‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 26 sur 203 · LE SECOND MINISTERE · texte numérisé non relu

LE SECOND MINISTERE

Nous ne voulons pas entreprendre ici de raconter en détail l'histoire du ministère de Richelieu; nous nous contenterons d'indiquer les principaux faits et d'en donner une rapide analyse, destinée à servir de base à l'étude du caractère, des goûts et de la vie privée du Cardinal, qui fait l'objet de ce livre.

1624. Devenu ministre, Richelieu changea brusquement les allures de la politique extérieure : revenant à la tradition de Henri IV, il soutint la Hollande contre l'Espagne, et prit Mansfeld et ses bandes à la solde de la France ; il les envoya au secours des princes protestants allemands vaincus par l'Autriche, et résolut de terminer l'affaire de la Valteline au profit de la France et de ses alliés.

On a prétendu qu'aussitôt arrivé aux affaires, le cardinal de Richelieu avait écrit à l'ambassadeur de France à Rome une lettre ainsi conçue : « Le Roi a changé de Conseil, et le ministère de maxime; on enverra une armée dans la Valteline, qui rendra le Pape moins incertain et les Espagnols plus traitables ». Cette

lettre est fausse. C'est Saint-Évremond qui a publié le premier ce document, en disant cependant que ces quelques lignes étaient le sens et non pas le texte même de la lettre du Cardinal. Voltaire, dans son Essai sic?1 les mœurs, publia à son tour ces quatre lignes, mais comme étant le texte de la lettre de Richelieu, qui n'a jamais écrit, en parlant du Pape, de cette façon impertinente '.

1625-1626. Dès son entrée au ministère, Richelieu eut en effet à s'occuper de la Valteline, vallée supérieure de l'Adda, qui sépare le Tyrol du Milanais. Elle appartenait alors aux Grisons, alliés de la France à laquelle ils fournissaient de nombreux et bons soldats. Depuis longtemps l'Espagne, qui possédait le Milanais, et l'Autriche, qui était maîtresse du Tyrol, cherchaient à s'emparer de la Valteline, afin de joindre leurs possessions et d'ouvrir ainsi une entrée aux Autrichiens en Italie. Richelieu, comprenant toute la gravité de l'occupation de la Valteline par l'Autriche, s'y opposa, envoya des troupes qui traversèrent la Suisse et allèrent occuper la Valteline. Les Autrichiens furent forcés de se retirer, et, en 1626, le traité de Monçon assura les droits des Grisons.

En même temps que le Cardinal envoyait des troupes dans la Valteline, d'accord avec la Savoie, il faisait attaquer la république de Gênes, dont le gouvernement était aux ordres de l'Espagne. La Savoie devait obtenir une partie du territoire génois et nous secondait à

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