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IX. Ses exercices journaliers et sa vie privée

Il se couchait ordinairement sur les onze heures et ne dormait d'abord que trois ou quatre heures. Son premier somme passé, il se faisait apporter de la lumière et son portefeuille pour écrire lui-même ou pour dicter à une personne qui couchait exprès en sa chambre. Puis il se rendormait sur les six heures, et ne se levait ainsi qu'entre sept et huit.

La première chose qu'il faisait après avoir prié Dieu était de faire entrer les secrétaires pour leur donner à transcrire les dépêches qu'il avait minutées la nuit. Et l'on a remarqué que, quand c'était quelque dépêche considérable ou quelque autre pièce d'importance, il ne leur donnait que le temps jusle pour une seule copie, de crainte que la curiosité ne les portât à en faire deux; et après avoir, en leur présence, collationné la copie sur la minute, il retenait l'une et l'autre par-devers lui.

Il s'habillait ensuite, et faisait entrer les ministres avec lesquels il s'enfermait pour travailler jusqu'à dix ou onze heures. Puis il entendait la messe et faisait avant le dîner un ou deux tours de jardin pour donner audience à ceux qui l'attendaient.

Après le dîner, il se donnait quelques heures d'entretien avec ses familiers ou avec ceux qui avaient dîné à sa table; puis il employait le reste de la journée aux affaires d'État et aux audiences pour les ambassadeurs des princes étrangers et les autres personnes publiques.

Sur le soir, il faisait une seconde promenade tant pour se délasser l'esprit que pour donner audience à ceux qui ne l'avaient pu avoir le matin.

Après cette promenade, il donnait trêve aux affaires d'État, à moins qu'il ne survînt quelque chose d'extraordinaire, et ne voulait plus d'autre compagnie que celle de ses

plus intimes et de ses domestiques avec lesquels il vivait si familièrement et avec tant de bonté qu'ils eussent préféré cette satisfaction et cet honneur à tout autre avantage. Il se divertissait aussi quelquefois à la musique et à d'autres récréations honnêtes, gardant toujours cette maxime de ne se retirer point, pour se coucher, sur une matière trop triste ou trop gaie.

La compagnie étant retirée, il ne manquait pas de se réconcilier et de se mettre à genoux, à la ruelle de son lit, pour faire ses prières qui duraient environ demi-heure. Et c'est ce qu'il faisait avec plus de soin et d'application, ne pouvant souffrir que les choses saintes se fissent négligemment, et encore moins qu'il se commît à la messe aucune sorte d'irrévérence.

Ayant un jour aperçu un gentilhomme qualifié qui était à genoux sur un coffre de la chapelle, comme l'on montrait Notre Seigneur, et s'imaginant qu'il fût debout, parce qu'il le voyait fort élevé par-dessus les autres, il donna charge à l'abbé de Beaumont, son maître de chambre, depuis évoque de Rodez, de l'avertir de sa part, à la fin de la messe, qu'il lui ferait plaisir de n'y plus assister avec lui, puisqu'il l'entendait avec si peu de révérence. Sur quoi le gentilhomme fort surpris se justifia le mieux qu'il pût, et assura qu'il était à genoux sur un coffre ; et S. Ém. se contentant de lui avoir fait cette correction, témoigna recevoir son excuse en bonne part, et lui renvoya dire qu'il croyait qu'il fût debout1.

i. M. Avenel [Lettres et papiers d'État, VII, 69) cite une lettre de Henri Arnault, en date du 10 août 1642, pendant la maladie du Cardinal à Narbonne. Les détails qu'elle donne complètent le récit dAubery. « Mgr le Cardinal se porte assez bien quand il est dans le lit, mais il ne se peut lever. Il n'a jamais plus travaillé qu'il fait. Il travaille et fait écrire sous lui depuis sept heures jusqu'à huit. Depuis huit jusqu'à neuf, on le panse. Depuis neuf jusqu'à dix, il parle à ceux qui ont affaire à lui. Depuis dix jusqu'à onze, il travaille; après cela il entend sa messe et dîne

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