Gazette, 1642. p
Mazarin avait été depuis longtemps nourri et élevé en la connaissance des affaires de toute l'Europe et a donné des preuves sans nombre de sa rare intelligence et grande fidélité envers S. M. et cette monarchie, le Roi l'a appelé en son Conseil.
Chacun ayant aussi sujet d'être curieux de ce qui s'est passé en la mort d'un personnage qui a fait tant de belles actions durant sa vie : Dans les six jours qu'a duré sa maladie, qui était une pleurésie fausse, il a envoyé souvent vers le Roi, pour lui parler des affaires plus importantes au service de S. M., ledit cardinal Mazarin, le chancelier de France et les sieurs de Chavigny et de Noyers, secrétaires d'État, et son esprit a toujours été si présent, qu'une heure avant sa mort il y envoya encore avec la même vigueur d'esprit qu'il eût pu faire au point de la plus ferme santé.
Son affection au service et à la personne du Roi, outre ce qui en a paru en toutes ses actions passées, s'est montrée particulièrement en ce qu'il a laissé à S. M. 500,000 écus, son beau Palais-Cardinal et ses plus riches meubles et pierreries.
Pendant tout le cours de cette dernière maladie, ce qu'il avait aussi fait en toutes les précédentes, il a témoigné une grande et profonde dévotion, avec une résignation entière à la volonté divine, et s'est muni des saints sacrements : et comme durant sa vie il avait été un parfait exemplaire de piété à tous les siens, il a donné en sa mort toutes les marques de sa ferveur envers Dieu. De sorte que ses discours et ses charités servent d'une preuve suffisante que les affaires d'État ne sont pas incompatibles avec celles de la piété. Aussi Dieu lui a-t-il fait cette grâce dès ce monde, que l'on n'a jamais remarqué personne avoir rendu l'âme avec plus de résolution et de quiétude d'esprit, et cette grave sérénité qui paraissait en son visage ne l'a point quitté même après sa mort: laquelle le Roi n'eût pas plus tôt apprise, que S. M. envoya un gentilhomme à la duchesse d'Aiguillon, aux maréchaux de Brézé, de la Meilleraye et de Guiche les assurer
de la continuation de sa bienveillance royale envers eux et tous les leurs, et que, s'ils avaient perdu un bon parent, il leur restait en lui un bon Maître qui ne les abandonnerait jamais.