Lettres et papiers d'État, VIT
ce prix. Lesdiguières battit les Génois ; mais la révolte des huguenots força le Cardinal à renoncer à tous ses projets contre l'Espagne , et Lesdiguières, qui allait commencer le siège de Gênes, fut rappelé en France.
Le but de Richelieu était d'affranchir du joug de l'Espagne l'Italie entière, duchés et papauté, mais en conservant les petits États. Ce n'est pas lui qui aurait eu l'idée antifrançaise d'établir un grand État ennemi de la France sur notre frontière des Alpes et sur la Méditerranée.
En 1625, pour commencer la guerre de la Yalteline et agir contre l'Espagne et le Pape, le cardinal de Richelieu avait convoqué, à Fontainebleau, une assemblée de Notables, qui avaient approuvé ses projets. En 1626, pour terminer cette guerre, il réunit de nouveau les Notables, à Paris, afin d'avoir l'appui de l'opinion pour résister aux attaques du parti espagnol, qui trouvait encore dans Marie de Médicis et sa cabale, et dans les restes de la Ligue, des alliés puissants, dont la haine se manifestait par de nombreux pamphlets et par des provocations adressées aux huguenots pour les engager à se soulever contre Louis XIII et son ministre.
On ne saurait passer sous silence cette partie des lettres de convocation adressées aux Notables : Richelieu faisait dire au Roi :
Nous protestons devant le Dieu vivant que nous n'avons d'autre but et intention que son honneur et le bien de nos sujets : nous conjurons, en son nom, ceux que nous convo-
quons, et très expressément leur commandons, que, sans crainte ou désir de déplaire ou complaire à personne, ils nous donnent, en toute franchise et sincérité, les conseils qu'ils jugeront, en leur conscience, les plus salutaires et cenvenables au bien de la chose publique
Le mécontentement de Marie de Médicis contre Richelieu date de l'affaire de la Valteline, c'est-à-dire de l'adoption par le gouvernement de la politique antiespagnole. Le Cardinal calma pour un moment l'irritation de la Reine-Mère en mariant Henriette de France avec le prince de Galles, qui devait être Charles 1er, roi d'Angleterre. Toutes les filles de Marie de Médicis étaient royalement mariées : Elisabeth était reine d'Espagne ; Christine, duchesse de Savoie ; Henriette devait être reine d'Angleterre.
Au moment où Richelieu attaquait l'Espagne en Italie, les protestants, toujours prêts à la révolte, se soulevèrent (1625) sous la conduite de Rohan et de Soubise, à la Rochelle et en Languedoc, faisant ainsi une puissante diversion en faveur de l'Espagne. Richelieu, n'étant pas assez fort pour mener ces deux guerres de front, renonça à assiéger Gênes et fit la paix avec MM. de Rohan et de Soubise, attendant que le moment d'agir avec vigueur fût venu. La faction espagnole se déchaîna contre cette paix, qu'on déclarait être une trahison envers l'Église : les pamphlets appelaient Richelieu un cardinal d'État, le cardinal de la Rochelle, le patriarche des athées, etc. Il les laissa dire et se prépara à la lutte.
Déjà en 1614 les États-Généraux avaient demandé
que le Roi fît démolir les fortifications des villes et les châteaux-forts inutiles à la défense de la France. Les Etats de Bretagne renouvelèrent en 1626 cette demande, qui reçut une satisfaction immédiate. Presque toujours, dans ses commencements, nous voyons Richelieu agir sous l'impulsion de l'opinion publique, manifestée par les États-Généraux, par les Notables ou par les États provinciaux ; c'est encore sur la demande des États- Généraux qu'il supprimera la charge de connétable et l'amirauté, suppressions nécessaires pour réorganiser l'armée et créer la marine. Une ordonnance royale déclara que l'on raserait toutes fortifications de villes et châteaux-forts inutiles à la défense des frontières et propres seulement à servir de retraites aux perturbateurs de la paix publique, non seulement dans la Bretagne, mais par toute la France. Cette mesure allait ruiner l'autorité des grands seigneurs toujours prêts à la révolte, comme aux temps féodaux, et permettre enfin à l'ordre de s'établir. Les campagnes ne s'y trompèrent pas et accueillirent avec joie l'ordonnance de Louis XIII.
Les finances, à l'arrivée de Richelieu aux affaires, étaient dans le plus déplorable état : il fallait faire cesser les voleries de toutes sortes qui se commettaient.
Dès 1624, Richelieu s'était montré rigoureux envers les financiers, dont la malhonnêteté était d'autant plus grande que l'impunité leur était assurée depuis la mort de Henri IV et la retraite de Sully. Cependant les États-Généraux de 1614, dans lesquels Richelieu avait
joué un rôle important, avaient demandé la création d'une chambre de justice destinée à faire rendre gorge aux traitants et à mettre un terme à leur rapacité. Le nouveau ministre établit cette chambre de justice, qui fit payer aux financiers environ 11 millions de livres; plusieurs furent sévèrement punis, l'un d'eux fut exécuté pour crime de péculat. Tous les dix ans une pareille chambre de justice devait être rassemblée.
En 1626, le Cardinal remit au Roi un mémoire* destiné à lui faire connaître que le revenu, qui était seulement de 15 millions de livres * à son arrivée au ministère, s'élevait alors à 20 millions3, par l'augmentation des fermes et par la manière sévère dont on forçait les fermiers à rendre leurs comptes, tous réclamant de l'argent au Trésor quand c'étaient eux qui en devaient. Le Cardinal assurait le Roi que dans cinq ans il aurait encore plus de 10 millions de livres de revenu qu'il n'avait alors, si S. M. lui conservait sa protection et le défendait contre les cabales de la Cour et contre ceux qui profitaient des abus.
Déjà, en effet, cabales et complots se formaient contre Richelieu. Soutenir les intérêts de la France contre la maison d'Espagne à l'extérieur, détruire les abus à l'intérieur, étaient des actes intolérables pour la faction espagnole. Marie de Médicis, Gaston et leurs partisans commencèrent à conspirer contre le Cardi-