‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 23 sur 203 · Le manque, la nullité · texte numérisé non relu

Le manque, la nullité

que beaucoup tenaient ma chute assurée avant même que V. M. m'eût élevé.

Nonobstant toutes les difficultés que je représentai à V. M., connaissant ce que peuvent les rois, lorsqu'ils usent bien de leur puissance, j'osai vous promettre sans témérité, à mon avis, que vous trouveriez remède au désordre de votre État, et que, dans peu de temps, votre prudence, votre force et la bénédiction de Dieu donneraient une nouvelle force à ce royaume.

Je lui promis d'employer toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisait me donner pour ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des Grands, réduire tous ses sujets en leur devoir et relever son nom dans les nations étrangères au point où il devait être1.

Je lui représentai que, pour parvenir à une si heureuse fin, sa confiance m'était tout à fait nécessaire : et que, bien que par le passé tous ceux qui l'avaient servi n'eussent point estimé de meilleur et de plus sûr moyen pour l'acquérir et la conserver, que d'en éloigner la Reine sa mère, je prendrais un chemin tout contraire et n'omettrais aucune chose qui dépendit de moi pour maintenir V. M. en une étroite union, importante à leur réputation et avantageuse au bien du royaume.

Ainsi que le succès qui a suivi les bonnes intentions qu'il a plu à Dieu me donner pour le règlement de cet État justifiera aux siècles à venir la fermeté avec laquelle j'ai constamment poursuivi ce dessein ; aussi V. M. sera-t-elle fidèle témoin que je n'ai rien oublié de ce que j'ai pu pour empêcher que l'artifice de beaucoup de mauvais esprits ne fût assez puissant pour diviser ce qui étant uni par nature devait aussi l'être par la grâce2. Si, après avoir heureusement

1. En 1625, l'ambassadeur de Hollande avait la prétention d'avoir la préséance sur l'ambassadeur français à Londres [Lettres et papiers d'État, VII, 946).

Page 1