Pierre Séaruier
libre d'en user comme bon me semble. Joint que je laisse à chacun de mes héritiers légitimes beaucoup plus de bien qu'il ne leur appartiendrait de ce qui m'est arrivé de la succession de ma maison. Et afin qu'il n'y ait point de différends entre eux, et que cette mienne volonté et ordonnance dernière soit pleinement exécutée, je veux et ordonne qu'au cas que quelqu'un de mes héritiers et légataires prétendît qu'il y eût de l'ambiguïté ou obscurité en ce mien présent testament, que mon frère le cardinal de Lyon et mes exécuteurs testamentaires tous ensemble, ou ceux d'eux qui seront lors vivant, expliquent mon intention et jugent définitivement du différend qui pourrait naître sur le sujet du présent testament, et que mesdits héritiers ou légataires soient tenus d'acquiescer à leur jugement, sur peine d'être privés de la part que je leur donne et laisse, laquelle sera en ce cas pour ceux qui obéiront au jugement donné par les dessusdits.
Je supplie très humblement le Roi de vouloir traiter mes parents qui auront l'honneur de le servir aux occasions qui s'en présenteront, selon la grandeur de son cœur vraiment royal, et de témoigner en cela l'estime qu'il fera de la mémoire d'une créature qui n'a jamais rien eu en si singulière recommandation que son service. Et je ne puis que je ne die, pour la satisfaction de ma conscience, qu'après avoir vécu dans une santé languissante, servi assez heureusement dans des temps difficiles et des affaires très épineuses, et expérimenté la bonne et mauvaise fortune en diverses occasions, en rendant au Roi ce que à quoi sa bonté et ma
naissance m'ont obligé particulièrement, je n'ai jamais manqué à ce que j'ai dû à la Reine, sa mère, quelques calomnies que l'on m'ait voulu imposer sur ce sujet.
J'ai voulu, pour plus grande sûreté de ce mien testament, déclarer que je révoque tous autres que je pourrais avoir faits ci-devant, et ne vouloir aussi, en cas qu'il s'en trouve ci-après quelqu'autre de date postérieure qui révoque celui-ci, que l'on n'y ait aucun égard s'il n'est tout écrit de ma main et reconnu de notaires, et que les mots suivants : Satiabor cum appartient glori.a tua, ne soient insérés à la fin et immédiatement avant mon seing.
Et d'autant qu'à cause de madite maladie et des abcès survenus sur mon bras droit, je ne puis écrire ni signer, j'ai fait écrire et signer mon présent testament, contenant seize feuillets, et la présente page, par ledit Pierre Falconis, notaire royal, après m'en être fait faire lecture distinctement et intelligiblement.
Fait audit hôtel de la Vicomte, le 23e jour du mois de mai l'an 1642 après midi.
Signé : Falconis.
L'an 1642 et le 23e jour de mai après midi, dansl'hôtel de la Vicomte de Narbonne, régnant Très chrétien prince Louis XIII, roi de France et de Navarre, devant moi notaire fut présent en sa personne Mgr Armand- Jean du Plessis, cardinal de la Sainte Église Romaine, duc de Richelieu et de Fronsac, pair de France, etc., lequel détenu de maladie et sain d'entendement a dit et déclaré avoir fait écrire, dans les seize feuillets et demi
37<i LE CARDINAL
tic papier écrits, fermés et cachetés du cachet de ses armes, avec cire d'Espagne, par moi notaire, son testament et acte de dernière volonté, lequel moi notaire ai signé, mondit seigneur le Cardinal n'ayant pu écrire ni signer sondit testament de sa main à cause de sa maladie et des abcès survenus sur son bras droit : tout le contenu auquel testament Son Éminence veut valoir par droit de testament clos et solennel, codicile, donation, à cause de mort, et par toute telle autre forme que de droit pourra mieux valoir, nonobstant toutes observations de droit écrit auxquelles le lieu où se trouve présentement Son Éminence pourrait l'astreindre, et toutes autres lois et coutumes à ce contraires; et a prié les témoins bas nommés d'attester sondit présent testament, et moi notaire lui en donner le présent acte, concédé en présence de Mgr l'Emmentissime cardinal Mazarin, MM. L'Escot, nommé par S. M. à l'évêché de Chartres, d'Aumont, abbé d'Uzerches, de Péréfixe, maître de chambre de mnndit seigneur Cardinal-Duc, de la Barde, secrétaire du Cabinet du Roi et trésorier de France à Paris, Le Roy, secrétaire de S. M., Maison et Couronne de France, et de Remefort, abbé de la Clairté-Dieu, soussignés, et moi dit notaire avec iceux témoins, mondit seigneur le Cardinal-Duc n'ayant pu signer le présent acte à cause de sadite maladie. Ainsi signé :1e Card. Mazarini, I. L'Escot, R. d'Aumont, I. de la Barde, Denis de Remefort, Le Roy, Hardouin de Péréfixe.
Falcoms.
V. Violation du tombeau du Cardinal en 1793*. — Cérémonie de 1866.
Comme tant d'autres, le tombeau du cardinal de Richelieu fut violé en 17932. Le Cardinal et toute sa famille avaient leur sépulture dans les caveaux de l'église de la Sorbonne. En 1793, cinquante cercueils furent ouverts et brisés, et les ossements dispersés sur le sol des caveaux. Trente-neuf de ces cercueils portaient des plaques de cuivre faisant connaître les noms des personnes renfermées dans lesdits cercueils: 27 indiquaient des membres des familles Richelieu et d'Aiguillon, 12 indiquaient des docteurs de Sorbonne.
Pendant l'accomplissement de l'acte de vandalisme, le faciès, le masque* du Cardinal fut enlevé par un bonnetier de la rue de la Harpe, nommé Cheval, ardent patriote du quartier, qui le garda chez lui jusqu'au 9 thermidor. Craignant alors d'être arrêté et déporté, il donna le masque du Cardinal à l'une de ses pratiques, l'abbé Armez. La précieuse relique passa de celui-ci à son frère, et, en 1846, elle se trouvait entre les mains de M. Armez, député des Côtes-du-Nord, neveu de l'abbé. Averti de ces faits, le Comité des Arts
1. Les Tombeaux de Richelieu à la Sorbonne (par Fontaine de Resbecq), brochure, 1867, chez Thorin.