‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 101 sur 203 · Henri II, priuce de Coudé, père du Grand Coudé · texte numérisé non relu

Henri II, priuce de Coudé, père du Grand Coudé

que Cinq-Mars devait prendre la place du Cardinal, Je prince d'Orange en prit l'alarme et fit remontrer au Roi que si la conduite ou l'administration publique passait de la personne de son premier ministre à celle de son favori, Messieurs les États songeraient infailliblement à leurs affaires , et ne voyant plus d'apparence de continuer avec succès la confédération qu'ils avaient avec S. M., ils pourvoiraient par d'autres moyens à leur propre sûreté et embrasseraient indubitablement le parti que l'occasion ou la prudence leur suggérerait.

Les Espagnols mêmes, qui n'ont pas toujours toute l'estime qu'il faut des vertus étrangères, faisaient particulièrement cas de son génie. Ce qui est si vrai, que M. de Bautru * se plaignant un jour au comte-duc d'Olivarès que les imprimeries de Flandre semblaient ne servir qu'aux libelles diffamatoires qui se faisaient contre le Roi et son Conseil, le comte-duc lui dit qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour empècber ce désordre, y étant lui-même intéressé en qualité de ministre ; mais que, pour ce qui regardait la conduite du Cardinal, il avait souvent déclaré, dans les conseils de S. M. Catholique, que son plus grand malheur était d'avoir rencontré dans les affaires de France le premier ministre qui eût paru depuis mille ans dans la chrétienté, et qu'il souhaiterait de bon cœur que les affaires du Roi, son maître, allassent aussi bien que celles de S. M. Très Chrétienne, et qu'on fit imprimer tous les jours des bibliothèques entières contre lui.

Et, ainsi, il ne faut pas s'éLonner s'il ne fut pas plus tôt entré dans le Conseil, que l'on y remarqua un notable changement et beaucoup plus de vigueur et de constance dans les résolutions, qui furent aussi tenues plus secrètes et plus promptement exécutées.

\. Bel esprit, membre de l'Académie française.

DE UICHELIEU. 191

Les Espagnols y avaient auparavant trop de part1 et en pénétraient sans beaucoup de peine les plus importantes résolutions. Ce qui provenait de ce que le Conseil était composé de trop de personnes et que l'on en réduisait les résultats2 sur un registre, y ayant même un secrétaire député (affecté) pour cet effet, comme au conseil des parties3 et aux autres juridictions.

A quoi ne s'étant pas contenté de remédier, il essaya encore de rendre la pareille aux Espagnols, et se mit en devoir de pénétrer à son tour ce qu'ils tâchaient de tenir plus secret. Et, en effet, il fut si heureux, ou, au moins, il l'ut si bien servi, qu'il ne se passait rien d'important dans le conseil du roi d'Espagne qu'il n'en fut ponctuellement informé neuf ou dix jours après.

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