil de conscience établi auprès d'Anne d'Autriche, qui ordinairement ne disposait que d'après ses avis des bénéfices ecclésiastiques, Vincent de Paul, président de ce conseil, était allé trouver ce seigneur et lui avait représenté, mais en vain, que son fils n'avait pas
i . « Nous avons une reine qui ne refuse rien ; depuis un mois, elle a donné plus de six millions. Je souhaite qu'il lui en prenne mieux qu'à la feue reine-mère, laquelle, au commencement de sa régence, donna prodigieusement à tous les grands, la plupart desquels l'abandonnèrent, quand elle n'eut plus rien à leur fourrer. Elle a affaire à d'étranges gens, qui sont des courtisans. » (Guy-Patin, tome I, page 291.)