‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 28 sur 203 · Environ 100 millions de francs · texte numérisé non relu

Environ 100 millions de francs

nal dès 1626. Le maréchal d'Ornano fut arrêté et enfermé à Vincennes ; le comte de Chalais fut décapité pour avoir voulu assassiner Richelieu, qui reçut alors du Roi la permission d'avoir des gardes afin de protéger sa personne.

En 1626, Richelieu fut nommé grand-maître et surintendant général de la navigation et du commerce. Cette charge, créée pour lui, remplaçait celle d'amiral. Gomme le connétable, l'amiral avait des pouvoirs très étendus; il était à la fois le ministre de la marine et le chef des armées navales. Le grand-maître fut ministre seulement, et le Roi donna à qui il voulut le commandement de la flotte. Plus tard (1631), Richelieu fut nommé gouverneur de Bretagne. Le gouverneur de cette province avait divers droits qui entravaient l'autorité du ministre. Richelieu, à la fois grand-maître et gouverneur de Bretagne, fit disparaître ces droits et régla la question1. En 1635, il devint général des galères et lieutenant- général du Roi ès-mers du Levant, en forçant Pierre de Gondi à lui vendre cette charge 500,000 livres. Toute l'autorité sur la marine se trouva ainsi entre les mains du Cardinal.

Il est remarquable que l'homme dont nous écrivons la biographie, et qui passe pour le ministre le plus despote qui ait gouverné la France, n'a jamais agi, dans les grandes affaires, que d'après le vœu de la nation, d'après le désir ou le consentement formellement exprimés des États-Généraux ou des assemblées des No-

l. Lettres et papiers d'État, II, 349-352; IV. 286.

tables. Tous ses projets sur la marine furent soumis aux Notables de 1626 et approuvés par eux.

Il n'y avait plus de marine, et, depuis longtemps, tout manquait, tout était à créer.

C'a été, jusqu'à présent, dit-il1, une grande honte que le Roi, qui est l'aîné de tous les rois chrétiens, ait été, en ce qui est de la puissance de la mer, inférieur aux moindres princes de la chrétienté. S. M., voyant le mal qui en arrivait à son royaume et à ses sujets, s'est résolue d'y mettre ordre, en se rendant aussi puissante en mer comme elle l'est en terre. Sans cette résolution, il ne fallait plus faire état d'aucun trafic. Les sujets du Roi étaient tous les jours non seulement privés de leurs biens, mais de liberté. Nos voisins pensaient avoir droit de nous vendre leurs denrées à leur mot et prendre les nôtres pour ce que bon leur semblait. Maintenant ces misères cesseront, S. M. s'étant résolue d'entretenir 30 bons vaisseaux de guerre pour tenir les côtes nettes, ses sujets dans les bornes où ils doivent demeurer, et ses voisins en la considération qu'ils doivent avoir d'un si grand État.

Nous n'avons aucune idée de nos jours de ce qui se passait jadis sur nos côtes, des ravages des pirates et des corsaires. Les mers de Chine seules en donnent encore aujourd'hui le spectacle. Tous les jours, dans la Méditerranée, les Barbaresques débarquaient, pillaient, tuaient, incendiaient et emmenaient des prisonniers qu'ils réduisaient en esclavage.

1. Dans un mémoire envoyé au Garde des sceaux pour la composition du discours que celui-ci devait faire aux Notables {Lettres et papiers d'État, II, 290).

Ce royaume, étant destitué comme il est de toutes forces de mer, en est impunément offensé par nos voisins, qui, tous les jours, font des lois et ordonnances nouvelles contre nos marchands, les assujettissant de jour en jour à des impositions et à des conditions inouïes et injustes; pillent nos vaisseaux et prennent nos hommes sous divers vains prétextes : l'Angleterre, sous celui qu'ils portent du blé en Espagne ; les Dunkerquois, qu'ils en portent en Hollande ; les Hollandais, plus audacieusement encore, s'entendent avec les infidèles, et souvent, après nous avoir volés, prennent des turbans pour feindre qu'ils sont Turcs; outre que nos voisins, qui sont forts sur mer, peuvent quand ils voudront porter la guerre en quelque partie qu'il leur plaira de cet État; qu'il n'y a royaume si bien situé que la France, et si riche de tous les moyens nécessaires pour se rendre maître de la mer; que pour y parvenir il faut voir comme nos voisins s'y gouvernent, faire de grandes compagnies, obliger les marchands d'y entrer, leur donner de grands privilèges comme ils font1.

Dès 1629, le Cardinal écrivait qu'il ne souffrirait plus que les Anglais visitassent les bâtiments français*.

Mais sa pensée est tout entière dans les belles pages de son Testament politique que nous mettons sous les yeux du lecteur : il veut que le Roi soit en mesure de se défendre contre l'Angleterre, l'ennemie permanente.

Jamais, écrit-il, un grand État ne doit être au hasard de recevoir une injure sans pouvoir en prendre revanche. Et partant, l'Angleterre étant située comme elle est, si la France n'était puissante en vaisseaux, elle pourrait entreprendre à

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