Il fut publié en 1637 par le Mercure français, XX
l'apologie en même temps que celle du Roi, derrière lequel il s'abritait. Il réfuta les reproches faits à son gouvernement par ses ennemis; il repoussa le blâme qu'on avait lancé contre ses alliances avec les Etats protestants ; il défendit les mesures sévères qu'il avait prises contre la Reine-Mère et Monsieur; il déclara que le Roi ne désirait que la paix et le soulagement du peuple. Il affirma que la main de Dieu était visible dans la conduite et dans le succès des affaires.
Richelieu est un esprit novateur et moderne; il crée la presse et se sert de la publicité comme moyen d'action ; il parle à une grande assemblée, et, tout en faisant son panégyrique, il cherche à convaincre, par sa puissante parole, ceux qui l'ecoutent. Ce besoin de publicité et de faire connaître sa politique ainsi que les raisons qui le font agir, est un fait unique dans notre ancienne histoire ; c'est bien la mise en pratique de la maxime du Testament politique : la raison seule doit être la règle de la monarchie.
II. Protection et bienveillance du Cardinal envers les gens de lettres.
(Extrait d'Aubery.)
Dans la lettre de remerdment qu'il écrivit de Lyon à Messieurs de Sorbonne qui l'avaient élu Proviseur de leur Maison, environ le même temps qu'il fut créé cardinal, et l'avaient préféré, étant absent, à plusieurs autres qui briguaient avec empressement ce même honneur, il leur témoigna qu'il avait reçu plus de joie de cette nouvelle que de celle de sa promotion au cardinalat.
Ayant une parfaite connaissance de la poésie et des Muses françaises, il s'y divertissait volontiers, et se plaisait souvent de fournir les sujets et de travailler lui-même aux comédies nouvelles, en l'une desquelles, qui n'a pas été imprimée, il y avait jusqu'à 500 vers de sa façon. Tellement que ne jugeant pas cette étude indigne de lui, ni incompatible avec les affaires, il fit représenter au Roi qu'une des plus glorieuses marques de la félicité d'un État était que les lettres y fussent en honneur aussi bien que les armes, et qu'il ne lui restait plus, après avoir fait tant d'exploits mémorables, que d'ajouter les choses agréables aux nécessaires et l'ornement à l'utilité, en contribuant aux progrès de l'éloquence française.
C'est pourquoi il fit expédier au mois de janvier 1635 des Lettres du Grand-Sceau, par lesquelles S. M. autorisait dorénavant les assemblées qui se feraient pour cela sous le nom de l'Académie française; limitait le nombre des personnes qui en seraient à quarante, et l'en nommait chef et protecteur, avec pouvoir d'ordonner ce qu'il trouverait à propos pour les nouveaux officiers et les statuts ou règlements nécessaires.
L'on a remarqué que les trois officiers1, avec M. de Boisrobert, lui étant venus présenter les projets de statuts, n'entendirent jamais mieux parler que le Cardinal fit en cille rencontre2. Il répondit à la harangue de celui qui portait la parole comme s'il l'eût vue longtemps auparavant et qu'il eût eu le loisir de se préparer sur tous les chefs, et presque sur tous les mots qu'elle contenait. Il parla premièrement pour l'Académie en général, puis aux quatre députés, et enfin à chacun d'eux, mais si à propos et avec tant de grâce,