Les Parlements
minuaient en certains cas votre légitime autorité autant qu'il leur était possible pour porter la leur au delà des termes de la raison.
Je puis dire que chacun mesurait son mérite par son audace ; qu'au lieu d'estimer les bienfaits qu'ils recevaient de V. M. par leur propre prix, ils n'en faisaient cas qu'autant qu'ils étaient proportionnés au dérèglement de leur fantaisie, et que les plus entreprenants étaient estimés les plus sages et se trouvaient souvent les plus heureux. Je puis dire encore que les alliances étrangères étaient méprisées ; les intérêts particuliers préférés aux publics ; en un mot, la dignité de V. M. royale tellement ravalée et si différente de ce qu'elle devait être, par le défaut1 de ceux qui avaient lors la principale conduite de vos affaires, qu'il était presque impossible de la reconnaître.
On ne pouvait tolérer plus longtemps le procédé de ceux à qui V. M. avait confié le timon de l'État, sans tout perdre ; et, d'autre part, on ne pouvait aussi le changer tout d'un coup sans violer les droits de la prudence, qui ne permet pas qu'on passe d'une extrémité à l'autre sans milieu.
Le mauvais état de vos affaires semblait vous contraindre à des résolutions précipitées, sans élection de temps et de moyens ; et cependant il fallait faire choix en tous les deux pour tirer profit du changement que la nécessité exigeait de votre prudence.
Les meilleurs esprits n'estimaient pas qu'on pût passer sans naufrage tous les écueils qui paraissaient en un temps si peu assuré ; la Cour était pleine de gens qui blâmaient de témérité ceux qui voudraient l'entreprendre ; et tous sachant que les princes sont faciles à imputer à ceux qui sont auprès d'eux les mauvais succès des choses qui leur ont été bien conseillées ; si peu de gens se promettaient un bon événement du changement qu'on publiait que je voulais faire,