VII. Sa conduite envers le Roi
Sachant que la principale fonction ou le devoir d'un ministre était de donner de sages conseils et non pas de vaines flatteries à son prince, il inspirait à S. M. des maximes vraiment royales, et lui représentait, dans les occasions, que la réputation et l'honneur étaient le vrai patrimoine des souverains, et qu'il n'y avait pas d'apparence qu'un prince pût prétendre en même temps à une grande réputation et à un profond repos. Ce qui ne se peut mieux concevoir que par son propre discours et par les raisons mômes qu'il allégua au Roi pour le faire résoudre au siège de Nancy :
« Il est à considérer qu'en matière d'État et de grand prince, supporter une injure sans en tirer raison, c'est en attirer une autre ; — que la réputation est'ce qui maintient le plus les princes, et que qui déchoit une fois en ce genre fait comme ceux qui ayant bronché par mégarde en haut d'un degré (escalier) tombent par nécessité jusques en bas ; — que l'argent est inutile aux rois s'ils ne s'en servent aux occasions nécessaires et à leur réputation et à leur grandeur; et que fermer les yeux à la dépense en certaines occasions est le meilleur ménage que l'on puisse faire à leuravantage ; — qu'il n'y a pas de grandes entreprises qui n'aient leurs difficultés ; mais qu'il n'y en a point de la nature de celle qui se prépare qui en ait si peu ; — que les princes ne sont pas responsables des événements, mais qu'ils sont obligés à ne rien faire qui ne soit digne d'eux; et partant, que, quand même le succès d'un tel dessein ne devrait pas être tel qu'on le peut désirer, le Roi ne saurait être blâmé de l'entreprendre, ains1 il devrait l'être de ne le faire pas, puisque son honneur et les considérations de son