‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 110 sur 203 · Ambassadeur de France à Rome · texte numérisé non relu

Ambassadeur de France à Rome

missions étrangères et pour la conversion des schismatiques et des infidèles.

Etant depuis élevé au ministère, il ne laissa pas de conserver toujours cette même ardeur et ce même zèle ; et l'on croit qu'il poursuivit l'établissement du commerce des mers et la qualité de grand maître et intendant de la navigation, non seulement pour s'en prévaloir à la sûreté et à la gloire de l'État, et pour mettre en pratique la pensée du cardinal d'Ossat, qui remarque, dans quelques-unes de ses lettres à M. de Villeroy, que « si nous avions des vaisseaux de guerre, pour l'une et l'autre mer, nous pourrions empêcher et rompre au roi d'Espagne toute entreprise qu'il aurait contre autrui, et aider à celles qu'on aurait contre lui; et empêcher encore qu'il n'envoyât aux autres États qu'il a en Europe, hors l'Espagne, et que desdits États on n'envoyât aussi vers lui », — mais principalement pour favoriser la propagation de la Foi, et dresser à cette fin de nouvelles compagnies pour le Canada et ailleurs.

Sur quoi il arriva qu'une personne de Caen, qui était calviniste, ayant traité avec le nouveau grand maître et intendant de la navigation pour avoir elle seule la surintendance du commerce de Canada, moyennant cent mille livres par an, S. Ém. donna charge à M. Fouquet d'en dresser le traité. Mais avant que d'y travailler, il fit remarquer à S. Ém. que ce personnage était de la Religion, et qu'étant maître du commerce de ce pays-là, il n'y laisserait passer que ceux qu'il voudrait, quelque précaution que l'on sût prendre par le traité, et qu'ainsi la fin (le but) principale de S. Ém., qui était la propagation de l'Évangile, ne pourrait pas infailliblement avoir lieu. Ce qui s'étant trouvé conforme aux intentions et aux sentiments de notre cardinal, il rompit aussitôt le traité avec ce religionnaire, et en estima encore davantage M. Fouquet, du jugement duquel il faisait grand cas.

Il employait à cette même fin sa politique, et comme il ne pouvait souffrir de factions dans l'État, il ne pouvait en-

durer de nouveautés dans la religion, tenant pour maxime certaine qu'il fallait étouffer les unes et les autres dans leur naissance l.

... Ce zèle n'avait presque point de bornes, et l'on ne saurait concevoir les libéralités secrètes qu'il faisait dans toutes les provinces du royaume pour l'avancement de la religion et la conversion des hérétiques. Il y avait de son temps peu de ministres français à qui il n'eût fait offrir de grandes sommes, et qui ne les eussent reçues, quoiqu'ils sussent bien qu'il ne le faisait qu'afin de les attirer au bercail de l'Église romaine. Il se servait pour cela du ministère de diverses personnes, et particulièrement du P. Audebert, jésuite, qui entendait fort bien les controverses...

En un mot, il se peut dire qu'il n'a jamais eu de plus forte passion que d'exterminer l'hérésie, et qu'il ne s'est pas contenté d'avoir employé son crédit, dès le temps qu'il était secrétaire d'État, pour fonder une chaire royale de controverses en Sorbonne, et d'animer ainsi les autres par la considération de l'honneur ou de l'intérêt à écrire pour la défense de la Religion et de l'Église, mais qu'il a voulu être lui-même de la partie et consacrer à une si digne lin toutes ses études et les beaux ouvrages qu'il a laissés à la postérité.

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