‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 20 sur 203 · Fancan et la -politique de Richelieu, par Geley · texte numérisé non relu

Fancan et la -politique de Richelieu, par Geley

soi. Et c'est là, sans doute, la raison qui met encore quelque obstacle à une entente complète entre le Roi et sa mère; car il est très certain qu'aujourd'hui il n"y a plus de mésintelligence entre eux ; aussi le Roi voudrait bien qu'on ne pût pas lui mettre en tète certains scrupules relatifs non pas à la fidélité, mais à l'esprit allier et dominateur du Cardinal1.

Pendant ce temps, les affaires à l'intérieur et à l'extérieur allaient de mal en pis. Le gouvernement n'avait pas l'air de se douter qu'il s'accomplissait de grands événements en Allemagne; il abandonnait l'Allemagne, l'Italie, à la maison d'Autriche. Le Pape, dominé par l'Espagne, réglait l'affaire de la Valteline contre les alliés de la France et au profit du cabinet de Madrid.

Louis XIII voyant enfin que La Vieuville était incapable de servir utilement l'Etat, se décida à faire entrer Richelieu au Conseil (26 avril 1624).

On répète sans cesse que Louis XIII n'avait pas de volonté et qu'après avoir subi l'influence de Marie de Médicis et celle du connétable, il subit passivement et par paresse l'autorité de Richelieu : c'est une erreur démentie par les documents les plus authentiques. Sa volonté et sa fermeté étaient grandes, et plus d'une fois Richelieu fut obligé d'y céder. Or, depuis qu'il était devenu vraiment roi à la mort de Concini, il entendait rendre à la France son indépendance absolue et la soustraire complètement à l'autorité de l'Espagne et de ses affidés français. Fils de Henri IV, qu'il avait adoré étant enfant, il voulait continuer la politique de son

i. Dépêche du 16 février 1624. Zeller, p. 244.

père, et nul homme dans son royaume n'était plus que lui anti-espagnol et bon Français.

A ce moment, Louis XIII, décidé à reprendre les traditions et la politique de Henri IV, voulait donner le pouvoir à Sully1 et le rappelait à Paris, où il demeura un instant à l'Arsenal, célébrant son retour par des salves d'artillerie. Mais bientôt Sully dut retourner dans sa retraite, et le pouvoir, ainsi que la mission de relever la France, fut donné à un autre.

L'ambassadeur de Florence raconte ainsi l'entrée de Richelieu au ministère :

Le Cardinal, dès qu'il a eu la barrette rouge, a toujours été dans le désir d'entrer au Conseil ; mais le chancelier et Puisieux, adversaires de la Reine, craignant la dextérité et l'esprit dominateur de cet homme, l'ont toujours écarté. Quand ils furent tombés par le fait de la Reine, celle-ci redoubla d'efforts vis-à-vis du Roi, particulièrement depuis deux mois ; mais, d'après ce que j'ai pu comprendre, le Roi, tout désireux qu'il était de faire plaisir a sa mère, dans la poursuite de cette affaire, ne prenait aucune résolution, refroidi sans doute aussi par les ministres actuels, parce que cet homme est redouté de chacun comme en sachant trop et comme trop habile.

La Reine, pendant ce temps, se montrant peu satisfaite de ces irrésolutions, se tenait à Paris, sans aller à la Cour. On jugea bon de la contenter, et comme le Roi y inclinait fort, ce qui était le principal, on prit la résolution de faire entrer le Cardinal au Conseil; mais la jalousie des autres ministres doit être la cause d'une limitation qui a été faite,

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